• THESE

    Gouverner à distance : la rénovation urbaine, démolition-reconstruction de l'appareil d'Etat, soutenue en 2008 à Cachan Ecole normale supérieure sous la direction de Patrice Duran 

  • Renaud Epstein, Vincent Béal, Thomas Kirszbaum, Max Rousseau (dir.), Politiques des territoires délaissés: dossier, La Découverte, 2025 

    Renaud Epstein, Hélène Reigner, Olivier Bouba-Olga, Monique Poulot, Rural mania: aménager les ruralités, entre transition écologique et justice sociale, Autrement, 2025, Les cahiers POPSU, 117 p. 

    Renaud Epstein (dir.), Territoires et intervention publique, Caisse nationale des allocations familiales, 2023   

    Renaud Epstein, On est bien arrivés: un tour de France des grands ensembles, Le Nouvel Attila, 2022, 133 p. 

    Renaud Epstein, Thomas Aguilera, Francesca Artioli, Lorenzo Barrault-Stella, Emmanuelle Hellier [et alii], Les cartes de l’action publique: Pouvoirs, territoires, résistances, Presses universitaires du Septentrion, 2021   

    Renaud Epstein, Dossier préparé en vue de l'obtention de l'habilitation à diriger des recherches en Science politique, 2021, 53 p. 

    Renaud Epstein, Marie-Hélène Bacqué, Samira Ouardi (dir.), Ma cité a craqué: dix ans après les révoltes urbaines de 2005, La Découverte, 2015, 176 p. 

    Renaud Epstein, La rénovation urbaine: démolition - reconstruction de l'État, SciencesPo Les Presses, 2014, Domaine Gouvernances, 377 p.    

    Les politiques mises en oeuvre depuis le début des années 1980 dans les grands ensembles d'habitat social n'étant pas parvenues à les faire sortir de la spirale de la dévalorisation et de l'exclusion, leur démolition s'est imposée comme la solution au problème des banlieues. Le programme national de rénovation urbaine (PNRU) lancé par Jean-Louis Borloo en 2003 a transformé la France des grands ensembles en un vaste chantier. Des opérations de démolition-reconstruction ont été engagées dans près de 500 quartiers, mobilisant des moyens colossaux - 45 milliards d'euros au total - avec la double ambition de banaliser leur forme urbaine et d'en faire des lieux de mixité sociale. Alors que les premiers projets s'achèvent et que le mirage d'une dissolution des problèmes sociaux dans la transformation urbaine se dissipe, cet ouvrage revient sur la mise en oeuvre et les effets d'un programme qui, dès son lancement, a été présenté comme un succès mettant fin à des décennies d'échec. L'analyse du PNRU et sa mise en perspective historique renouvellent les débats sur la politique de la ville et apportent un éclairage inédit sur les effets territoriaux des réformes de l'État des années 2000. Car la rénovation urbaine résulte et participe d'un processus plus vaste de démolition-reconstruction de l'État, organisant dans un même mouvement son retrait des territoires et la restauration de sa capacité d'orientation, à distance, des politiques qui y sont menées.

    Renaud Epstein, Jérôme Aust, Cécile Crespy, Hélène Reigner (dir.), L'état et ses territoires, Presses universitaires du Mirail, 2014, 163 p. 

    Renaud Epstein, Armelle Andro, Philippe Marlière (dir.), Peut-on être de gauche et aimer le football ?, La Découverte, 2014, 175 p. 

    Renaud Epstein, Jérôme Aust, Cécile Crespy, Hélène Reigner (dir.), L'Etat et ses territoires, Presses universitaires du Mirail, 2014   

    Renaud Epstein, Xavier Desjardins, Villes, violence et dépendance sociale: les politiques de cohésion en Europe, La Documentation française, 2008, 292 p. 

    Renaud Epstein, Astrid Fontaine, Aller en rave: un voyage aux marges de la ville, Plan urbanisme construction architecture, 2006, Recherche, 154 p. 

    Renaud Epstein, Jacques Donzelot, Daniel Mothé, Forces et faiblesses de la participation, Esprit, 2006, 229 p. 

    Renaud Epstein, L'évaluation de la politique de la ville: synthèse critique des analyses disponibles, Caisse nationale des allocations familiales, 1999, Dossiers d'études. Allocations familiales, 68 p. 

  • Renaud Epstein, Gilles Pinson, « De l’État fort aux régimes de gouvernementalité multiples », in Thomas Frinault, Christian Le Bart, Erik Neveu (dir.), Nouvelle sociologie politique de la France, Armand Colin, 2021, pp. 21-32  

    Renaud Epstein, Laure Bereni, Manon Torres, « Colour-blind Diversity. How the Diversity Label Reshaped Anti-discrimination Policies in Three French Local Governments », in Karen Schönwälder (dir.), Diversity in Local Political Practice, Routlege, 2021 

    Renaud Epstein, « Chapitre 12. Un quart de siècle de rhétorique réactionnaire : l’effet pervers de la géographie prioritaire », Les cartes de l'action publique, Presses universitaires du Septentrion, 2021   

    Renaud Epstein, « Fragmentation socio-spatiale et fragmentation communale : la politique de la ville dans la métropole parisienne », Gouverner la métropole parisienne 2020, Presses de Sciences Po, 2021   

    Renaud Epstein, « Sociologia da ação publica local: governança territoraial e gestão remota », in Osmany Porto de Oliveira, Patrick Hassenteufel (dir.), Sociologia Politica da Ação Pública : Teorias, abordagens e conceitos, Escola Nacional de Administração Pública, 2021   

    Renaud Epstein, Astrid Fontaine, « Aller en rave : un voyage dans les marges de la ville », in Michel BONNET, Patrice AUBERTEL (dir.), La ville aux limites de la mobilité, PUF, 2006 

    Renaud Epstein, Astrid Fontaine, « La ville des raves », in André BRUSTON (dir.), Des cultures et des villes, mémoires au futur, éditions de l'Aube, 2005 

  • Renaud Epstein, préface à Marine Bourgeois, Gérer au quotidien l'attribution des logements sociaux: Enquête ethnographique dans un organisme HLM, Éditions L'Harmattan, 2013, Inter-national (Série Premières synthèses), 199 p.   

