Alice Mazeaud, Cécile Robert, Sophie Dubuisson-Quellier, Rémi Lefebvre, François-Mathieu Poupeau [et alii], (In)capacités climatiques urbaines. Les contradictions d’une ville moyenne littorale à l’avant-garde écologique, 2024
Les gouvernements locaux, et en premier lieu les villes, sont désormais reconnus comme des acteurs de premier plan dans la lutte contre le changement climatique et l’adaptation à ses effets. En parallèle, les travaux sur les politiques climatiques locales ont connu une croissance exponentielle, en particulier dans la littérature internationale. Pourtant, on manque encore d’outils théoriques et de preuves empiriques pour déterminer dans quelles conditions les autorités locales peuvent concevoir et mettre en œuvre des politiques pour transformer radicalement l’ordre socio-économique urbain de façon à atteindre les objectifs de limitation du réchauffement climatique et de résilience face à ses effets. Tel est l’enjeu de cette HDR. A partir de l’étude d’un cas singulier, une ville littorale qui depuis près de 40 ans bénéficie de l’image d’avant-garde écologique et a récemment été saluée pour un ambitieux projet visant à atteindre la neutralité carbone en 2040, ce travail s’inscrit dans la tradition des monographies urbaines pour analyser la dimension politique de l’action climatique urbaine et éclairer les modalités de la capacité d’action des villes. Pour ce faire, nous replaçons d’une part la prise en charge du problème climatique dans le temps long de la constitution d’un régime urbain vert - notion que nous utilisons pour montrer que le partage de la rente, foncière, politique et symbolique, générée par la mise en valeur environnementale de la ville constitue le socle d’un ensemble de coopérations stabilisées. D’autre part, nous nous attachons à analyser comment les modalités politisées ou dépolitisées de l’action climatique renforcent, ou au contraire, limitent la capacité à définir et à mettre en œuvre des politiques climatiques. Ce faisant, nous mettons en évidence que la dépolitisation est une condition paradoxale de la capacité d’action climatique. D’un côté la dépolitisation, à la fois substantielle et institutionnelle, favorise, voire conditionne la prise en charge du problème climatique par les élites locales et donc la capacité d’action urbaine. De l’autre, elle fait obstacle à la remise en cause et à la transformation de l’ordre socio-économique local, et en ce sens, elle est incapacitante.
Alice Mazeaud, Rémi Lefebvre, Christian Le Bart, Jonathan Bocquet, David Le Bras [et alii], Politiser l'intercommunalité ?: le cas des élections locales de 2020, Presses universitaires du Septentrion, 2023, Espaces Politiques
Si l’intercommunalité a été plus présente dans les débats municipaux que lors des campagnes précédentes, les programmes des candidats restent toujours peu précis sur les prérogatives respectives de la municipalité et de la communauté / métropole. Les propositions de campagne ne se réfèrent que très rarement directement aux leviers d’action des EPCI à fiscalité propre et tendent par conséquent à placer le citoyen à distance de la réalité de l’action publique communautaire. En dévoilant les enjeux et les conséquences pour la commune du renforcement du rôle des institutions intercommunales, les candidats craignent d’affaiblir la croyance en la capacité d’action des maires, et donc de nuire à la mobilisation des citoyens autour du scrutin municipal. Face à la progression de l’abstention, les thèmes de la proximité (« tranquillité », « bien vivre », « sécurité ») sont toujours très présents dans les professions de foi et les programmes des prétendants au pouvoir municipal. La démocratie intercommunale reste évanescente
Alice Mazeaud, Marthe Fatin-Rouge Stéfanini, Xavier Magnon, Dimitri Courant, Aurélie Duffy-Meunier [et alii], Les assemblées citoyennes: nouvelle utopie démocratique ?, DICE Éditions, 2022, Confluence des droits
