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La place de la controverse dans les études du politique

Appel à contribution

La place de la controverse dans les études du politique

Appel à contributions pour le colloque IDEP 2017

Date limite le jeudi 13 juillet 2017

 

Qu’y a-t-il de commun entre les controverses politiques ou juridiques (par exemple sur la laïcité, sur la réforme des institutions), philosophiques (sur la question de la dignité, sur le respect de l’autonomie, etc.) ou scientifique (par exemple le débat au sujet du réchauffement climatique ou des OGM) ? Quel sens y a-t-il à mettre sur un même plan des événements aussi différents que, par exemple, la controverse de Valladolid au XVI e siècle (sur le statut des Amérindiens), la controverse autour du droit de mentir opposant Constant à Kant à la toute fin du XVIIIe siècle, la controverse autour de la génération spontanée entre Pouchet et Pasteur au XIXe siècle, ou la controverse entre Hayek et Keynes, au début des années 1930, sur les causes des fluctuations économiques. A priori, ces formes de conversation collective n’ont de commun que le nom tant elles diffèrent non seulement par leurs sujets mais aussi par leurs formes d’argumentation (plus ou moins abstraites ou passionnées, plus ou moins empiriquement fondées et rationnellement organisées), les acteurs qui s’y trouvent impliqués et les contextes historiques qui les ont accueillies. Toutefois, dans ce colloque, nous posons l’hypothèse qu’il existe une forme de continuité et de transversalité entre elles.

A côté d’un usage systématique de la notion de controverse, marqué par une forme d’inflation occurentielle - notion la plupart du temps synonyme de débat ou de polémique[1]- on peut retrouver dans la littérature la trace d’un usage plus scientifique introduit par la sociologie des controverses au croisement des Science studies et de la sociologie pragmatique.

Dans le sens commun politologique, elle est le plus souvent utilisée comme un traceur permettant de reconstituer des logiques d’acteur et de position et est présentée comme une arène que des acteurs politiques, médiatiques etc. investissent et au sein de laquelle, en fonction de leurs propriétés sociales respectives, ils investissent des capitaux spécifiques en vue d’un gain matériel ou immatériel [2]. Dans le prolongement de cette approche, mais également en s’en distanciant, notre colloque examinera également la possibilité de logiques de controverse relativement autonomes par rapports aux logiques d’acteurs. En particulier, on verra de quelle manière il est possible d’appréhender les controverses sans nécessairement les réduire à des occasions ou opportunités offertes à des acteurs stratèges. Ce faisant, il s’agira d’aborder la controverse - et les conjonctures critiques spécifiques qui la caractérisent ou la tension sémantique qui lui est propre - pour elle-même et non pour ce qu’elle est censée refléter ou dissimuler.

Nous proposons d’organiser notre colloque autour de deux axes :

1) Le premier axe privilégiera une dimension discursive et mobilisera plutôt des travaux de philosophie attachés à reconstituer les termes d’une délibération en contexte de crise, d’incertitude ou de confrontation à l’indécidable. Par exemple, l’accent pourra être mis sur les controverses relevant du domaine de l’éthique, et notamment de l’éthique médicale et/ou soignante, en privilégiant des analyses philosophiques de notions qui font problème de manière cruciale dans le monde du soin (par exemple la technoscience, la relation médecin-malade, l’organisation des soins et l’injonction managériale etc.) et des grands auteurs de philosophie morale contemporaine comme Hans Jonas, Paul Ricoeur ou Emmanuel Lévinas.

2) Le deuxième axe visera à opérer un travail de contextualisation des discussions théoriques dans une perspective à la fois sociologique et historique. Ainsi, en mobilisant des approches d’histoire et de sociologie des idées, il s’agira en particulier d’évaluer la place respective des acteurs (positions, valeurs, intérêts) et des idées (notamment à travers les croyances et les arguments). Ce faisant, on posera entre autres les questions suivantes : la déconstruction des situations de tension et de dispute propres aux controverses suppose-t-elle de dépasser les approches idéelles (et la réification par les idées qu’elles impliquent) en reconstruisant les contextes pratiques et les acteurs en lutte ? Quels rapports les prises de parole entretiennent-elles avec les prises de position et donc avec les positions d’acteurs concrets ?

L’enjeu de ce colloque consistera non pas à juxtaposer mais bien à articuler ces deux axes.

Plus précisément, on privilégiera autant que possible un pluralisme méthodologique en associant pour chaque objet de controverse une approche philosophique ou juridique et une approche de sciences sociales (science politique, sociologie, économie).

 

Calendrier :

13 juillet 2017 : date limite d’envoi des propositions de communication (5000 signes maximum définissant un terrain, un cadre analytique et une méthodologie)

31 octobre 2017 date limite de réception des textes des communication (35 000 signes maximum)

Colloque organisé les 18 et 19 décembre 2017

Les propositions et communications doivent être adressées à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Comité d’organisation :

Hamida BERRAHAL, responsable administrative du LIPHA Paris-Est, UPEC

Yves Palau, MCF HDR en science politique, LIPHA Paris-Est, UPEC

Marie-Ange PAQUITA, responsable administrative du LIPHA Paris-Est, UPEM

David Smadja, MCF en science politique, LIPHA Paris-Est, UPEM

Sylvie THORON, PR en économie, Lipha Paris Est, UPEC

 

Comité scientifique :

Yves de CURRAIZE, MCF en Economie, au LIPHA Paris-Est, UPEC Eric FIAT, PR en philosophie, au LIPHA Paris-Est, UPEC

Dominique GLAYMANN, PR en sociologie, Université d’Evry Val d’Essonne, Centre Pierre Naville, membre associé au LIPHA Paris-Est

Laurent Godmer, MCF en science politique, LIPHA Paris-Est, UPEM

Emile KENMOGNE, PR en philosophie, LIPHA Paris-Est, Université de Yaoundé 1

Stephen Launay, MCF HDR en science politique, LIPHA Paris-Est, UPEM

Véronique LEFEBVRE-DESNOUETTES, Docteur en philosophie pratique, LIPHA Paris-Est, UPEM

Sergiu MISCOIU, MCF HDR en science politique, LIPHA Paris-Est, Université de Cluj-Napoca

Leila NADJI, doctorante au LIPHA Paris-Est, UPEM

Corine PELLUCHON, PR en philosophie, LIPHA Paris-Est, UPEM

Xavier PONS, MCF en sciences de l’éducation, LIPHA Paris-Est, UPEC

Bertrand QUENTIN, MCF HDR en philosophie, LIPHA Paris-Est, UPEM



[1] . Trésor de la langue française : “Discussion argumentée, contestation sur une opinion, un problème, un phénomène ou un fait ; ensemble des éléments divergents ou contradictoires du débat. ». Construit à partir de controversia, le mot suppose l’existence d’« un antagonisme fort entre deux parties », Cyril Lemieux, « A quoi sert l’analyse des controverses, Mil Neuf Cent, n° 25, 2007, p. 201.

[2] . Pour un exemple de ce type d’approche, voir la section thématique du prochain Congrès de l’AFSP qui s’intitule : « Controverses et jeu politiques » sous la direction de P. Aldrin et N. Hubé.



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Laboratoire Interdisciplinaire d'Études du Politique Hannah Arendt de Paris-Est