  • Renaud Epstein, Thomas Frinault, Gilles Pinson, « Décentralisation et métropolisation en France. Chronique d’un découplage dans la gouvernance multi-niveaux dans la gouvernance multi-niveaux », Action publique. Recherche et pratiques, IGPDE (Institut de la gestion publique et du développement économique), 2025, n°24, pp. 39-52   

    Renaud Epstein, Thomas Frinault, « Elections régionales et départementales : le crépuscule de l’autonomie locale », Analyse Opinion Critique, Société AOC, 2021 

    Renaud Epstein, « Discriminations territoriales », Les Cahiers de la LCD, L'Harmattan, 2021, n°1 

    Renaud Epstein, « Esthétique et stigmates des grands ensembles », Exercice – Revue bien urbaine, Exercice, 2021, n°1 

    Renaud Epstein, Thomas Kirszbaum, « Épidémie virale et panique morale : les quartiers populaires au temps du Covid-19 », Analyse Opinion Critique, Société AOC, 2020   

    Renaud Epstein, Thomas Kirszbaum, « Ces quartiers dont on préfère ne plus parler. Les métamorphoses de la politique de la ville (1977-2018) », Parlement, Revue d'histoire politique, Presses universitaires de Rennes (2016-...), 2020, n°30, pp. 25-60   

    Renaud Epstein, Laure Bereni, Manon Torres, « Colour-blind diversity: how the “Diversity Label” reshaped anti-discrimination policies in three French local governments », Ethnic and Racial Studies, Taylor & Francis (Routledge), 2020, n°11   

    Renaud Epstein, Thomas Kirszbaum, « Ces quartiers dont on préfère ne plus parler », Parlement, Revue d'histoire politique, Presses universitaires de Rennes (2016-...), 2019, n°30   

    Renaud Epstein, Vincent Beal, Gilles Pinson, « Networked cities and steering states: Urban policy circulations and the reshaping of State–cities relationships in France », Environment and Planning C: Politics and Space, SAGE Publishing, 2018, n°5 

    Renaud Epstein, « Une innovation : le ministère de la politique de la ville », Nanterre : Laboratoire de géographie urbaine et PERSÉE : Université de Lyon, CNRS & ENS de Lyon, 2017, pp. 9-11   

    Epstein Renaud. Une innovation : le ministère de la politique de la ville. In: Villes en parallèle. Documents, n°5,2017. La ville dans le débat public. Séminaire Analyse et Politique de la Ville - année 2017-2018. pp. 9-11.

    Renaud Epstein, Vincent Beal, Gilles Pinson, « La circulation croisée. Modèles, labels et bonnes pratiques dans les rapports centre-périphérie », Gouvernement & action publique, Presses de sciences po, 2015, n°3 

    Renaud Epstein, Jérôme Aust, Cécile Crespy, Hélène Reigner, « Réinvestir l'analyse des relations entre l'État et les territoires », Sciences de la société : Les cahiers du LERASS, Presses Universitaires de Toulouse, 2013, n°90, pp. 3-21   

    Renaud Epstein, Jérôme Aust, Cécile Crespy, Hélène Reigner, « L’État et ses territoires », Sciences de la société : Les cahiers du LERASS, Presses Universitaires de Toulouse, 2013 

    Renaud Epstein, Patrick Le Galès, « Vers une révolution bureaucratique ? », Mouvements : des idées et des luttes, La découverte, 2007, n°52   

    Renaud Epstein, Jacques Donzelot, « Se la partecipazione è una scala di otto gradini »: Il differente coinvolgimento degli abitanti nelle politiche di rinnovo urbano, Animazione Sociale, Società Editoriale Periodi democratici s.p.a.; Edizioni Gruppo Abele, 2006, n°208, pp. 49-61 

    Renaud Epstein, Jacques Donzelot, « Démocratie et participation. L'exemple de la rénovation urbaine », Revue Esprit, Editions Esprit, 2006, pp. 5-34 

    Renaud Epstein, « Les politiques territoriales post-contractuelles : le cas de la rénovation urbaine », Institut de Management Public, Paris : Institut de Management Public et PERSÉE : Université de Lyon, CNRS & ENS de Lyon, 2005, pp. 127-143   

    Reprenant à son compte les objectifs de transfomnation durable des quartiers HLM les plus dévalorisés, d'amélioration des conditions de vie de leurs habitants et de redynamisation économique, la loi d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine du 1er août 2003 s'inscrit dans le prolongement de la politique de renouvellement urbain amorcée en 1999. Cette apparente continuité s'accompagne cependant de la mise en place de nouveaux instruments de pilotage qui transforment radicalement la politique de la ville, mettant fin à l'approche contractuelle, territoriale et expérimentale qui l'avait guidée avec une relative constance au cours des deux dernières décennies. Cette rupture semble en annoncer d'autres. Dans le contexte de la nouvelle étape de la décentralisation et de la mise en place de la loi organique relative aux lois de finances, la rénovation urbaine préfigure de nouvelles politiques territoriales post-contractuelles, marquées par des rapports transformés entre politique et administration.

    Renaud Epstein, « Le concept de mixité sociale appliqué aux politiques urbaines », Paris : Editions rationalistes et PERSÉE : Université de Lyon, CNRS & ENS de Lyon, 2004, pp. 21-39   

    Epstein Renaud. Le concept de mixité sociale appliqué aux politiques urbaines. In: Raison présente, n°151, 3e trimestre 2004. Les politiques de la ville. pp. 21-39.

    Renaud Epstein, « Les leçons paradoxales de l'évaluation de la politique de la ville », Caisse Nationale des Allocations Familiales, Paris : Caisse Nationale des Allocations Familiales et PERSÉE : Université de Lyon, CNRS & ENS de Lyon, 2000, pp. 33-41   

    Tenter l’exercice de synthèse des évaluations de la politique de la ville revient à se confronter à un double paradoxe. Paradoxe d’une politique dont les moyens sont dérisoires en regard de ses fins, à tel point que la mesure d’éventuels effets paraît bien aléatoire. Paradoxe de son évaluation ensuite, à la fois permanente et apparemment incapable de faire émerger un jugement fondé et partagé sur la politique menée. Un retour sur l’histoire de l’évaluation de la politique de la ville et ce qu’elle nous apprend des intentions de cette politique permet d’expliquer et de dépasser ces paradoxes. Il devient alors possible de tirer un bilan global de la politique de la ville et de ses effets, au risque d’aboutir à la conclusion elle-même paradoxale (eu égard à la persistance, voire à l’extension de son objet, l’exclusion sociale territorialisée) d’une politique qui a largement atteint les objectifs qu’elle s’était fixés.

    Renaud Epstein, Jérôme Aust, Cécile Crespy, Hélène Reigner, « Réinvestir l’analyse des relations entre l’État et les territoires », Sciences de la société, Presses Universitaires du Mirail    

    La question des relations entre l’État et les territoires a, depuis longtemps, suscité l’intérêt de nombreuses disciplines : de l’économie à la géographie, en passant par la sociologie, la science politique ou l’histoire, elle fait partie des prismes classiques utilisés par les chercheurs en sciences sociales pour analyser l’institution étatique. Question classique, elle fait cependant l’objet aujourd’hui d’un regain d’intérêt. Les réformes de l’État (Goldsmith, Page, 2010 ; Eymeri-Douzans, B...

  • Renaud Epstein, Michel Kokoreff, Didier Lapeyronnie, Refaire la cité. L’avenir des banlieues, ENS Editions    

    Dans ce court ouvrage, Michel Kokoreff et Didier Lapeyronnie présentent leur diagnostic des transformations des quartiers populaires français au cours des trois dernières décennies, de leur situation actuelle et des politiques développées en leur direction. S’il s’appuie sur de longues années recherches de terrain des deux sociologues, Refaire la cité. L’avenir des banlieues, est d’abord un livre d’intervention politique. Publié en janvier 2013, quelques semaines avant la clôture de la concer...

