Présentation de l’éditeur
Depuis l’explosion sociale d’octobre 2019, les digues constitutionnelles héritées de la Constitution adoptée sous Augusto Pinochet semblaient avoir sauté au Chili. En effet, 30 ans après le retour de la démocratie, les conditions semblaient enfin réunies pour un changement de Constitution. Le pays a, ainsi, vécu pendant trois ans au rythme des référendums et des travaux d’une assemblée constituante chargée de rédiger le nouveau texte constitutionnel. Aux premiers abords, ce processus constituant se présentait comme l’un des plus démocratiques, égalitaires et inclusifs jamais mis en place dans l’histoire mondiale. Le peuple était associé à chaque étape de la procédure, de son lancement et de la désignation des membres de l’assemblée constituante jusqu’à la rédaction du texte et la ratification du projet final. La composition de l’assemblée constituante, première assemblée paritaire dans le monde, avait aussi retenu l’attention. Pourtant, le 4 septembre 2022, 62 % des Chiliennes et des Chiliens se sont exprimés contre le projet de nouvelle Constitution. Le choc est brutal. Il tient à l’ampleur d’un rejet non anticipé mais aussi, et surtout, à l’apparente contradiction qu’il manifeste avec le souhait exprimé deux ans plus tôt par ce même peuple qui, à l’occasion du premier référendum constituant, s’était prononcé à 78 % en faveur d’un changement de Constitution. Et que dire alors de ses suites et de l’épilogue du 7 mai 2023 ? Au sein des nouvelles instances chargées de proposer un nouveau projet de Constitution, c’est le Parti républicain, classé à l’extrême droite de l’échiquier politique chilien, qui devait finalement peser sur le futur texte constitutionnel. Après la stupéfaction, place à l’analyse : cet ouvrage revient sur le processus constituant initié au Chili en octobre 2019 afin de l’examiner sous un double regard à la fois critique et objectif en vue d’analyser les raisons du rejet, les ressorts de sa réactivation et ses probables suites.
Sommaire
Hubert Alcaraz et Carolina Cerda-Guzman
Propos introductifs
Partie 1. Les freins au processus et aux projets de Constitution
Pierre Cambot
L’estallido social et les infortunes du processus constituant au Chili
Lucie Jacquet
Analyse de l’unité du peuple chilien et de ses conséquences sur l’échec du processus constitutionnel
Raphaël Reneau
Les réticences à l’État de droit social
Grandeurs et misères de l’État de droit social dans le Chili contemporain
Nuria Reche Tello
La représentation politique des femmes au Chili à l’épreuve des processus constitutionnels récents
Partie 2. Les leçons du processus constituant
Flavio Quezada Rodríguez
Ce qu’il fallait garder du premier projet de Constitution
Zérah Brémond
L’opposition aux droits des peuples autochtones de Canberra à Santiago
Marthe Fatin-Rouge Stefanini
La participation populaire aux processus constituants ou la vaine quête d’une société parfaite
Luis-Miguel Gutierrez
Relativiser l’expression du peuple constituant pour sortir du piège plébiscitaire
Brèves réflexions à partir du cas chilien
François Julien-Laferrière
Conclusions générales