Si l'actualité des assemblées citoyennes est relativement récente en France, avec la Convention citoyenne pour le climat, cette technique s'appuie sur de nombreuses et anciennes expériences dans d'autres États. L'étude de ces assemblées a également fait l'objet de nombreux travaux issus de la science politique en France comme à l'étranger. Les juristes demeurent, encore aujourd'hui, largement étrangers à cette réflexion, aussi bien dans sa dimension pratique, l'étude de la pratique des assemblées citoyennes, que dans sa dimension théorique, sous l'angle de l'étude des concepts de démocratie délibérative et de démocratie participative. Dans un tel contexte, le présent ouvrage, Les assemblées citoyennes : nouvelle utopie démocratique ?, résultat d'un colloque international pluridisciplinaire, permet de dresser un état des lieux, sous un angle critique, de ce qu'il convient de penser des assemblées citoyennes. Les assemblées citoyennes constituent-elles le remède miracle à la crise du régime représentatif ? Tel est, sans doute le fil rouge de toutes les questions soulevées au cours de cette journée d'études. Quel est le sens des « assemblées citoyennes » ? À quelle théorie politique est-il possible de les rattacher ? Quelles en sont les expressions concrètes et les différentes expériences pratiques ? Telles sont les différentes questions sur lesquelles les contributions de cet ouvrage ont apporté un éclairage pluridisciplinaire, contemporain et critique. La multiplication des regards disciplinaires, science politique et droit pour l'essentiel, permet ainsi de croiser les regards sur cet objet d'études, de déplacer, parfois, les frontières et, surtout, de penser de manière globale le phénomène des assemblées citoyennes.
Alice Mazeaud (dir.), Pratiques de la représentation politique: [colloque, 4 et 5 avril 2013, à Bordeaux, Presses universitaires de Rennes, 2019, 307 p.
"Succès du Front national, recul des partis de gouvernement, niveau élevé de l'abstention, la "crise de la représentation" fut de nouveau un point de passage obligé de l'exégèse électorale des élections municipales et européennes de 2014. Cet ouvrage entend rompre avec les jugements de valeurs qui alimentent cette thématique récurrente du débat public pour éclaircir les pratiques de la représentation politique. Le parti pris est ici de ré-insérer la représentation politique issue du suffrage universel dans l'espace de la compétition permanente pour la représentation des intérêts sociaux. L'élection est ainsi envisagée comme une modalité et une temporalité, spécifique mais non exclusive, de désignation des représentants et de légitimation des groupes qu'ils prétendent représenter. Ainsi, cet ouvrage construit sur la base de trois partis thématiques - la représentativité de l'élu : discours et pratiques; l'organisation du travail de la représentation politique; la mise en forme des intérêts et des groupes sociaux - offre une analyse globale et actualisée de la représentation politique telle qu'elle se pratique face aux demandes sociales et aux logiques de la concurrence politique. Si les travaux sont centrés sur le cas français, l'attention accordée aux échelles multiples (locale, nationale, européenne) de la représentation politique, les contrepoints apportés par des cas étrangers et la variété des terrains et des méthodes d'enquête (travaux qualitatifs, suivi embarqué d'élus...) permettent un éclairage plus large des "rouages de la représentation politique". " [source : 4e de couv]
Alice Mazeaud, Guillaume Gourgues (dir.), L’action publique saisie par ses publics: gouvernement et (dés)ordre politique, Presses universitaires du Septentrion, 2019, Espaces politiques, 214 p.
Alice Mazeaud, Magali Nonjon, Le marché de la démocratie participative, Éditions du Croquant, 2018, Sociopo, 365 p.
Alice Mazeaud, Céline Laronde-Clérac, Agnès Michelot (dir.), Les risques naturels en zones côtières: Xynthia : enjeux politiques, questionnements juridiques, Presses universitaires de Rennes, 2015, L'univers des normes, 210 p.