  • Renaud Epstein, Yaëlle Amsellem-Mainguy, Benoît Coquard, Élie Guéraut, Valérie Sala Pala, Territoires délaissés : table ronde [avec Y. Amsellem-Mainguy, B. Coquard, E. Guéraut, V. Sala Pala et F. Vincent ; propos recueillis par V. Béal, R. Epstein, T. Kirszbaum et S. Zappi], La découverte, 2025, pp. --- 

    Renaud Epstein, Thomas Frinault, Gilles Pinson, Le crépuscule de l’autonomie locale – sur les régionales et départementales, Société AOC, 2021 

    Renaud Epstein, Thomas Kirszbaum, Banlieues : Les habitants des quartiers populaires ne demandent rien d'autre que l'égalité, 2017 

  • Renaud Epstein, « Politiques du logement : l’alerte des sciences sociales », le 16 mai 2024  

    Journée d'études organisée par le CRESPPA-CSU, CNRS

    Renaud Epstein, « Démocratie locale, décentralisation et gouvernance multi-niveaux », le 03 juillet 2017  

    Organisée par Sciences Po Rennes, avec le labo Arènes/CRAPE (UMR6051), l’Institut de la Gouvernance territoriale et décentralisation et la revue Pouvoirs locaux, l’Assoc° Française de Science Politique et l’Assoc° Internationale de Science Politique

  • Renaud Epstein, Politiques du logement : l’alerte des sciences sociales 

ActualitésPublicationsENCADREMENT DOCTORAL
  • Coline Köves, La gouvernance territoriale de la crise climatique, thèse en cours depuis 2024 en co-direction avec Valérie November  

    Cette thèse appréhende l'objet caniculaire par une approche au croisement de la sociologie de l'action publique et de la sociologie socio-technique. Elle s'intéresse particulièrement à la manière dont une multiplicité d'acteurs non-traditionnels de la gestion de crise intègrent ces enjeux à leurs compétences : en matière de santé, du logement, du carcéral, d'action sociale... Elle analyse ainsi l'action des collectivités territoriale dans ce domaine (notamment départements, intercommunalités, communes), au delà-du régalien, acteur traditionnel de la gestion de crise. Le coeur de la recherche questionne l'organisation et la réorganisation de l'action publique territoriale autour la prise en compte de ces enjeux. La recherche se concentre sur quatre entrées abordées de manière comparative : deux populations vulnérables, telles que désignées par les plans de gestion de crise ORSEC, et deux types d'infrastructures, les réseaux de gestion d'eau potable et le milieu carcéral fermé.

    Valentina Fagotti, Mobilisations urbaines contre l'insécurité et action publique locale , thèse en cours depuis 2023 en co-direction avec Jacques De maillard  

    Cette thèse s'intéresse aux mobilisations d'habitants et de commerçants de grandes villes en France contre l'insécurité et aux réponses apportées à leurs revendications par les pouvoirs publics en charge de l'ordre et de la tranquillité urbaine. Situées à l'échelle d'un quartier ou d'une rue, ces mobilisations sont portées par des collectifs mixtes habitants-commerçants qui ne s'appuient pas nécessairement sur des structures préexistantes ; ils demandent la répression de la délinquance et de l'économie illicite, la régulation des manières d'occuper l'espace public et davantage de présence policière dans leurs secteurs et essaient fédérer autour de ces questions « par le bas ». Ces mobilisations, qui cherchent a minima le soutien et surtout l'intervention des autorités, interpellent plus directement et de façon critique les élus locaux, désignés comme responsables de situations sécuritaires qui se dégradent (Le Goff, 2008). Elles peuvent prendre différentes formes (page Facebook, tractage, manifestation de rue, création d'une association…), évoluer ou s'éteindre dans le temps ; leur caractère souvent irrégulier et erratique n'empêche pas leurs représentants d'être très présents dans les médias et dans le débat public local et parfois d'avoir une résonance nationale, ce qui s'apparente à une forme de paradoxe. Ces mobilisations peuvent par ailleurs susciter des contre-mobilisations prônant une approche moins sécuritaire des enjeux et révélant surtout la complexité et l'étendue du tissu socio-économique micro-communal (d'où l'intérêt d'avoir choisi des études de cas localisées). Critiques des institutions dont ils dépendent pour la résolution de leurs problèmes, ces groupes se prêtent néanmoins à des formes de coopération et d'enrôlement de la part des pouvoirs publics qui ouvrent les espaces de gouvernance de la sécurité, d'habitude réservés aux décideurs et aux professionnels du secteur, aux contributions de la société locale. Aussi, après avoir étudié la manière dont les mobilisations intègrent l'agenda municipal, nous analysons en miroir la façon dont les maires et leurs adjoints investissent les demandes de plus de sécurité (Malochet, 2017) qui leur sont adressées, les cadrages et les registres utilisés, le travail d'ajustement de leurs programmes politiques. Mais le traitement politique des préoccupations mises en exergue par ces mouvements se lit aussi en fonction des relations collectivités-État, coproducteurs de la sécurité dans les territoires (Gautron, 2010). Autrement dit, le partage de responsabilités et de compétences, la division du travail de sécurité au niveau local, dont le policing des espaces urbains entre polices municipales et forces étatiques, et les types de partenariat villes-État ont des effets concrets sur les mesures mises en place et le champ des possibles. La thèse s'inscrit dans une approche pluridisciplinaire ; elle croise les outils théoriques et conceptuels issus de la sociologie politique du pouvoir local, de l'analyse des politiques publiques, de la sociologie des mouvements sociaux et de la sociologie de la police. La recherche sera menée en perspective comparative à partir des dernières élections municipales de 2020 à travers trois terrains en France, à Lyon, Nantes et Bordeaux ; elle emprunte essentiellement à des méthodes qualitatives (entretiens semi-directifs, observations) et à un suivi régulier de l'actualité (lois, règlements, documents administratifs, revues de presse).

