Présentation
Dans un contexte de régression démocratique marqué par la montée des inégalités sociales, l’urgence écologique, les dérives autoritaires, les bouleversements technologiques, mais aussi le rejet de l’altérité et le repli identitaire, la question du lien social se pose avec une acuité renouvelée. Si la démocratie repose sur la participation active des citoyen·nes et la responsabilité collective, force est de constater l’essor de formes d’indifférence qui mettent en péril l’idée même de « faire société ».
L’indifférence n’est pas qu’un phénomène psychologique ou individuel : elle s’inscrit dans des structures politiques, juridiques, économiques et culturelles. Elle peut être le résultat d’un sentiment d’impuissance, d’un excès de sollicitations ou encore d’une perte de confiance dans les institutions. Elle peut également être favorisée — ou dissimulée — par des dispositifs (institutionnels ou numériques) qui déresponsabilisent les individus et diluent les responsabilités. À l’inverse, elle peut être instrumentalisée comme levier de gouvernement, voire comme matrice d’un glissement vers des formes d’illibéralisme.
Lors de cette journée d’étude qui réunira chercheurs et chercheuses de différentes disciplines de SHS mais aussi des artistes, il s’agira d’interroger les formes contemporaines de l’indifférence, ainsi que leurs effets sur le devenir démocratique de nos sociétés. L’objectif est de comprendre comment se fabrique - ou se défait - le lien social dans un monde où l’individualisme et la saturation informationnelle coexistent avec des appels constants à la mobilisation, et où l’indifférence collective contraste avec le constat d’une interdépendance accrue des individus.
Deux moments structureront la journée :
La matinée sera consacrée aux « Fabriques institutionnelles de l’indifférence » : on s’intéressera ainsi aux mécanismes qui fabriquent ou encouragent l’indifférence - dans le droit, les politiques publiques, les pratiques numériques, les discours médiatiques – mais aussi aux différents domaines dans lesquels ces mécanismes peuvent être observés (migrations, questions de genre, climat, réseaux sociaux, relations internationales).
L’après-midi, intitulée « Résistances, réveils collectifs : comment restaurer le commun ? ». Il sera ici question de la manière dont certains acteurs ou institutions - chercheur.euses, militant·es, artistes - cherchent à raviver la capacité d’agir, de s’émouvoir, et de s’engager, et des moyens qui peuvent être mis en œuvre afin de repenser notre rapport au collectif.
Programme
Introduction
9h00 : Ouverture de la Journée d’Études
Benoît Auclerc, Maître de conférences en littérature, chargé de mission à la Culture, Université Lyon 3
9h10 : De quoi nos indifférences sont-elles le nom ? Quel impact sur nos démocraties ?
Gaëlle Marti, Professeure de droit public, Université Jean Moulin Lyon 3
Les « fabriques » institutionnelles de l’indifférence
Les rouages de l'indifférence
9h30 : Derrière son air d'indifférence, le droit. Symptômes juridiques des névroses sociales
Jeanne de Gliniasty, Maîtresse de conférences en droit public, Université Paris Nanterre
9h45 : Le droit, vecteur de l’indifférence à l’égard des « minorités de genre » ?
Edoardo Stoppioni, Professeur de droit public, Université de Strasbourg
10h00 : Discussion avec la salle
10h30 : Pause-café
Les ressorts de l’indifférence : silenciation, invisibilisation
11h00 : Projection du court métrage d’animation « Matin Brun » de Carlo Voegele
11h15 : Le projet illibéral : produire l’indifférence par la captation du langage
Franck Pavloff, Auteur de Matin Brun, Psychologue-expert auprès des tribunaux
11h30 : Donner à voir l’exclusion : quid du pouvoir de l’image à l’heure de la saturation médiatique ?
Antoine Boureau, Photographe, auteur de l'exposition Ada face à la violence d'État
11h45 : Discussion avec la salle
12h15 : Pause déjeuner
Résistances, réveils collectifs : comment restaurer le commun ?
Faire société autrement ?
14h15 : Résister à l’indifférence : empathie, limites de l’empathie, sollicitude et politique du soin
Johanna Lenne-Cornuez, Maîtresse de conférences en philosophie, Université Lyon 3
14h30 : Le droit, remède à l’indifférence produite par les réseaux sociaux ? L’exemple de la régulation du numérique
Bastien Savin, Doctorant contractuel, Université Lyon 3
14h45 : Discussion avec la salle
Résister, réempouvoirer
15h15 : Militer : antidote à l’indifférence ?
Grégoire Vauquois, Auteur, Metteur en scène
15h30 : Donner la parole aux invisibles pour réenchanter le vivre ensemble
Angélique Clairand, Co-Directrice du Théâtre du Point du jour, Metteuse en scène
15h45 : Reconnaitre nos interdépendances par-delà les frontières, pour une approche féministe et internationale des politiques publiques
Aurélie Gal-Régniez, Directrice exécutive d’Équipop
16h00 : Discussion avec la salle
16h30 : Clôture des travaux
Gratuit sur réservation
Ouvert à tous
Inscription à partir de début mai
Journée d'études organisée par la faculté de droit, Université Lyon 3 dans le cadre de la 5ème édition du festival international de théâtre universitaire MERAKI - "Nos indifférences", sous la direction scientifique de Gaëlle Marti, Professeure de droit public, Université Jean Moulin Lyon 3