Il existe aujourd'hui 37 régimes de retraite différents en France, dont 15 régimes spéciaux qui suivent des règles différentes de celles des régimes généraux. Ces régimes spéciaux peuvent être divisés en trois grands groupes : les régimes de la fonction publique (fonctionnaires, militaires, etc.), les régimes d'entreprises et d'établissements de service public auxquels sont rattachées les industries électriques et gazières (IEG), et d'autres régimes de moindre importance en nombre de bénéficiaires (régime des cultes d'Alsace-Moselle, régime des personnels de l'Opéra de Paris, de la Comédie-Française, etc.). Ces régimes, considérés par beaucoup comme des régimes « privilégiés », ont été créés en l'absence d'une législation de protection sociale publique généralisée dès le XIXe siècle. La dimension avant-gardiste, pionnière, de ces dispositifs de protection sociale a été soulignée de nombreuses fois dans l'historiographie. Cependant, depuis quelques années, ces régimes sont de plus en plus contestés, et comme l'a annoncé le Premier ministre Édouard Philippe lors de la réforme des régimes de retraite de 2019, « le temps du système universel est venu, celui des régimes spéciaux s'achève ». Un tournant historique de l'histoire de la protection sociale française a été acté par la réforme des retraites de 2023 avec la fermeture de cinq régimes spéciaux, dont celui des IEG. Déjà en 2007, un travail d'historien avait été commandé par la nouvelle Caisse Nationale des IEG à Jean-Pierre Williot et Alain Beltran pour expliquer l'histoire des caisses de retraite des IEG dans le cadre de la réforme structurelle et financière du régime des retraites en 2004-2005. Cette thèse a pour ambition de servir de base de travail tout au long de son écriture, mais aussi de document pédagogique et de synthèse sur les évolutions passées, présentes et les pistes d'études à venir de ce système de retraite qui illustre la culture et l'histoire sociale de la branche des IEG dans leur diversité à la fois démographique et géographique. Parmi les 155 entreprises de la branche des IEG, on retrouve EDF SA qui représente 44,6 % des 136 300 cotisants de la branche, jusqu'aux producteurs et distributeurs indépendants. Compte tenu des évolutions historiques des industries électriques et gazières, les questionnements d'EDF SA concernant à la fois la santé financière et sociale de la branche des employeurs des IEG, mais aussi sa propre durabilité dans le temps en tant qu'acteur majeur de l'électricité, sont à analyser avec un recul historique pour envisager des études prospectives. L'argument historique du maintien d'un système spécifique aux IEG malgré la création d'un système général après la Seconde Guerre mondiale repose non seulement sur la préexistence organisée de systèmes de retraite dans les IEG, mais aussi sur une reconnaissance de la pénibilité des métiers de ces industries. Si le régime spécial des retraites s'est pérennisé jusqu'à maintenant, il est nécessaire de rappeler que sa création fut l'objet de débats dès 1946, et dérogatoire au projet de système général des retraites de 1945 qui portait un principe de régime universel de sécurité sociale. La réforme de 2023 mettant fin au système spécial de retraite et donc de fait aux possibilités d'anticipation de la retraite des agents des IEG embauchés depuis le 1er septembre 2023, cette thèse doit permettre d'explorer quelques pistes de réflexion concernant l'avenir du cadre social de cette nouvelle catégorie d'agents statutaires, ainsi que l'avenir financier d'un régime condamné à l'extinction.