Cette thèse analyse les interactions entre les notions de « chasse » et de « bien-être animal », en cherchant à dépasser leur apparente antinomie. L’objectif a été de déterminer si, à travers l’application de certains critères d’analyse, une convergence entre ces deux notions pouvait être établie. Les recherches reposent sur une double approche, distinguant le bien-être de l’animal en tant qu’individu, du bien-être des espèces. Le bien-être animal est d’abord appréhendé à l’échelle individuelle pour les animaux sauvages, considérés juridiquement comme res nullium, ensuite à celle des animaux appropriés, définis en droit comme res propriae concernés par les activités de chasse. Pour l’animal sauvage, le droit ne mentionne que rarement la notion de bien-être, mais l’intègre implicitement via les dispositions relatives à l’encadrement des pratiques cynégétiques et des activités connexes à la chasse. Le bien-être se retrouve dans l’exigence liée à la limitation des douleurs et souffrances infligées aux animaux, notamment par la recherche d’une mise à mort rapide et efficace. L’interdiction de certaines armes ou munitions participe également de cette logique qui cherche à éviter aux animaux des blessures non létales. Ainsi, la limitation des douleurs et souffrances apparaît comme le critère central de la modernisation du droit de la chasse en France. La thèse propose d’instaurer, à la charge du chasseur, une « obligation symbolique de moyens », concept tiré du droit privé, dans l’optimisation du bien-être animal, fondée sur la diligence et la compétence, appuyée par un renforcement de la formation cynégétique et des contrôles. S’agissant de l’animal approprié, la reconnaissance de sa sensibilité constitue le socle des obligations de protection. Le régime applicable repose sur la prévention des douleurs et souffrances inutiles ainsi que sur la satisfaction des besoins fondamentaux, y compris pour les animaux employés comme auxiliaires de chasse. La thèse envisage prospectivement l’élaboration d’un statut sui generis de l’animal pour mieux concilier protection animale et gestion cynégétique. La notion de bien-être est ensuite étendue à l’échelle collective des espèces. La reconnaissance du bien-être animal s’exprime directement par la protection juridique des espèces. Le droit international a progressivement évolué d’une approche utilitariste vers la reconnaissance de la « valeur intrinsèque » des espèces, consacrant un véritable droit de la conservation. Le droit international a également introduit la notion d’ « utilisation durable » des espèces, imposant une régulation fondée sur des données scientifiques robustes. À l’échelle nationale, la gestion cynégétique s’inscrit dans cette dynamique, en veillant à la compatibilité des prélèvements avec le renouvellement des populations. La thèse souligne la nécessité d’une harmonisation des statuts et des régimes juridiques qui en découlent, afin de garantir une meilleure cohérence, notamment par l’élargissement du dispositif de gestion adaptative des espèces. La reconnaissance du bien-être des espèces s’effectue aussi indirectement par la préservation des écosystèmes. Les chasseurs y jouent un rôle central en participant à la protection de la biodiversité, à la restauration des habitats et à la surveillance sanitaire des maladies. Dans cette perspective, la thèse révèle l’intérêt du développement d’un système de surveillance sanitaire syndromique, susceptible de détecter précocement les menaces sanitaires émergentes pour favoriser un bien-être global. La thèse invite ainsi à envisager la chasse non comme une activité antinomique au bien-être animal, mais comme un instrument potentiel de sa réalisation, au service d’une éthique renouvelée des relations entre les êtres humains, les animaux et leur environnement.