• HDR

    Le privilège métropolitain ? Magistrat.es Outre-mer et hiérarchies post-coloniales, HDR soutenue en 2023 

    THESE

    Du gouvernement colonial à la politique racialisée : Sociologie historique de la formation d'un espace politique local (1949-2008), St-Laurent du Maroni, Guyane, soutenue en 2010 à Paris 1 sous la direction de Frédérique Matonti 

  • Stéphanie Guyon, Marie-Hélène Sa Vilas Boas (dir.), Relations sociales, relations ethno-raciales dans les trois Guyanes, IHEAL éditions, 2021, 224 p. 

    Stéphanie Guyon, Natacha Gagné, Benoît Trepied (dir.), Justices ultramarines, Presses Universitaires de France, 2018, 191 p. 

    Stéphanie Guyon, Un parcours entre indépendance, autonomie agricole et lutte électorale en Guyane , 3e éd., Mouvements, 2017, 91, 169175 p.   

    Roland Delannon a participé dès 1972 à la naissance du Mouvement guyanais de libération (Moguyde), matrice de l’indépendantisme guyanais. Enseignant et agriculteur, il met à profit la clandestinité forcée pour implanter une organisation née à Cayenne parmi les communautés Businenge (« Noirs-marrons ») et amérindiennes qui vivent en amont du fleuve Maroni, avant d’investir le mouvement des coopératives agricoles destiné à l’autosuffisance alimentaire, puis la compétition électorale auprès de Christiane Taubira. Son parcours illustre tout un pan de l’indépendantisme en Guyane, et montre combien l’enjeu des relations entre communautés créoles, amérindiennes, businenge, métropolitaines et issues des migrations contrôlées ou non par l’État (aujourd’hui venues surtout du Brésil et du Surinam) est au cœur de la vie politique guyanaise comme de l’action de l’État français.

    Stéphanie Guyon, Audrey Célestine, Violaine Girard (dir.), L' Etat outre-mer, De Boeck, 2016, 240 p. 

    Stéphanie Guyon, Du gouvernement colonial à la politique racialisée: sociologie historique de la formation d'un espace politique local (1949-2008), St-Laurent du Maroni, Guyane, Atelier national de reproduction des thèses, Université de Lille 3, 2012, Lille-thèses 

    Stéphanie Guyon, Frédérique Matonti, Du gouvernement colonial à la politique racialisée: Sociologie historique de la formation d'un espace politique local (1949-2008), St-Laurent du Maroni, Guyane, 2010, 694 p.  

    La thèse analyse le processus de politisation et de formation d’un espace politique local à St-Laurent du Maroni (Guyane). A partir d’une sociologie historique localisée du politique, cette étude s’attache à la manière dont les inégalités sociales et raciales produites pendant la période coloniale se reproduisent et/ou se modifient dans la départementalisation. La première partie de la thèse montre ainsi que la structure sociale sous-jacente à l'espace politique contemporain s'enracine bien dans les hiérarchies coloniales qui ont établi la domination des Créoles sur les Amérindiens et les Noirs-marrons. Mais le processus d'accumulation de ressources qui assure la domination de l'élite politique créole contemporaine est néanmoins relativement récent. L'analyse du processus de spécialisation politique permet ainsi de mettre en évidence la montée en puissance des classes moyennes créoles. Le niveau de diplôme, la compétence administrative et l'affiliation il un parti politique permettent à un nouveau personnel politique créole d'établir des relations de clientèle avec les Amérindiens et les Noirs-marrons. Dans la seconde partie centrée sur un village amérindien, l’analyse de la constitution d’une entreprise de contestation de la domination créole et l’affirmation d’un pouvoir local à travers un processus complexe d’invention de la coutume met en lumière la manière dont cet espace politique spécifique est pris dans des légitimités et des logiques propres. Cette étude permet également de démontrer la complexité des rapports de domination qui résultent de la combinaison de la classe, de la race et du genre et de leur redéfinition.

