Le vote est une notion multidimensionnelle, où le caractère individuel, voire personnel, de l'exercice se conjugue à la participation à l'activité d'une collectivité chargée d'exprimer un intérêt collectif. Inscrite dans le champ du droit privé, l'étude écarte les votes destinés à élire ou désigner une personne, proches du droit électoral, pour se concentrer sur les votes par lesquels une décision est prise. Le sujet demeure largement inexploré. Prérogative individualiste s'exprimant au sein d'un organe collectif, le droit de vote n'a ni la même assise ni le même poids selon le groupement : ignoré par la loi du 1er juillet 1901 sur les associations, il est consacré comme prérogative fondamentale de l'associé par l'article 1844 du Code civil, sauf rares hypothèses de suspension liées à des conflits d'intérêts. Son poids est tantôt proportionnel à la participation au capital, tantôt à la quote-part de copropriété (loi du 10 juillet 1965) ou au montant de la créance (classes de parties affectées), tantôt compté par tête (sociétés de personnes, conseils d'administration ou de surveillance, indivision). Le droit du travail n'est pas en reste, avec le vote décisionnel des membres du CSE. La doctrine s'est surtout intéressée à l'attribution du droit de vote (notamment au partage des prérogatives entre usufruitier et nu-propriétaire de titres démembrés). Mais une fois que le titulaire du droit de vote est identifié, restent encore bien des questions à résoudre s'agissant de l'exercice même de ce droit. C'est précisément cet exercice que la thèse entend systématiser. La question première est celle de la nature juridique du droit de vote et de l'acte par lequel il s'exprime. Le droit de vote est-il un attribut de la personne qui l'exerce (droit subjectif ou pouvoir ?) un droit de propriété sur le titre, un droit-fonction exercé dans l'intérêt du groupement, ou une prérogative politique sui generis ? Le vote émis constitue-t-il un acte juridique unilatéral soumis au droit commun des contrats (avec ses conséquences sur le droit à l'information du votant et sur l'irrévocabilité du suffrage), un acte unilatéral isolé ou une composante d'un acte collectif ? La qualification retenue commande le régime applicable. De là découlent plusieurs séries de questions : l'information préalable du votant, sans cesse renforcée jusqu'à l'émergence des agences de conseil en vote ; les aménagements conventionnels de l'exercice (conventions et pactes de vote, accords de subordination) ; les modalités matérielles du vote, bouleversées par la crise sanitaire (correspondance, visioconférence, acte unique, vote hors assemblée, place du débat) ; enfin les abus de majorité, de minorité et d'égalité, dont il faut mesurer la pertinence et les sanctions au-delà du seul droit des sociétés. L'ambition est de rechercher, par-delà la diversité des groupements, des règles communes et des principes directeurs susceptibles de guider praticiens et juges lorsque la réglementation spéciale est lacunaire. La méthode procédera du recensement des occurrences de l'exercice du droit de vote en droit privé, de l'identification de celles qui relèvent d'un même mécanisme et autorisent l'analogie, puis de la confrontation des solutions dégagées à la jurisprudence, à la pratique et à la doctrine.