Pierre-Yves Baudot

Professeur
Science politique.
Ecole de Science politique de la Sorbonne

Centre Européen de Sociologie et de Science Politique
  • THESE

    Événement et institution : les funérailles des présidents de la République en France (1877-1996), soutenue en 2005 à Paris 1 sous la direction de Philippe Braud 

  • Pierre-Yves Baudot, Clara Mautalent, Mickaël Jury, Célia Bouchet, En finir avec les idées fausses sur le handicap, Éditions de l'atelier, 2025, En finir avec les idées fausses, 198 p.    

    "En France, plus d'une personne sur sept est en situation de handicap. Il est urgent de nommer les oppressions systémiques vécues par ces personnes du fait de leur handicap. Depuis les années 1960, des lois ont permis des améliorations, mais les inégalités persistent. En cause : lenteurs administratives, décisions prises par des personnes majoritairement valides, obstacles d'environnement. Cet ouvrage veut rappeler l'importance de politiser le handicap. Lorsque les personnes en situation de handicap participeront aux décisions, lorsqu'elles ne seront plus contraintes à l'anticipation constante, lorsqu'on cessera de survaloriser leur courage ou de les stigmatiser, on pourra considérer que le validisme ordinaire a reculé et qu'on aura pris le chemin d'une société inclusive."

    Pierre-Yves Baudot, Anaïs Theviot, Anne Bellon, Jonathan Bonneau, Lucien Castex, Gouverner par les données ?: pour une sociologie politique du numérique for a political sociology of digital technology, ENS Éditions, 2023, Gouvernement en question(s), 286 p.    

    Cet ouvrage est une invitation à entrer dans la boîte noire des algorithmes, non pas d’un point de vue technique, mais de sociologie politique. La multiplication des données disponibles en ligne, couplée au progrès de l’intelligence artificielle, ont-ils des effets sur les manières de gouverner ? Les algorithmes peuvent-ils « prédire » les comportements des citoyens ? Comment sont fabriqués ces algorithmes, dits prédictifs, et par qui ? Sont-ils neutres et objectifs ? Quels sont les enjeux sociaux, éthiques et politiques, liés à l’exploitation des données ? Et quelles sont les stratégies commerciales et marchandes à l’œuvre ? Peut-on encore protéger nos données ? Derrière l’exploitation des données, il y a bien des visions du monde. Il s’agit alors de penser l’algorithme comme un objet politique et social, produit par des acteurs et issu de commandes privées et désormais aussi publiques. Ces lignes de codes et de calculs complexes ne peuvent être dissociées de leurs conditions de production : elles sont encastrées dans un ensemble organisationnel et professionnel spécifique et portées par des intentions et volontés politiques. À travers une série d’études de cas et l’apport d’enquêtes empiriques poussées et inédites, ce volume permet de saisir en contexte comment sont utilisées nos données et quelles sont les influences possibles sur les modes de gouvernance et les prises de décision. La force de cet ouvrage, à la croisée de la sociologie économique, du droit, des sciences politiques et de l’informatique, est de poser les bases d’une sociologie politique des données et du numérique, visant à dépasser et déconstruire les mythes et les croyances véhiculées par le big data.

    Pierre-Yves Baudot, Emmanuelle Fillion (dir.), Le handicap, cause politique, Presses universitaires de France - Humensis, 2021, La vie des idées, 108 p.  

    Pierre-Yves Baudot, Isabelle Sommier, Claire Andrieu, Christian Le Bart, Xavier Crettiez, Les dimensions émotionnelles du politique: chemins de traverse avec Philippe Braud, Presses universitaires de Rennes, 2019   

    Pierre-Yves Baudot, Anne Revillard (dir.), L'État des droits: Politique des droits et pratiques des institutions, Presses de Sciences Po, 2015, Collection académique (Gouvernances), 256 p.   

    Pierre-Yves Baudot, Anne Revillard, L'État des droits , 2015   

    Droit au logement, droits des malades, égalité des droits et des chances, participation et citoyenneté des personnes handicapées, droit à un revenu minimum, etc. La référence aux droits subjectifs n’a cessé de gagner en importance dans la production législative, en France comme dans d’autres pays occidentaux. L’État peut-il garantir la réalité de ces nouveaux droits reconnus aux individus ? De quelles capacités les acteurs publics disposent-ils pour les mettre en oeuvre ? Comment les revendications en termes de droits contribuent-elles à transformer les modalités d’intervention étatiques et à déplacer les frontières de l’action publique ? L’ouvrage enquête sur cet « État des droits », à partir de différents cas nationaux, en Belgique, au Canada, en France et en Suède et dans divers secteurs de l’action publique – handicap, discriminations, santé, logement, politiques scolaires. Il montre comment des institutions étatiques, par leurs pratiques quotidiennes, font ou défont les droits des individus. Il prête une attention particulière aux nouvelles organisations (Ombudsman, maisons départementales des personnes handicapées, Halde) qui, hors de l’arène judiciaire, participent de cette politique des droits via des dispositifs de médiation, d’accès aux droits ou d’attribution des droits. Une exploration fi ne des pratiques des droits dans l’action publique, enrichie des apports du droit, de la sociologie et de la science politique.Sommaire : Pages de début (p. 1-6)| Ont contribué à cet ouvrage (p. 7)| Remerciements (p. 9)| Introduction / Une sociologie de l’état par les droits (p. 11-58)| Chapitre 1 / Mobilisations du droit, dans ou hors des tribunaux ? (p. 61-88)| Chapitre 2 / Contester le droit, contester par les droits (p. 89-118)| Chapitre 3 / La lutte contre les discriminations, entre droit imposé et droit négocié (p. 119-148)| Chapitre 4 / Comment faire exister les droits du patient ? (p. 149-176)| Chapitre 5 / Catégorisations et discriminations au guichet du logement social (p. 177-210)| Chapitre 6 / Qualifier des cas, produire concrètement des droits (p. 211-244)| Conclusion / État des droits versus état de droit ? (p. 245-255)| Pages de fin (p. 255-256).

    Pierre-Yves Baudot, Claudy Ouvrard, La mise en oeuvre d'une politique handicap en entreprise: une approche par les instruments, 2015, 131 p. 

    Pierre-Yves Baudot (dir.), Open et big data, Caisse nationale des allocations familiales, 2015, 121 p. 

    Pierre-Yves Baudot, Thomas Ribémont (dir.), Science politique, Sup'Foucher, 2013, LMD (Fiches), 223 p. 

    Pierre-Yves Baudot, Anne Revillard, Vincent-Arnaud Chappe, Thomas Ribémont (dir.), La fabrique d'une légalité administrative: sociologie du médiateur de la République rapport final, Mission de recherche droit et justice, 2011, 383 p. 

    Pierre-Yves Baudot, Thomas Ribémont (dir.), Science politique, Sup'Foucher, 2010, LMD (Fiches), 223 p. 

    Pierre-Yves Baudot, Olivier Rozenberg (dir.), Violence des échanges en milieu parlementaire, Editions L'Harmattan, 2010, 187 p.  

    Parce qu'elles organisent la parole et la représentation du pluralisme, les assemblées sont des lieux d'ordre. Pourtant, du chahut dans l'hémicycle aux échanges d'insultes et parfois de coups, l'ordre parlementaire est souvent troublé. Les exemples récents des rixes à la Rada Suprême d'Ukraine ou des tensions au Congrès américain lors de la réforme de la politique de santé montrent que les épisodes de violence n'appartiennent pas qu'au passé. Ce numéro interroge le rapport spécifique que les assemblées parlementaires entretiennent avec le processus de pacification des mœurs politiques. Ses contributions envisagent ainsi les diverses facettes institutionnelles, historiques et sociologiques de ce phénomène. La rubrique "Sources", enfin, souligne les efforts paradoxaux de l'institution parlementaire pour contrôler la violence de ses membres en la codifiant aussi bien qu'en la publicisant.

    Pierre-Yves Baudot, Philippe Braud, Événement et institution: les funérailles des présidents de la République en France (1877-1996), Atelier national de reproduction des thèses, Université de Lille III, 2005, Lille-thèses, 1035 p.  

    Dans le cadre d'un événement funèbre présidentiel, différentes institutions se rencontrent: Église catholique, présidence de la République, partis politiques ... Chacune de ces institutions relève d'une histoire spécifique, revendiquée comme autonome, mais partiellement redevable de celle des autres. Ces différentes institutions doivent s'ajuster les unes aux autres en vue de préserver les deux figures imposées définissant un événement funèbre: la trêve et le respect dû au mort. L'ajustement des institutions au cadre de l'événement, qu'elles contribuent à fixer, est pensé comme ce qui permet d'assurer une transmission pacifiée de l'héritage légué par le Président défunt et, ainsi, d'assurer la pérennité de l'institution présidentielle et du jeu politique qu'elle garantit et qui la soutient. En s'efforçant de respecter les figures imposées du deuil, les organisateurs de ces cérémonies voient limitées les possibilités qui s'offrent à eux. Tenus par l'impératif de singularisation de l'événement et par l'objectif d'un déroulement harmonieux de la cérémonie, ils privilégient les solutions ayant fait la preuve de leur efficacité par le passé. Mais ils ne peuvent toutefois définir explicitement les différentes catégories désignant les honneurs funèbres décernés au défunt. Les critères d'efficacité avec lesquels les organisateurs jugent ces cérémonies réussies donnent alors à voir un décalage entre la définition sociologique de l'efficacité (produire de l'adhésion) et celle utilisée par les organisateurs (produire. de la participation). II sera alors possible de comprendre la pérennité de ces cérémonies funèbres indépendamment de l'émotion et de l'adhésion qu'elles voudraient susciter.

    Pierre-Yves Baudot, Philippe Braud, La politique symbolique des funérailles communistes: l'exemple des obsèques de Georges Marchais,, 1999, 148 p. 

  • Pierre-Yves Baudot, « Les associations du social peuvent-elles faire pression ? », Les groupes d'intérêt en France, 2023 

    Pierre-Yves Baudot, « Pour une sociologie politique du numérique », Gouverner par les données ? Pour une sociologie politique du numérique, 2023 

    Pierre-Yves Baudot, « Les politiques du handicap », Politiques sociales : l'état des savoirs, 2022 

    Pierre-Yves Baudot, « Handicap », Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, la démocratie et la citoyenneté, 2022 

    Pierre-Yves Baudot, Marie-Victoire Bouquet, « L’enjeu et le mouvement. Comment les acteurs du handicap ont structuré l’organisation d’En Marche ! », L'entreprise Macron, 2019, pp. 65-78 

    Pierre-Yves Baudot, « Action publique et droits fondamentaux. Des droits comme principe aux droits comme pratiques », Choisir et agir pour autrui? Controverse autour de la convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées, 2018 

    Pierre-Yves Baudot, Anne Revillard, « Une sociologie de l'État par les droits. », L’Etat des droits. Politique et droits et pratiques des institutions., Presses de Sciences Po, 2015, pp. 11-58 

    Pierre-Yves Baudot, « La force d'un lieu commun : le "Président-Soliveau" », in Sommier I., Crettiez X., (dir.), Les dimensions émotionnelles du politique. Parcours de traverses avec Philippe Braud, Presses Universitaires de Rennes, 2012, pp. 51-82 

  • Pierre-Yves Baudot, préface à Cyril Desjeux, Le handicap au pouvoir: sociologie des droits humains appliquée aux personnes handicapées engagées en politique, PUG, 2024, Handicap, vieillissement, société, 145 p. 

    Pierre-Yves Baudot, préface à Clara Deville, L'État social à distance: dématérialisation et accès aux droits des classes populaires rurales, Éditions du Croquant, 2023, Action publique, 329 p. 

  • Pierre-Yves Baudot, Amélie Carrier, Marion Clerc, « Boulakia (Théo), Mariot (Nicolas), L’attestation. Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020, Paris, Anamosa, 2023, 400 p. », Politix, Politix, 2024, n° 145, pp. 199-205  

    Pierre-Yves Baudot, « Comment meurt un droit ? La Loi Elan et la fin de l’accessibilité du bâti », Droit et société, Droit et société, 2023, n°113, pp. 73-90   

    L’adoption de l’article 64 de la Loi Elan, en 2018, signe la fin de la mise en œuvre du principe « d’accessibilité de tous à tout » établi par la loi du 11 février 2005. La suppression de ce droit dans les textes est surprenante, tant cette disposition n’était que peu mise en œuvre. Cet article cherche à comprendre comment meurt un droit. Le droit à l’accessibilité était une obligation à la fois morale et juridique tolérant de nombreuses dérogations. Sa suppression pouvait sembler inutile et coûteuse. L’analyse de l’adoption de la Loi Elan met en évidence les conditions auxquelles un droit peut disparaître. Loin de ne conduire qu’à une effectivité limitée, les dérogations et les simplifications successives ont eu un effet sur le droit écrit en forgeant de nouvelles catégories d’action publique. Nous montrons également que la disparition du droit à l’accessibilité est liée à sa mise en concurrence avec un autre droit, celui de droit d’usage.