  • Stéphanie Guyon, « Christiane Taubira, a Black Woman in Politics in French Guiana and in France », Black French Women and the Struggle for Equality, 1848-2016, UNP - Nebraska, 2018, pp. 19-36 

    Stéphanie Guyon, « L’engagement dans les associations amérindiennes et businenge de Guyane. Ancrage local de la participation, relation clientélaire et politisation », in COMBES Hélène, GARIBAY David, GOIRAND Camille (éd.) (dir.), Les lieux de la colère. La dimension spatiale des mobilisations, Karthala, 2016 

    Stéphanie Guyon, Benoît Trépied, « Les autochtones de la République : Amérindiens, Tahitiens et Kanak face au legs colonial français », in Irene Bellier (dir.), Peuples autochtones dans le monde : les enjeux de la reconnaissance, L'Harmattan, 2013   

  • Benoît Trepied, préfacier , Outre-mers indigènes, Belin, 2013, 159 p. 

  • Stéphanie Guyon, Marine Haddad, « Migrant·es privilégié·es et agent·es de l’État : devenir magistrat·e outre-mer au croisement du personnel et du professionnel », Revue française de sociologie, Revue française de sociologie, 2025, n°65, pp. 373-400  

    Stéphanie Guyon, Marine Haddad, « Migrant·es privilégié·es et agent·es de l’État : devenir magistrat·e outre-mer au croisement du personnel et du professionnel », Revue française de sociologie, Presses de Sciences Po / Centre National de la Recherche Scientifique, 2024, n°3   

    Stéphanie Guyon, « Metropolitan Privilege? Magistrates and the Construction of Metropolitanity in French Overseas Territories », Revue européenne des migrations internationales, Revue européenne des migrations internationales, 2024, n°40, pp. 37-58   

    À partir d’une étude par entretiens, cet article interroge la nature ambivalente et les contours du privilège lié à l’origine, à la race et à la classe des magistrat·es dans les outre-mer. Salaire majoré et impôt minoré, les magistrat·es bénéficient dans les outre-mer d’une élévation de leur niveau de vie qui leur offre des conditions matérielles et un style de vie inaccessibles en métropole. Elles et ils bénéficient aussi d’une présomption de compétence et d’un prestige qu’elles et ils jugent supérieurs à la métropole. Le privilège en migration engage aussi une dimension subjective. Les métropolitain·es blanc·hes qui constituent le groupe majoritaire en France hexagonale éprouvent leur condition blanche d’une manière singulière qui la rend visible et les contraint à se définir et à se justifier. L’article met en évidence la diversité des subjectivités métropolitaines et blanches en contexte de minorité démographique.

    Stéphanie Guyon, « Le privilège métropolitain ? Magistrat·es et construction de la métropolitanité dans les outre-mer français », Revue européenne des migrations internationales, Revue européenne des migrations internationales, 2024, n°40, pp. 37-58   

    À partir d’une étude par entretiens, cet article interroge la nature ambivalente et les contours du privilège lié à l’origine, à la race et à la classe des magistrat·es dans les outre-mer. Salaire majoré et impôt minoré, les magistrat·es bénéficient dans les outre-mer d’une élévation de leur niveau de vie qui leur offre des conditions matérielles et un style de vie inaccessibles en métropole. Elles et ils bénéficient aussi d’une présomption de compétence et d’un prestige qu’elles et ils jugent supérieurs à la métropole. Le privilège en migration engage aussi une dimension subjective. Les métropolitain·es blanc·hes qui constituent le groupe majoritaire en France hexagonale éprouvent leur condition blanche d’une manière singulière qui la rend visible et les contraint à se définir et à se justifier. L’article met en évidence la diversité des subjectivités métropolitaines et blanches en contexte de minorité démographique.

    Stéphanie Guyon, « Le privilège métropolitain ? Magistrat·es et construction de la métropolitanité dans les outre-mer français », Revue Européenne des Migrations Internationales, Université de Poitiers, 2024, pp. 37-58 

    Stéphanie Guyon, « Distance de classe, distance ethnique ? La réception des prétentions à la représentation politique à Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane) », Participations - Revue de sciences sociales sur la démocratie et la citoyenneté, De Boeck Supérieur, 2021, n°2, pp. 97-128   

    À partir d’une enquête ethnographique, et à travers deux figures de candidat·es (le maire créole et son opposante amérindienne), cet article analyse les transformations des relations entre représentant·es et représenté·es des groupes minorisés à Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane) dans les années 2000. Il appréhende le rôle de l’homologie sociale dans la perception qu’ont les habitant·es de celles et ceux qui prétendent les représenter et ce qui forge le sentiment d’être bien représenté à l’intersection du genre, de l’ethnicité et de la classe. Il s’intéresse aussi à la politisation des enjeux de représentation de ces groupes et à ses effets sur les relations de clientèle.

