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La postérité de l’œuvre d’Émile Durkheim cent ans après

Colloque

La postérité de l’œuvre d’Émile Durkheim cent ans après

Du jeudi 1 juin 2017 au samedi 3 juin 2017

Présentation

 

La postérité d’une œuvre se mesure autant à ses prolongements qu’à ses échecs, aux fidélités suscitées qu’aux reniements proclamés, à l’orthodoxie de ses continuateurs qu’à leur dissidence. Sa vulgate, ses caricatures, ses contrefaçons et jusqu’à ses mutilations, volontaires ou non, en relèvent tout autant que ses interprétations les plus autorisées et les mieux fondées.

Une œuvre vaut sans doute autant par ses produits que par ses sous-produits, par ce qu’elle révèle que par ce qu’elle tait, par ce qu’elle dit que par ce qu’on lui (a) fait dire. À l’instar de tout produit de l’esprit, elle devient un monument que l’on visite librement et dont le visiteur n’est pas tenu de connaître les intentions de l’architecte ou de respecter les consignes du guide. Dans le domaine scientifique, c’est certainement plus vrai encore : les hypothèses qu’elle suscite sont parfois aussi importantes que les thèses qu’elle justifie ; les perspectives qu’elle ouvre plus ou moins implicitement, les imaginaires qu’elle stimule et jusqu’aux contresens qui en procèdent peuvent être autant de contributions à l’évolution des connaissances à venir, voire au progrès du savoir.

La fécondité d’une pensée tient donc aussi, et souvent plus, à sa descendance indirecte que directe, illégitime que légitime – tout comme ces rejetons non reconnus par leur géniteur ou leur famille mais qui s’en revendiquent et que, de toute façon, les généalogistes ont tôt fait d’identifier.

Examiner la postérité de l’œuvre de Durkheim (1858-1917) cent ans après la mort de son auteur, revient donc à prendre un moment distance avec les postures normatives et érudites qui prévalent légitimement dans le monde académique lorsqu’il s’agit de définir et d’évaluer les contenus et la portée d’une œuvre. Il s’agit donc moins de visiter une fois de plus l’œuvre d’un auteur afin d’en approfondir la connaissance « objective » que de faire un bilan de son influence sur la sociologie et ceux qui la font aujourd’hui.

Que doit notre discipline à l’œuvre de celui qui passe pour en être l’un des fondateurs ? Quels questionnements et quelles réponses nouvelles a-t-elle suscités ? Comment nous en sommes-nous emparés et avec quelles conséquences aux plans théorique, conceptuel et méthodologique ? Ses ambiguïtés, ses apories ou encore ses échecs ont-ils été dépassés, et comment ? Ont-ils, éventuellement, été féconds, stimulants ? Mais aussi, quelles évolutions a-t-elle inhibées, quels retards a-t-elle fait prendre à la sociologie française par rapport à ses homologues étrangères ? Qu’a-t-elle perdu ou acquis au cours de ses pérégrinations internationales, de ses exportations et de ses réimportations ? Bref, en quoi, comment – et pourquoi – la sociologie contemporaine est-elle redevable, pour le meilleur et aussi pour le moins bon, tant à l’œuvre scientifique de Durkheim qu’à ses orientations idéologiques, voire à ses formes de publicisation ou d’institutionnalisation ?

Voilà quelques-unes des questions dont nous proposons à nos collègues de s’emparer – soit en historiens et en spécialistes de l’œuvre durkheimienne, soit plus simplement en praticiens réflexifs de leur discipline dès lors qu’ils l’ont rencontrée au cours de leurs recherches dans leurs domaines propres, et quels que soient l’accueil et le sort qu’ils lui ont réservés. Sociologues, économistes, politistes, philosophes ou anthropologues, le périmètre thématique du programme de recherche durkheimien est assez large pour accueillir les représentants des diverses sciences sociales.

 

Programme

 

Jeudi 1er juin

 

13h45 : Accueil des participants

14h00 : Allocutions de bienvenue

Présentation
Charles-Henry Cuin & Ronan Hervouet

 

1 – Les Objets Classiques

Modérateurs : Sandrine Rui & Antoine Roger

 

14h30 : Durkheim et les questions scolaires. Hier et aujourd’hui
François Dubet, Université de Bordeaux / EHESS

La sociologie française du crime doit-elle quelque chose à Durkheim ?
Laurent Mucchielli, CNRS/LAMES

De Durkheim à la sociologie du travail : distances et héritages
Michel Lallement, CNAM

Solidarité et institutions : deux apports fondamentaux de Durkheim à la sociologie économique
Philippe Steiner, Université Paris IV – Sorbonne

À propos de quoi les religions luttent-elles ? Un point de vue durkheimien
Bruno Karsenti, EHESS

18h30 : Fin de la journée

 

Vendredi 2 juin

 

2 – Morale, Intégration, Régulation

Modérateurs : Éric Macé & Caroline Dufy

 

9h00 : La morale chez Durkheim : entre théorie et pratique
Andrew Abbott, Université de Chicago

Crime et châtiment, version Durkheim
Didier Fassin, Institute for Advanced Study, Princeton/ EHESS

Excès de contacts et défaut de régulation ? Les transformations des sociétés mondiales contemporaines
Florence Weber, ENS

Durkheim et l'attachement aux groupes. Une théorie sociale inachevée
Serge Paugam, CNRS/EHESS

 

12h30 : Pause déjeuner

(Attention l’après-midi se déroule à Sciences Po Bordeaux - Amphi Veil à Pessac)

 

3 – Le Politique

Modérateurs : Claire Schiff & Andy Smith

 

14h30 : L’enseignement de Durkheim : les paradoxes de l’articulation individuation/socialisation comme base de la démocratie moderne
Cynthia Fleury, American University of Paris

La question de l’État aujourd’hui
Pierre Birnbaum, Université Paris I – Panthéon-Sorbonne et Sciences Po

Penser la citoyenneté avec Durkheim : force et faiblesse d’une approche sociologique fondatrice
Yves Déloye, Sciences Po Bordeaux

Durkheim et l'avènement d'une sociologie des relations internationales
Bertrand Badie, Sciences Po

18h00 : Fin de la journée

 

Samedi 3 juin

 

4 – Lectures, Réceptions et Controverses

Modérateurs : Pascal Ragouet & Cécile Vigour

 

9h00 : De quoi l'Incertitude est-elle le nom ?
Eva Illouz, Université hébraïque de Jérusalem / EHESS

L'apport de Durkheim et des durkheimiens aux études de genre : un héritage à redécouvrir
Irène Théry, EHESS

Les voies divergentes de la réception de Durkheim et de Weber : deux parcours contrastés de l’accession au statut de ‘classique’
François Chazel, Université Paris IV – Sorbonne

Les études durkheimiennes aujourd’hui : thèmes et controverses
Marcel Fournier, Université de Montréal

13h00 : Fermeture du Colloque


Université de Bordeaux
Faculté de sociologie - Amphi Denigès
3 ter place de la Victoire
33000 Bordeaux
Sciences Po Bordeaux - Amphi Veil
Domaine universitaire
11 allée Ausone
33600 Pessac

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