Notion fondamentale en droit patrimonial de la famille, l'industrie personnelle peut sans doute paraître aussi ancienne que l'humanité. Renvoyant généralement à la force de travail déployée de celui dont elle émane, que l'on nommera « industrieux », cette notion n'est pourtant pas dénuée d'intérêts. Si classiquement l'industrie personnelle se trouve être la bascule vers un droit à créance de l'industrieux, l'interprétation qui en est faite par les juges crée parfois un sentiment profond d'injustice en pratique. Il est vrai que l'époux industrieux marié sous le régime légal actuel ne pourra se voir reconnaître une créance au titre d'un enrichissement injustifié, pas plus qu'un droit à récompense ne sera octroyé au profit de la communauté. Pourtant, son voisin indivisaire, lui, sera indemnisé pour la même force de travail ainsi déployée sur un bien indivis. Dans cette perspective, se pose inévitablement la question de la cohérence du traitement de l'industrie personnelle en droit patrimonial de la famille. S'interroger sur cette notion pour y apporter de véritables solutions concrètes ne constitue pas une invitation à envisager des questionnements d'ordre purement théorique. Bien plus qu'il n'y paraît, en effet, l'industrie personnelle s'impose comme un objet d'étude éminemment actuel tant cette notion porte avec elle des interrogations pratiques. Cette réalité juridique s'observe à bien des égards. Parce qu'elle se définit comme le déploiement d'une force de travail, l'industrie personnelle se trouve directement confrontée à d'autres branches du droit telles que le droit rural, le droit du travail ou encore le droit des affaires. Cette véritable confrontation permet de révéler l'importance que revêt la notion même d'industrie personnelle. Une telle constatation se trouve par ailleurs confortée par ses implications pratiques au sein du couple. Si elle touche, comme il a pu être démontré, les époux et les indivisaires, elle s'intéresse également aux partenaires liés par un pacs, mais aussi aux concubins notoires. S'il apparaît désormais essentiel de déterminer l'incidence de ces modes de conjugalité sur la notion d'industrie personnelle, elle tend, de surcroît, à envisager les limitations découlant du régime choisi par les membres du couple. Au-delà de cette affirmation et puisque toute personne physique a vocation à perdre la vie, son importance certaine en matière de droit des successions et libéralités doit faire l'objet d'une attention particulière. En définitive, si l'appauvrissement provenant du déploiement de la force de travail sans contrepartie par l'industrieux peut en réalité concerner tout sujet de droit, il n'apparaît alors plus nécessaire de se questionner sur l'importance d'y consacrer une étude. Plus que jamais, les professionnels du droit et plus encore la pratique notariale, se heurtent à cette réalité juridique. Dès l'instant où un déséquilibre patrimonial se crée, la liquidation des intérêts patrimoniaux de l'industrieux suggère de se mobiliser sur cette notion d'industrie personnelle. Faute d'étude consacrée sur ce sujet, le praticien pourrait se trouver fort démuni. Autant d'éléments qui permettent, dès à présent, d'étayer ce raisonnement. Ainsi, la nécessité de dédier une analyse approfondie sur la notion d'industrie personnelle se justifie pleinement, à l'heure où, assurément, une liquidation interviendra, que l'union se solde par un divorce ou que la problématique se pose notamment lors du règlement de la succession. La présentation actuelle de l'industrie personnelle en droit patrimonial de la famille marquée par des divergences doctrinales fortes doit donc s'éclipser au profit d'une conception claire et cohérente de la notion, dissipant par ricochet les incertitudes qui l'entourent.