    Stéphanie Guyon, Gérard Collomb, Marie-Hélène Sa vilas boas, « Penser les relations ethno-raciales dans les trois Guyanes : fluidité et performativité des catégories », Cahiers des Amériques Latines, Université Paris 3, Institut des Hautes Etudes de l'Amérique Latine (IHEAL / Université Paris 3), 2020, n°93, pp. 13-28 

    Stéphanie Guyon, Marie Hélène Sa Vilas Boas, « Relations sociales, relations ethno-raciales dans les trois Guyanes », Cahiers des Amériques Latines, Université Paris 3, Institut des Hautes Etudes de l'Amérique Latine (IHEAL / Université Paris 3), 2020, n°93 

    Stéphanie Guyon, Natacha Gagné, « Les langues de la justice républicaine : interpréter en situation post-coloniale », Outre-Mers, Outre-Mers, 2020, n°406-407, pp. 73-95   

    À partir d’une double enquête ethnographique par observation et entretien en Guyane et en Polynésie française, cet article s’intéresse à l’interprétation en langues locales au tribunal. Analysant les dispositifs institutionnels et les pratiques ordinaires d’interprétation, l’article entend saisir la manière dont l’institution judiciaire s’adapte au contexte pluriculturel et plurilingue des deux territoires. La dimension langagière du travail de médiation des institutions judiciaires étatiques auprès des justiciables amérindiens, noirs-marrons (ou businenge) et polynésiens permet également d’interroger les rapports de domination dans l’arène judiciaire. La domination judiciaire redouble en effet des distances sociales et linguistiques spécifiques à ces territoires post-coloniaux et les processus d’interprétation de la langue française et juridique dans les langues locales sont heuristiques pour saisir l’asymétrie des rencontres judiciaires.

    Stéphanie Guyon, N. Gagné, « Les langues de la justice républicaine: Interpréter en situation post-coloniale », Outre-Mers Revue d'Histoire, Société française d'histoire d'outre-mer, 2020, n°406407 

    Stéphanie Guyon, « Classe, genre et représentation politique, Saint-Laurent du Maroni, Guyane (1949-1983) », Études rurales, Éditions de l'École pratique des hautes études, 2019, n°204, pp. 22-41 

    Stéphanie Guyon, Natacha Gagné, Benoît Trépied, « Cultures à la barre : Regards croisés sur la justice civile outre-mer », Ethnologie française, Presses Universitaires de France, 2018, n°1, pp. 15-26 

    Stéphanie Guyon, Natacha Gagné, Benoît Trépied, « Cultures on the stand. Alternating viewpoints on civil justice in Overseas France », Ethnologie française, Ethnologie française, 2018, n°48, pp. 15-26  

    Stéphanie Guyon, « Passer devant le juge aux affaires familiales ? : Intermédiaires de la justice et alternatives au tribunal à Saint‑Laurent du Maroni (Guyane) », Ethnologie française, Ethnologie française, 2018, n°48, pp. 107-120   

    À partir d’une enquête ethnographique par observation et entretien, cet article porte sur le rapport des Amérindiens et des Noirs‑marrons (ou Businenge) de Guyane française à la justice étatique en matière d’affaires familiales (séparation, délégation d’autorité parentale). Il appréhende d’abord les différents intermédiaires qui concourent au travail de médiation des institutions judiciaires auprès de ces groupes, en particulier les travailleurs sociaux qui interviennent dans le cadre de l’allocation des prestations sociales. Il analyse ensuite les logiques sociales du non‑recours aux instances judiciaires étatiques au regard de modes alternatifs de traitement de ces situations familiales et des difficultés d’accès à la justice.