Alice Mazeaud, Hugo d’Assenza-David, « Territoire », Références, Références, 2025, pp. 537-543
Alice Mazeaud, Gabriel Montrieux, Mélanie Pommerieux, « Engager la transition agricole et sortir des pesticides sans débattre du droit ? Retour sur l’expérimentation d’une médiation », Revue juridique de l’environnement, Revue juridique de l’environnement, 2025, n°Hors série, pp. 189-203
Alice Mazeaud, Guillaume Gourgues, « Une participation d’État sous contrôle : La neutralisation décisionnelle des dispositifs participatifs en France », Revue française de science politique, Revue française de science politique, 2023, n°72, pp. 781-804
Pourquoi les dispositifs participatifs, aussi sophistiqués soient-ils, semblent ne pas parvenir à influencer réellement l’action publique ? En analysant les conditions d’institutionnalisation du pilotage de la participation au sein de l’État en France depuis les années 1990, cet article éclaire les luttes institutionnelles qui structurent le pilotage de la participation citoyenne en son sein. Ces luttes débouchent sur une neutralisation de plus en plus affirmée des pressions que pourraient exercer les dispositifs participatifs sur le pouvoir exécutif et les administrations centrales. Comprendre les politiques d’organisation qui conditionnent l’existence même des dispositifs permet d’enrichir la compréhension des usages politiques des innovations démocratiques.
Alice Mazeaud, « Le premier territoire littoral neutre en carbone ? : La dépolitisation comme condition paradoxale d’une grande ambition climatique », Pôle Sud, Pôle Sud, 2022, n°57, pp. 21-38
Cet article étudie le cas d’un territoire ayant pour objectif de devenir le premier territoire littoral neutre en carbone. En suivant le projet de la phase de réponse à l’appel à projet jusqu’à la phase de son opérationnalisation, l’objectif est d’éclairer les conditions dans lesquelles les acteurs locaux se saisissent des enjeux climatiques. À distance d’une analyse qui conclurait trop hâtivement à la politisation ou à la dépolitisation de ces enjeux, nous explorons les modalités politiques du traitement des enjeux climatiques et leurs conséquences sur le cadrage des problèmes et la substance des politiques.
Alice Mazeaud, Alexis Aulagnier, Andy Smith, Daniel Compagnon, « La territorialisation de l’action climatique », Pôle Sud, Pôle Sud, 2022, n°57, pp. 5-20
Alice Mazeaud, Guillaume Gourgues, Magali Nonjon, « Du tournant participatif des administrations à la bureaucratisation de la démocratie participative. Étude à partir du cas français. », Revue Internationale des Sciences Administratives, Revue Internationale des Sciences Administratives, 2022, n°88, pp. 921-936
Cet article se propose de contribuer à la réflexion sur le tournant participatif de l’action publique et de l’administration en étudiant le profil et le travail des agents publics spécialisés dans la participation citoyenne au sein des administrations locales françaises. A rebours des discours qui promeuvent la modernisation participative de l’administration, l’analyse de l’activité quotidienne des agents publics en charge de la participation permet de saisir les dynamiques de bureaucratisation de la participation citoyenne. Faute de bouleverser les routines administratives, les agents spécialisés inventent de nouvelles routines essentiellement destinées à maintenir en place des dispositifs, même lorsque ces derniers n’ont peu ou pas d’effet sur la conduite de l’action publique.
Remarques à l’intention des praticiens
Cet article éclaire les processus de mise en administration de la participation citoyenne qui s’opère en France selon une double logique de spécialisation et de diffusion, et analyse les aspects concrets du travail participatif dans les administrations.
Alice Mazeaud, Guillaume Gourgues, Magali Nonjon, « Du tournant participatif des administrations à la bureaucratisation de la démocratie participative : étude à partir du cas français », Revue internationale des sciences administratives, IISA (Institut international des sciences administratives), 2022, n°4
Alice Mazeaud, Guillaume Gourgues, Magali Nonjon, « From the participatory turn of administrations to the bureaucratisation of participatory democracy: study based on the French case », International Review of Administrative Sciences, SAGE Publications, 2021
Alice Mazeaud, « Gouverner la transition écologique plutôt que renforcer la démocratie environnementale : une institutionnalisation en trompe-l’œil de la participation citoyenne », Revue française d'administration publique, Revue française d'administration publique, 2021, n°179, pp. 621-637
Toutes les politiques l’affirment désormais : la transition écologique ne se fera pas sans les citoyen·nes. Mais cette institutionnalisation de la participation citoyenne dans l’action publique environnementale s’opère en trompe-l’œil : elle vise moins à renforcer la démocratie environnementale qu’à gouverner la transition écologique par la responsabilisation et la mobilisation d’écocitoyen·nes. La participation citoyenne suit une trajectoire de dépolitisation, elle se diffuse avant tout comme instrument de l’État mobilisateur. Elle change alors de logique : il ne s’agit plus de participer à la discussion sur les principes d’actions, mais de participer à l’exécution de l’action publique.