    Pierre-Yves Baudot, Marion Clerc, Amélie Carrier, Aude Lebrun, « L’intimité des sociologues : Retour réflexif sur une enquête collective sur des proches », Genèses, Genèses, 2023, n°131, pp. 130-145   

    À partir d’une enquête collective menée sur le confinement par des lycéen·nes et des étudiant·es auprès de leurs proches, nous montrons que l’intimité n’est pas définie de manière ontologique. Elle constitue une catégorie pratique, mobilisée par læ chercheur·se auprès de ses pairs pour filtrer les informations versées au collectif et ainsi préserver sa vie personnelle. La mobilisation de l’intimité par les (apprenti·es) sociologues est ainsi révélatrice de leur socialisation professionnelle.

    Pierre-Yves Baudot, «  Se tenir des deux côtés  », Action publique, Action publique, 2023, pp. 9-13  

    Pierre-Yves Baudot, Marie-Victoire Bouquet, « Voter pour soi : Le vote dans le travail biographique d’électrices et d’électeurs handicapés », Politix, Politix, 2023, n° 139, pp. 5-39   

    Comment expliquer la participation électorale d’électeurs et électrices handicapées ? Alors que leurs conditions de vie, leur situation professionnelle et leur santé précaires pourraient expliquer une abstention plus importante, les données quantitatives indiquent une participation comparable des électrices et électeurs valides et handicapés, une fois passée la barrière de l’inscription. L’approche qualitative révèle, en outre, que cette participation s’accompagne de la mobilisation fréquente d’un credo participationniste. Pour comprendre comment le handicap détermine le comportement électoral, nous proposons de nous intéresser à la façon dont le vote contribue au travail biographique des individus. Nous mettons ainsi en lumière la manière dont le handicap désagrège les appuis sociaux dont disposent les individus, faisant du vote l’un des rares soutiens à l’image sociale de soi encore disponible. En fonction des effets biographiques du handicap, le vote joue alors un rôle de distinction ou d’affirmation des appartenances de l’individu à un monde social.

    Pierre-Yves Baudot, « La dé-démocratisation des élections. Race et handicap dans les politiques électorales aux États-Unis », Critique internationale, Critique internationale, 2023, n°98, pp. 143-164  

    Pierre-Yves Baudot, « La dé-démocratisation des élections. Race et handicap dans les politiques électorales aux Etats-Unis », Critique Internationale, Presses de Sciences Po, 2023, n°98 

    Pierre-Yves Baudot, « Comment meurt un droit ? La Loi Elan et la fin de l’accessibilité du bâti », Droit et Société : Revue internationale de théorie du droit et de sociologie juridique, Librairie générale de droit et de jurisprudence (LGDJ) - Lextenso éditions , 2023, n°113, pp. 73-90 

    Pierre-Yves Baudot, Marion Clerc, Amélie Carrier, Aude Lebrun, « L’intimité des sociologues »: Retour réflexif sur une enquête collective sur des proches, Genèses. Sciences sociales et histoire, Belin, 2023, n°2 

    Pierre-Yves Baudot, Marie-Victoire Bouquet, « Expérience biographique du handicap et participation électorale. Les effets croisés de l’âge, du temps et du handicap sur le vote des personnes handicapées (France, 2017) », Alter: European Journal of Disability Research / Revue européenne de recherche sur le handicap, Elsevier Masson, 2022, n°3 

    Pierre-Yves Baudot, Marie-Victoire Bouquet, « Voter pour soi. Le vote dans le travail biographique d’électrices et d’électeurs handicapés », Politix, De Boeck Supérieur, 2022, n°139 

    Pierre-Yves Baudot, Anouk Martin, Aude Lebrun, Marion Clerc, « Le confinement de l’intérieur. Appropriations genrées de l'espace domestique », Revue des politiques sociales et familiales, Caisse nationale des allocations familiales, 2021, n°4 

    Pierre-Yves Baudot, Anouk Martin, Aude Lebrun, Marion Clerc, « Le confinement de l’intérieur : Appropriations genrées de l’espace domestique », Revue des politiques sociales et familiales, Revue des politiques sociales et familiales, 2021, n°141, pp. 107-117   

    Le confinement du printemps 2020 a rendu visible et accru la densité dans les logements. Il a contraint à un travail de réallocation des espaces. L’analyse d’entretiens menés avec douze femmes cheffes de familles ayant participé à l’enquête longitudinale Confinements de classe, menée au printemps 2020, montre que les hommes et les enfants ont été considérés prioritaires dans ce travail de réallocation alors même que celui-ci a été majoritairement assuré par les femmes. Ces dernières occupent « l’espace qui reste », souvent un lieu dans lequel leur disponibilité est assurée pour le travail parental et domestique. La place résiduelle qu’elles occupent contribue à naturaliser l’inégale distribution du travail domestique en temps de confinement.

    Pierre-Yves Baudot, Marie-Victoire Bouquet, Céline Braconnier, Ghislain Gabalda, « Does public policy shape voter registration? : People with disabilities and the 2017 French elections », Revue française de science politique, Revue française de science politique, 2020, n°70, pp. 747-772   

    This article examines the results of the first statistical survey on the political participation of persons with disabilities in France. By cross-referencing the data obtained in a random sample of the files maintained by three French welfare agencies specializing in persons with disabilities (MDPH, maisons départementales de personnes handicapées) with voter registration lists and voting records, we shall analyse how situations of disability – described here in terms of the administrative relationships involved – frame access to political citizenship. We shall argue that the gap in political participation occurs at the level of voter registration, in particular for those persons requiring the most assistance; we shall then explain how the intensity and modalities of the assistance provided largely determine the level of electoral exclusion.

    Pierre-Yves Baudot, « Romuald Bodin, L’Institution du handicap.  Esquisse pour une théorie sociologique du handicap », Sociologie, Sociologie, 2020, n°11, pp. 329-332  

    Pierre-Yves Baudot, Marie-Victoire Bouquet, Céline Braconnier, Ghislain Gabalda, « Les politiques publiques façonnent-elles les listes électorales ? Le cas des personnes handicapées en 2017 », Revue Française de Science Politique, Presses de Sciences Po, 2020, n°6 

    Pierre-Yves Baudot, « Ruffin, le handicap, le scandale », Savoir/Agir, Savoir/Agir, 2019, n°47, pp. 33-42  

    Pierre-Yves Baudot, « Layering Rights: The Case of Disability Policies in France (2006-2016) », Social Policy and Society, , 2018, n°1 

    Pierre-Yves Baudot, « Le handicap comme catégorie administrative : Instrumentation de l’action publique et délimitation d’une population », Revue française des affaires sociales, Revue française des affaires sociales, 2017, pp. 63-87   

    La loi du 11 février 2005, réformant l’action publique à destination des personnes handicapées, a été décrite comme introduisant une rupture importante dans la définition du handicap. Cet article cherche à montrer que le législateur, à travers l’application à un ensemble d’individus d’un même label, d’instruments épars mais identiques et en inscrivant ceux-ci dans un même monde local de production de droits, a contribué à renforcer l’emprise administrative sur la définition de la population ciblée par cette action publique. Par ailleurs, ce secteur – à la manière de beaucoup d’autres – repose davantage sur les instruments qui ont charpenté les relations entre les acteurs plutôt que sur une définition explicite, objective et communément admise des limites du champ d’action et des principes qui lui sont appliqués. Cette construction instrumentale du secteur a pour effet de laisser la définition des frontières des populations concernées dans un flou qui a des effets sur les individus déclarés éligibles à ces droits ainsi que sur les modalités internes de structuration des relations entre ces acteurs.

    Pierre-Yves Baudot, Henri Verdier, « Au-delà de l’ouverture des données, ce qui est en jeu, c’est l’ouverture de la décision », Informations sociales, Informations sociales, 2016, n°191, pp. 20-25  

    Pierre-Yves Baudot, « Introduction », Informations sociales, Informations sociales, 2016, n°191, pp. 4-7  

    Pierre-Yves Baudot, Guillaume Marrel, Magali Nonjon, « Encore une révolution informatique ? Open et big data dans les organisations administratives », Informations sociales, Informations sociales, 2016, n°191, pp. 8-18   

    En proposant de lire l’émergence de l’open et du big data dans la continuité des réformes de l’administration par l’information, cet article décrit la mise en place d’une nouvelle « configuration de réformes », au sein de laquelle les positions historiquement stabilisées d’acteurs clés dans le processus de réforme de l’État ont été contestées tandis que de nouveaux acteurs parvenaient à émerger. Cette « révolution » n’est toutefois pas que de palais : elle engage d’importantes transformations dans les relations que l’État entretient avec le marché, avec la science et avec sa population, transformations dont les conséquences sont encore incertaines.

    Pierre-Yves Baudot, « Le handicap comme catégorie administrative : Instrumentation de l’action publique et délimitation d’une population », Revue française des affaires sociales, La documentation française, 2016, n°4 

    Pierre-Yves Baudot, « La donnée et le système : Comment socialiser un instrument d’action publique ? Le cas du système d’information partagé-personnes handicapées (2006-2014) », Gouvernement et action publique, Gouvernement et action publique, 2015, n°VOL. 4, pp. 25-56   

    Cet article porte sur la création inaboutie d’un « système d’information partagé-personnes handicapées », le SIPAPH. Prévu par la loi du 11 février 2005 qui réforme en profondeur l’action publique à destination des personnes handicapées en transférant partiellement la responsabilité de cette politique aux conseils généraux, ce système d’information aurait dû permettre aux instances centrales de disposer d’outils de pilotage à distance, sans succès jusqu’à présent. La mise en œuvre de ce projet révèle deux aspects du processus d’informatisation. Celui-ci conditionne et est conditionné par, d’une part, la mise en relations et, d’autre part, la mise en équivalences de niveaux d’action publique partiellement autonomes les uns des autres mais appelés à coopérer dans la production de l’action publique à destination des personnes handicapées. Cet article montre également, à rebours des analyses insistant sur l’effet propre des techniques, l’importance du processus de socialisation de l’instrument.

    Pierre-Yves Baudot, « Chrościcki (Juliusz A.), Hengerer (Mark), Sabatier (Gérard), dir. – Les funérailles princières en Europe. xvie-xviie siècle. Vol. 1 : Le grand théâtre de la mort. – Paris, Éditions de la MSH/Centre de recherche du Château de Versailles, 2012 (Aulica). 412 p. Illustrations. Index », Revue française de science politique, Revue française de science politique, 2015, n°65, p. -  

    Pierre-Yves Baudot, Anne Revillard, « L'autonomie de l'équilibriste : Contribution à une sociologie de la production institutionnelle des droits », Gouvernement et action publique, Gouvernement et action publique, 2015, n°VOL. 3, pp. 83-113   

    Alors que les travaux sur la « politique des droits » menés dans le prolongement de ceux de Stuart Scheingold abordent la concrétisation des droits des individus à partir d’une focale sur l’arène judiciaire et les mobilisations qui l’entourent, cet article s’intéresse à l’action plus discrète et quotidienne des institutions administratives. Il prend appui sur la comparaison de deux institutions ayant pour mission de favoriser l’accès de leurs publics aux droits qui leur sont juridiquement reconnus, le Médiateur de la République et les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). Toutes deux fonctionnent comme des intermédiaires institutionnels de la concrétisation des droits, dont l’action porte plus précisément sur la définition de l’éligibilité des individus aux droits auxquels ils prétendent. En amont, leur intervention est subordonnée à la soumission d’un dossier par des usagers et, en aval, l’effectivité des droits qu’elles défendent ou notifient dépend de l’action d’autres institutions. Médiateur et MDPH se trouvent donc dans une position d’interface entre les demandes des usagers et l’environnement institutionnel auquel elles donnent accès. Dans cette configuration, elles apparaissent comme des équilibristes, constamment soumises aux forces opposées de la défense des usagers d’un côté et de la préservation de l’administration de l’autre. Leur autonomie institutionnelle s’incarne dans leur capacité, toujours fragile, à intégrer les contraintes contraires de leur environnement et afficher l’autonomie de leurs décisions.