    Stéphanie Guyon, « Passer devant le juge aux affaires familiales? Intermédiaires de la justice et alternatives au tribunal à Saint-Laurent du Maroni (Guyane) », Ethnologie française, Presses Universitaires de France, 2018, n°1 

    Stéphanie Guyon, Natacha Gagné, Benoît Trépied, « Justices ultramarines », Ethnologie française, Presses Universitaires de France, 2018, n°1 

    Stéphanie Guyon, « Trajectoires post-coloniales de l’assimilation », Politix, Politix, 2017, n° 116, pp. 9-28   

    Cet article s’intéresse à la singularité de l’appareil d’État dans les Outre-mer. Il appréhende la manière dont se sont historiquement construites et consolidées des formes singulières d’intervention étatique et de domination bureaucratique dans ces territoires. Tout en dressant un état de la littérature, il plaide pour une analyse du legs colonial attentive à la diversité des processus de décolonisation et à la complexité de leurs chronologies dans les Outre-mer. Loin de naturaliser « la spécificité » de l’État ultramarin, il envisage différents types de mobilisations qui construisent cette exceptionnalité et les processus de politisation ou de dépolitisation dans lesquelles elles s’inscrivent. En s’adossant à la sociologie du guichet, il aborde enfin l’adaptation en pratique de l’action publique dans la rencontre administrative ultramarine.

    Stéphanie Guyon, Violaine Girard, Audrey Célestine, « L’État Outre-mer », Politix, De Boeck Supérieur, 2017, n°116  

    Stéphanie Guyon, « L’engagement des  transfuges coloniaux  en Guyane française : genre, relations coloniales et mobilité sociale », Politix, Politix, 2016, n° 114, pp. 177-201   

    À partir d’une enquête ethnographique au sein du mouvement amérindien de Guyane française, cet article appréhende les liens entre mobilités sociales et engagement en articulant relations postcoloniales, classe, genre et génération. L’article met en évidence la sexuation des trajectoires de mobilité ascendante : les hommes amérindiens connaissent une réussite scolaire supérieure à celle des femmes, accèdent à des positions de professions intermédiaires, bénéficient d’une mobilité géographique en métropole jusque-là réservée aux créoles et héritent bien souvent de leurs aînés de responsabilités militantes. Si l’école, qui favorise une relative autonomie à l’égard des assignations sexuées traditionnelles, joue un rôle indéniable dans la promotion sociale des femmes amérindiennes, celles-ci bénéficient aussi de dynamiques de socialisation au milieu d’accueil qui se produisent en dehors de l’institution scolaire et, de manière plus informelle, dans l’intimité des couples. Leur mariage avec des hommes créoles ou métropolitains leur fournit ainsi les ressources nécessaires à leur engagement associatif et/ou politique. Cet article montre aussi ce que l’engagement fait à la mobilité en termes d’opportunité de rattrapage scolaire ou de reconversion professionnelle. Là aussi, les chances de reconversions promotionnelles du militantisme sont supérieures pour les hommes que pour les femmes. Toutefois, depuis la réforme paritaire, les femmes ont comme les hommes des opportunités d’entrée en politique au niveau local.

    Stéphanie Guyon, « L'engagement des transfuges coloniaux en Guyane française : genre, relations coloniales et mobilité sociale », Politix, De Boeck Supérieur, 2016, n°2 

    Stéphanie Guyon, « Trajectoires post-coloniales de l’assimilation », Politix, De Boeck Supérieur, 2016, n°4, p. 9 

    Stéphanie Guyon, « 13. L’engagement dans les associations amérindiennes et businenge de Guyane : Ancrage local de la participation, relation clientélaire et politisation », Questions Transnationales, Questions Transnationales, 2016  

    Stéphanie Guyon, Benoît Trépied, « Outre-mers indigènes », Genèses, Genèses, 2013, n°91, pp. 2-6  

    Stéphanie Guyon, « Des  Primitifs  aux  Autochtones  : Savoirs ethnologiques et politiques publiques en Guyane de 1946 à nos jours », Genèses, Genèses, 2013, n°91, pp. 49-70   

    Cet article appréhende les liens entre l’ethnologie et la gestion étatique des populations en Guyane de 1946 à nos jours. Dans une perspective socio-historique, il étudie la genèse des modes de catégorisations de ces différents groupes de « populations primitives » à « peuples autochtones » - et des dispositifs publics dédiés à ces groupes. Il met en évidence la transformation des figures de l’ethnologue engagé dans l’action publique : d’abord fonctionnaires chargés de la protection des « primitifs », puis soutiens militants de la cause autochtone et enfin experts.

