Les 192 Etats membres de l'ONU ont ratifié la Déclaration Universelle des droits de l'homme de 1948. En le faisant, chacun des Etats a pris l'engagement formel de se constituer en « société démocratique » conformément à l'article 29(2). Mais, ce séduisant consensus mondial n'était malheureusement qu'une parure derrière laquelle se logeaient bon nombre de sujets de discorde dont, la signification de « société démocratique ». Controverse prenant sa source dans ce que « démocratie » fait partie de ces mots que Jean Michel FAVRE qualifie de vagues, ambiguës et dont les limites de la signification sont imprécises. En effet, si les actualités politiques dans le monde pourraient nous pousser à la tentation de partager l'assertion qui définit la démocratie « comme le nom pompeux de quelque chose qui n'existe pas », il demeure que la démocratie est vivante. Elle a même une « signification historique et sémantique (
) qui ne trompe pas ». Comme le disait Alain de Benoist, « la démocratie c'est au sens propre, le pouvoir du peuple. Mais cela peut être entendu de manières toutes différentes. Le plus raisonnable semble alors de s'en tenir à l'approche historique, qui consiste à considérer que la véritable démocratie est avant tout le système politique mis en uvre dans l'antiquité, par ceux qui en inventèrent tout à la fois, la chose et le mot ». En faisant une connexion avec une pensée plus récente, on peut convenir d'entame que la démocratie est « la capacité de tous à s'autodéterminer majoritairement et librement ». Sauf que cela n'a pas empêché que la dispute doctrinale prenne une ampleur telle, que certains discours iront jusqu'à affirmer l'inaptitude atavique de certains peuples de la planète, notamment ceux du tiers-monde, à pratiquer la démocratie. En partant du postulat qu'une population réputée misérable, souffrant d'inégalités criardes, ressentirait des besoins plus pressants que celui de la démocratie. C'est dans cet ordre d'idées que le Professeur Maurice Duverger va déclarer : « Si le suffrage universel est établi dans les pays peu développés techniquement, il ne peut pas y fonctionner véritablement ». Ce qui induirait selon cet auteur, qu'il existe un lien entre le développement et la démocratie. Mais là, la démocratie ne serait pas interdite, elle serait juste postposée. Emboitant le pas à cet auteur, certains courant doctrinaux parlant du continent africain, y ont vu le piétinement démocratique comme une fatalité, dictée par la conception traditionnelle du pouvoir, imposée par les exigences du développement et de la construction de l'Etat. Ici encore, on pourrait penser à juste titre que ce n'est qu'une question de temps, pas de nature impropre. Ce d'autant que même loin de l'Afrique, le sort de la démocratie, n'est pas toujours plus reluisant. Si depuis 1991 en Russie, le suffrage universel direct est la base de l'élection à la fois des Députés à la Douma d'Etat et de celle du Président de la Fédération de Russie, il ne demeure pas moins que la démocratie russe est sujette à soubresauts. Des exemples analogues peuvent être trouvés partout sur tous les continents. L'Europe même n'étant pas en reste avec ce qui se développe en Hongrie par exemple. Le fait est que, les « chemins constitutionnels » empruntés par la majorité des Etats sont tous pavés de bonnes intentions démocratiques, proclamées. C'est la réalité qui est toute autre, voire tout le contraire. La justification parfois donnée à cette réalité est celle de l'impérialisme idéologique. La démocratie étant alors accusée d'être le cheval de Troie du libéralisme occidental. On en est déjà aujourd'hui à réfléchir au sujet de la « démocratie (dite) illibérale ». C'est en effet cette tension entre la société démocratique comme norme énoncée, et la démocratie qui est réellement appliquée qui est au cur de notre réflexion. Car si la déclamation démocratique est autant répandue, il doit bien y avoir un noyau dur ou souple - comme nous le verrons par la suite - qui soit commun à tous, tout autant que la sémantique.