Alice Mazeaud, Guillaume Rieu, « Une privatisation de l’état bleu ? Ingénierie publique, ingénierie privée dans la gouvernance territoriale des risques littoraux », Revue française d'administration publique, Revue française d'administration publique, 2021, n°177, pp. 153-169
Depuis le début des années 2010, l’affirmation des pouvoirs publics (État et collectivités territoriales)
dans le domaine de la gestion des risques littoraux est manifeste. Cependant, l’inégale distribution
de l’expertise et les relations entre ingénierie publique et ingénierie privée nous semblent avoir été
trop peu analysées. Si, dans le cas de la Charente-Maritime étudié ici, le département est parvenu
à gagner une compétence dans la gestion des risques littoraux grâce à son ingénierie, l’essentiel
des savoirs, savoir-faire et moyens matériels nécessaires à la mise en œuvre de ces politiques est
détenu par les bureaux d’études privés, ce qui nous conduit à formuler la thèse d’une privatisation
de l’« État bleu ».
Alice Mazeaud, Guillaume Gourgues, Héloïse Nez, Jessica Sainty, « Les Français veulent-ils plus de démocratie ? Analyse qualitative du rapport des citoyens à la politique », Sociologie, Sociologie, 2021, n°12, pp. 1-19
Le mouvement des Gilets jaunes a été l’occasion d’ouvrir un débat, en France, sur les aspirations démocratiques des citoyens. Cet élément contextuel récent remet en lumière certaines controverses scientifiques concernant les ressorts de la désaffection des gouvernés vis-à-vis des institutions politiques dans les sociétés contemporaines, sur lesquelles nous avons conduit en 2014-2015 une enquête qualitative par focus groups. En reproduisant une partie du dispositif d’enquête mis au point par John Hibbing et Elizabeth Theiss-Morse (2002) aux États-Unis dans Stealth Democracy, nous montrons que les perceptions que les citoyens ont de la démocratie dépendent fortement de la classe sociale, du niveau d’engagement et des orientations politiques. S’il ressort de nos focus groups un profond mécontentement à l’encontre du système démocratique, ainsi qu’une critique sévère des élites et partis politiques, la démocratie représentative apparaît toutefois comme un horizon indépassable, auquel se résignent les citoyens.
Alice Mazeaud, Julien O’Miel, Guillaume Gourgues, Magali Nonjon, « Une sociologie critique de la démocratie participative est-elle utile ? », Participations, Participations, 2018, n°19, pp. 221-242
Alice Mazeaud, Magali Nonjon, « Les enseignements d’une comparaison manquée. Les professionnels de la participation en France et au Québec », Politix, Politix, 2018, n° 120, pp. 61-86
Cet article procède à une auto-analyse d’une expérience de comparaison manquée des professionnels de la participation en France et au Québec. Les difficultés rencontrées soulignent que les circulations croisées de dispositifs participatifs et d’acteurs entre ces deux espaces ne facilitent pas la comparaison. Au contraire, elles font obstacle à l’analyse en donnant l’illusion du partage d’un même univers de sens et de pratiques. À ce titre, elles rappellent que les catégories de l’analyse comparative ne sont jamais données. Elles sont à construire, à travers une comparaison compréhensive, sensible aux significations et aux institutions nationales. Une telle démarche semble ici d’autant plus cruciale à adopter que les chercheurs ne sont pas extérieurs à l’espace de la participation, ils en sont même des acteurs de premier plan. Aussi, même si l’objectif comparatif n’a pas été atteint, notre expérience s’est avérée particulièrement féconde pour mieux comprendre notre terrain français. Le passage par le Québec nous a permis de voir et d’interroger des éléments que nous ne percevions pas ou plus.
