Face à un droit patrimonial de plus en plus libéralisé, la motivation des libéralités évolue et se rationalise. La libéralité, traditionnellement perçue comme l'expression d'un élan de générosité pure et désintéressée, a longtemps été envisagée sous le prisme d'une volonté irrationnelle, généreuse et spontanée et inscrite dans une logique de gratuité idéale, détachée de tout intérêt personnel. Cette conception apparaît pourtant de plus en plus éloignée des réalités contemporaines. Le droit positif, notamment à la suite de la réforme du 23 juin 2006, portant réforme des successions et des libéralités, s'inscrit dans une démarche plus réfléchie, rationalisée et souvent influencée par des considérations fiscales et économiques. Les motifs à l'origine des libéralités s'avèrent pluriels, mêlant finalités familiales, patrimoniales et fiscales, elles-mêmes renouvelées sous l'effet des évolutions sociales, telles que la reconnaissance des familles recomposées, et encouragées par un arsenal législatif fiscalement incitatif. La figure libérale dépasse la simple expression d'une volonté de gratification pour devenir un véritable outil d'anticipation, d'adaptation et de gestion patrimoniale. L'auteur de la libéralité, bénéficiant d'un pouvoir de disposition accru, peut ainsi modeler son acte afin de répondre précisément à ses objectifs, ce qui traduit une forme d'instrumentalisation de la libéralité. Ces évolutions renforcent la nécessité d'un contrôle de la motivation libérale, notamment afin de garantir l'intégrité de la volonté du disposant.La mise en œuvre de ce contrôle reposait classiquement et essentiellement sur la théorie de la cause. Néanmoins, la suppression de la cause du vocabulaire juridique français, par l'ordonnance du 10 février 2016, portant réforme du droit des contrats, du régime général et de la preuve des obligations, a laissé place à une pluralité d'instruments qui dessinent les contours d'une nouvelle théorie des motifs, sous le prisme d'une intentionnalité concrète. La réforme du droit des contrats ne signe donc pas la fin du contrôle causaliste : la cause survit dans ses fonctions au travers d'une « théorie des motifs » qui oriente les règles applicables. Cette subjectivisation du contrôle, marquée par une intégration accrue des motifs, appelle aussi à une régulation : tous les motifs ne peuvent fonder des effets juridiques.La théorie des motifs s'accompagne d'un nécessaire encadrement, fondé sur des garde-fous issus tant du droit commun des contrats que du droit patrimonial de la famille. Ces règles limitent l'emprise des motifs afin de préserver la sécurité juridique et protéger le patrimoine familial, soulignant la nature particulière de l'acte libéral comme acte juridique unilatéral inséré dans un contexte patrimonial spécifique. Il s'agit dès lors de construire un équilibre entre subjectivisme et objectivisme, entre protection individuelle et sécurité juridique, afin d'asseoir une théorie cohérente et opérationnelle de la motivation dans les libéralités.