    Stéphanie Guyon, « Des marges ultra-marines de la République au Parlement : trajectoires de députées guyanaises », Parlement, Revue d'histoire politique, Parlement, Revue d'histoire politique, 2013, n°19, pp. 91-106   

    Cet article appréhende la socialisation et l’entrée en politique des députés guyanaises de la 13e législature, Christiane Taubira et Chantal Berthelot, au regard de leur génération d’élu.e.s guyanais.e.s en prêtant une attention particulière au caractère sexué des carrières militantes. Il analyse les filières d’accès au mandat parlementaire de ces députés et leur manière d’endosser le rôle.

    Stéphanie Guyon, « III. Du gouvernement colonial à la politique racialisée. Sociologie historique de la formation d'un espace politique local (1946-2008), Saint-Laurent-du-Maroni, Guyane », CNRS Editions, Paris : CNRS Editions et PERSÉE : Université de Lyon, CNRS & ENS de Lyon, 2012, pp. 813-822   

    Guyon Stéphanie. III. Du gouvernement colonial à la politique racialisée. Sociologie historique de la formation d'un espace politique local (1946-2008), Saint-Laurent-du-Maroni, Guyane. In: Droit et gestion des collectivités territoriales. Tome 32, 2012. Transports et politiques locales de déplacement. pp. 813-822.

    Stéphanie Guyon, « Politisation et hiérarchies coloniales : Amérindiens et Noirs-marrons à St-Paul (Guyane française, 1946-2000) », Critique internationale, Critique internationale, 2011, n°50, pp. 21-37   

    Politicization and Colonial Hierarchies : Amerindians and Maroons in St-Paul (French Guyana, 1946-2000) How did the Amerindian and Maroon populations of a French Guyanese administrative district appropriate democratic institutions – in particular, electoral institutions – from the 1960s through the late 1990s ? Voter participation and the development of partisan loyalties first took place thanks to mediators in contact with these populations via Catholic patronage (ecclesiastic personnel, charitable organization volunteers) and, subsequently, the patronage-based distribution of public goods (village “captains”, electoral agents, locally elected representatives). Over the course of the 1980s, associational participation – whether in the Amerindian movement or in local maroon associations – allowed alternative spaces of politicization founded on the defense of group identity and group interest to be constructed. This new activist generation challenged the established Creole elites but remains marginalized in institutional political space, in particular due to social hierarchies inherited from the colonial period and reproduced after the territory was granted the status of an administrative département. ■

    Stéphanie Guyon, Marie-Emmanuelle Pommerolle, « La transformation des registres de légitimation politique en Guyane », Pouvoirs dans la Caraïbe , L'Harmattan, 2010, n°16, pp. 37-66   

    Stéphanie Guyon, Alexandra Oeser, Lucie Bargel, Céline Bessière, Magali Della Sudda, « Appropriations empiriques du genre. Introduction », Sociétés & Représentations, Éditions de la Sorbonne, 2007, n°24, pp. 5-13  

    Stéphanie Guyon, Lucie Bargel, Céline Bessière, Magali Della Sudda, Sibylle Gollac, « Appropriations empiriques du genre », Sociétés & Représentations, Sociétés & Représentations, 2007, n°24, pp. 5-10  

    Stéphanie Guyon, « Supporterisme et masculinité : l'exemple des Ultra à Auxerre », Sociétés & Représentations, Sociétés & Représentations, 2007, n°24, pp. 79-95   

    RésuméCet article s’appuie sur une enquête de terrain menée de 2001 à 2006 auprès des membres de deux clubs de supporters ultra d’Auxerre. L’enquête ethnographique a permis d’observer la construction masculine du rôle de supporters ultra à Auxerre. D’une part, les pratiques de supporterisme ultra sont assignées au masculin : elles s’ancrent dans un corps construit et désigné comme masculin et les Ultra manifestent leur opposition aux supporters des club de football adverses à travers des activités viriles. D’autre part, la sociabilité des supporters, en particulier pendant les déplacements en car, est genrée. L’appartenance au groupe de jeunes supporters ultra structure en effet une vie sociale dense dans laquelle ces jeunes hommes affirment leur identité masculine, en particulier en manipulant un répertoire sexiste et homophobe de chants et de blagues.La masculinité du rôle de supporter fonde des rapports de pouvoir au sein du collectif auquel il appartient. On a ainsi pu y observer un partage sexué des tâches, excluant classiquement les filles, pourtant présentes dans le groupe, d’un certain nombre de pratiques valorisantes. Mais outre cette division sexuée du travail, cette enquête révèle l’existence d’un capital de masculinité qui ordonne la division du travail et la réussite entre hommes. Les garçons les moins virils sont également dominés et cantonnés aux tâches les moins gratifiantes.

