La République dominicaine et Haïti partagent l'île de La Hispaniola, séparée par une frontière terrestre de près de 392 km, dont 40 % est constituée de ressources hydriques. Malgré des différences culturelles, linguistiques et institutionnelles, les deux nations sont liées par cette frontière commune, espace à la fois de tensions et d'opportunités. L'eau, ressource abondante mais inégalement répartie et menacée par le changement climatique, se trouve au cur des enjeux frontaliers. Quatre rivières transfrontalières Massacre/Dajabón, Artibonite, Los Lagos et Pedernales constituent des eaux internationales et devraient être gérées de manière conjointe et durable. Or, l'absence d'un cadre consolidé de coopération hydrique entre les deux États accentue les tensions, comme l'a illustré le différend autour de la rivière Massacre depuis 2021, entraînant la fermeture temporaire de la frontière et mettant en évidence la fragilité des mécanismes existants. La Table Hydrique Binationale, initiative récente sous l'égide de la Commission Mixte Bilatérale, vise à instaurer une gouvernance conjointe et à créer un cadre juridique de coopération, mais demeure embryonnaire. L'objectif de cette recherche doctorale est de comprendre et d'analyser la question de la gestion des eaux partagées entre Haïti et la République dominicaine à la lumière du droit international de l'eau, tout en proposant des voies de coopération renforcée dans le domaine hydrique. L'étude ambitionne de démontrer que l'eau peut être pensée non seulement comme une limite frontalière, mais également comme un lien favorisant la paix, le dialogue et le développement durable. Sur le plan juridique, la délimitation frontalière repose sur une série de traités historiques, notamment le Traité de Ryswick (1697), le Traité d'Aranjuez (1777) et surtout les accords de 1929 et 1936 qui fixent les limites actuelles. L'article 10 du Traité de 1929 consacre le principe d'usage « juste et équitable » des rivières et interdit tout ouvrage altérant leur cours naturel. Ce principe, précurseur du droit international moderne de l'eau, réapparaît dans la Convention sur la protection et l'utilisation des cours d'eau transfrontières de 1992, devenue instrument global en 2016. La République dominicaine est actuellement en processus d'adhésion à cette Convention, ce qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de coopération. Le droit international de l'eau repose sur des principes clés : utilisation équitable et raisonnable, obligation de ne pas causer de dommages significatifs, devoir d'information et de consultation préalable. Ces principes sont également alignés avec les Objectifs de Développement Durable, en particulier l'ODD 6.5 relatif à la gestion intégrée des ressources en eau, qui encourage la coopération transfrontalière d'ici 2030. La recherche mettra aussi en évidence la dimension humaine et sociale de la frontière. L'eau y est une ressource vitale pour les populations locales, particulièrement pour les femmes, principales responsables de l'approvisionnement domestique et communautaire. L'intégration des femmes dans la gouvernance de l'eau représente donc un levier essentiel de durabilité et d'égalité. La frontière ne doit pas être perçue comme une ligne de séparation ou un mur tel que celui en construction depuis 2021 côté dominicain mais comme un espace de vie transfrontalier, un « bassin de vie » où se nouent des échanges, des solidarités et des interdépendances. La méthodologie reposera sur l'étude de textes juridiques, archives et traités, mais aussi sur des missions de terrain permettant d'analyser la réalité humaine et environnementale de la frontière. Les résultats attendus se déclinent en plusieurs volets : 1. Retracer la genèse et l'évolution de la frontière dominico-haïtienne, en mettant en lumière la place centrale de l'eau. 2. Situer la problématique dans le cadre du droit international de l'eau et des engagements multilatéraux actuels. 3. Proposer des pistes pour une gestion intégrée et durable des ressources hydriques transfrontalières, contribuant