    Clarisse Veillard, L'articulation territorialisée des politiques de transition écologique et des politiques sociales , thèse en cours depuis 2023 en co-direction avec Patrick Hassenteufel  

    Si les politiques de transition écologique renvoient pour une large part à des mesures d'échelle nationale et européenne, elles s'appuient aussi sur les collectivités, dont la légitimité et la capacité à agir a été progressivement reconnue. En France, le Grenelle de l'environnement en 2007 puis, plus récemment, la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte en 2015 ont ainsi érigées les collectivités en véritables partenaires des différentes politiques de transition écologique. Les villes en particulier, se sont emparées de ces questions en les abordant tout d'abord sous l'angle de l'amélioration du cadre de vie. Axées autour du référentiel du développement durable, ces politiques portaient en elles la promesse d'agir à la fois sur la qualité et le niveau de vie des habitants, tout en agissant pour l'environnement. Derrière ces discours ne dépeignant que des gagnants se cache toutefois une tension entre enjeux environnemental et enjeux sociaux, dont les ressorts sont multiples. En s'appuyant sur le cas des politiques de rénovation énergétique des logements, cette recherche se propose d'explorer la fabrique de la gouvernance territoriale de manière comparative sur les métropoles de Lyon et d'Hanovre. Parce qu'elles reposent sur un grand nombre d'acteurs au premier rang desquels les propriétaires de logements eux-mêmes, dont un grand nombre sont des particuliers, et parce qu'en s'attaquant au domaine de l'habitat, elles touchent à l'intime de chacun, ces politiques sont pourvues d'un fort enjeu autour de leur acceptabilité. Dans un contexte de forte compétition entre les villes, qui n'hésitent pas à faire des politiques environnementales un vecteur de distinction et ainsi d'attractivité, la question de l'articulation entre ces deux aspects semble par conséquent lourde d'enjeux.

    Hugo Botton, Assignés à résidence ? Analyse des mobilités résidentielles des habitants des quartiers d'habitat social., thèse en cours depuis 2022 en co-direction avec Jean Riviere  

    Qu'on s'intéresse au chômage, à la pauvreté ou à l'échec scolaire, les fragilités sociales se concentrent globalement dans les mêmes quartiers, au fil des années. La représentation d'une assignation à résidence dont souffriraient les habitants de ces quartiers s'est progressivement installée dans le débat public. Cette vision influence largement les politiques publiques mises en œuvre dans ces quartiers qui visent à favoriser les « parcours résidentiels ascendants ». Cependant, dans ces quartiers, les habitants déménagent autant que dans les autres quartiers. Plus de la moitié des habitants des quartiers d'habitat social résident dans leur logement depuis moins de dix ans. Que peut alors nous apprendre l'étude de ces déménagements des quartiers d'habitat social et de leurs habitants ? En suivant dans le temps les habitants plutôt que les lieux, cette thèse se propose de questionner le lien entre ségrégation et mobilité résidentielle, dans un contexte de crise du logement abordable qui touche les centres urbains. L'analyse développée se base sur l'exploitation de données inédites collectées auprès de bailleurs sociaux de Nantes Métropole. Ces données offrent une vision quasi-exhaustive, au cours de la décennie passée, des dynamiques de peuplement du parc social de cette métropole attractive et, a fortiori, des quartiers d'habitat social qui la composent.

    Marion Pineau, Les vertus politiques de l'ONIAM : l'agencification de la justice, thèse soutenue en 2021 à Nantes en co-direction avec Arnauld Leclerc présidée par Annie Collovald, membres du jury : Thomas Frinault (Rapp.)    

    Sous une impulsion socialiste, la loi du 4 mars 2002, dite « loi Kouchner », a posé les bases de la démocratie sanitaire, en marges des tribunaux et des administrations centrales. A l’époque, l’ONIAM autorise, les espoirs de réordonnancement d’un pouvoir jusque-là verticalisé, en plus de laissé croire au désengorgement de tribunaux asphyxiés. Mais très vite, l’euphorie de 2002 et les rêves d’horizontalité s’évaporent. Parce qu’il est officiellement dépourvu de l’appellation « agence », l’ONIAM joue sur le terrain des ambiguïtés. Le parti pris de la thèse est de montrer en quoi le flou statutaire et politique qui entoure les agences françaises, est utile politiquement. L’histoire de l’ONIAM est symptomatique de la taxinomie administrative française et se fait le révélateur d’une ruse de l’Etat. En même temps que l’on assiste à l’agencification de l’appareil de justice, le cas singulier de l’ONIAM vient contrarier les balises de ce type d’organisation, au point d’en reconsidérer le cadre théorique tel qu’il est communément admis. La piste instrumentale est privilégiée, tant l’ONIAM incarne un appareil de pouvoir donnant aux politiques les moyens de s’accommoder et de s’affranchir subtilement des contraintes organisationnelles et structurelles de l’agence. L’instrumentalisation des principes structurants de l’agence se ferait en faveur d’intérêts politiques : tantôt en rejouant les luttes partisanes dans la perspective d’étendre les réseaux de politiques publiques en zone extrajudiciaire, tantôt en envisageant des stratégies néo-corporatistes, tantôt en se préservant des risques politiques associés aux risques sanitaires. Au travers du cas de l’ONIAM, la thèse s’empare de la question délicate et dérangeante de savoir à qui profite l’agencification de l’appareil de justice ?

  • Alice Pavie, L’égalité des chances comme prestation : enjeux économiques et symboliques autour de la cause des élèves méritant·es de l'éducation prioritaire, thèse soutenue en 2024 à AixMarseille sous la direction de Philippe Vitale et Laure Bereni, membres du jury : Nicolas Duvoux (Rapp.), Agnès Van Zanten et Maud Simonet   

    Depuis le début des années 2000, les dispositifs dits de promotion de l’égalité des chances, visant des élèves scolarisés en éducation prioritaire et qualifiés de « méritant·es », se multiplient. Ces élèves sont distingué·es positivement de leurs pairs sur la base de qualités supposées (appétence scolaire, bons résultats, motivation) ou anticipées (« potentiel »). Cette thèse renouvelle le regard sur ces initiatives à partir du concept d’« espace de l’égalité des chances » ; il désigne le système de relations entre acteur·trices qui se mobilisent et travaillent autour de cet enjeu, à la croisée de différents champs (politique, éducatif, associatif, économique). Cet espace rassemble notamment une multitude d’associations, proches de grandes écoles ou d’entreprises, dont l’activité consiste à valoriser économiquement cette cause sous la forme de prestations de tutorat proposées aux établissements scolaires du secondaire. C’est la mise en cause de la capacité de l’École à faire seule réussir ces élèves qui sous-tend l’essor de ces partenariats. Cette thèse vise à comprendre ce qui rend possible cette délégation d’une prérogative scolaire essentielle à ces acteur·trices et quels en sont les effets sur l’autonomie de l’institution scolaire. Elle mobilise une méthodologie mixte et multiniveaux appuyée sur une diversité de matériaux : entretiens avec des promoteur·trices de ces dispositifs, des acteur·trices scolaires et des élèves ; observations dans des associations et au sein d’un rectorat ; questionnaires ; données nationales sur l’implantation des dispositifs dans les établissements scolaires ; archives et documents institutionnels. La thèse tend à nuancer la capacité des grandes écoles, entreprises et associations prestataires à ébranler l’autonomie de l’institution scolaire. Les grandes écoles ont bien contribué à forger une catégorie de public scolaire compatible avec le renouvellement néolibéral du mérite qu’elles entendent incarner, mettant à profit les partenariats avec les établissements scolaires pour revaloriser leur image. Mais d’autres acteurs se sont insérés sur ce segment des services éducatifs. La concurrence entre « prestataires de l’égalité des chances » est encouragée par les pouvoirs publics qui en font un outil de régulation de cet espace. Ce dernier est peu autonomisé, il se déploie à la marge de l’institution scolaire et dépend d’elle. Pour autant, l’institutionnalisation de cette cause n’est pas sans effets sur l’École : d’une part, l’implantation de ces dispositifs répond à une logique de marché et conditionne donc une partie de l’offre scolaire à la loi de l’offre et de la demande. D’autre part, l’investissement de ces dispositifs par certains acteur·trices scolaires, bien qu’ils et elles demeurent en minorité, contribue à des transformations déjà en cours dans l’institution, notamment l’individualisation des carrières, des logiques de sélection précoce et une segmentation accrue des publics scolaires.

