Présentation de l’éditeur
Dans un système démocratique et sécularisé, la fiction la plus essentielle au système juridique est celle du juge – une « puissance en quelque sorte nulle » et simple « bouche de la loi », pour reprendre les termes de Montesquieu. Seule cette conception mécaniste du droit permet de conserver une continuité depuis le commandement énoncé par les représentants du peuple jusqu’à son application aux sujets de droit.
La majorité des juristes, aujourd’hui encore, continuent ainsi à faire comme si le droit « disait » ceci ou « voulait » cela, opposant son caractère neutre, objectif et statique, au discours politique, partisan, passionné et mobile. Depuis le XIXe siècle, pourtant, de nombreux auteurs ont mis en lumière les faiblesses sur lesquelles repose cette construction. Il ne s’agit pas, pour ces approches diverses dont nous esquissons ici un panorama, de critiquer tel ou tel système juridique particulier ni de faire un inventaire de dysfonctionnements récurrents, mais de mettre en lumière les impensés du droit. C’est ainsi, en effet, que l’on peut percevoir les effets du droit sur les grandes questions contemporaines – celles du genre et du racisme en particulier.
Sommaire
Introduction
Antoine Corre-Basset
Les critiques internes (XIXe-XXe siècles)
Critique du droit, conflit des facultés et socialisme (milieu du XIXe siècle-1914)
Guillaume Richard
Le réalisme américain comme critique du droit
Pierre Brunet
Les Critical Legal Studies : une entreprise radicale de « déjustification »
Vincent Réveillère
De nouveaux prismes critiques ?
L’approche féministe du droit
Marie-Xavière Catto
Les Critical Race Theory. Aperçu d’un courant
Lionel Zevounou
Regards externes sur le droit (sociologie et anthropologie)
Les sources juridiques d’une sociohistoire critique du travail (France XIXe-XXe siècle)
Claude Didry
Les élites ont-elles un rapport spécifique au droit et aux règlements ?
Charles Bosvieux-Onyekwelu
Science and Technology Studies et sociologie du droit : examen d’un croisement fécond à partir de l’exemple de la médecine légale
Romain Juston Morival