Présentation
À l’heure où l’on évoque, tour à tour, une crise de régime, une crise de société, si ce n’est une crise de civilisation, la question des offices des gens du droit émerge avec une acuité toute particulière. Les tensions, les troubles contemporains – défiance à l’égard des institutions représentatives, fragilisation de l’autorité de la loi, redéfinition des médiations savantes et judiciaires, transformations technologiques accélérées – n’influencent pas que les décisions politiques. Ils semblent aussi atteindre la nature même des offices qui assurent l’ordre et la stabilité du corps social, ceux des gens du droit.
Pourtant, à l’image de ce buste en marbre qui se donne à voir au musée du Capitole à Rome et qui représente l’auteur du Traité des devoirs – De officiis –, l’office n’est-il pas ce qu’il y a de plus intangible et permanent au cœur de la civitas, de plus résistant à l’épreuve du temps, parce que forgé par des vertus extraordinaires au service de l’intérêt public ? Du latin officium, l’office renvoie, en droit, au devoir du juriste, considéré dans ses dimensions les plus historiques : être attentif, méticuleux et scrupuleux à la tâche. En cela, l’office sert de boussole aux gens du droit, soucieux que leur propre travail et celui des autres soient bien définis. Au juge incombe ainsi, au risque de commettre un déni de justice, le devoir de trancher les litiges en disant ce qui revient à chacun ; à l’avocat, le devoir de défendre par principe toutes les causes dont il est saisi ou, suivant son sens des combats juridiques, les causes perdues dont il se saisit parfois lui-même, « d’office » ; au législateur, le devoir d’écrire la loi – la main, toujours, tremblante ; au professeur de droit, le devoir d’enseigner ce qui lui a été transmis et qu’il a bonifié des résultats de ses recherches ou, plutôt, d’édifier les esprits des juristes en puissance, ceux qui, demain, exerceront justement les offices du magistrat, du juge, de l’avocat, mais également les offices du greffier – essentiel artisan du fonctionnement des juridictions –, les huissiers ou commissaires de justice – sans qui la justice ne peut être effective –, les notaires, les juristes d’entreprise, etc.
Aussi immuables qu’ils puissent paraître, les offices des gens du droit connaissent aujourd’hui des mutations d’une ampleur inédite. Les acteurs eux-mêmes évoquent une perte de repères et s’interrogent sur ses causes : l’accélération continue – plutôt que la fin annoncée – de l’Histoire ? Les progrès d’une civilisation technologique marquée par la numérisation des pratiques, l’automatisation des décisions et la robotisation des fonctions, le tout sous l’effet de l’intelligence artificielle ? La mondialisation, tout à la fois si prometteuse et dangereuse ? Les logiques de marché qui affectent les professions ? Ainsi les interrogations sur l’origine d’une crise, qui paraît par endroits avoir atteint son acmé, se multiplient à mesure que s’accumulent les indices de son existence : transformations des pratiques, redéfinition des missions, brouillages des frontières professionnelles, requalification des fonctions elles-mêmes, idéologisation. Pour qui s’efforce de les rassembler, ces signes convergent vers un même constat : un trouble affecte la compréhension et l’exercice des offices et, à travers eux, la figure même de ceux qui en sont investis.
Reste à déterminer si, finalement, les troubles sont vraiment le signe d’une crise des offices. Si crise il y a, la logique médicale voudrait qu’on en trouve immédiatement les remèdes. Or, le mot « crise » est d’abord un mot juridique. Du grec κρινω, crinô, il signifie juger. Ainsi, en parlant d’une crise des offices, on se donne en réalité pour objectif de juger, au sens le plus fort du terme, les offices des gens du droit.
Certes, il est bien difficile de juger à une époque où le trouble des esprits est patent. Néanmoins, le faire collectivement dans l’enceinte de l’Université peut permettre d’espérer restituer aux offices du droit leur intelligibilité et, peut-être, conforter leur avenir.
G. Cerqueira, M. Scheffer et Y. Strickler
Programme
jeudi 21 mai
Partie I - Les offices de conception du droit
8h30 | Ouverture
Jeanick Brisswalter, président de l'université Côte d'Azur
Eva Mouial-Bassilana, doyenne de la faculté de droit et science politique de Nice
Grégoire Leray, vice-doyen à la recherche de la faculté de droit et science politique de Nice
Prolégomènes
8h45 | Pourquoi parler de crise des offices ?