    Pierre-Yves Baudot, Anne Revillard, « Entre mobilisations et institutions : Les politiques des droits dans l'action publique », Gouvernement et action publique, Gouvernement et action publique, 2015, n°VOL. 3, pp. 9-33   

    À l’interface entre sociologie du droit, sociologie des mouvements sociaux et sociologie de l’action publique, la notion de politiques des droits proposée par Stuart Scheingold dans son ouvrage fondateur The Politics of Rights a été définie et utilisée de différentes façons. L’accent a pu être mis, comme Scheingold lui-même le proposait, sur la dimension mobilisatrice de la référence aux droits, permettant d’activer la citoyenneté des individus et de bousculer les équilibres politiques. Dans une perspective différente, plusieurs travaux ont défini les politiques des droits comme un style de politique publique, favorisant un cadrage spécifique des mobilisations, facilitant l’accès de certaines catégories d’acteurs et de certains enjeux à des arènes de formation des politiques publiques, et produisant des effets ( policy feedback) spécifiques. Ces deux façons de définir les politiques des droits invitent à s’interroger sur les reconfigurations que le recours aux droits produit, dans les rapports entre institutions gouvernantes, dans les structures de l’État ainsi que dans les relations entre institutions et mouvements sociaux. Ces trois perspectives sont au cœur de ce numéro.

    Pierre-Yves Baudot, « La donnée et le système : Comment socialiser un instrument d’action publique ? Le cas du système d’information partagé-personnes handicapées (2006-2014) », Gouvernement & action publique, Presses de sciences po, 2015, n°2 

    Pierre-Yves Baudot, Guillaume Marrel, Magali Nonjon, « Encore une révolution informatique ? Open et big data dans les organisations administratives », Informations sociales, CNAF, 2015, n°191 

    Pierre-Yves Baudot, Anne Revillard, « Entre mobilisations et institutions : les politiques des droits dans l'action publique. », Gouvernement & action publique, Presses de sciences po, 2014, n°4, pp. 9-33   

    Pierre-Yves Baudot, Anne Revillard, « L'autonomie de l'équilibriste : contribution à une sociologie de la production institutionnelle des droits », Gouvernement & action publique, Presses de sciences po, 2014, n°4   

    Pierre-Yves Baudot, Anne Revillard, « Politiques des droits », Gouvernement & action publique, Presses de sciences po, 2014 

    Pierre-Yves Baudot, « Le vote à l'épreuve informatique : Savoirs pratiques et savoirs de régulation dans l'informatisation de la procédure électorale (France, 1960-1990) », Revue d'anthropologie des connaissances, Revue d'anthropologie des connaissances, 2014, n°83, pp. 597-618   

    Cet article examine la constitution de deux types de savoirs, savoirs de régulation et savoirs pratiques, au sein du ministère de l’Intérieur à l’occasion de l’informatisation du processus électoral. La production de ces deux savoirs renvoie à deux configurations administratives différenciées par le rôle qu’y tient le ministère de l’Intérieur : l’une où il est en position monopolistique dans la production des techniques ; l’autre où il ne peut que s’efforcer de réguler le comportement d’acteurs partiellement autonome de sa tutelle. La position du ministère de l’Intérieur dans le processus d’informatisation de l’acte électoral tient à cette double position de régulateur et d’expert technique. L’usage et la présentation que le Ministère fait de ces savoirs – notamment vis-à-vis de l’étranger – sont très différents. Si les savoirs mis en circulation sont essentiellement pratiques, ils ne disent rien des configurations administratives et politiques que les promoteurs de ces savoirs doivent apprendre à entretenir pour imposer leur expertise. C’est pourtant l’articulation entre savoirs techniques et régulation politique qui permet au ministère de l’Intérieur de préserver sa place dans cette configuration d’action publique.

    Pierre-Yves Baudot, « Ben-Amos (Avner) – Le vif saisit le mort. Funérailles, politique et mémoire en France (1789-1996). – Paris, Éditions de l’EHESS, 2013 (En temps & lieux). 446 p. Annexes. Sources et bibliogr. Index », Revue française de science politique, Revue française de science politique, 2014, n°64, p. -  

    Pierre-Yves Baudot, « Le vote à l'épreuve informatique : Savoirs pratiques et savoirs de régulation dans l'informatisation de la procédure électorale (France, 1960-1990) », Revue d'Anthropologie des Connaissances, Société d'Anthropologie des Connaissances (SAC), 2014, n°3 

    Pierre-Yves Baudot, Céline Borelle, Anne Revillard, « Le voyage des droits : Introduction à la traduction de Rights or quotas ? », Terrains & travaux, Terrains & travaux, 2013, n°23, pp. 113-125  

    Pierre-Yves Baudot, Katharina Heyer, Céline Borelle, Anne Revillard, « Droits ou quotas ? L'American with disabilities act (ADA) comme modèle des droits des personnes handicapées », Terrains & travaux, Terrains & travaux, 2013, n°23, pp. 127-158   

    La loi de 1990 relative aux « Américains en situation de handicap » ( Americans with disabilities act, ou ADA) est considérée comme le modèle d’une nouvelle approche des discriminations liées au handicap fondée sur la référence aux droits civiques ( civil rights). Par contraste avec les approches traditionnelles en matière de politique du handicap, qui favorisent la création d’institutions séparées, l’ADA prône l’égalité des chances, l’intégration et la définition d’aménagements raisonnables. Cet article étudie la manière dont l’ADA a été utilisée comme modèle dans deux pays où l’approche du handicap en termes de protection sociale est profondément ancrée, l’Allemagne et le Japon. Il montre comment les militants allemands et japonais dans le secteur du handicap ont été inspirés par l’ADA dans leurs mobilisations en faveur de l’adoption d’une législation antidiscriminatoire similaire, et pour réformer les politiques existantes. Le secteur de l’emploi fait toutefois figure d’exception : dans ce domaine, les militants comme les décideurs politiques allemands et japonais tendent à rejeter l’injonction à l’égalité des chances contenue dans l’ADA, préférant renforcer les quotas en faveur de l’emploi de personnes handicapées. Cette contribution analyse la persistance de la politique des quotas à la lumière de caractéristiques culturelles, constitutionnelles, et relatives aux marchés du travail. L’article suggère que l’introduction d’un discours d’inspiration américaine sur les droits des personnes handicapées dans deux pays caractérisés par des droits substantiels en matière d’emploi soulève d’importantes questions sur les mutations du modèle des droits dans différents contextes sociopolitiques, et sur les façons dont ces transformations peuvent refléter des définitions alternatives du handicap, des discriminations et des droits en matière d’emploi.

    Pierre-Yves Baudot, Céline Borelle, Anne Revillard, « Politiques du handicap : Introduction », Terrains & travaux, Terrains & travaux, 2013, n°23, pp. 5-15  

    Pierre-Yves Baudot, Céline Borelle, Anne Revillard, « Politiques du handicap », Terrains et Travaux : Revue de Sciences Sociales, ENS Cachan, 2013, p. 100 

    Pierre-Yves Baudot, Céline Borelle, Anne Revillard, « Droits ou quotas ? L’American with disabilities act (ADA) comme modèle des droits des personnes handicapées », Terrains et Travaux : Revue de Sciences Sociales, ENS Cachan, 2013, n°23   

    Pierre-Yves Baudot, Céline Borelle, Anne Revillard, « Politiques du handicap »: Introduction, Terrains et Travaux : Revue de Sciences Sociales, ENS Cachan, 2013, n°23, pp. 5-15   

    Pierre-Yves Baudot, Céline Borelle, Anne Revillard, « Le voyage des droits »: Introduction à la traduction de “Rights or quotas”, Terrains et Travaux : Revue de Sciences Sociales, ENS Cachan, 2013, n°23   

    Pierre-Yves Baudot, « Les crédits de la gloire. Coût et financement des cérémonies funèbres présidentielles en France (1877-1996) », Histoire & mesure, Histoire & mesure, 2012, n°XXVII, pp. 59-96   

    Cet article porte sur la question financière dans l’organisation des funérailles d’État. Celle-ci fait l’objet d’un cadrage serré de la part des différents acteurs. Le coût de ces cérémonies, difficile à établir définitivement, n’est pas la question qui intéresse le plus les organisateurs. Ceux-ci cherchent davantage à savoir qui va payer et à obtenir une diminution des coûts pesant sur les budgets dont chaque administration a la charge. En effet, l’État ne dépense pas sans compter lors de ces événements : il compte notamment les gratifications monétaires ou symboliques qu’il peut autoriser ou refuser, pour faire montre du monopole, auquel il prétend, de distribution des gratifications « nationales ». L’analyse de la dimension financière des obsèques révèle ainsi en quoi ces événements construisent des relations entre les différents acteurs investis dans la construction champ du pouvoir politique en France.

    Pierre-Yves Baudot, Zsuzsa Fejér, « Frontières de la République : culture et politique en pays magyar », Vacarme, Vacarme, 2012, n°59, pp. 28-43  

    Pierre-Yves Baudot, Evelyn Z. Brodkin, « Les agents de terrain, entre politique et action publique », Sociologies pratiques, Sociologies pratiques, 2012, n°24, pp. 10-18  

    Pierre-Yves Baudot, Vincent Dubois, « Formes et fondements sociaux de la compétence administrative », Sociologies pratiques, Sociologies pratiques, 2012, n°24, pp. 19-24  

    Pierre-Yves Baudot, Laurence Ould-Ferhat, « L'administration à l'épreuve du savoir », Sociologies pratiques, Sociologies pratiques, 2012, n°24, pp. 1-7  

    Pierre-Yves Baudot, L. Ould-Ferhat, « L'administration à l'épreuve du savoir », Sociologies pratiques, Presses de Sciences Po , 2012, n°24, pp. 1-7 

    Pierre-Yves Baudot, « Coût et financement des funérailles d'État en France (1877-1996) », Histoire & Mesure, EHESS, 2012, pp. 59-96 

    Pierre-Yves Baudot, Olivier Rozenberg, « Désordres parlementaires », Genèses. Sciences sociales et histoire, Belin, 2011, n°83, pp. 2-5 

    Pierre-Yves Baudot, Olivier Rozenberg, « Désordres parlementaires », Genèses. Sciences sociales et histoire, Genèses, 2011, n°83, p. 176   

    Pierre-Yves Baudot, Anne Revillard, « Le médiateur de la république : périmètre et autonomisation d'une institution », Revue française d'administration publique, Revue française d'administration publique, 2011, n°139, pp. 339-352   

    Cette contribution analyse l’évolution du Médiateur de la République à partir d’une perspective de sociologie des institutions, en prêtant une attention particulière aux transformations par lesquelles l’institution a étendu sa juridiction et diversifié ses logiques d’action, tout en gagnant progressivement en autonomie. La première partie de l’article décrit comment l’institution a étendu son périmètre d’intervention. L’article montre dans un second temps que si l’institution a gagné en autonomie par une émancipation vis-à-vis de différentes autorités politiques (parlementaire, préfectorale), cette autonomie prend aussi paradoxalement appui sur le maintien d’un ancrage administratif, perçu comme une condition de l’efficacité de l’institution.

    Pierre-Yves Baudot, Anne Revillard, « Le médiateur de la république au prisme de la démocratie administrative », Revue française d'administration publique, Revue française d'administration publique, 2011, n°137-138, pp. 193-207   

    Comment la notion de démocratie administrative permet-elle d’éclairer le sens qu’une institution comme le Médiateur de la République assigne à son action ? La disparition annoncée du Médiateur, corollaire de la création du Défenseur des droits (conformément à la révision constitutionnelle de 2008), invite à revisiter les différentes définitions de son rôle que l’institution a endossées depuis sa création en 1973. Cet article, fondé sur une étude sociohistorique de l’institution, se propose d’explorer le sens de cette dernière à la lumière de la notion de démocratie administrative. Lutte contre la « maladministration », défense des droits des administrés, participation du public à la production de la réforme de l’État : l’élargissement graduel des significations assignées à sa mission fait de cette institution un utile révélateur de la diversité des traductions possibles de la notion de démocratie administrative.

    Pierre-Yves Baudot, Jill McCoy, « Uncertain instruments : The computerization of public administration and changes in public policy (1966-1975) », Revue française de science politique, Revue française de science politique, 2011, n°61, pp. 79-103   

    The reform of administrative computer technology under the French government’s Plan Calcul (1966-1975) was not based on an unquiivocal intention or a specific representation of its future effects. Computer technology was not the vector of a single, coherent and stabilized modernization effort. On the contrary, it was introduced as a function of conflicting imperatives. The resources available to the agents of that reform enabled them to assert divergent representations of the tool they were championing. While computer technology altered the connections between them, the impossibility of imposing irreversible decisions bred protracted uncertainty about its real modernizing potentialities and favoured the buildup of incompatible conceptions, which in turn contributed to its spread during that period.