    Stéphanie Guyon, Lucie Bargel, Céline Bessière, Magali Della Sudda, Sibylle Gollac, « Appropriations empiriques du genre », Sociétés et représentations, , 2007, n°24, pp. 5-10 

  • Stéphanie Guyon, Natacha Gagné, « Rendre la justice et vivre en situation (post)coloniales : faire et défaire l’entre-soi métropolitain dans les Outre-Mer. », L’État Outre-mer. Migrations, carrières et politiques publiques, Amiens, le 30 juin 2025  

    Colloque de clôture du projet ANR ETOM organisé par UPJV et le CURAPP-ESS

    Stéphanie Guyon, « Les sciences électorales. Expertises, dispositifs et circulations des savoirs sur les élections », le 28 mars 2024  

    Colloque organisé par le CURAP, Université de Picardie sous la direction scientifique de Clément Desrumaux et Sébastien Vignon, en collaboration avec Triangle et l’ANR VERELECT

    Stéphanie Guyon, Natacha Gagné, « Les magistrats face au pluralisme culturel : le traitement judiciaire du confiage d’enfants en Polynésie française et en Guyane française », Un siècle d’adoption des enfants en France (1923-2023), Angers, le 20 juin 2023  

    Organisé par Yves Denéchère, Fabio Macédo, l’UMR TEMOS, le Pôle universitaire ligérien d’études sur l’enfance-jeunesse et sa chaire ‘Parole et pouvoir d’agir des enfants et des jeunes’ et le programme ANR EN-MIG

    Stéphanie Guyon, « Justice et inégalités au prisme des sciences sociales », le 23 novembre 2022  

    Colloque de clôture du programme JustineS – Justice et inégalités au prisme des sciences sociales, organisé par le Laboratoire Cresppa-CSU, organisé avec le soutien du Programme Emergence(s) de la Ville de Paris

    Stéphanie Guyon, « La vie privée des responsables publics », le 06 février 2019  

    Colloque organisé sous la responsabilité scientifique du Pr. Charles-Edouard Sénac

    Stéphanie Guyon, Benoît Trépied, « L'invisibilité de la question autochtone en France. Kanak et Amérindiens face au débat postcolonial français », XXIIe congrès de l'Association Internationale de Science Politique (IPSA), Madrid Spain, le 08 juillet 2012 

  • Stéphanie Guyon, Julian Mischi, Stéphanie Guyon, Violaine Girard, AFS, (2013, 3 juillet), Le consentement des classes populaires à la domination politique : une évidence sociologique ?, semi-plénière avec la participation de Stéphanie Guyon, Violaine Girard et Julian Mischi, [Vidéo], Canal-U, https://doi.org/10.60527/xg2q-c258, (Consultée le 26 octobre 2025). 

    Stéphanie Guyon, Stéphanie Guyon, Otilia Lux De Coti, Sylvain Pabouty, Geir Tommy Pedersen, Benoît Trepied, Edith Cloutier, EHESS, (2015, 15 juin), TABLE RONDE : La participation à la prise de décision, [Vidéo], Canal-U, https://doi.org/10.60527/9vba-6j47, (Consultée le 26 octobre 2025). 

ActualitésPublicationsENCADREMENT DOCTORAL
  • Leïla Fardeau, Collecter, classer et décrire les familles au prisme des statistiques : une lecture démographique des configurations familiales et de l'organisation des solidarités en Polynésie française, thèse soutenue en 2025 à Paris 1 sous la direction de Eva Lelièvre et Loïc Trabut, membres du jury : Didier Breton (Rapp.), Cécile Lefèvre (Rapp.), Ernestina Coast, Natacha Gagné et Thomas Merly-Alpa      

