La Blockchain, technologie derrière le Bitcoin, fait l’objet d’un encadrement juridique de plus
en plus important, en particulier de la part de l’Union européenne. Curieusement, le mot
« Blockchain » n’apparaît pas dans les textes l’encadrant. Les expressions « technologie de
registres distribués » (Distributed ledger technology DLT), ou, parfois, « registre
électronique » lui sont plutôt privilégiées. Or, la plupart de ces textes encadrent les marchés des
crypto-actifs, dont l’existence est permise précisément par la Blockchain. Nonobstant les
ambiguïtés terminologiques qui persistent, il est possible d’identifier des caractéristiques et des
attributs techniques susceptibles de permettre une certaine appréhension juridique de cette
technologie. L’identité numérique auto-souveraine (sel-sovereign identity, SSI) émerge en
même temps que l’utilisation croissante de la Blockchain par des initiatives privées (vote
électronique) et publiques (infrastructure pour les services publics) pour des applications autres
que les crypto-actifs. Or, le droit de l’Union européenne n’est pas encore adapté à ces nouveaux
usages. La diversification des fonctions de la Blockchain a ainsi entrainé une multiplication des
risques et des enjeux pour la Privacy. La Privacy, quant à elle, apparaît comme un principe
juridique regroupant plusieurs droits fondamentaux et plusieurs prérogatives juridiques
attachées à certains droits. Elle renvoie principalement au droit à la protection de la vie privée
et au droit à la protection des données à caractère personnel. Ces droits entretiennent, tantôt une
relation de contenant à contenu, selon la conception du Conseil de l’Europe, tantôt une relation
de droits fondamentaux autonomes l’un de l’autre, selon la conception de l’Union européenne.
L’interconnexion de la Blockchain avec d’autres technologies, l’environnement numérique
dense dans lequel elle s’inscrit et les opportunités qu’elle offre aux personnes concernées en
matière de contrôle de leurs données, incitent à envisager une nouvelle forme de protection de
la Privacy. Les potentialités en matière de modification des rôles des acteurs du numérique
offertes par la Blockchain s’inscrivent ainsi dans un contexte juridique en constante évolution.
L’Union européenne cherche en effet à concilier la protection de la Privacy avec l’innovation
technologique, le développement de l’économie numérique et avec différentes exigences de
sécurité. En ce sens, la Blockchain pourrait permettre de concevoir une protection ascendante
de la Privacy répondant à cette quête d’équilibre de la part de l’Union européenne.