    Pierre-Yves Baudot, Olivier Rozenberg, « Introduction : Lasses d'Elias : des assemblées dé-pacifiées ? », Parlement, Revue d'histoire politique, Presses universitaires de Rennes (2016-...), 2011, n°14, pp. 6-17 

    Pierre-Yves Baudot, Olivier Rozenberg, « Violence des échanges en milieu parlementaire », Parlement, Revue d'histoire politique, Presses universitaires de Rennes (2016-...), 2011, n°14, p. 194 

    Pierre-Yves Baudot, Olivier Rozenberg, « Entretien avec Claude Azéma, directeur du service du compte rendu intégral à l'Assemblée nationale », Parlement, Revue d'histoire politique, Presses universitaires de Rennes (2016-...), 2010, n°14 

    Pierre-Yves Baudot, Olivier Rozenberg, « Entretien avec Claude Azéma, directeur du service du compte rendu intégral à l'Assemblée nationale », Parlement, Revue d'histoire politique, Parlement, Revue d'histoire politique, 2010, n°14, pp. 133-145  

    Pierre-Yves Baudot, Olivier Rozenberg, « Introduction. Lasses d'Elias : des assemblées dé-pacifiées ? », Parlement, Revue d'histoire politique, Parlement, Revue d'histoire politique, 2010, n°14, pp. 6-17   

    RésuméLe processus de pacification décrit par Norbert Elias se donne à voir de façon paradoxale dans les Parlements. Les assemblées semblent soumises d’une part à ce processus en tant que lieu politique manifestant la monopolisation de la violence légitime par l’appareil étatique, et compte tenu de leur relative autonomie vis-à-vis des conflits sociaux. Mais, d’autre part, comme l’actualité récente du débat sur les retraites vient de le montrer, cet ordre parlementaire paraît non seulement fragile, mais aussi producteur d’une certaine dé-pacification. Si la définition et la mesure de la violence des échanges en milieu parlementaire sont délicates, l’explication du processus ainsi mis à jour l’est tout autant. Plusieurs primes d’interprétation peuvent être mobilisés, renvoyant à des perspectives historiques, sociologiques et institutionnelles.

    Pierre-Yves Baudot, « Fureix (Emmanuel) – La France des larmes. Deuils politiques à l’âge romantique (1814-1840). – Paris, Champ Vallon, 2009 (Époques). 512 p. Illustrations. Bibliogr. Index », Revue française de science politique, Revue française de science politique, 2010, n°60, p. -  

    Pierre-Yves Baudot, « Nicolas Mariot, Bains de foule. Les voyages présidentiels en province, 1888-2002 Paris, Belin, 2006,351 p. C’est en marchant qu’on devient président. La République et ses chefs de l’État, 1848-2007 Montreuil, Aux lieux d’être, 2007, 362 p. », Annales. Histoire, Sciences Sociales, Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2008, n°63e aée, p. -  

    Pierre-Yves Baudot, « MARIOT (Nicolas), Bains de foule. Les voyages présidentiels en province, 1888-2002, Paris, Belin, coll.  Socio-histoires , 2006, 351 pages. », Politix, Politix, 2007, n°º 77, pp. 210-214  

    Pierre-Yves Baudot, « L'histoire des représentations comme soutien normatif d'une politique publique : le cas des attitudes collectives face à la mort », Droit et société, Droit et société, 2005, n°60, pp. 429-447   

    La thèse du tabou de la mort s’est imposée en France entre le début des an-nées 1970 et celui des années 1990. Elle a été portée par un certain nombre d’acteurs sociaux qui, en la construisant, ont justifié l’intervention d’acteurs non religieux, dont l’État, dans ce secteur des derniers instants de l’individu. Cet article voudrait examiner les conditions qui ont permis à cette thèse du tabou de s’imposer. C’est notamment parce que le savoir produit se refusait officiellement à soutenir des entreprises plus militantes, parce qu’il prétendait à son autonomie, qu’il a pu être utilisé comme une ressource par certains ac-teurs du champ religieux, naturalisant en retour la thèse du tabou.

  • Pierre-Yves Baudot, Estelle Aragona, Magali Robelet, Communauté 360 : contribution sur l’admission en établissements et services médico-sociaux pour personnes en situation de handicap, 2021   

    Pierre-Yves Baudot, Estelle Aragona, Magali Robelet, L’admission en établissement spécialisé : flux de populations, parcours individuels et réseaux d’établissements., 2019   

    Pierre-Yves Baudot, Anne Revillard, Vincent-Arnaud Chappe, Thomas Ribémont, La fabrique d’une légalité administrative. Sociologie du médiateur de la République, 2019, 384 p.   

    Pierre-Yves Baudot, Nicolas Duvoux, Aude Lejeune, Gwenaëlle Perrier, Anne Revillard, Les MDPH : un guichet unique à entrées multiples. Rapport final, 2013   

  • Pierre-Yves Baudot, « Politiques du logement : l’alerte des sciences sociales », le 16 mai 2024  

    Journée d'études organisée par le CRESPPA-CSU, CNRS

    Pierre-Yves Baudot, « Les sciences électorales. Expertises, dispositifs et circulations des savoirs sur les élections », le 28 mars 2024  

    Colloque organisé par le CURAP, Université de Picardie sous la direction scientifique de Clément Desrumaux et Sébastien Vignon, en collaboration avec Triangle et l’ANR VERELECT

    Pierre-Yves Baudot, Amélie Carrier, Marion Clerc, « Comment nous sommes-nous confiné⋅es ? Les processus horizontaux de la conformation », Congrès de l'association française de science politique, Grenoble, le 01 juillet 2024 

    Pierre-Yves Baudot, « Alternance politique, continuité administrative ? », le 18 septembre 2023  

    Colloque organisé par Kévin Bernard, Tanguy Levoyer et Raphaëlle Sors et co-financé par l'Institut de Recherche Interdisciplinaire en Sciences Sociales (IRISSO, Université Paris-Dauphine, PSL) et l'Institut de Recherche Interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS, Ecole des hautes études en sciences sociales, EHESS)

    Pierre-Yves Baudot, « L'espace public comme entre-soi valide. Le handicap face à la condition d'accessibilité », Politiques de l'interaction. Relire Goffman sous l'angle du politique, Paris, le 01 novembre 2022 

    Pierre-Yves Baudot, « Le vote en contexte(s) », le 23 septembre 2021  

    Organisé par l'Université Paris Dauphine -PSL

    Pierre-Yves Baudot, « Variations autour du handicap », le 28 novembre 2018  

    Séminaire CAtégorisation NAturalisation STIGmatisation, organisé par Josepha Dirringer et Laurent Rousvoal

    Pierre-Yves Baudot, « Etre protégé(e), jugé(e) et puni(e) », le 28 juin 2018  

    Organisé par Dysolab et l’Observatoire des profilages

    Pierre-Yves Baudot, « Sociologie d'une entreprise politique émergente : Emmanuel Macron et le macronisme », le 11 janvier 2018  

    Organisé par le CERAPS, Université Lille 2 et le CESSP, Université Paris 1 sous la responsabilité scientifique de Bernard Dolez, CESSP, Julien Fretel, CESSP, Rémi Lefebvre, CERAPS et Pierre Mathiot, CERAPS

    Pierre-Yves Baudot, Anne Revillard, « Campaigning within the campaign: the French disability rights movement in the 2012 elections », Séminaire EHESS Mobilisations et identités collectives dans le champ du handicap et de la santé, Paris, le 10 décembre 2013 

    Pierre-Yves Baudot, « Les mots de l’administration », le 20 janvier 2012 

    Pierre-Yves Baudot, « Sciences de gouvernement. Circulation(s), traduction(s, réception(s) », le 16 décembre 2010 

  • Pierre-Yves Baudot, Renaud Epstein, Pierre Gilbert, Thomas Kirszbaum, Anne Clerval, Antoine Guironnet, Marine Bourgeois, Fabien Desage, Marie Loison-Leruste, Pierre Madec, Thomas Aguilera, Camille François, Pierre-Yves Baudot, CNRS_Pouchet, (2024, 16 mai), Politiques du logement : l’alerte des sciences sociales, in Politiques du logement : l’alerte des sciences sociales, [Vidéo], Canal-U, https://doi.org/10.60527/z0tc-rb26, (Consultée le 26 octobre 2025). 

    Pierre-Yves Baudot, Pierre-Yves Baudot, Cyril Desjeux, PPR Autonomie, (2024, 2 décembre), Le handicap au pouvoir - Avec Cyril Desjeux, in Autonomie : l'actu de la recherche, [Vidéo], Canal-U, https://www.canal-u.tv/165302, (Consultée le 26 octobre 2025). 

ActualitésPublicationsENCADREMENT DOCTORAL
  • Chiara Bolard Basanisi, Socialisations à venir. Une approche longitudinale des projections professionnelles des personnes vivant avec un TDAH, thèse en cours depuis 2025 en co-direction avec Elise Tenret  

    En 2013, l'American Psychiatric Association reconnaît pour la première fois la continuité du trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez l'adulte, dans la cinquième édition de son ouvrage de référence, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Ce trouble touche environ 5,9 % des enfants et 2,5 % des adultes, mais sa reconnaissance chez ces derniers est récente en France, où les politiques publiques demeurent majoritairement centrées sur l'enfance. Le diagnostic à l'âge adulte repose sur une évaluation rétrospective des symptômes présents dès l'enfance, créant un décalage temporel important entre l'apparition des premiers signes et leur identification. Pour les personnes diagnostiquées tardivement, la socialisation à la catégorie de « personne handicapée » ne peut donc qu'être récente. Ce processus d'appropriation – ou de mise à distance – des normes, identités et savoirs associés au handicap s'appuie à la fois sur les définitions institutionnelles et sur les « expertises profanes » développées par les personnes concernées, influençant la manière dont elles envisagent leur avenir. Pour analyser ces projections, cette thèse mobilise la notion de « synthèse projective » (N. Duvoux), qui permet de penser les représentations du futur à partir des conditions matérielles présentes. Elle interroge alors la façon dont la relecture du passé, à travers le prisme du diagnostic, reconfigure la compréhension du présent et oriente les trajectoires à venir. L'analyse se concentre sur un objet central : l'insertion professionnelle envisagée sur le temps long, façonnée notamment par les expériences scolaires et le contexte juridique de la loi du 11 février 2005. Ce projet repose sur une méthodologie mixte et des données diverses, afin d'identifier un objet qui n'apparaît pas souvent en tant que tel dans la statistique publique. Il mobilise à la fois les données du ministère de l'enseignement supérieur, des Maisons départementales des Personnes Handicapées, mais aussi les données de l'enquête nationale sur les Conditions de Vie de l'Observatoire de la Vie Etudiante. Des entretiens semi-directifs approfondis qui prennent la forme de trois cohortes complètent ces matériaux quantitatifs. Inscrite à l'intersection de la sociologie du handicap, de l'éducation, du travail et de l'action publique, et attentive aux rapports sociaux de classe, de genre et de race, cette thèse contribue à éclairer les processus d'étiquetage et de labellisation dans un contexte où la catégorie de TDAH adulte reste émergente et en cours de définition, ainsi que leurs effets sur les perspectives professionnelles des personnes concernées. Elle vise à interroger la notion de socialisation au handicap.

    Adèle Merle, S'appauvrir à vie , thèse en cours depuis 2024  

    Cette thèse propose d'étudier les différentes dimensions de l'appauvrissement engendré par le handicap. Si la congruence entre handicap et pauvreté a récemment été soulignée, elle demeure peu documentée. Les dynamiques d'appauvrissement et les arrangements mis en place pour y faire face seront étudiés à partir des trajectoires sociales, des positions de classe et des espérances pour l'avenir telles qu'elles sont retravaillées par le handicap. Cette recherche entend contribuer à la réflexion sur la mesure de la pauvreté et ses effets sur l'ancrage en contexte des personnes handicapées ainsi que les effets des politiques publiques sur la protection. L'extension de l'analyse de la pauvreté, au-delà de ses dimensions monétaires, à des formes objectives, subjectives et relationnelles, contribue à l'analyse de l'articulation entre position objective et représentation subjective. La thèse questionnera l'effet des politiques publiques sur la sécurisation des trajectoires, la projection et les dynamiques de pauvreté des personnes handicapées. Cette recherche mobilise conjointement les sociologies du handicap, de la pauvreté, la sociologie politique de l'action publique et celle des classes sociales. Cette recherche permettra de quantifier les coûts et dynamiques de pauvreté liés au handicap de façon quantitative et qualitative. Elle propose aussi de mener une ethnographie du handicap à l'échelle territoriale, pour saisir les dynamiques d'appauvrissement, d'ancrage et de protection à l'aune des politiques publiques et des classes sociales territorialisées. Enfin, une ethnographie au sein d'un espace où les espérances sont en train d'être retravaillées, un centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle, permettra de contribuer à la compréhension du retravail des espérances engendré par le handicap.