    Cette thèse propose une description systématique de l’organisation des familles en Polynésie française, au sein du ménage et au-delà. Celle-ci éclaire les pratiques d’entraide familiales et leur rôle structurant sur le territoire. Un premier axe fait l’état de l’art des manières dont les familles sont collectées dans les enquêtes statistiques. Il s’agit notamment d’interroger les potentialités et les limites des données de recensement pour la description des familles et en particulier la manière dont ceux-ci classent les structures familiales. Cette analyse montre la prédominance du modèle de la famille nucléaire dans ces typologies. L’une de ses conséquences est l’agrégation de tous les autres modes de cohabitation dans la catégorie hétérogène des ménages complexes, laquelle nécessite d’être précisée lorsqu’elle ne se réduit pas à une minorité des ménages. C’est le cas de la Polynésie française, où en 2017, on dénombre un quart de ménages complexes. Pourtant la catégorie n’est pas détaillée. La suite de cette thèse propose une méthodologie adaptable et reproductible pour en construire des sous-catégories. Pour ce faire, nous chercherons d’abord à mieux comprendre ces données, à partir d’une observation de terrain menée lors de la collecte du recensement en août 2022. L’examen des modes de classification permet aussi de dégager un certain nombre de critères déterminants dans l’élaboration des typologies de ménages. La deuxième partie met en application ces critères afin de constituer une typologie consolidée des ménages complexes polynésiens. Des méthodes de classification non supervisée nous permettent, d’explorer l’hétérogénéité de cette catégorie. Les résultats quantitatifs ont ensuite été complétés par une revue des modes de corésidence historiquement présents sur le territoire et des processus socio-historiques qui ont amené aux formes familiales actuellement observées. Tout cela permet de construire une typologie qui éclaire les configurations des familles corésidentes. Enfin, la dernière partie mobilise cette typologie ainsi que les résultats de l’enquête Feti’i e fenua (ISPF-Ined, 2020) pour montrer comment les familles organisent l’accès aux ressources sur le territoire. Elle complète les observations sur la corésidence, en tenant compte des membres qui vivent à proximité, ainsi que de la dispersion spatiale des familles polynésiennes, qui se répartissent bien souvent sur plusieurs archipels. Tout cela permet d’une part de mettre en lumière comment les familles, organisent l’accès aux ressources sur le territoire, à proximité comme à distance, et d’autre part en quoi ces modes d’organisation résultent des pratiques d’entraide intrafamiliales.

    Lise Laurence Gillot, Les fortunes de Guyane : sociologie politique d'un groupe aux privilèges intersectionnels, thèse soutenue en 2024 à Antilles sous la direction de Justin Daniel et Érik Neveu, membres du jury : Antoine Vion (Rapp.), Isabelle Dubost, Pierre Odin et Clémence Léobal      

    Les discours sur la Guyane mettent surtout en avant la pauvreté endémique de ce territoire français d’Amérique Latine. Pourtant, les contribuables à l’Impôt sur la fortune y sont parmi les plus riches de France et font partie des plus grands propriétaires fonciers du pays. Certes, aucune richesse personnelle n’atteint le milliard, et les plus hauts revenus et patrimoines de Guyane représentent des fortunes de seconde zone. Mais leur position périphérique dans le palmarès ne les prive pas d’un statut d’exceptionnalité à l’échelle locale. Quelles sont les ressources sociales de la richesse en Guyane ? Appréhendé à travers une enquête sociologique mêlant entretiens obtenus selon la méthode réputationnelle et observation participante de deux années au sein d’un club service de Cayenne, le terrain apparaît prédominé par des individus aux dispositions similaires. Ces derniers sont propriétaires et directeurs de plusieurs entreprises crées localement ou d’enseignes de grands groupes extérieurs. Ce sont majoritairement des hommes, âgés de plus de soixante ans et relativement dominants du point de vue de leurs propriétés ethniques métropolitaine, chinoise, libanaise, antillaise et créole guyanaise. Pour étudier les rapports de domination imbriqués qui produisent les ressources sociales de classe, de genre, de race et d’âge de l’élite économique, nous proposons de renouveler les usages scientifiques des capitaux bourdieusiens à partir de l’intersectionnalité. L’obtention d’un large volume de capital économique exige un travail de mobilisation stratégique de multiples attributs. Il s’agit de se réapproprier le leg colonial qui structure le rapport des sociétés ultramarines à l’Etat et de construire sa légitimité par l’activation conjointe des marqueurs de l’ubiquité, de l’autochtonie et de la blanchité. Il est également requis d’intégrer très jeune les attentes du milieu, de performer une masculinité hégémonique, de mettre à profit les capitaux hérités, d’entretenir ses réseaux avec le monde politique et de recourir aux illégalismes avec habilité et discrétion. Ainsi, les dirigeants d’entreprise étudiés font partie d’une petite « classe pour soi », un groupe privilégié organisé pour contrôler les normes d’accès aux leviers de pouvoir et défendre ses intérêts.

