De concept philosophique traçant la frontière entre sphère intime et sphère publique, la vie privée est devenue, à l’époque moderne, un droit fondamental. À l’ère des mutations technologiques, sa portée est reconfigurée par les réseaux sociaux, la collecte massive de données, l’intelligence artificielle, les algorithmes et une surveillance omniprésente, qu’elle émane des grandes plateformes ou d’acteurs étatiques. Dans une perspective comparée, cette recherche doctorale examine les mécanismes par lesquels le droit pénal est appelé à recalibrer ses fonctions préventive et répressive sans renoncer aux principes de légalité, de nécessité, de proportionnalité et de subsidiarité. Elle met en lumière les défis imminents : profilage de masse, suivi COntinu, biométrie, prédiction comportementale — bref, la tendance à réduire l’identité humaine à un nombre. La vie privée tend ainsi à devenir un dispositif binaire d’identification : un nombre menacé par d’autres nombres et, simultanément, protégé par eux. L’ouvrage, du point de vue du droit pénal matériel et procédural, la manière dont les ordres juridiques français et roumain réagissent à l’extension des moyens techniques de surveillance et de traitement des données. Dans un cadre comparatif sont analysées conjointement les infractions classiques relatives à la vie privée, au domicile, à la correspondance et au secret professionnel ainsi que les nouvelles incriminations liées à l’environnement numérique, afin de mettre en évidence les continuités, les ruptures et les zones d’incohérence normative. La thèse intègre la jurisprudence de la CEDH et de la CJUE relative à la surveillance secrète, aux interceptions à large échelle et au profilage, en montrant comment ces références européennes dessinent les limites acceptables de l’ingérence et, dans le même temps, laissent un espace significatif à l’extension du contrôle sur la personne. Sont également pris en compte les points de vue des principaux systèmes juridiques européens en matière de surveillance de masse, afin de souligner l’absence de véritable frontière de l’ingérence lorsque les infrastructures et les échanges de données dépassent le cadre national. Dans une ligne d’évolution qui part symboliquement de l’arrêt Semayne’s Case (1604) et conduit aux régimes modernes du renseignement et aux législations inspirées de la « loi Big Brother », le travail montre comment l’intrusion de l’État tend à être justifiée par des formules de plus en plus générales, au risque de s’éloigner de la finalité de protection de l’individu. Un exemple significatif de divergence entre les deux systèmes réside dans la possibilité, en droit français, d’imposer des formes d’« assignation à résidence » ou des restrictions sévères de liberté en dehors de toute procédure pénale en cours ou de toute condamnation, mécanisme qui ne trouve pas d’équivalent direct en droit roumain et qui pose de manière aiguë la question des garanties effectives de la vie privée et de la liberté individuelle. La thèse propose des repères concrets afin que l’intervention pénale demeure un instrument effectif de protection de la vie privée, en évitant que le discours juridique ne soit absorbé par un pouvoir numérique engagé dans un processus accéléré d’autolégitimation et de reconfiguration.