    Estelle Aragona, À la recherche de l'admission : sociologie politique de l'appariement en établissements spécialisés pour personnes en situation de handicap, thèse soutenue en 2022 à Amiens en co-direction avec Magali Robelet présidée par Anne-Cécile Douillet, membres du jury : Gwenola Le Naour (Rapp.), Bruno Milly (Rapp.), Emmanuelle Fillion    

    L'approche par instruments d'action publique (Lascoumes et Le Galès, 2005) a été choisie pour étudier le processus d'appariement des personnes handicapées et des places en établissements (Simioni et Steiner, 2022) à l'œuvre dans le monde de la production des droits (Baudot et Revillard, 2014). La thèse a pu montrer en quoi faire matcher des personnes handicapées et des places en établissements médico-sociaux repose sur une longue chaîne d'intermédiaires. En effet, l'activité d'appariement concerne un ensemble d'acteurs et implique des relations et des outils pour évaluer des situations individuelles, produire du jugement, formuler des décisions, négocier des ressources, répondre à des injonctions, rendre compte de pratiques, etc. La recherche a consisté à comprendre l'enchevêtrement des instruments d'appariement utilisés, de façons variées, par les acteurs locaux, ainsi que les effets de cet enchevêtrement sur la configuration locale, sur le rapport local-national et sur les ressortissants. Le principal résultat de la thèse consiste à affirmer que les instruments reproduisent les inégalités d'accès aux accompagnements spécialisés. Ils ne règlent pas le problème, en dépit des raisonnement politiques et des choix techniques à leurs origines. Cette reproduction des inégalités est d'abord liée au fait que l'appariement est une question de circulation d'informations. Si les instruments de gestion des listes d'attente sont des supports de renseignement d'informations, ces dernières ne traduisent pas nécessairement les pratiques d'admission des établissements. Ces instruments participent à rendre visibles les réussites de l'appariement au travers des admissions prévues (les cas priorisés) et les admissions réalisées, plutôt qu'à alerter sur les personnes en attente de places. Les pratiques de priorisation des cas se généralisent pour bon nombre d'établissements, du fait des catégorisations internes et externes (établissements, associations, réseaux d'établissements) et venant des autorités publiques pour distribuer les précieuses places. La priorisation via les instruments continue de faire une "sélection-exclusion" (Simioni et Steiner, 2022), elle n'introduit pas d'équité dans l'accès aux établissements. De plus, la catégorisation des cas par les établissements et par les acteurs impliqués dans les dispositifs d'appariement est fondée sur l'interprétation des situations. Ainsi, s'il existe des régularités dans les façons de produire du jugement (définition des situations critiques, jurisprudence interne des établissements), les priorités sont aussi accordées en fonction des ressources profanes et professionnelles dont disposent les personnes handicapées et leurs familles, qui dépendent de leurs capitaux sociaux, économiques et culturels

    Claire Elazzaoui, Le vieillissement LGBT comme problème public émergent, thèse en cours depuis 2022  

    Cette thèse propose d'interroger le vieillissement LGBT comme un problème public perpétuellement émergent, c'est-à-dire dont les multiples occurrences (nombreuses et variées dans le temps et l'espace) semblent être cantonnées à un degré embryonnaire de publicisation. Cette réflexion se déplie en trois axes principaux. Premièrement, une remise en question la conception de l'émergence comme d'une phase ou séquence intermédiaire de la vie d'un problème, unique et amorçant une publicisation accrue. Deuxièmement, la question des conditions de possibilité de la constitution d'une mémoire du problème, ce dont l'absence aujourd'hui permet aux porteurs actuels de ce dernier de se dire et penser les premiers. Enfin, les recompositions de l'espace (notamment associatif, mais pas exclusivement) autour de ce problème, principalement autour des dynamiques de concentration des acteurs autour d'un ou deux pôles associatifs, et d'appropriation du problème par ces derniers.

    Louise Pasquiers, Usages et enjeux des outils de quantification au coeur des politiques d'accessibilité. Une comparaison France-Allemagne des services publics de l'emploi, thèse en cours depuis 2022  

    Ce projet de thèse vise à étudier la façon les services publics de l'emploi français et allemands conçoivent et mettent en œuvre des politiques d'accessibilité liées à une meilleure prise en compte du handicap sur le marché du travail. La recherche porte plus spécifiquement sur la diffusion organisationnelle de dispositifs et d'une culture de l'« inclusion » pour les personnes en situation de handicap et sur le recours à des outils innovants de quantification des leviers et freins de l'accès à l'emploi, permettant d'évaluer l'efficacité des politiques mises en œuvre par les organisations intermédiaires du marché du travail.

    Hippolyte Regnault, Médicaments, genre, et inégalités sociales de santé. Interroger le sexe de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) du VIH, thèse en cours depuis 2022  

    L'extension de l'usage de la prophylaxie préexposition (PrEP) s'est imposée ces dernières années comme une priorité des acteurs et actrices de la lutte contre le VIH/sida. Ce projet de thèse propose d'étudier la fabrique des politiques d'inclusion des minorités de genre au paradigme biomédical de la prévention du VIH en France hexagonale comme celle d'une configuration de gouvernement structurée par – et structurant – des inégalités sociales de santé spécifiques. Il s'intéresse aux mécanismes de production de l'efficacité de la PrEP comme à ceux d'un instrument d'action publique. Il propose dans ce cadre de problématiser la relation entre l'efficacité politique de l'instrument et celle, biomédicale, des médicaments sur lesquels il s'appuie. En effet, d'un point de vue biomédical, la PrEP varie en efficacité au regard de ce qu'on pourrait appeler son “sexe”, ou le fonctionnement sexué des médicaments qui la matérialisent. En 2024, près de dix ans après qu'ait été démontrée l'efficacité d'un traitement intermittent pour les hommes cis homosexuels, les femmes cis et les personnes trans sont encore restreintes à l'utilisation continue et journalière du médicament, et ce sur le fondement de connaissances biomédicales postulant un sexe binaire, univoque, et facteur d'(in)efficacité du traitement. Si ces connaissances ne font pas l'objet d'un consensus pharmacologique clair – ni sur ce qu'est le sexe, ses métriques, ses logiques d'interaction avec le médicament, son impact sur l'efficacité du traitement – elles s'en donnent toutefois l'apparence tant elles circulent au sein de la configuration, y compris parmi les communautés scientifiques, et tant elles semblent déterminer les scenarii de l'action publique préventive, autour, notamment, de la promesse industrielle de l'arrivée de nouvelles molécules à longue durée d'action. Incomplet, incertain, le savoir/ignorance qui caractérise le sexe de la PrEP est pourtant peu remis en question : il semble l'instituer comme naturel, et avec lui, la configuration de gouvernement. Ce projet de thèse entend donc croiser trois perspectives de recherche encore peu articulées dans les sciences sociales françaises : l'analyse instrumentale de l'action publique ; le renouvellement de l'approche biographique de l'étude des médicaments pharmaceutiques ; la critique féministe de la construction du sexe par la technique et les sciences. Il interroge les mécanismes permettant le gouvernement d'une configuration sur la base d'un instrument dont l'efficacité technique varie en robustesse, notamment au prisme du sexe. Dans cette perspective, ce projet de thèse s'intéresse dans chacun des espaces de production de l'efficacité du médicament 1) aux modes de participation des chercheur·euse·s, industriel·le·s, agences publiques, représentant·e·s d'associations de lutte contre le VIH/sida, professionnel·le·s de santé et usager·ères, 2) à la manière dont le sexe, en tant qu'objet de régime de savoirs, transforme la configuration et lui permet de se pérenniser, 3) à l'actualisation du sexe, du genre et de la sexualité en tant que systèmes de normes et de classifications. Autrement dit, on ne s'intéressera pas tant à déterminer ce qu'est le sexe de la PrEP, mais plutôt à documenter ce qu'il fait : le travail politique qu'il réalise pour les acteurs et actrices dominantes de la configuration, et les inégalités sociales de santé qu'il structure. La recherche s'appuie sur divers matériaux et terrains : un large corpus de sources écrites (articles scientifiques, rapports institutionnels, transcriptions de débats sur la règlementation, communiqués de presse) ; l'ethnographie d'un projet de recherche sur la santé sexuelle de femmes travailleuses du sexe immigrées à Marseille, une enquête par entretiens auprès de professionnel·le·s de santé, d'usager·ère·s, d'acteur·ices clé du développement des recherches scientifiques sur la PrEP en France ; l'observation de créneaux de consultation médicale.

    Frédéric Ballière, L'Entre-mondes de l'aide aux déboutés : une reconfiguration de l'assistance aux marges de l'État, thèse soutenue en 2021 à Amiens sous la direction de Nehara Feldman présidée par Marion Carrel, membres du jury : Camille Hamidi (Rapp.), Maryse Bresson (Rapp.), Estelle d' Halluin    

    Au croisement d'une sociologie des migrations et de l'action publique, cette thèse analyse les recompositions de l'assistance en direction d'une population exilée, déboutée du droit d'asile. L'enquête repose sur une ethnographie multi-située dans les mondes militant, professionnel et communautaire et combine une observation des pratiques d'assistance et des entretiens biographiques avec les exilés et les intervenants. Elle met en exergue la façon dont l'illégalité du séjour contraint l'expérience des acteurs concernés. Tout d'abord, elle s'intéresse à la manière dont l'absence de papiers détermine le rapport à l'action publique des personnes déboutés elles-mêmes. Elle explore ensuite les implications d'une action sociale qui associe logiques humanitaires et répressives. Enfin, elle met en évidence les limites d'une action militante qui coopère avec les services de l'État. Au-delà, en se tenant au plus près de l'expérience des acteurs concernés, les résultats de cette recherche révèle l'existence d'une forme de protection sociale locale qui se déploie dans l'ombre des institutions tout en mobilisant en partie les ressources et les intervenants. Cet espace intermédiaire, qualifié d'"Entre-mondes de l'aide aux déboutés" voit émerger une action collective qui permet aux acteurs de prolonger, dans les marges, leur intervention en direction des exilés sans titre de séjour. À partir de l'agencement de logiques discrétionnaires, d'un accès résiduel à certaines ressources de l'action publique et de répertoires d'action militant ou communautaire, elle rend possible le maintien sur le territoire de cette population sans droit au séjour, tout comme la pérennisation de l'engagement de ceux qui leur viennent en aide. Au terme de ce travail, se dessine alors un ultime filet de rattrapage de l'État social, qui se déploie dans une relative autonomie vis-à-vis des services de l'État tout en prolongeant son action. Ces résultats invitent alors à reconsidérer le rapport à l'action publique des exilés sans droit au séjour ainsi que les formes de l'engagement militant et/ou professionnel

    Aude Lebrun, La légitimité des concernés , thèse en cours depuis 2021 en co-direction avec Myriam AÏt aoudia  

    Cette thèse de science politique analyse les évolutions des relations entre les associations, les mouvements sociaux et les pouvoirs publics dans l'élaboration des politiques publiques du handicap depuis la loi du 11 février 2005. Elle part de l'hypothèse selon laquelle les rôles et les pratiques ont été redéfinis dans les processus de décision politique par la volonté croissante de faire participer des « personnes concernées ». Cette expression, lorsqu'elle est utilisée par les pouvoirs publics, désigne une nouvelle catégorie de consultation. Des matériaux ont été récoltés sur trois terrains différents : un premier auprès de collectifs se réclamant de l'antivalidisme, un second composé d'associations de plaidoyer (gestionnaires et non-gestionnaires d'établissements) et un dernier réalisé auprès d'acteurs politico-administratifs : au sein des secrétariats d'Etat et du comité interministériel au handicap. Ces terrains d'enquête ont été étudiés par le biais d'entretiens biographiques, d'observations, d'archives et de données récoltées sur Twitter. L'analyse de ces données mettra en perspective l'évolution des carrières, des relations et des répertoires d'action des groupes et des participants de l'espace de la cause du handicap depuis près de 20 ans. Ce travail permettra de saisir les différentes utilisations de l'expression « personnes concernées », en fonction des espaces dans lesquels elle est formulée. Être reconnu comme concerné confère une légitimité pour participer aux processus de consultation des pouvoirs publics dans le secteur du handicap. Ainsi, la légitimité des familles et des professionnels du secteur à exercer des missions de représentation est parfois remise en cause par des militants, au prétexte qu'ils ne sont pas considérés comme concernés. De même, la participation de personnes handicapées est parfois questionnée, cette fois non pour leur rapport au concernement, mais leurs capacités personnelles à représenter un groupe et les moyens matériels et humains mis à leur disposition. La valorisation de ce nouveau critère de légitimité, le concernement, suit les orientations politiques promues depuis la loi 2005 : « l'inclusion », « l'autonomie » et la plus grande participation des personnes concernées. Son usage créé alors des controverses analysées dans le cadre de ce travail doctoral : d'abord, comment sont définies les frontières de la catégorie « personnes concernées » dans ces démarches consultatives ? Ensuite, comment font les acteurs pour garder une place dans l'espace et prouver leur appartenance à cette catégorie ? Et enfin, quels moyens sont effectivement donnés aux personnes handicapées pour qu'elles puissent participer aux processus consultatifs ?