    Manon Ratel, Gouvernance territoriale du système scolaire : Contribution à l'étude d'un dispositif de sectorisation, thèse soutenue en 2021 à Montpellier sous la direction de Geneviève Zoïa, membres du jury : Patrick Le Galès (Rapp.), Gilles Pinson (Rapp.), Anne Barrère et Jean-Paul Payet    

    Comment s'opère la gouvernance du système scolaire sur le territoire ? Cette thèse s'appuie sur la trajectoire d'un dispositif de sectorisation scolaire afin de saisir le changement dans l'action publique locale. À partir d'une enquête empirique approfondie, et d'une analyse stratégique multi-niveaux, je révèle la complexité du réseau d'acteurs, et l'enchevêtrement de compétences autour du système scolaire dans l'organisation politico-administrative territoriale. Cette approche instrumentale et expérimentale, ouvre des perspectives analytiques situées à l'intersection de problématiques hétérogènes (scolaires, politiques, sociales, urbaines, sécuritaires, etc.) qui sont venues se réfracter dans la trajectoire du dispositif.

  • Yannick Gauthier, En finir avec le mythe de la démocratie participative ? : jeux d'échelles autour de la fabrique des conseils citoyens, un dispositif en train de se (dé)faire (2014-2024), thèse soutenue en 2024 à Université de Lille 2022 sous la direction de Rémi Lefebvre et Julien Talpin présidée par Anne-Cécile Douillet, membres du jury : Marion Carrel (Rapp.), Guillaume Gourgues      

    En dépit d’un consensus partagé sur l’échec des politiques de « démocratie participative », les pouvoirs publics reproduisent systématiquement l’« offre publique de participation ». En faisant varier les échelles d’observation autour de la fabrique des conseils citoyens — le dernier dispositif « participatif » de la politique de la Ville en date —, cette thèse de doctorat en science politique explore les logiques de l’inertie de l’action publique en matière de « participation citoyenne » avec les méthodes et les outils de l’enquête qualitative et quantitative. Dans une approche cognitive et psycho-sociale des politiques publiques, ce travail de recherche appréhende la « démocratie participative » comme un « mythe d’action publique » dont la fonction sociale est de réenchanter le champ politique. Face à la « dissonance cognitive » qui conduit inexorablement les individus et les groupes sociaux à reproduire leurs croyances, cette thèse en appelle à la « démythification » de la « démocratie participative » et de la « démocratie représentative » dont elle n’est que le prolongement.

  • Caroline Vincent, Une écologie de circonstance ? Conceptions, transformations et effets de l'évaluation environnementale en France de 1976 à aujourd'hui, thèse soutenue en 2024 à université ParisSaclay sous la direction de Nathalie Frascaria Lacoste et Cécile Blatrix présidée par Patrick Hassenteufel, membres du jury : Cécile Robert (Rapp.), Damien Marage (Rapp.), Luc Abbadie et Sylvie Vanpeene-Bruhier      

    Instituée en 1976, en France, par la loi relative à la protection de la nature, l'évaluation environnementale renouvelle les modalités de préservation de l'environnement. En transformant les frontières de l'action publique dans ce domaine - des aires protégées aux projets d'aménagement -, ce dispositif à vocation à pénétrer et d'influencer les processus décisionnels relatifs à l'aménagement du territoire. Par son intervention sur la conception, l'information et la décision, l'évaluation environnementale vise à intégrer l'environnement dans l'élaboration d'un projet, ou d'un document de planification, et ce dès les phases amont de réflexions. Cependant, face au contexte d'incertitudes et de crise écologique globale, il est légitime de se demander, après presque un demi-siècle d'existence, si cette procédure a effectivement permis une meilleure intégration des enjeux environnementaux dans l'aménagement du territoire, ou si elle a, pour reprendre la formule de Serge Hébrard en 1982, servi « davantage la cause des aménageurs que celle des protecteurs de l'environnement ».L'objectif premier de cette recherche a donc consisté à questionner le rôle joué, aujourd'hui, par l'évaluation environnementale pour la préservation de l'environnement. Pour ce faire, notre réflexion s'est premièrement basée sur l'analyse de l'évolution du contenu écologique des études d'impact depuis 1976. En étudiant l'expertise scientifique en écologie mobilisée, nous avons ainsi pu identifier les manières dont les modalités de gestion des problématiques environnementales ont évolué dans le cadre de l'aménagement du territoire. Ces résultats ont mis en évidence l'existence de différent.es rapports de force et routines qui structurent les processus de production de ces études d'impact, et dont l'analyse a permis d'étudier, sous un angle nouveau, l'action publique environnementale et la construction de l'intérêt général. L'étude de l'évolution des connaissances écologiques mobilisées dans ces « expertises scientifiques circonstanciées » (Naim-Gesbert 2015) reflète plus largement l'évolution du « discours expertal » (Robert 2008) de la gestion des crises écologiques. Ce discours est caractérisé, pour le cas des études d'impact, à la fois, par une invisibilisation de certaines conséquences écologiques, mais aussi par une potentielle prise en compte plus vraisemblable des enjeux environnementaux dans l'aménagement du territoire. La mise en évidence d'une très grande diversité de processus à l'œuvre au cours de l'élaboration des études d'impact, et plus largement des processus décisionnels relatifs à l'élaboration des projets, nous a permis de discuter des limites de ce processus pédagogique du fait des exigences paradoxales qui le définissent, tout en soulignant les possibilités offertes par certains de ses leviers pour renouveler la conception de l'aménagement du territoire et la prise en compte de l'environnement. Ce travail interdisciplinaire est basé sur l'usage d'une méthodologie qualitative, qui s'est appuyée sur divers matériaux : un travail sur archives composées d'études d'impact anciennes et contemporaines, analysées via un guide d'évaluation de la qualité écologique spécifiquement conçu ; mais aussi un terrain, des archives et des entretiens permettant l'étude historique approfondie des processus décisionnels relatifs à l'élaboration de projets.

