Le 14 mars 2012, la Cour pénale internationale (CPI) prononçait son premier verdict, condamnant Thomas Lubanga Dyilo, Président de l'Union des patriotes congolais et commandant en chef de la branche militaire de celle ci, pour conscription et enrôlement d'enfants de moins de 15 ans et du fait de les avoir fait participer aux hostilités, ce qui constitue un crime de guerre au titre du Statut de Rome . Par une audience du 11 juillet 2012, elle fixait la peine à 14 ans de réclusion . Plus récemment, le 16 septembre 2025, la Jurisdicción Especial para la Paz (JEP) de Colombie condamnait sept membres d'un groupe armé d'extrême gauche, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis pendant le conflit armé colombien, à la suite d'une procédure dans laquelle ils avaient tous avoué leurs responsabilités . Elle définissait ensuite avec les coupables et les victimes des sanctions restauratives dites sanciones propias . Ces deux juridictions sont chargées de la poursuite et du jugement des auteurs des crimes internationaux par nature ou supranationaux, c'est-à-dire des crimes « au regard d'une norme de droit international acceptée et reconnue par la communauté internationale dans son ensemble comme étant de nature si fondamentale que sa violation grave engage la responsabilité pénale d'individus directement en vertu du droit international », autrement dit des crimes de guerre ou contre l'humanité et de génocide. Pourtant, elles ne jugent pas de la même manière : la CPI choisit une approche rétributive, alors que la JEP privilégie une démarche restaurative. Pendant longtemps, la justice pénale (nationale et internationale) a été considérée comme la seule réaction appropriée face au crime (de droit commun et de droit international), favorisant la conception de la « punition » du coupable « comme moyen privilégié d'intervention », et donc une vision rétributive de la justice pénale . On assiste désormais à l'émergence d'instances alternatives dites de justice restaurative, c'est-à-dire « un processus destiné à impliquer, le plus possible, ceux qui sont concernés par la commission d'une infraction particulière, à identifier et répondre collectivement à tous les torts [
] dans le but de réparer les préjudices et de rétablir l'harmonie sociale la meilleure possible » . Cette justice a été initialement conçue comme un simple complément au procès pénal. Néanmoins, elle a pu s'imposer en tant qu'alternative concrète dans le jugement des crimes internationaux par nature sous un modèle dit maximaliste, notamment en Afrique du Sud avec le Comité d'amnistie de la Commission vérité et réconciliation et en Colombie avec la JEP. La thèse se propose donc d'analyser ce phénomène, soulevant la question de l'articulation possible entre la justice restaurative et la justice rétributive nationale et internationale dans le jugement des crimes internationaux par nature.