Alice Mazeaud, Guillaume Gourgues, « Peut-on délibérer du big data en santé sans controverser ? Retour sur l’expérience d’un atelier citoyen français », Revue française des affaires sociales, Revue française des affaires sociales, 2018, pp. 95-115
Cet article se propose d’analyser les conditions de possibilités de la délibération démocratique sur le sujet fortement controversé du big data en santé à partir de l’observation ethnographique de l’atelier citoyen organisé par le ministère de la Santé en 2016. En étudiant à la fois la production du dispositif par les pouvoirs publics et son fonctionnement interne, nous souhaitons interroger la capacité de ce « mini-public délibératif » à faire « entrer en démocratie », c’est-à-dire dans une confrontation publique d’opinion, les enjeux liés au big data. En quoi ce type d’expérience peut-il amener des citoyens tirés au sort à entrer dans une controverse sociale plus vaste sur le thème, éminemment complexe, qu’on leur soumet ? Alors que le thème est très controversé, nous montrerons que les conditions de mise en place et de fonctionnement d’un mini-public délibératif peuvent entraîner une certaine « déprise » de sa production vis-à-vis de la controverse éthique et politique dont les raisons sont autant à chercher dans le cadrage du dispositif par ses organisateurs que dans la dynamique « délibérative » qui prend place en son sein.
Alice Mazeaud, Magali Nonjon, « Vers un standard participatif mondial ? Enjeux, conditions et limites de la standardisation internationale de la participation publique », Participations, Participations, 2016, n°14, pp. 121-151
Consacré à l’étude de l’Association internationale pour la participation publique (IAP2), cet article se propose d’analyser les enjeux, les modalités, les conditions et les limites de la standardisation internationale de l’ingénierie participative, des outils et des savoir-faire participatifs. En première lecture, le travail réalisé par cette association pour standardiser, codifier et diffuser des valeurs et des outils de la participation publique mobilisables partout dans le monde semble illustrer la standardisation et l’internationalisation croissante de l’ingénierie participative. En deuxième lecture, l’activité d’IAP2 révèle la fragilité de ce processus : d’une part, le brouillage entre une logique de diffusion et de marchandisation de ces standards est source de tensions et, d’autre part, la communauté des professionnels de la participation demeure fragmentée, concurrentielle et faiblement internationalisée.
Alice Mazeaud, Magali Nonjon, Raphaëlle Parizet, « Les circulations transnationales de l’ingénierie participative », Participations, Participations, 2016, n°14, pp. 5-35
À partir d’une lecture croisée des articles rassemblés dans ce dossier, cette introduction interroge l’existence d’un « tournant participatif mondial » en analysant les dynamiques transnationales de circulation verticale (de l’international vers le national ou le local) et horizontale (territoires entre eux, acteurs appartenant aux mêmes espaces institutionnels et sociaux) de l’ingénierie participative. En situant l’analyse de ces dynamiques circulatoires au croisement des travaux de sociologie et d’anthropologie (circulation des formes démocratiques et sociologie fine des acteurs de la circulation), de sociologie des sciences (circulation des innovations) ainsi que ceux de science politique (transnationalisation des politiques publiques), cet article invite d’une part à relativiser la dimension coercitive exercée par les organisations internationales développée par les approches critiques de la « tyrannie » de la participation. D’autre part, à rebours d’une vision trop déterministe qui fait de l’appropriation du discours et des pratiques participatives par les acteurs locaux le signe mécanique de leur adhésion à la rhétorique participative, l’article met en exergue la pluralité des investissements, plus ou moins intéressés, dans la participation. Enfin, la valorisation systématique de « bonnes pratiques » et d’expériences modèles dans les processus circulatoires étudiés conduit à mettre l’accent sur le rôle des réseaux professionnels et les usages stratégiques de l’international dans le cadre de la compétition entre les territoires.