    Anthony Ximenez, Urbanisme et réflexivité : un diagnostic critique du champ du projet en urbanisme, de la recherche aux pratiques professionnelles, thèse soutenue en 2023 à Paris 12 sous la direction de Nadia Arab présidée par Marc Dumont, membres du jury : Céline Bonicco (Rapp.), Marco Cremaschi (Rapp.), Françoise Fromonot      

    Cette recherche doctorale propose un "diagnostic du présent" (Foucault) du champ du projet en urbanisme. Elle part du constat qu'un flou tenace entoure les pratiques de projet, et ce malgré plusieurs décennies de recherches les ayant prises pour objet. Et si ce flou était moins une dimension énigmatique des pratiques elles-mêmes que l'effet du regard que la recherche porte sur elles ? Une analyse d'inspiration "archéologique" (Foucault) d'un corpus de recherches urbanistiques récentes sur le projet révèle que ces dernières occupent, pour l'écrasante majorité d'entre elles, un positionnement réflexif par rapport aux pratiques observées. La mobilisation du cadre théorique de la "modernité réflexive" (Giddens, Beck) conduit alors à se demander si l'urbanisme de projet ne serait pas un cas exemplaire de modernité réflexive. Une contradiction apparaît bientôt : la "réflexivité" a été largement thématisée en urbanisme depuis la fin des années 90 mais cette thématisation a eu pour effet d'éloigner systématiquement les dimensions les plus critiques des théories de la "modernité réflexive", légitimant plutôt le recours tous azimuts à diverses formes de réflexivité. Comment comprendre un tel retournement stratégique du concept ? La dernière partie de la recherche engage une "généalogie" (Foucault) de la réflexivité. La thématisation de cette notion en urbanisme semble surtout servir de justification et de catalyseur à des pratiques existant de facto, dont l'émergence déjà ancienne est liée au développement du "souci de soi de l'Etat" (Bezès) à partir de la fin des années 1950. A cette époque, un lien structurant s'établit entre pratiques d'aménagement, réflexivité institutionnelle et problématisation du changement, formant un nexus fondamental du dispositif urbanistique contemporain. Ce nexus perdure aujourd'hui, quoique transformé après plusieurs décennies de bouleversements économiques et sociaux, la percée du "projet" et le développement d'une forme de "gouvernement à distance" (Epstein) . L'injonction à la réflexivité s'est disséminée jusqu'au coeur des pratiques quotidiennes de l'urbanisme, qui changent en permanence au risque de devenir insaisissables. Ce changement poursuit-il autre chose que lui-même ?

    Charles Reveillere, Demain c'est loin, et aujourd'hui c'est déjà trop tard : vivre et gouverner le délogement dans deux espaces populaires en attente de rénovation urbaine, thèse soutenue en 2022 à Paris Institut détudes politiques sous la direction de Claire Lemercier et Jérôme Pélisse présidée par Sylvie Tissot, membres du jury : Yasmine Siblot (Rapp.), Julien Talpin (Rapp.), Robin Stryker    

    Ce travail porte sur deux espaces populaires du parc privé et social marseillais ciblés par des projets de rénovation urbaine. Le quotidien des habitant·es est mis en suspens : vont-iels devoir déménager, quand, où et comment ? Au nom d’une éventuelle démolition à venir, la gestion courante est minorée, laissant se dégrader bâtiments et espaces publics. La thèse analyse le délogement comme un processus dont la brutalité se déploie au long cours. Elle commence par une description de l’attente vécue par les habitant·es, si éprouvante qu’elle fabrique souvent leur consentement au départ avant même que les administrations aient à les en contraindre. Après avoir identifié quelle forme d'action publique produit ce phénomène, l'auteur s'intéresse aux rapports de pouvoir qui déterminent les règles de distribution des biens symboliques et matériels en jeu dans le délogement. En articulant cadre d'analyse processuel et comparaison spatiale, la démonstration identifie deux modes de gouvernement des espaces populaires, associés à un horizon plus ou moins ouvert de négociation. Trois angles d'analyse se dégagent. Tout d'abord, la relation entre pouvoir et prévisibilité : comment se distribue la maitrise du temps et que fait-elle aux rapports entre des habitant.es et des administrations qui les délogent ? Ensuite, les pratiques d'intermédiation : dans l'attente des guichets officiels des voies d'accès alternatives aux biens sont érigées, produisant des règles de distribution structurées par des rapports de domination différents de ceux habituellement observés. Enfin, les liens entre fragmentation interne de l'espace populaire et pratiques des administrations : la comparaison de formes plus ou moins rapprochées de domination permet de voir ce que les pratiques plus ou moins familières des agent.es font aux rapports sociaux localisés. La thèse étudie plus spécifiquement les différentes faces du gouvernement clientélaire, entre réappropriation populaire des rapports aux administrations, levier de maintien de la paix sociale et instance de politisation conflictuelle. Elle repose sur l’analyse longitudinale de données produites par deux ethnographies des espaces populaires, des entretiens (avec habitant·es, agent·es administrations et intermédiaires) et des recueils de sources écrites.

    Xenia Fuster-Farfán, Gouverner par l’exception : une nouvelle ère dans la politique néolibérale du logement social au Chili, thèse soutenue en 2021 à Paris 8 sous la direction de Claire Lévy-Vroelant présidée par Alain Musset, membres du jury : Jean-Claude Driant (Rapp.), Ana Maria Alvarez Rojas (Rapp.), Aurélie Quentin   

    Cette thèse postule l’existence d’un régime d'exception qui a vocation à gérer les crises de la politique chilienne du logement social. De toute évidence, les effets négatifs de la politique néolibérale du logement social menée au Chili, notamment les inégalités et la ségrégation dans les villes, se sont accrus depuis des décennies. Ces dernières années, ce scénario, qui se traduit par un déficit de logements, un nombre élevé de logements informels et la pression croissante des groupes de citoyens, s’est encore accentué, provoquant une crise au sein de la politique du logement social. Parmi les nombreuses stratégies palliatives élaborées pour endiguer cette crise, beaucoup peuvent être classées comme des réponses politiques « exceptionnelles », par opposition aux réponses politiques « régulières ». Ces stratégies peuvent en effet inclure des droits, des concessions et des flexibilités arbitraires dont les résultats sont radicalement différents de ceux de la politique « régulière ». Notre hypothèse est que l’exception constitue une stratégie gouvernementale pour faire face aux crises et aux conflits engendrés par la politique. L’étude qualitative réalisée ici pour étudier les origines, les caractéristiques et les répercussions de l’exception fait ressortir quatre dimensions de cette stratégie gouvernementale. Premièrement, l’application de l’exception dans le cadre d'urgences environnementales. Deuxièmement, l’utilisation de l’exception à des fins et des intérêts économiques et politiques. Troisièmement, l’exception comme réponse aux habitants qui exigent des mesures exceptionnelles. Quatrièmement, l’exception issue de dispositifs de ciblage exceptionnels, créés pour faire face à une population dont les caractéristiques sont si particulières qu'elles dépassent le cadre de l'action politique. Il est donc pertinent de conclure que les exceptions deviennent la norme dans un contexte de gouvernance néolibérale de la politique du logement social.

