Face à des dégradations environnementales d’ampleur planétaire inédite, les sols émergent comme objet de préoccupation scientifique, citoyenne et politique. Désignés comme « l'épiderme vivant de la Terre », ils sont valorisés pour leurs multiples contributions au fonctionnement des écosystèmes terrestres et des sociétés humaines. En France, la loi « Climat et résilience » (2021) reconnaît ces fonctions écologiques, mais cette conception contraste avec celle de surface parcellisée et exploitable véhiculée par le régime foncier. Pour éclairer cette tension dans l'institution sociale du sol, cette thèse interroge l'intégration des valeurs des sols dans la gouvernance foncière française. Adoptant une perspective de socio-économie écologique, elle examine comment ces valeurs sont conciliées dans les normes juridiques, modèles économiques et pratiques sociales qui structurent l'aménagement des territoires. La Première partie présente l’approche scientifique et théorique de la thèse qui combine trois éléments : le cadre des Régimes institutionnels de ressource, le modèle analytique de la propriété comme « faisceau de droits » et une approche pluraliste des valeurs de la nature et des sols. La gouvernance foncière apparaît ainsi comme processus de négociation de régimes et d'arrangements institutionnels structurant la valorisation et l'appropriation des sols. La Deuxième partie examine ces négociations dans trois contextes territoriaux contrastés : des initiatives foncières de soutien au pastoralisme sur le site UNESCO des Causses et Cévennes (Chap. 4), la mise en œuvre de deux réserves naturelles nationales dans l'Hérault (Chap. 5), et un conflit d'aménagement urbain à Besançon (Chap. 6). La Troisième partie analyse les transformations macro-institutionnelles induites par la loi « Climat et résilience » et son objectif de zéro artificialisation nette (ZAN). Le dispositif ZAN est examiné comme un système d'échange de quotas d'artificialisation (Chap. 7), tandis que le Chapitre 8 étudie l'émergence d'une filière économique de la renaturation des sols. Sur le plan théorique et méthodologique, cette thèse souligne l'intérêt d'une approche interdisciplinaire et pluraliste des rapports sols-sociétés. Le concept de régime de valorisation opérationnalise cette vision en articulant l'analyse des processus de valorisation et d'appropriation ; tandis que la matrice des faisceaux de droits éclaire la construction des arrangements fonciers et la territorialisation des régimes de valorisation. Empiriquement, l'enquête montre que le sol a toujours été un acteur discret des transformations de la gouvernance foncière. Établi au 18e siècle sur une conception absolue, exclusive et individuelle de la propriété, le régime foncier français a progressivement incorporé des valeurs collectives associées, souvent implicitement, aux fonctions des sols. Dans les terrains observés, cette stratification génère des conflits et négociations entre valeurs hétérogènes. Elles aboutissent parfois à des compromis territoriaux qui redéfinissent les rapports d'appropriation selon un mouvement de communalisation, marqué par l'inclusion d'une plus grande diversité d'ayants droit dans l'usage, la délibération ou le contrôle politique du sol. Les sols apparaissent ainsi comme un bien hybride : à la fois support de droits privés et nœud d'un réseau d'intérêts collectifs, donnant lieu à une gouvernance plurielle. Dans ce contexte, l'intérêt actuel pour la santé (ou qualité) des sols contribue à expliciter la dimension pédologique des rapports fonciers et ouvre la perspective d'une gouvernance des sols comme bien commun. Celle-ci pourrait s'appuyer sur une conception relationnelle de la propriété foncière : non plus un droit exclusif sur la terre, mais un ensemble de relations d'interdépendance inscrites à différentes échelles et impliquant des responsabilités partagées.