Alice Mazeaud, « Rénover la démocratie au lycée par le budget participatif », Lyon : Institut français de l'éducation et PERSÉE : CNRS & ENS de Lyon, 2016, pp. 121-124
À l’heure où la démocratie lycéenne cherche son souffle, l’expérience du «budget participatif des lycées» ouvre des perspectives qui méritent d’être explorées.
Alice Mazeaud, Magali Nonjon, « De la cause au marché de la démocratie participative », Agone, Agone, 2015, n°56, pp. 135-152
Tous les dispositifs participatifs reposent sur le même postulat d'une demande de participation, comme si cette demande allait de soi. Pour exister et faire fructifier leur position, les professionnels de la participation doivent faire vivre une « demande sociale de papier » et devenir des intermédiaires entre les citoyens et les élus. Il s'agit pour eux d'administrer la preuve du succès participatif en déployant des techniques et des procédures qui relèvent aujourd'hui moins de l'espace militant que de celui des communicants et des experts en marketing.
Alice Mazeaud, « Deboulet (Agnès), Nez (Héloïse), dir. – Savoirs citoyens et démocratie urbaine. – Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013. 138 p. Illustrations. », Revue française de science politique, Revue française de science politique, 2014, n°63, p. -
Alice Mazeaud, Marie Hélène Sa Vilas Boas, Karim Berthome, « Penser les effets de la participation sur l'action publique à partir de ses impensés. », Participations - Revue de sciences sociales sur la démocratie et la citoyenneté, De Boeck Supérieur, 2012, n°1, pp. 5-29
RésuméCet article propose un bilan critique de la littérature en science politique, sociologie et économie-gestion portant sur les effets des dispositifs participatifs sur la décision et l’action publiques. Il souligne combien la vision séquentielle, qui sous-tend les analyses sur les effets de la participation, explique les difficultés récurrentes à rendre compte de l’influence de la participation sur l’action publique. Ainsi, une vision renouvelée de l’action publique, et la clarification systématique de l’analyse conduite (liens de causalité étudiés, variables saisies, éléments de contexte distinctifs), apparaissent comme les conditions nécessaires pour repenser collectivement les liens entre participation et action publique.
Alice Mazeaud, « Allocation de l'argent public et budget participatif des lycées : règles du jeu et pratiques délibératives », Genèses, Genèses, 2012, n°88, pp. 89-113
RésuméÀ travers l’étude des règles du jeu et des pratiques délibératives à l’œuvre dans le budget participatif des lycées, cet article analyse les processus de légitimation et d’acceptation des dépenses publiques. L’observation souligne les ambigüités des modes de construction de l’intérêt général qui prévalent au sein de ce type de dispositif participatif : si un intérêt général abstrait s’incarne dans le déroulement d’un jeu coopératif sur la maîtrise de la dépense publique, le changement de règles d’allocation budgétaire conduit aussi à l’élargissement des intérêts légitimes et donc au renforcement des arbitrages à opérer.
Alice Mazeaud, « L'instrumentation participative de l'action publique : logiques et effets. Une approche comparée des dispositifs participatifs conduits par la région Poitou-Charentes », Participations, Participations, 2012, n°2, pp. 53-77
RésuméÀ partir de la comparaison de trois dispositifs participatifs organisés dans des secteurs distincts de l’action régionale en Poitou-Charentes (Budget participatif des lycées, Forum participatif sur l’eau et Jury citoyen d’évaluation de la politique des transports), cet article propose des pistes pour faire dialoguer la sociologie de la participation et la sociologie de l’action publique. Plutôt que de chercher à démontrer la démocratisation de l’action publique, angle habituel des recherches, cet article analyse les « logiques » et les « effets » de la mise en œuvre des procédures participatives. Le croisement des approches et des matériaux d’enquête permet de relativiser les objectifs affichés pour mettre en évidence les logiques de la « mise en participation », puis d’identifier les « effets propres » du dispositif participatif, et enfin d’interroger les effets plus larges, diffus et indirects, de la participation dans l’action publique.