  • Hélène Monnet, Gouverner localement l’insertion : Collectivités territoriales et associations dans la production des inégalités territoriales dans la métropole de Lyon et la ville de Paris, thèse soutenue en 2025 à Lyon 2 sous la direction de Gwenola Le Naour, membres du jury : Nicolas Duvoux (Rapp.), Anne-Cécile Douillet (Rapp.), Matthieu Hély et Anne-France Taiclet   

    Les Départements, en tant que chef de file de l’action sociale, ont la compétence de la gestion décentralisée du RMI puis, depuis 2008, du RSA. La multiplicité des acteurs qui entrent en jeu dans la mise en oeuvre locale de ces politiques d’insertion pose la question de leur gouvernance et de leur inscription dans la politique d’insertion départementale. En parallèle, la loi Maptam de 2014 introduit des collectivités à statut particulier fusionnant les compétences des départements et d’autres échelons territoriaux – communes ou communauté urbaine – dans des entités juridiques uniques. Comment ces nouvelles collectivités qui associent des compétences historiquement sectorisées articulent-elles leurs politiques ? Dans quelle mesure les collectivités participent-elles d’une mise en concurrence des différents acteurs, notamment associatifs, pour gouverner la production de l’action publique locale ? Et enfin, quels effets cette marchandisation du secteur de l’insertion produit-elle sur les parcours des bénéficiaires de l’action sociale ? Ces questionnements seront abordés à travers la comparaison entre deux collectivités territoriales à statut particulier : la Ville de Paris et la Métropole de Lyon. Cette thèse questionne la production de l'action publique territoriale « par le bas », c’est-à-dire à partir des acteurs qui mettent en oeuvre les politiques d’insertion sur les territoires. Cette approche permet d’analyser les dimensions socio-politiques de la gouvernance territoriale de l’insertion et les mécanismes de reproduction des inégalités socio-spatiales qui touchent les classes populaires.

    Valérie Icard, Gouverner la prison.De la normalisation à la rationalisation de la gestion carcérale : une mise en perspective entre la France et l'Espagne, thèse soutenue en 2022 à université ParisSaclay sous la direction de Jacques de Maillard, membres du jury : Anne-Cécile Douillet (Rapp.), Corinne Rostaing (Rapp.), Grégory Salle et Dan Kaminski      

    Dans cette thèse, nous proposons d’analyser les politiques contemporaines de réforme de la prison ,à partir d'une approche de sociologie politique et de sociologie carcérale. À l'appui d’enquêtes sociologiques dans quatre établissements pénitentiaires en France et en Espagne, est étudié le processus de « normalisation carcérale » dont l'objectif est de rapprocher la vie en détention de celle à l'extérieur. Trois modalités de normalisation retiennent l’attention : la transformation de la relation entre personnes détenues et personnel de surveillance (notamment via la sécurité dynamique), l'amélioration des conditions matérielles de détention et la responsabilisation des personnes incarcérées(notamment promue dans un nouveau régime de détention, les modules de respect). Nous souhaitons comprendre comment la normalisation carcérale et les objectifs sécuritaires et disciplinaires s'articulent dans les réformes contemporaines. L’ambition de cette thèse est de démontrer que le processus de normalisation constitue un levier de rationalisation de la gestion carcérale, en explicitant les reconfigurations des logiques professionnelles, organisationnelles et institutionnelles à l’œuvre. Proposant une sociologie politique des réformes carcérales dans deux cadres nationaux différents, la thèse s'organise autour de trois grands axes de questionnements. Nous analysons tout d’abord les différentes configurations d’action publique dans l'impulsion et les appropriations des politiques de normalisation carcérale. Ensuite, nous en observons les conséquences organisationnelles et professionnelles au sein des établissements. Plus spécifiquement, il s’agit d’examiner, en France et en Espagne, l'influence des politiques de normalisation sur l'évolution des pratiques du personnel de surveillance, les ressorts de son autorité et la relation qu'il entretient avec les personnes détenues. Enfin, à partir de l’analyse de la différenciation des régimes de détention et de l’introduction d’un objectif de responsabilisation, sont étudiées les transformations des modalités de production de l’ordre et d’assujettissement des personnes détenues. Nous mettons ainsi en évidence les reconfigurations contemporaines des modalités de gouvernement de la prison contemporaine, en analysant les transformations de l’autorité du personnel de surveillance, le traitement différentiel des personnes détenues et le recours à des stratégies incitatives et d’activation. Dans cette perspective, l’enjeu analytique de notre thèse consiste à expliciter ce que l'on entend parla rationalisation de l’action publique carcérale, en soulignant la sophistication du pouvoir institutionnel dans la production de l’ordre carcéral.

    Fanny Jaffrès, Le travail protégé à l’ère de l’inclusion , thèse soutenue en 2021 à Paris 8 sous la direction de Nicolas Duvoux  

    Cette thèse s’intéresse aux institutions de travail protégé à l’aune de la promotion de l’inclusion des personnes handicapées en milieu ordinaire. Cumulant différentes méthodes d’enquête (entretiens, observations, recueil et analyse de documentation officielle), elle adopte une approche transversale mettant en lumière l’interdépendance des différents niveaux d’action publique et mobilise une comparaison avec la Suède pour éclairer le cas français par contraste. L’analyse des modalités concrètes de la mise en œuvre du modèle inclusif vis-à-vis des personnes handicapées les plus éloignées du marché du travail nuance l’opposition entre inclusion en milieu ordinaire et institutions spécialisées. Elle montre que les différents modèles de politiques se cumulent plus qu’ils ne se substituent les uns aux autres. La France comme la Suède, pourtant présentée comme un modèle en matière d’inclusion, conservent ainsi un large secteur de travail protégé. En Suède, l’appropriation de l’objectif d’inclusion par l’ensemble des acteurs de l’insertion professionnelle a conduit à une large diffusion des méthodes d’emploi accompagné de sorte que même les bénéficiaires de dispositifs spécifiques travaillent en milieu ordinaire. En France, l’objectif a essentiellement été réapproprié par le secteur du handicap qui a créé de nouveaux dispositifs dédiés, aboutissant indirectement à un renforcement des spécialisations des acteurs. Dans un contexte où les exigences du marché du travail s’accroissent, la thèse met en évidence les apports des dispositifs spécialisés accompagnant vers le milieu ordinaire et/ou proposant une offre alternative d’activité professionnelle.

    Fanny Jaffrès, Le travail protégé à l'ère de l'inclusion: analyse comparée (France – Suède) de l'action publique pour l'emploi et le travail des personnes handicapées, thèse soutenue en 2021 sous la direction de Nicolas Duvoux, membres du jury : Patrick Hassenteufel (Rapp.), Didier Demazière (Rapp.), Nathalie Morel et Emmanuelle Fillion   

    Cette thèse s’intéresse aux institutions de travail protégé à l’aune de la promotion de l’inclusion des personnes handicapées en milieu ordinaire. Cumulant différentes méthodes d’enquête (entretiens, observations, recueil et analyse de documentation officielle), elle adopte une approche transversale mettant en lumière l’interdépendance des différents niveaux d’action publique et mobilise une comparaison avec la Suède pour éclairer le cas français par contraste. L’analyse des modalités concrètes de la mise en œuvre du modèle inclusif vis-à-vis des personnes handicapées les plus éloignées du marché du travail nuance l’opposition entre inclusion en milieu ordinaire et institutions spécialisées. Elle montre que les différents modèles de politiques se cumulent plus qu’ils ne se substituent les uns aux autres. La France comme la Suède, pourtant présentée comme un modèle en matière d’inclusion, conservent ainsi un large secteur de travail protégé. En Suède, l’appropriation de l’objectif d’inclusion par l’ensemble des acteurs de l’insertion professionnelle a conduit à une large diffusion des méthodes d’emploi accompagné de sorte que même les bénéficiaires de dispositifs spécifiques travaillent en milieu ordinaire. En France, l’objectif a essentiellement été réapproprié par le secteur du handicap qui a créé de nouveaux dispositifs dédiés, aboutissant indirectement à un renforcement des spécialisations des acteurs. Dans un contexte où les exigences du marché du travail s’accroissent, la thèse met en évidence les apports des dispositifs spécialisés accompagnant vers le milieu ordinaire et/ou proposant une offre alternative d’activité professionnelle.

    Julie Varlet, L’orientation scolaire en Institut-Medico-Educatif, les traductions professionnelles des politiques publiques de l'inclusion scolaire, thèse soutenue en 2020 à Artois sous la direction de Cécile Carra, membres du jury : Jean-Michel Bonvin (Rapp.), Marcel Calvez (Rapp.), Lise Demailly   

    L'inclusion scolaire dans les politiques publiques françaises et internationales apparaît au début des années 2000. La dernière loi du 26 juillet 2019 invite les professionnels à placer l'usager, ici l’enfant et sa famille, au cœur du projet. Dans ce cadre, une convention CIFRE a été signée avec l'un des principaux acteurs du département du Pas-de-Calais das le champ de la prise en charge des enfants en situation de handicap avec le questionnement suivant : que produisent les principes de l'inclusion en milieu spécialisé dans la construction d'une orientation scolaire ? L'état de l'art permet d'identifier un processus de construction comme étant lié aux effets : 1- du "Nouveau Management Public" sur les pratiques et représentations professionnelles, 2- des politiques publiques sur la place et la participation accrue de l'usager s'inscrivant dans le cadre "des relations de services", 3- de ces différentes politiques publiques sur l'identité professionnelle et la culture professionnelle liées aux pratiques dites "inclusives". Ce questionnement interroge les logiques et représentations professionnelles d'un point de vue microsociologique, à partir des discours professionnels perçus lors d'entretien et pendant les réunions dédiées à l'orientation scolaire des enfants en IME. Le caractère du terme "inclusion" polysémique, polyphonique et multiculturel, contribue à des traductions différenciées de ce principe par les professionnels. Ce sont ces traductions qui sont au cœur de cette thèse, ce qu'elles doivent aux effets des politiques publiques et ce qu'elles produisent en termes d’orientation scolaire.

