À l’heure où la résurgence des conflits armés reconfigure les enjeux sécuritaires mondiaux, la transformation des processus de désarmement post-conflit suscite une interrogation profonde sur l’adéquation des modèles stato-centrés hérités du paradigme westphalien. Ce travail de recherche propose d’éclairer cette problématique en mettant en exergue l’émergence des acteurs subétatiques comme éventuels nouveaux agents structurants de la gouvernance sécuritaire internationale, dépassant le statut d’acteurs parfois marginaux pour devenir des catalyseurs de transformation institutionnelle et de légitimité partagée.L’analyse s’organise autour d’un cadre méthodologique hybride et comparatif, associant analyse qualitative approfondie (études de cas systématiques, entretiens, observation participante) et analyse quantitative. L’analyse s’appuie notamment sur un corpus comparatif de 83 configurations couvrant l’Amérique latine (Colombie, Pérou, Chiapas), l’Afrique (Mali, Casamance, Delta du Niger, Darfour, Caprivi, Cabinda, Centrafrique), l’Asie-Pacifique (Sri Lanka, Aceh, Papouasie occidentale, Salomon, Bougainville, Timor-Leste), le Moyen-Orient (Yémen, Syrie), ainsi que l’Europe (Pays basque, Bosnie-Herzégovine, Irlande du Nord), illustrant des degrés d’autonomie variés et des relations hétérogènes avec les États. Cette approche permet d’identifier les mécanismes d’action et les opportunités institutionnelles, politiques et contextuelles qui fondent l’efficacité transformative de ces entités possédant une autonomie administrative formalisée.Trois contributions majeures structurent ce travail : la première, théorique, élabore une synthèse critique, intégrant constructivisme, approches critiques et gouvernance multi-niveaux, afin d’analyser les processus émergents de souveraineté négociée. La deuxième, empirique, met en lumière le pouvoir d’innovation institutionnelle des acteurs sub-étatiques, capables de concevoir des dispositifs adaptés à la réalité locale et, ce faisant, d’assurer la durabilité, la participation communautaire et la cohésion sociale dans le déploiement des politiques de désarmement. Enfin, la troisième contribution, méthodologique, propose une grille d’analyse opérationnelle des configurations et des modalités d’intervention.L’architecture argumentative de la thèse alterne fondations conceptuelles, analyse des structures institutionnelles et exploration des mécanismes empiriques à l’œuvre, jusqu’à la théorisation de modèles hybrides entre gouvernance et souveraineté partagées. Sont ainsi analysées les configurations où décentralisation, vides d’autorité étatique et spécificités des contextes postconflit favorisent l’essor de ces acteurs en tant que véritables co-constructeurs de la sécurité internationale. Les résultats démontrent qu’au-delà de leur rôle complémentaire, les acteurs subétatiques sont à l’origine de mutations paradigmatiques de l’autorité politique : ils articulent de nouvelles légitimités, génèrent des innovations organisationnelles et participent à la construction d’une sécurité participative et contextualisée, alternative aux modèles descendants et standardisés.Par l’identification de trois configurations d’opportunités (institutionnelle, politique, contextuelle) explicatives de leur efficacité, ce travail conforte la nécessité d’intégrer davantage ces acteurs dans la conception et la conduite des politiques de désarmement, mais aussi dans les analyses futures sur la sécurité internationale plus généralement. L’apport substantiel consiste ainsi à déplacer le regard des seules structures étatiques, régionales ou internationales vers la pluralité des acteurs institutionnalisés et la dynamique relationnelle qui redéfinit la souveraineté contemporaine : loin de constituer un simple ou éventuel transfert de compétences, la participation des acteurs sub-étatiques instaure une souveraineté négociée, productrice de légitimités multiples et adaptée à un ordre international contemporain en mutation.