Alice Mazeaud, « Quel est le bon débit de l'eau ? Les régulations territoriales sur les usages de l'eau à l'épreuve de la DCE », Pôle Sud, Pôle Sud, 2011, n°35, pp. 59-75
RésuméÀ partir d’une étude comparée entre Poitou-Charentes et les régions méditerranéennes françaises, cet article analyse comment l’objectif du bon état quantitatif fixé par la DCE met à l’épreuve les régulations territoriales sur l’usage des ressources en eau. Comme l’état quantitatif ne peut se mesurer avec des indicateurs standardisés, la DCE engage les acteurs à débattre du bon débit de l’eau et des mesures à prendre pour ajuster les prélèvements à la ressource disponible. Par ailleurs, en dépit de la promotion de l’approche intégrée et de la reconnaissance des besoins du milieu, la gestion quantitative de l’eau reste prise dans les sentiers de dépendance et les jeux politiques du territoire ; notamment, et ce n’est pas un moindre paradoxe, on assiste à une montée en puissance des régions sur la thématique.
Alice Mazeaud, Julien Talpin, « Participer pour quoi faire ? Esquisse d'une sociologie de l'engagement dans les budgets participatifs », Sociologie, Sociologie, 2010, n°1, pp. 357-374
RésuméMalgré l’engouement récent pour la démocratie participative, les sciences sociales sont restées relativement silencieuses sur les motifs de participation des acteurs et les raisons pour lesquelles ils consacrent du temps et de l’énergie à ces nouvelles arènes publiques, comme si la participation allait de soi. On sait que le public de ces dispositifs n’est pas le public rêvé des théoriciens de la démocratie, il n’est ni représentatif, ni égalitaire, ni complètement profane et désintéressé. Mais on ne sait ni pourquoi des citoyens ordinaires participent et ni pourquoi une large frange de la population se tient à l’écart. Il manque ainsi une sociologie systématique des acteurs des dispositifs participatifs et de leurs motivations, dont nous nous proposons de poser ici les jalons. La comparaison de deux enquêtes ethnographiques réalisées au sein de dispositifs de budgets participatifs en Europe permet de mettre en évidence la proximité des motifs d’engagement de participants insérés dans des contextes distincts. Nous montrons ainsi que les réponses des acteurs à l’offre de participation (participation, non-participation et participation intermittente) peuvent s’analyser au prisme de quatre registres de justification que sont le devoir civique, l’intérêt personnel, la sociabilité et l’enrichissement cognitif. Issus de grammaires publiques, ces registres de justification de l’engagement ou du désengagement sont saisis différemment par les acteurs, selon leurs ressources propres et certaines contraintes situationnelles, mais semblent valables au-delà des seuls budgets participatifs. Nous invitons ainsi à une discussion plus systématique entre la sociologie du militantisme et celle de l’engagement participatif, les deux pouvant s’éclairer mutuellement.
Alice Mazeaud, « Le Débat national sur l'avenir de l'École : ou des partenaires sociaux à l'épreuve de la démocratie participative », Politix, Politix, 2006, n°75, pp. 143-162
RésuméIl s’agit d’analyser ici la mise en place d’un dispositif participatif dans un secteur qui semblait régulé par des relations anciennes et solides entre des représentants du ministère et de certains syndicats d’enseignants. Dans un secteur qui, du fait des réformes avortées et des grèves à répétition, a pu apparaître « ingouvernable », la mise en œuvre d’une telle procédure fait plus que la démonstration de l’inutilité syndicale en matière de réflexion sur l’École ; elle dilue le poids des acteurs jusqu’ici reconnus, dans un processus de formation d’une « base » de profanes éclairés par la délibération collective. Partant, ce qui est intéressant c’est la façon dont ces professionnels de la représentation et de la négociation ont cherché à exister, à durer voire à gagner de nouvelles positions dans ce dispositif qui pourtant tendait à les déposséder.