  • Drissa Diagana, L'expérience sociale des demandeurs d'asile en France ˸ épreuves et quête d'insertion, thèse soutenue en 2025 à université ParisSaclay sous la direction de Maryse Bresson présidée par Véronique Petit, membres du jury : Sylvie Mazzella (Rapp.), Mor Faye, Richard Marcoux et Monique Hirschhorn      

    Cette thèse porte sur la mise en œuvre du droit d'asile en France et ses effets sur les personnes demandeuses d'asile. Elle s'attache à expliciter les logiques qui structurent l'accès à la protection internationale dans un contexte où l'immigration et, en particulier, le droit d'asile sont de plus en plus construits comme un problème public.Elle montre que cette construction problématique ne se traduit pas seulement dans les discours politiques, mais s'incarne concrètement dans des dispositifs administratifs, spatiaux et matériels qui reconfigurent en profondeur l'expérience vécue de l'asile.Que signifie demander l'asile en France aujourd'hui ? Comment les demandeurs d'asile vivent et négocient les épreuves inhérentes au processus de l'asile et quelles capacités d'action développent-ils face aux contraintes du système ?La thèse articule deux perspectives pour y répondre : l'analyse des logiques institutionnelles qui façonnent le parcours d'asile et celle du vécu subjectif des demandeurs ainsi que leur agentivité.La première partie montre que le système français de l'asile ne fonctionne pas comme un simple appareil d'application de la Convention de Genève mais comme un dispositif complexe de tri qui articule protection internationale et contrôle migratoire.Trois piliers structurent ce dispositif. Le premier repose sur la fragmentation bureaucratique qui transforme la demande d'asile en parcours du combattant et installe un régime généralisé de suspicion. Cette logique de tri s'étend géographiquement à travers le règlement Dublin et les politiques d'externalisation qui organisent l'éloignement et l'invisibilisation des demandeurs.Le deuxième pilier porte sur les conditions matérielles d'accueil qui placent les demandeurs dans une situation structurelle de dénuement et d'inactivité forcée. Le Dispositif national d'accueil (DNA) fonctionne comme un « dispositif de pouvoir » qui exerce un effet dissuasif tout en maintenant formellement le respect des normes juridiques.Le troisième pilier repose sur le rôle ambigu des associations qui, prises entre assistance et cogestion du système, participent malgré elles à la production de l'éligibilité et au formatage des demandes.Ces trois piliers produisent un dispositif d'inhospitalité qui ne se contente pas de trier administrativement mais qui fabrique des sujets particuliers : des individus précarisés, dépendants et socialement immobilisés, souvent pris dans un processus d'encampement diffusLa seconde partie déplace le regard vers le vécu des demandeurs en restituant la manière dont ils traversent les épreuves imposées par le système et mobilisent des ressources pour maintenir une forme d'agentivité. Notre enquête de terrain, fondée sur une « participation observante » au sein d'une association d'aide aux exilés dans la région parisienne et sur des entretiens biographiques, met en lumière deux épreuves majeures.L'épreuve bureaucratique produit un choc administratif qui recompose les représentations du monde social et le rapport à soi. Elle impose une contrainte narrative exigeante qui oblige les demandeurs à produire un récit à la fois conforme aux catégories juridiques de l'asile et aux critères implicites de crédibilité de l'administration. Cette contrainte opère comme une forme de « violence épistémique » qui peut aboutir à une déstabilisation de l'identité narrative.L'épreuve de la précarité sociale découle de l'interdiction de travailler et produit trois types de blessures : juridique, morale et biographique. Face à ces épreuves, les demandeurs développent des stratégies d'action diversifiées qui témoignent de leur capacité à composer avec l'interdit ou à le contourner.Ces stratégies révèlent une autonomie sous contrainte qui se construit dans les interstices du dispositif. Toutefois, ces capacités d'action restent tributaires de ressources inégalement distribuées qui structurent les marges de manœuvre disponibles.

    Mégane Aussedat, Délοger et relοger en quartier d'habitat indigne : une analyse cοmparative entre une situatiοn métrοpοlitaine (Μarseille) et une situatiοn ultramarine (Μayοtte), thèse soutenue en 2025 à Normandie sous la direction de Élise Palomares et Valérie Sala Pala présidée par Elise Roche, membres du jury : Stéphanie Guyon (Rapp.), Camille François   

    Fondée sur une démarche inductive, compréhensive et critique, la thèse porte sur les stratégies institutionnelles de délogement et de relogement dans le cadre d’opérations de rénovation urbaine en quartier d’habitat privé « indigne ». Au travers d’une comparaison entre deux territoires situés en contextes métropolitain (Marseille) et ultramarin (Mayotte), elle interroge les variations observées à l’aune des recompositions de l’État colonial à Mayotte. L’enquête part du constat de la tension opérationnelle que crée l’enjeu du relogement dans la rénovation urbaine en quartier d’habitat « indigne ». Dans des contextes où des contraintes fortes pèsent sur l’accès au logement social des habitant de ces quartiers, le relogement est construit en problème pour les acteurs chargés de la conduite des opérations. La thèse interroge la construction des stratégies juridiques et temporelles déployées par les acteurs publics pour y répondre, en examinant comment leurs intérêts et motifs d’action orientent leurs décisions. Elle analyse les effets sociaux et les mécanismes de tri qui résultent de la rencontre entre la mise en œuvre de ces stratégies et les résistances opposées par les habitants des quartiers ciblés.La thèse montre que la vulnérabilité résidentielle des habitants est accentuée par les stratégies juridiques et temporelles du délogement et questionne la dimension morale de l’action publique. Elle soutient que les rapports sociaux qui structurent les configurations locales, et notamment les rapports sociaux de race, sont déterminants dans la façon dont les acteurs publics jaugent les conséquences de leur action ou de leur inaction comme étant tolérables ou intolérables pour les habitants ciblés par l’intervention urbaine. Cette thèse montre enfin comment l’héritage colonial façonne les stratégies juridiques et temporelles du délogement/relogement analysées à Mayotte. Au travers de la comparaison, elle met en évidence une forme de gouvernement postcolonial dans ce territoire qui s’observe à la fois dans le rapport à la légalité et les usages concrets du droit par les acteurs publics et dans les registres de légitimation de la violence de l’action publique, registres dans lesquels les rapports sociaux de race opèrent de façon spécifique.

    Delphine Raccurt, Le moment APB, un moment sans histoire ? : le jeu discret des outils d'admission post-baccalauréat dans les politiques d'accès à l'université (années 1960-années 2010), thèse soutenue en 2023 à Paris 1 sous la direction de Brigitte Gaïti présidée par Yannick Barthe, membres du jury : Sophie Orange (Rapp.), Hélène Buisson-Fenet    

    La thèse propose de retracer la carrière de l’outil Admission Post-Bac (APB) utilisé entre 2009 et 2017 pour traiter les vœux des bacheliers candidats à une formation post-baccalauréat. Située au croisement de la sociologie de l’action publique, de l’enseignement supérieur, des techniques et des controverses, la thèse exploite divers matériaux : entretiens individuels et collectifs, corpus de presse, analyse de la littérature grise et des rapports publics. La thèse rend compte des dynamiques ayant suscité l’intérêt, la critique et le rejet à l’égard d’APB en analysant les trajectoires empruntées au cours de son existence. Comment analyser la discrète introduction d’APB et sa brusque politisation lorsque la gestion par l’État de l’accès à l’enseignement supérieur est mise en débat ? Comment sa « courte » carrière peut-elle être réinscrite dans les transformations à l’œuvre au sein de l’institution universitaire ? Dans un premier temps, la thèse revient sur le parcours de la « sélection » dans les séquences réformatrices de l’enseignement supérieur, entre les années 1960 et 1980, et montre comment, par un processus de verrouillage politique, le « tabou » de la sélection à l’entrée de l’université s’est progressivement solidifié. Dans l’espace laissé vacant par les dispositions de la loi Savary de 1984, le libre accès à l’université s’est rendu propice à l’expérimentation de nouveaux instruments d’organisation des admissions post-baccalauréat. La focalisation de la thèse sur les entreprises balbutiantes d’harmonisation des procédures montre qu’APB trouve ses origines dans l’institutionnalisation de nouveaux savoirs de gouvernement et la diffusion d’une norme coordinatrice auprès des acteurs intéressés. Pour appréhender le fonctionnement d’APB, la thèse se concentre sur la délégation des admissions post-baccalauréat à des modèles algorithmiques venus de la théorie économique, appliqués d’abord à l’univers « sélectif » puis « non-sélectif » de l’enseignement supérieur. Dans un second temps, la thèse examine les trajectoires empruntées par APB lorsque son cœur algorithmique est mis à l’épreuve par les tensions post-baccalauréat : elle interroge les fissurations introduites dans sa capacité d’agrégation malgré des possibilités d’ajustement soigneusement entretenues par ses « propriétaires » au sein du ministère de tutelle. Le « moment APB » que la thèse prend pour objet se clôture par un processus de mise en politique au cours duquel la condamnation du gouvernement algorithmique des admissions post-baccalauréat se mêle à une réouverture des « possibles » en matière de sélection à l’université.

    Aymeric Mongy, L'autisme, un handicap contre la protection sociale : les usages réformateurs d'un problème-outil, thèse soutenue en 2021 à Université de Lille 20182021 sous la direction de Anne-Cécile Douillet, membres du jury : Philippe Bezes (Rapp.), Fanny Vincent, Aude Lejeune et Emmanuel Henry    

    Depuis plus de quarante ans, la littérature en science politique s’intéresse aux processus de bureaucratisation conduisant à mobiliser dans la fabrique de l’action publique des savoirs et techniques issus du New Public Management (NPM) (Bezes et al., 2011), jusqu’à parfois dresser le constat englobant d’une « bureaucratisation néolibérale » du monde (Hibou, 2013). Ces conceptions mécanistes du transfert de techniques de gouvernement entre secteur public et privé renseignent finalement peu les conditions de leur encastrement social, c’est-à-dire les opérations politiques, symboliques et techniques par lesquelles des groupes sociaux légitiment le recours au NPM ; l’action de sa base sociale en somme. A partir d’une analyse du cas de la construction du problème de l’autisme en France, la présente thèse entend porter sur ce point un éclairage en mettant au jour la manière dont les mobilisations des mouvements associatifs parentaux de l’autisme ont contribué à motiver l’emploi par l’État de techniques et de formats organisationnels issus du management de la santé, renforçant par-là les capacités administratives de contrôle sur l’organisation et les contenus de l’offre de soins psychiatrique et médicosociale. En effet, à partir des années 2010 les « stratégies scandaleuses » (Offerlé, 1998) des organisations parentales conduisent à publiquement mettre à l’index l’archaïsme de modèles de prise en charge ségrégués car trop peu tournés vers l’école, inefficace car trop peu informés des avancées des neurosciences. Mêlant droit à l’inclusion sociale des personnes et accès aux soins dans le secteur libéral, les revendications de ces groupes d’intérêts font se croiser la « trajectoire de réformes » (Bezes, Palier, 2018) de l’autisme et celle d’un autre problème : celui du mode de gouvernement des secteurs du handicap et de la santé mentale. Ce deuxième enjeu est marqué par un retour en force de l’État qui, depuis le début des années 1990, recourt de plus en plus à différentes technologies – agences, appels d’offre, contrats, plateformes, recommandations de bonnes pratiques, forfaits, etc. – en vue de construire un « système » intégré de santé. Leur emploi est tendu vers l’accroissement du rendement des structures de soins sanitaires et des établissements médicosociaux, invités à se spécialiser dans des prises en charge « lourdes » et « complexes » pour renvoyer une partie de leurs publics vers le droit commun. Qu’on l’appelle « virage ambulatoire » ou « tournant inclusif », ce transfert des activités de prise en charge vers le « milieu ordinaire » – rarement sinon jamais interrogé en tant que foyer d’oppression ou facteur d’inégalités – compte pour beaucoup dans la sollicitation de la médecine libérale, censée absorber les demandes de prestations dont sont ainsi déchargées les milieux spécialisés. Sur la base de matériaux divers – sources écrites, entretiens observations et enquête ethnographique conduite en particulier dans le département du Pas-de-Calais – notre recherche montre comment, en cherchant à conformer le processus de production des soins à leurs conceptions des « bonnes pratiques », ces associations ont nourri ce programme. Elle rend également compte de comment la rationalisation logistique des soins induit un délitement des « propriétés sociales » (Castel, 1999) distribuées par les secteurs qu’elle travaille, ce au détriment de leurs publics socialement les plus précaires.

    Sophie Dessein, Des travailleuses et travailleurs associatifs au coeur de la modernisation de l'Etat : le cas du service public de l'emploi pour les chômeurs en situation de handicap, thèse soutenue en 2020 à Paris 1 sous la direction de Delphine Serre et Jérôme Gautié présidée par Tania Angeloff, membres du jury : Sophie Bernard (Rapp.), Matthieu Hély    

    Cette thèse étudie la manière dont l’État se reconfigure à travers le secteur associatif. Elle prend appui sur une étude de cas, celui du service public de l’emploi « Cap Emploi » destiné aux chômeurs en situation de handicap, créé en 2005 et déployé par des associations. Tirant partie de plusieurs méthodes (observations par monographies et par immersion dans trois Cap Emploi, entretiens, statistiques ethnographiques, travail documentaire), l’intérêt de cette thèse est d’étudier les pratiques professionnelles selon trois dimensions : l’organisation du travail, les propriétés des usagers et les caractéristiques des travailleurs. Une première partie de la thèse porte sur la « mise en gestion » progressive de ces associations dans le cadre de leur contractualisation avec l’État et à l’aune du référentiel du New public management. Une deuxième partie fait état de la difficile conciliation entre volonté de personnalisation des politiques sociales du handicap et logique gestionnaire qui sous-tend l’activité Cap Emploi. On y étudie le processus de catégorisation et de tri des chômeurs montrant un phénomène d’« éviction » et de « mise en flux » à l’égard des personnes souffrant de handicap psychique. Enfin, la troisième partie de la thèse est consacrée à l’étude de ces travailleuses et travailleurs associatifs en tant que « nouveaux visages du service public ». On y approfondie leur rapport au travail et à l’emploi, au regard d’une analyse en termes de trajectoire et de genre. On étudie notamment leur ajustement ou désajustement à la tension entre deux logiques de travail, relationnelle et gestionnaire, inhérentes au métier de conseiller lorsqu’il est exercé dans ce type de structure hybride.