    Anne-Laure Legendre, Explorer ce qui fait bien-être dans son cadre de vie : une recherche ancrée dans le vécu des habitants de quartiers défavorisés en France., thèse soutenue en 2020 à université ParisSaclay sous la direction de Yorghos Remvikos présidée par Maryse Bresson, membres du jury : Guillaume Faburel (Rapp.), Jean Simos (Rapp.)      

    La diversité des territoires et des cultures reflète de multiples modes de vie, mais que ce soit par choix ou par contrainte, une part considérable de la population mondiale vit désormais dans des milieux urbanisés. Ces territoires concentrent de nombreux facteurs d’attractivité, mais aussi des problématiques environnementales, sanitaires et sociales complexes, et surtout des situations d’inégalités d’accès à un cadre de vie de qualité. Alors, qu’est-ce qui pourrait faire le bien-être des habitants dans leur cadre de vie ? Il ne peut exister aucun indicateur unique et absolu de cette notion ambiguë de bien-être, mais la question de la manière dont on l’évalue reste entière. L’urbanisme, la santé publique, la sociologie, ou encore la philosophie nous proposent de multiples conceptions pour aborder le sujet. Toutefois, peut-on de considérer l’étude du bien-être de manière extérieure, sans les personnes concernées ? Pour des raisons épistémologiques, mais aussi éthiques, nous avons pris le parti d’étudier le bien-être dans son cadre de vie en partant du point de vue des habitants. Nous avons aussi fait le choix de porter notre attention sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville, en raison des inégalités sociales et territoriales en présence. La thèse s’articule autour de différentes recherches-actions participatives menées avec des municipalités en région parisienne et à La Rochelle dans le cadre d’actions publiques portant sur le cadre de vie (gestion urbaine, aménagement urbain, rénovation urbaine). Notre travail s’appuie plus particulièrement sur l’évaluation des impacts sur la santé (EIS) de deux projets urbains à Nanterre et La Rochelle, des démarches que nous avons portées de manière ouverte, en impliquant les agents et acteurs locaux dans le sens d’une recherche d’apprentissage collectif des liens entre santé, bien-être et urbanisme. L’originalité du travail tient également aux croisements réalisés entre les savoirs de l’expertise et ceux de l’expérience collectés à travers des enquêtes de type ethnographique menées auprès d’habitants de quartiers défavorisés. Les récits permettent de porter notre attention sur la relation des habitants à leur cadre de vie, et à ce qui compte pour eux. Ils permettent aussi de comprendre le vécu total des personnes, et de sortir de logiques analytiques morcelées entre différents paramètres prédéterminés. Inspirés de la sociologie relationnelle, la recherche de régularités et de points de tensions entre ces différents récits personnels permet de dépasser le niveau de doléances propre à certaines démarches de concertations et de mieux cerner les enjeux du territoire, y compris dans l’évaluation des projets. Enfin, nous avons développé un cadre heuristique ouvert permettant d’approcher les expressions d’attachement au lieu de vie, considéré comme un proxy du bien-être. Les catégories émergentes (familiarité, intégration, aisance et sécurité, maîtrise de sa situation, injustice, épanouissement) forment système, et s’écartent complètement des approches fonctionnalistes et utilitaristes encore bien présentes dans les champs de l’urbanisme, de la santé publique ou de l’écologie urbaine. L’étude des conditions de possibilité de cet attachement au lieu de vie et du développement du pouvoir d’agir des habitants dans leur quartier offre des perspectives très riches pour penser les territoires de vie et les politiques urbaines. Enfin, les sentiments d’injustice omniprésents dans nos enquêtes mettent en exergue l’importance de passer par l’expérience des personnes, seule dimension où l’on peut capter ce qui est réellement vécu comme injuste, et de dépasser ainsi les écueils d’une lecture statistique, à plat, des inégalités sociales et territoriales.

    Henri Briche, Repeupler la ville en déclin : Politiques de peuplement, trajectoires résidentielles et minorités ethniques à Detroit (Etats-Unis) et Saint-Etienne (France), thèse soutenue en 2019 à Lyon sous la direction de Valérie Sala Pala et Gilles Pinson présidée par Cynthia Ghorra-Gobin, membres du jury : Annick Germain (Rapp.), François Bonnet      

    Confrontées à des décennies de désindustrialisation, de départ des classes moyennes vers les banlieues résidentielles et de fuite des capitaux, les municipalités de Detroit (États-Unis) et de Saint-Étienne (France) incarnent la figure contemporaine de la ville en décroissance urbaine. Caractérisées par la surreprésentation des classes populaires et des minorités ethniques, ces villes apparaissent comme des territoires « perdants » de la compétition interurbaine. Cette thèse analyse dans un premier temps la construction des politiques de peuplement, réponse des gouvernements locaux à la décroissance. La comparaison fait apparaître des formes divergentes dans les politiques de peuplement de part et d’autre de l’Atlantique selon les types de régulation locale. Dans un deuxième temps, ce travail analyse les effets des politiques de peuplement sur les espaces urbains et les minorités ethniques non ciblées par ces dispositifs. S’appuyant sur une centaine d’entretiens retraçant la construction du choix résidentiel des groupes ethniques minoritaires et une analyse des données locales du recensement, la comparaison met en évidence une évolution différenciée des espaces urbains en France et aux États-Unis. Le rôle des acteurs de marché et la place du logement social expliquent les différences entre les deux cas. A Saint-Étienne, les frontières ethniques et sociales de la ségrégation résidentielle demeurent stables alors qu’elles se reconfigurent à Detroit sous l’effet de l’intervention de promoteurs immobiliers accélérant les transformations des espaces urbains.

    Marine Bourgeois, Tris et sélections des populations dans le logement social : une ethnographie comparée de trois villes françaises, thèse soutenue en 2017 à Paris Institut détudes politiques sous la direction de Patrick Le Galès présidée par Olivier Borraz, membres du jury : Valérie Sala Pala (Rapp.), Alexis Spire (Rapp.), Pierre-Yves Baudot    

    À partir du cas des attributions de logements sociaux, cette thèse s’intéresse aux questions de tri et de sélection dans l’action publique. Elle analyse la manière dont sont choisis les futurs locataires HLM et dont se construisent les discriminations dans l’accès au logement social. Elle éclaire l’émergence de critères d’attribution contraires au droit et explique leur récurrence au niveau local. L’enquête s’appuie sur une ethnographie comparée de trois agglomérations françaises et six organismes HLM. Elle repose sur des observations directes, des entretiens auprès de professionnels du logement social, des analyses documentaires et statistiques. Ses résultats soulignent d’abord la faiblesse du pouvoir normatif de l’État et discutent l’hypothèse d’une ruse de la mise en œuvre. En examinant les conditions d’élaboration des règles au niveau méso, la thèse identifie ensuite plusieurs régimes de tri des ménages en fonction des caractéristiques du contexte local et des modalités d’association entre élus, bailleurs et acteurs économiques. L’étude des pratiques professionnelles précise, enfin, les paramètres qui influencent les modalités de catégorisation des usagers au guichet. Elle montre que l’attribution des logements n’est discrétionnaire et discriminatoire que dans certaines configurations spécifiques, en fonction des marges de manœuvre dont dispose le bailleur, de l’état du patrimoine social et des comportements des street-level bureaucrats. Les régularités constatées dans la mise en œuvre sont finalement expliquées par le poids des contraintes institutionnelles et la culture professionnelle des agents de terrain.

