Le droit pénal français, et plus spécifiquement le droit de la peine, s'attache à respecter un équilibre fragile entre deux impératifs : concilier la sévérité de la sanction pénale, nécessaire à la sauvegarde de l'ordre social, avec le respect de principes fondamentaux. Parmi ceux-ci, l'individualisation de la peine occupe une place centrale. Prévue par l'article 132-1 du Code pénal, elle oblige chaque juridiction à adapter la sanction à la gravité des faits, à la personnalité de l'auteur et à sa situation matérielle, familiale et sociale, conformément aux finalités énoncées à l'article 130-1. Lorsqu'il s'agit d'infractions d'atteinte à la probité (corruption, trafic d'influence, concussion, prise illégale d'intérêts, détournement de fonds publics et favoritisme), la question de l'individualisation révèle des tensions singulières, rarement étudiées de manière spécifique par la doctrine. La symbolique attachée à leur répression confère aux juges un rôle particulier, dans la mesure où ils ne sanctionnent pas seulement un individu, mais réaffirment la valeur d'intégrité au fondement de la démocratie. Cette tension est redoublée par le contexte contemporain. Sous la pression de l'opinion publique, relayée par les médias et amplifiée par le discours politique, l'on peut se demander si les juges ne sont pas conduits à rendre des décisions lisibles par des parties externes au procès. L'exemplarité, valeur diffuse aux contours mal définis, tend à rigidifier la sanction et à la rapprocher d'un automatisme que l'histoire pénale avait précisément cherché à dépasser. En témoignent les débats récurrents sur le recours aux peines complémentaires (inéligibilité, interdiction d'exercer une fonction publique), que celles-ci soient automatiques ou non, qui soulèvent la question de l'équilibre entre efficacité répressive et respect des principes fondamentaux. Cette recherche a pour ambition de se situer au croisement de plusieurs champs, à savoir la théorie générale de la peine (entre sanction, prévention et réinsertion), la pratique juridictionnelle (choix des sanctions et justification de leur individualisation), et la dimension symbolique du droit pénal (fonction expressive et restauratrice de la confiance). Elle a pour objectif d'interroger non seulement la manière dont les juges individualisent (ou non) la peine dans ce domaine, mais aussi les limites de cette individualisation dans un droit pénal de plus en plus soumis à des attentes sociales et politiques. L'originalité de ce sujet réside dans cette approche consistant à examiner l'individualisation et le sens de la peine dans un champ où s'expriment des contradictions aiguës entre logique subjective (le sujet de droit et sa responsabilité singulière) et logique objective (la fonction de la peine comme garantie symbolique d'un ordre démocratique). Cette recherche s'appuiera notamment sur l'analyse d'un corpus de décisions de justice, dont l'examen au regard des exigences de l'article 132-1 du Code pénal vise à évaluer dans quelle mesure l'individualisation est effectivement pratiquée et à identifier les logiques qui orientent en réalité le choix de la sanction.