Juger l’administration. D’emblée la tâche s’avère ardue, relevant d’un défi tant par la nature même de l’institution que par les déséquilibres structurels du procès administratif. Qui est cette administration, dont l’action, souvent revêtue de privilèges exorbitants, échappe en partie aux règles du droit commun ? Et quel juge sera à même de tenir en respect une puissance publique dont les prérogatives, historiquement renforcées, menacent constamment l’équilibre des armes juridictionnelles ? Le contentieux de la légalité place ainsi le juge face à une double exigence. D’un côté, il doit dépasser les rigidités d’un procès inégal par essence, où l’administration forte de sa légitimité d’action dispose d’une position dominante. De l’autre, il est confronté à un droit en pleine mutation rendu d’autant plus complexe par les contraintes de l’européanisation et de la globalisation. Dans ce contexte et alors que la mission est similaire des deux côtés de la Manche, le juge ne saurait se contenter d’une méthode unique, figée dans des schémas traditionnels. Il lui faut au contraire mobiliser un arsenal méthodologique diversifié, mêlant pragmatisme et pédagogie. L’office du juge administratif ne se réduit donc pas à une simple application mécanique des règles. Il suppose une adaptation permanente, une capacité à rééquilibrer les forces en présence tout en préservant le bien-fondé de l’action administrative. Entre rigueur juridique et souplesse interprétative, c’est toute la dialectique du contrôle qui se joue : celle d’un juge qui, loin de se borner à sanctionner, construit activement les conditions de la Justice