    Alexandra Struk Kachani, La construction des politiques de l'autisme : concurrence des acteurs et arbitrage de l'Etat, thèse soutenue en 2017 à Bordeaux sous la direction de Robert Lafore et Marion Paoletti présidée par Thierry Berthet, membres du jury : Ghislain Magerotte (Rapp.), Brigitte Chamak      

    Cette thèse interroge les processus de construction de la réalité́ à l’oeuvre lors de l’émergence duproblème politique de l’autisme. Un mécanisme largement bottom-up s’est imposé, sousl’impulsion déterminante de « coalitions de causes » (notamment celle des associations deparents) qui ont opéré un véritable travail de capacitation et d’expertisation pour s’approprier destravaux de recherche, contester la légitimité du pouvoir médical, revendiquer des droits auprès despouvoirs publics en utilisant différentes armes, médiatiques, et judiciaires principalement.Expliquer pourquoi l’autisme est devenu un problème politique au milieu des années 1990 jusqu’àêtre reconnu « grande cause nationale » en 2012 suppose d’analyser, sur un temps long, lesprocessus qui changent le statut de l’autisme (d’un problème familial d’abord, social ensuite,politique enfin) et en définissent les traitements publics possibles.

    Luc Sigalo Santos, L'administration des vocations, ou la spécialisation d'une action publique généraliste. : enquête sur le traitement du chômage artistique en France., thèse soutenue en 2016 à Paris 8 sous la direction de Laurent Jeanpierre et Vincent Dubois présidée par Nicolas Duvoux, membres du jury : Anne-Cécile Douillet (Rapp.), Thierry Berthet   

    Cette thèse analyse le traitement public du chômage artistique en France. Elle prend pour objet deux dispositifs publics spécialisés, qui visent le « retour à l’emploi » d’artistes demandeurs d’emploi et/ou allocataires du RSA : l’un relève de la politique nationale de l’emploi (ANPE puis Pôle emploi spectacle), l’autre de la politique sociale départementale (RMI puis RSA artiste). L’enquête, socio-historique et ethnographique, a été conduite à Paris et en Gironde entre 2010 et 2014. Elle a permis de récolter un matériau diversifié, composé d’archives administratives, d’entretiens et d’observations, à tous les niveaux de l’action publique – ministères et élus locaux, experts et partenaires institutionnels, cadres territoriaux, street-level bureaucrats et usagers. La spécialisation sectorielle d’une action publique généraliste accentue les tensions relatives à l’organisation institutionnelle, à la formalisation des rôles professionnels et au traitement ordinaire des usagers. D’un côté, les agents de l’administration des vocations tentent d’adapter des usagers suspectés d’onirisme à la « réalité » du marché de l’emploi. De l’autre côté, ils s’efforcent eux-mêmes de se conformer au fonctionnement d’un domaine d’activités peu porté vers l’intermédiation publique. L’incongruité du rapprochement entre logique bureaucratique standardisée et impératif artistique de singularisation permet de renouveler l’analyse de l’individualisation d’un traitement de masse, caractéristique structurante de la régulation politique des rapports sociaux.

  • Marie Assaf, Food, flowers, and filth . Recomposer le marché de l’emploi réservé aux personnes handicapées ? : le cas des nonprofits de la côte est étatsunienne., thèse soutenue en 2023 à Paris EHESS sous la direction de Romain Huret présidée par Isabelle Ville, membres du jury : Élisa Chelle (Rapp.), Jean-Christian Vinel (Rapp.), Anne Daguerre    

    Cette thèse s’intéresse à l’expérience de mise au travail des personnes ayant des handicaps intellectuels et cognitifs (Intellectual and Developmental Disabilities ou IDD) aux États-Unis, une expérience marginale puisque le handicap sert de curseur entre l’économie du travail et du besoin. Afin de saisir la définition de l’employabilité de cette catégorie de population, nous nous sommes penchée sur le travail proposé par des acteurs de « l’État délégué » : des nonprofits, associations à but non lucratif, spécialisées dans l’intégration sur le marché de l’emploi ordinaire des personnes ayant des IDD. Acteurs méconnus de ce processus, elles constituent pourtant des relais essentiels, tant d’information, que de formation au cadre normatif du marché de l’emploi ordinaire. Plus précisément, nous analysons un modèle récent, celui de « l’emploi personnalisé » (customized employment). Issu des réformes de l’État social (welfare state) des années 1990 et de l’influence d’un puissant mouvement en faveur de l’indépendance des personnes handicapées, conduit par la population concernée elle-même dès les années 1960, ce modèle propose d’aborder l’emploi à partir des souhaits et besoins des individus handicapés afin de trouver un environnement qui correspond à leur projet professionnel (dans la continuité des dynamiques de transformation du welfare en workfare). La délégation de l’action publique auprès du tiers secteur est ancrée dans l’histoire des États-Unis, et en particulier dans le cadre de politiques sociales. Par ailleurs, le milieu associatif a historiquement eu une place majeure dans la prise en charge des personnes handicapées, ainsi il n’est pas étonnant de voir des institutions pareilles émerger afin de répondre au défi de l’intégration de populations marginalisées. L’analyse « par le bas », à partir de ces acteurs permet de démêler les fils qui forment l’employabilité des individus. Cette étude de cas fait le pari de prendre au sérieux les services de mise à l’emploi et de voir ce qui se passe au niveau de l’interaction entre les agents et les personnes handicapées. Seul ce type d’enquête d’ethnographie, en rupture avec l’approche traditionnelle des politiques publiques, permet de comprendre comment est façonnée, pensée et défiée, l’employabilité d’individus qui ne sont pas destinés à travailler. Ainsi, nous démontrons à travers trois parties, que l’employabilité des personnes ayant des IDD ne peut être comprise en-dehors d’un cadre d’analyse historique et politique croisant différentes échelles. Suite à cette démonstration précise, à la fois de nos méthodes, de nos défis, et des structures, en somme, les clés de lectures nécessaires du sujet dans les deux premières parties, nous exposons la trajectoire des acteurs dans la dernière. Nous y déplions les nouveaux modèles de l’employabilité sur le terrain effectué, à New-York et Boston particulièrement, au regard des interactions entre les personnes handicapées et les agents. Le travail de ces derniers illustre les défis et la spécificité du cas handicapé. Donner un visage à ceux qui forgent l’employabilité des individus handicapés permet de comprendre les grandes variations qui demeurent dans la proposition de services à une catégorie de la population déjà fortement marginalisée.

    Pierre-Antoine Chauvin, L’administration de l’attente : politiques et trajectoires de relogement des familles sans domicile à Paris, thèse soutenue en 2020 à Paris 10 sous la direction de Catherine Bonvalet présidée par Carole Brugeilles, membres du jury : Jean-Claude Driant (Rapp.), Sylvie Tissot (Rapp.), Pascale Dietrich et Yves Grafmeyer    

    Une forme d’(in)action publique a pris fin dans la nuit du 14-15 avril 2005. L’incendie meurtrier de l’hôtel Paris-Opéra plaça au cœur de l’agenda politique la question du mal-logement jusque-là invisibilisée. Cette thèse montre qu’il est la conséquence de mutations qu'a connues le logement populaire parisien depuis les années 1970. Cet événement verra la consécration d’une nouvelle catégorie d’action publique (le « marchand de sommeil »), la mise en sommeil de la responsabilité de certains acteurs publics et l’ouverture d’une « fenêtre d’opportunité » favorable à l’instauration de deux dispositifs gestionnaires (le DALO et le logement temporaire dans le parc privé).Ce travail de recherche examine également la manière dont les administrations modèlent les aspirations et les trajectoires des classes populaires. Pour ce faire, elle s’appuie sur une base de données longitudinales construite à partir du fichier parisien des demandeurs.euses de logement et de 410 dossiers personnels collectés au sein des archives municipales. Cette démarche a permis la reconstitution, sur une période de six ans, des trajectoires résidentielles d’une cohorte de 696 familles hébergées à l’hôtel, à Paris, en 2009. L’analyse statistique associée à 41 entretiens biographiques rend visible les effets agrégés du travail de priorisation accompli par les agent.e.s situé.e.s au guichet et la transformation inégalitaire des chances d’accès au logement social. Elle montre que l’administration de l’attente ne se réduit pas à une simple gestion de la pénurie mais revêt la forme d’une coproduction institutionnelle des délais et d’une lutte entre différents acteurs (bailleurs sociaux, élu.e.s locaux.ales, associations, etc.) pour transformer les principes de re-distribution légitime d’un bien rare.

    Thomas Bertrand, Quantifier et évaluer l'action publique décentralisée : les cas du Fonds Social Européen et du Conseil régional de Picardie, thèse soutenue en 2018 à Amiens sous la direction de Patrick Lehingue, membres du jury : Corine Eyraud (Rapp.), Jay Rowell (Rapp.), Patrick Le Lidec      

    Consacrée aux rapports profanes à l'"évaluation" chiffrée de l'action publique territoriale, cette thèse analyse les cas du Fonds Social Européen (FSE) et du Conseil régional de Picardie (CRP) et combine entretiens, statistiques, archives et observations. Quatre questions structurent la démonstration. Le cas du FSE permet de démontrer que le droit est une condition de possibilité et d'inefficacité de la quantification. S'il contribue à déterminer l'existence et les caractéristiques de l'infrastructure statistique du CRP, le droit rend également possible le jeu avec les chiffres. Les rapports entre droit et statistique peuvent adopter une relation dialectique, qui voit la quantification être utilisée comme instrument d'exploitation du flou juridique. La performativité des formes statistiques résulte de la correspondance plus ou moins étroite entre leurs propriétés techniques, institutionnelles et symboliques et celles de leur environnement d'introduction. Le cas du CRP révèle un découplage entre l'acclimatation d'outils statistiques et évaluatifs et leur performativité. Ce sont les mêmes conditions ayant contribué à leur implantation qui ont restreint leur efficacité.Si elle comporte des aspects novateurs, la "nouvelle quantification publique" ne se distingue guère d'autres formes statistiques si l'on examine par exemple ses registres de légitimation. On montre la réversibilité de l'"évaluation", à la fois ressource et contrainte pour des groupes d'acteurs pris dans des rivalités institutionnelles. Le déroulement d’une "évaluation" peut être analysé comme la retraduction de divergences concernant des enjeux sociaux extérieurs à la procédure évaluative

    Marine Bourgeois, Tris et sélections des populations dans le logement social : une ethnographie comparée de trois villes françaises, thèse soutenue en 2017 à Paris Institut détudes politiques sous la direction de Patrick Le Galès présidée par Olivier Borraz, membres du jury : Valérie Sala Pala (Rapp.), Alexis Spire (Rapp.), Renaud Epstein    

    À partir du cas des attributions de logements sociaux, cette thèse s’intéresse aux questions de tri et de sélection dans l’action publique. Elle analyse la manière dont sont choisis les futurs locataires HLM et dont se construisent les discriminations dans l’accès au logement social. Elle éclaire l’émergence de critères d’attribution contraires au droit et explique leur récurrence au niveau local. L’enquête s’appuie sur une ethnographie comparée de trois agglomérations françaises et six organismes HLM. Elle repose sur des observations directes, des entretiens auprès de professionnels du logement social, des analyses documentaires et statistiques. Ses résultats soulignent d’abord la faiblesse du pouvoir normatif de l’État et discutent l’hypothèse d’une ruse de la mise en œuvre. En examinant les conditions d’élaboration des règles au niveau méso, la thèse identifie ensuite plusieurs régimes de tri des ménages en fonction des caractéristiques du contexte local et des modalités d’association entre élus, bailleurs et acteurs économiques. L’étude des pratiques professionnelles précise, enfin, les paramètres qui influencent les modalités de catégorisation des usagers au guichet. Elle montre que l’attribution des logements n’est discrétionnaire et discriminatoire que dans certaines configurations spécifiques, en fonction des marges de manœuvre dont dispose le bailleur, de l’état du patrimoine social et des comportements des street-level bureaucrats. Les régularités constatées dans la mise en œuvre sont finalement expliquées par le poids des contraintes institutionnelles et la culture professionnelle des agents de terrain.