Cette thèse propose un parcours d'interprétation de l'architecture des "églises modernes" en France, dans l'herméneutique de leur temps et leur environnement européen, au travers de 7 thèses convergentes, un faisceau d'indices. [1] En un temps marqué par le fonctionnalisme, l'accent pour la conception des lieux de culte, est désormais placé, par les commanditaires, sur la Liturgie als Bauherr/in, la fonction liturgique de l'édifice pour la participatio actuosa donc sur l'agencement intérieur, fruit de l'action du "mouvement liturgique". D'où un relatif désintérêt pour l'architecture, mais aussi une large confiance faite aux maîtres d'œuvre. Ce débat a parfois estompé les autres attentes de la société envers les lieux de culte en un temps de sécularisation grandissante. [2] Ce relatif désintérêt pour l'architecture s'exprime par un détachement croissant, par rapport à tout style architectural traditionnellement associé aux églises. Cette rupture, aux ramifications socio-culturelles profondes, s'exprime par le rejet d'une verticalité que la forme traditionnelle (avec le clocher) exprimait plus que toute autre ; d'où la disparition du corpus le plus vertical qui soit au sens symbolique, les églises patronales. Gagnées par l'horizontalité, les églises nouvelles expriment l'analyse de l'impossibilité, pour l'institution, de s'exprimer visuellement par cette forme traditionnelle (voire même par tout langage propre à sa tradition) – avant de tenter d'en reconquérir, à partir des fondamentaux, de nouvelles expressions post-modernes. [3] En lien avec une volonté de redécouverte des valeurs de la "primitive Église", un fort parti pris de dépouillement, de simplicité, de pauvreté, sincérité, de vérité, qui conduira à un détachement, puis un rejet, du décor traditionnel des églises. D'où, après deux générations de "renouveau de l'art sacré", sa quasi éclipse, aussi brutale qu'inattendue, avant une timide renaissance. [4] Le choix résolu des nouvelles solutions techniques de l'ère industrielle, des nouveaux matériaux, marque de modernité, langage expressif et à soi seul décoratif. Mais, dans certaines de ses déclinaisons (brutalisme), l'exubérance créatrice des ingénieurs et des architectes, exprime des audaces, des structures formelles et intellectuelles dont le résultat put être perçu comme peu cohérent avec ces valeurs. [5] La grande convergence, dans le parti pris extérieur, dans l'aménagement intérieur et le décor, entre églises catholiques et édifices cultuels protestants. Ce point aussi a fait polémique en France en particulier, du moins "dans l'intérieur" ; là où le protestantisme n'est pas historiquement minoritaire, c'est très frappant. [6] Une périodisation forte et rapide, caractéristique de l'accélération des changements sociaux caractéristique de la modernité, exprime la répercussion, dans les communautés religieuses commanditaires, avec une dimension parfois sensiblement accentuée, des crises, retournements, des évolutions socio-culturelles, sociétales, de leur temps. La rupture polysémique des « années 68 » est spécialement marquée, documentée, exprimée durablement dans les églises nouvelles. [7] Un effet de miroir inversé entre l'Europe du bassin versant du Rhin d'une part, creuset précurseur et aile marchante de la modernisation des programmes et pratiques dans notre domaine ; et l'Europe centrale et orientale d'autre part, qui en a été coupée par des régimes totalitaires et leur projet d'extinction graduelle de tout culte concurrent. Quand la construction d'églises y a été possible, elle s'est inscrite en résonance forte (parfois délibérément inverse) de ce qui se faisait à l'Ouest au même moment. Il y a, dans ces pays, une architecture religieuse vigoureuse de la période (1975-1990, et ensuite) où il n'y en a quasiment plus chez nous. La continuité du courant de création de églises contemporaines effectue forcément un détour vers l'autre poumon du continent