Gustavo Cerqueira, professeur à l'université Côte d'Azur
9h00 | De l'office au ministère : genèse et transformations des charges du droit
Gordon Choisel, docteur de l'université Paris-Panthéon-Assas
I. L'office savant
Sous la présidence de Karim Benyekhlef, professeur à l'Université de Montréal
9h30 | Le corps
L'Université (table ronde)
Joël Andriantsimbazovina, professeur à l'université de Toulouse 1 Capitole
Clément Chauvet, professeur à l'université Angers
Julien Dubarry, professeur à l'université de la Sarre, Allemagne
10h15 | Pause
10h30 | La para-Université
Les organismes nationaux de recherche
Isabelle Storez-Brancourt, chargée de recherche honoraire au CNRS, Institut Jean Gaudemet
Isabelle Doussan, directrice de recherche INRAe
Les instituts spécialisés de formation
Yves Strickler, professeur à l'université Côte d'Azur
11h20 | Le professeur (table ronde)
Renaud Bourget, professeur à l'université Côte d'Azur
Emmanuel Putman, professeur à l'université Aix-Marseille
Alain Sériaux, professeur émérite de l'université Aix-Marseille
Fabrice Siiriainen, professeur à l'université Côte d'Azur, avocat
12h30 | Pause déjeuner
II. L'office normatif
Sous la présidence de Renaud Bourget, professeur à l'Université Côte d'Azur
14h30 | Le parlement
Elise Frelon, maître de conférences à l'université de Poitiers
Marc Guerrini, professeur à l'université Côte d'Azur
15h20 | L'exécutif
L'office réglementaire
Godefroy de Boiscuillé, maître de conférences à l'université Côte d'Azur
Frédéric Marty, directeur de recherche CNRS, université Côte d'Azur
L'office interprétatif
Frédéric Balaguer, professeur à l'université Côte d'Azur
16h20 | La commune
Xavier Latour, professeur à l'université Côte d'Azur
16h40 | Discussion
17h00 | Levée de la séance
Vendredi 22 mai
Partie II – Les offices de réalisation du droit
I. L'office de juridiction
Sous la présidence de Laetitia Antonini-Cochin, professeur à l'Université Côte d'Azur
8h30 | Le juge
Le juge étatique (table ronde)
Francis Jullemier-Millasseau, premier président de la Cour d'appel de Monaco
Marie Cirotteau, professeur à l'université de Besançon
Étienne Nedéllec, maître de conférences à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Maxime Scheffer, maître de conférences à l'université Côte d'Azur
Les juges européens
Louis d'Avout, professeur à l'université Paris-Panthéon-Assas
Zoltán Csehi, juge à la Cour de justice de l'Union européenne
Le juge privé
Kamalia Mehtiyeva, professeur à l'université Paris-Est Créteil et arbitre
10h30 | Pause
10h45 | Le ministère public
Gwenaëlle Callemein, maître de conférences à l'université Côte d'Azur
Maxime Brenaut, professeur à l'université de Bordeaux
II. L'office de l'auxiliaire de justice
Sous la présidence de Philippe Kaigl, avocat, maître de conférences émérite de l'Université Côte d'Azur
11h30 | Les auxiliaires rattachés à la juridiction
Le greffier
Sylvain Jobert, professeur à l'université d'Angers
Le commissaire de justice
Guillaume Payan, professeur à l'université de Toulon
Les mandataires de justice
Giulio Cesare Giorgini, maître de conférences à l'université Côte d'Azur
Le policier
Florence Nicoud, professeur à l'université Côte d'Azur
12h30 | Pause déjeuner
14h00 | Les professionnels exerçant une pratique libérale ou salariée
L'avocat (table ronde)
Pierre-Louis Boyer, maître de conférences à l'université Le Mans
Cédric Porteron, bâtonnier du barreau de Nice
François Molinié, avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation
Le notaire
Mustapha Mekki, professeur à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Le juriste d'entreprise
Walid Chaiehloudj, professeur à l'université Côte d'Azur
Andrea Marighetto, JBS Senior Legal Counsel, Amsterdam
16h00 - Pause
III. Des offices sous tutelle
Sous la présidence de Marc Ortolani, professeur à l'Université Côte d'Azur
16h15 | L'état civil
Nicolas Nord, secrétaire général de la Commission internationale de l'état civil
La publicité foncière
Marc Mignot, professeur à l'université de Strasbourg
Le registre du commerce et des sociétés
Florence Bailet-Dupuy, greffier associée du tribunal de commerce de Nice
Le registre de la propriété intellectuelle
Yann Basire, directeur du CEIPI, Strasbourg
17h15 - Propos conclusifs
Bernard Beignier, chancelier des Universités, avocat
18h00 | Levée de la séance
Colloque organisé par la SLC, le GREDEG, le CERDACFF, le CERDP, ERMES, Université de Nice Côte d'Azur, l'IUF et l'IEJ Nice sous la direction scientifique de Gustavo Cerquira, Maxime Scheffer et Yves Strickler.