Présentation
Depuis sa conceptualisation par Weber, les sciences humaines et sociales ont largement investi et réinventé le concept de domination. On pense notamment à la tradition marxiste, mais également aux travaux de Gramsci, Foucault, à l’École de Francfort et à la sociologie bourdieusienne. Les théories féministes, décoloniales et écologistes ont également joué un rôle essentiel dans la formulation de ce concept. Si bien qu’en philosophie, en anthropologie et en sociologie, la notion de domination est largement ancrée, permettant d’appréhender efficacement les rapports entre « dominant-es » et « dominé-es ». Néanmoins, comment la notion a-t-elle été exploitée et réinvestie en droit ? L’interrogation est susceptible de se décliner de trois manières différentes.
Les travaux mentionnés ci-dessus nous permettent d’appréhender comment les systèmes juridiques, leurs organes et leurs acteurs abritent, produisent et participent à des structures de domination. Les manifestations de celles-ci dépendent des configurations dans lesquelles elles émergent et évoluent, des acteurs qui les exercent ainsi que des sujets de droit qui les subissent. En ce sens, il semble nécessaire d’identifier des clefs de lecture permettant de comprendre les phénomènes de domination que génère et reflète la production juridique.
Dès lors, le droit ne peut être réduit à des règles contraignantes dont le seul rôle serait d’encadrer les rapports sociaux. En effet, il génère et entretient une vision spécifique du monde qui modèle l’ordre social. Autrement dit, la domination peut être définie non seulement comme une manifestation explicite du pouvoir à travers les normes juridiques, mais aussi comme un processus implicite par lequel le droit consacre des hiérarchies sociales et entre les êtres vivants. L’étude des manifestations de la domination en droit permettrait par ailleurs de saisir l’ambivalence entre la volonté protectrice d’un système juridique, et la domination qu’il permet.
Enfin, le droit peut également s’avérer être un instrument pertinent pour répondre à des situations spécifiques de domination. Qu’il soit un espace de lutte, notamment sur le plan contentieux, ou qu’il soit utilisé comme un outil stratégique pour contrer une situation de domination particulière, sa mobilisation paraîtrait alors opportune pour faire émerger de nouveaux rapports de force. Ainsi, il conviendra d’étudier ce que le droit offre, mais aussi et surtout ce qu’il pourrait offrir, afin de lutter contre certaines formes de domination.
Ces questionnements seront au centre de la journée d’étude des doctorant-es du CTAD.
Programme
9h00 : Propos introductifs
Sophia Ayad, Chargée de recherche CNRS, CTAD
Panel I - Définitions
Sous la présidence de Danièle Lochak, Professeure émérite, Université Paris Nanterre
Avec Zoé Berger, CTAD - ThéorHis – Umons
Solal Buvat, CTAD – ThéorHis
Paul Coutant, CTAD - ThéorHis IMH
Mathieu Vassetizadeh-Dourandish, CTAD – CREDOF
Panel II - Manifestations
Sous la présidence de Bertrand-Léo Combrade, Professeur des Universités, Université de Poitiers
Avec Rafael Borges, CTAD – CREDOF
Inès Cung, CTAD – CREDOF
Charles Valiadis, CTAD – CREDOF
Clément Lanier, CTAD - CREDOF
Panel III - Dépassements
Sous la présidence de Christel Cournil, Professeure des Universités, Sciences Po Paris
Avec Julie Diné, CTAD – CREDOF
Meryem Khouzaïmi, CTAD - CREDOF, IRJS
Jérémiah Vervoort, CTAD TheorHis, CRDP, ULB, CREG MSH-ULB
Propos conclusifs
Robin Medard Inghilterra Inghilterra, Professeur des Universités en droit public, Université du Littoral Côte d'Opale
17h00 : Clôture
Entrée libre
Journée d’étude organisée par les doctorant.es du CTAD, Université Paris Nanterre