    Pierre Joly, Coopération et appartenances organisationnelles dans l'action publique : l'exemple des dispositifs de la politique de la ville, thèse soutenue en 2015 à Université ParisSaclay ComUE sous la direction de Daniel Bachet présidée par Andreu Solé, membres du jury : Régine Bercot (Rapp.), Emmanuel Lazega (Rapp.), Laurence Costes      

    Le mémoire de thèse propose, en s’appuyant sur la sociologie des organisations, de revisiter les évolutions de l’action publique. Dans ce cadre, l’identification des organisations en réseau inter organisationnelles comme modèle émergeant pose la problématique de la coopération des acteurs. En effet, ce type de système est amené à faire travailler ensemble,sans hiérarchisation des rapports, des représentants de milieux diversifiés issus des secteurs privés et publics (Conseil départemental, hôpital, Education Nationale,Association, service des forces de l’ordre…). Dans cette perspective, les travaux analysent les effets produits par cette hétérogénéité sur les prises de décision, sur les façons de concevoir l’activité et sur les jeux d’acteurs qui en découlent. Sur un plan macrosociologique, il est proposé une critique du modèle décentralisé en revenant sur ses ambitions initiales et en montrant que cette façon de concevoir l’action publique a in fine créé autant de problèmes qu’elle en a résolu. C’est dans la continuité de ce travail que les trois axes de recherche et d’enseignement viennent poursuivre l’analyse de l’action publique.

    Mustapha El Mnasfi, Les dispositifs institutionnels dans les politiques de lutte contre l’exclusion urbaine - Le cas des dispositifs participatifs dans le PNRU en France et dans l’INDH en milieu urbain au Maroc : Approche comparative entre deux métropoles françaises (Lille et Amiens) et deux métropoles marocaines (Rabat et Casablanca), thèse soutenue en 2015 à VersaillesSt Quentin en Yvelines sous la direction de Jacques de Maillard, membres du jury : Jean-Noël Ferrié (Rapp.), Abdallah Saaf (Rapp.), Pascal Dauvin      

    L’objectif de ce travail est de chercher à comprendre comment des dispositifs participatifs génèrent des effets au niveau de la relation entre les représentants des pouvoirs publics et les représentants associatifs mobilisés autour des dispositifs mis en place dans le cadre du « Programme national de rénovation urbaine » en France et de l’« Initiative nationale pour le développement humain en milieu urbain » au Maroc. Cela permet de comprendre les points communs et divergents entre les deux cas étudiés.Cette recherche s’appuie sur le recueil d’environ 70 entretiens semi-directifs. Ceux-ci ont été réalisés avec des acteurs publics et associatifs impliqués dans le « PNRU » en France et dans l’« INDH en milieu urbain » au Maroc.Cette thèse montre que les dispositifs participatifs mis en œuvre dans le cadre du Programme national de rénovation urbaine et de l’INDH en milieu urbain, contribuent à transformer la relation entre les représentants des pouvoirs publics et les représentants associatifs. Ces dispositifs ont donné lieu à l’émergence de « professionnels » de la participation. L’enquête montre par ailleurs que les pouvoirs publics utilisent les ressources associatives pour produire de l’action publique dans les quartiers populaires. Dans ce cadre, les acteurs associatifs accomplissent des actions qui devraient être réalisées par des agents publics.

    Francesca Artioli, L’armée, les villes, l’État , thèse soutenue en 2014 à Paris Institut détudes politiques sous la direction de Patrick Le Galès  

    Les restructurations sectorielles et leurs différents effets localisés, le réétalonnage des échelles de l’autorité politique, les modes de gouvernement propres à chaque ville soulèvent une question sur les recompositions de l’action publique et la différenciation territoriale. Cette recherche prend pour objet le changement des villes historiquement organisées par la politique de défense (trois villes en France et trois villes en Italie) sous l’effet des réformes des armées et de l’augmentation des compétences urbaines. Elle développe un cadre analytique issu de la sociologie historique de l’État qui systématise les liens entre les politiques publiques et la structuration et l’intégration territoriales. Le changement des espaces et sociétés urbains exige pour être compris l’étude des modes d’intervention de l’État et des modes d’intervention des exécutifs urbains dans leur articulation réciproque et propre à chaque ville. D’une part, les négociations au sein de l’État entre administrations financières et militaires, ainsi que les mobilisations au centre national par les élus locaux différencient les modes de retrait des armées d’une ville à l’autre. D’autre part, les exécutifs urbains ont une capacité inégale à organiser l’action collective et à transformer les espaces historiquement structurés par l’État. Elle est liée aux agendas politiques urbains et aux modes d’action collective institutionnalisés dans le temps, ainsi qu’aux interventions de l’État qui sont elles-mêmes différenciées entre les deux pays et à l’intérieur de ceux-ci. Ceci amène à revenir sur les transformations des relations central/local entre décentralisation et politiques de la contrainte budgétaire.

    Francesca Artioli, L'armée, les villes, l'État: restructurations militaires et politiques urbaines les transformations de l'intégration territoriale en France et en Italie, thèse soutenue en 2014 sous la direction de Patrick Le Galès présidée par Anne-Cécile Douillet, membres du jury : Jean Joana (Rapp.), Carlo Trigilia (Rapp.), Yves Déloye      

    Les restructurations sectorielles et leurs différents effets localisés, le réétalonnage des échelles de l’autorité politique, les modes de gouvernement propres à chaque ville soulèvent une question sur les recompositions de l’action publique et la différenciation territoriale. Cette recherche prend pour objet le changement des villes historiquement organisées par la politique de défense (trois villes en France et trois villes en Italie) sous l’effet des réformes des armées et de l’augmentation des compétences urbaines. Elle développe un cadre analytique issu de la sociologie historique de l’État qui systématise les liens entre les politiques publiques et la structuration et l’intégration territoriales. Le changement des espaces et sociétés urbains exige pour être compris l’étude des modes d’intervention de l’État et des modes d’intervention des exécutifs urbains dans leur articulation réciproque et propre à chaque ville. D’une part, les négociations au sein de l’État entre administrations financières et militaires, ainsi que les mobilisations au centre national par les élus locaux différencient les modes de retrait des armées d’une ville à l’autre. D’autre part, les exécutifs urbains ont une capacité inégale à organiser l’action collective et à transformer les espaces historiquement structurés par l’État. Elle est liée aux agendas politiques urbains et aux modes d’action collective institutionnalisés dans le temps, ainsi qu’aux interventions de l’État qui sont elles-mêmes différenciées entre les deux pays et à l’intérieur de ceux-ci. Ceci amène à revenir sur les transformations des relations central/local entre décentralisation et politiques de la contrainte budgétaire.