  • Mégane Aussedat, Délοger et relοger en quartier d'habitat indigne : une analyse cοmparative entre une situatiοn métrοpοlitaine (Μarseille) et une situatiοn ultramarine (Μayοtte), thèse soutenue en 2025 à Normandie sous la direction de Élise Palomares et Valérie Sala Pala présidée par Elise Roche, membres du jury : Pierre-Yves Baudot (Rapp.), Camille François   

    Fondée sur une démarche inductive, compréhensive et critique, la thèse porte sur les stratégies institutionnelles de délogement et de relogement dans le cadre d’opérations de rénovation urbaine en quartier d’habitat privé « indigne ». Au travers d’une comparaison entre deux territoires situés en contextes métropolitain (Marseille) et ultramarin (Mayotte), elle interroge les variations observées à l’aune des recompositions de l’État colonial à Mayotte. L’enquête part du constat de la tension opérationnelle que crée l’enjeu du relogement dans la rénovation urbaine en quartier d’habitat « indigne ». Dans des contextes où des contraintes fortes pèsent sur l’accès au logement social des habitant de ces quartiers, le relogement est construit en problème pour les acteurs chargés de la conduite des opérations. La thèse interroge la construction des stratégies juridiques et temporelles déployées par les acteurs publics pour y répondre, en examinant comment leurs intérêts et motifs d’action orientent leurs décisions. Elle analyse les effets sociaux et les mécanismes de tri qui résultent de la rencontre entre la mise en œuvre de ces stratégies et les résistances opposées par les habitants des quartiers ciblés.La thèse montre que la vulnérabilité résidentielle des habitants est accentuée par les stratégies juridiques et temporelles du délogement et questionne la dimension morale de l’action publique. Elle soutient que les rapports sociaux qui structurent les configurations locales, et notamment les rapports sociaux de race, sont déterminants dans la façon dont les acteurs publics jaugent les conséquences de leur action ou de leur inaction comme étant tolérables ou intolérables pour les habitants ciblés par l’intervention urbaine. Cette thèse montre enfin comment l’héritage colonial façonne les stratégies juridiques et temporelles du délogement/relogement analysées à Mayotte. Au travers de la comparaison, elle met en évidence une forme de gouvernement postcolonial dans ce territoire qui s’observe à la fois dans le rapport à la légalité et les usages concrets du droit par les acteurs publics et dans les registres de légitimation de la violence de l’action publique, registres dans lesquels les rapports sociaux de race opèrent de façon spécifique.

    Juliana Rimane, Citoyennes-citoyens en situation coloniale : l'engagement politique en Guyane française contrainte coloniale et idéal républicain, 1848-1946, thèse soutenue en 2024 à Antilles sous la direction de Justin Daniel et Nassira Hedjerassi, membres du jury : Abdelhak Qribi (Rapp.), Isabelle Dubost et Fred Réno      

    Si la participation à la vie de la cité est corrélée au sexe, elle l’est aussi à la classe, et plus explicitement à la race, en situation coloniale. Ainsi jusqu'à l'obtention du droit de vote, les femmes dans l’espace public sont invisibilisées et marginalisées. Pour autant, si les hommes de la colonie deviennent citoyens votants, l’exercice de leur citoyenneté semble subir des restrictions qui s’apparentent selon eux à de la discrimination. Le droit de vote et l’engagement politique ne permettent pas à la population de se vivre comme partie intégrante de la France, le fossé se creusant entre leurs aspirations et leur vécu. En dénonçant jusqu’à l’extrême les manquements et les humiliations de la gestion coloniale, la population de la colonie montre qu’elle ne se satisfait pas des échelles de valeurs où la classe, la race et le genre font offices de marqueurs.Si l’acte d’abolition ouvre la porte à la réalisation de la démocratie, force est de constater que l’égalité ne peut se concrétiser en raison du statut colonial qui questionne d’autant la démocratie que les besoins des populations ne sont pas pris en considération. L’appropriation des leviers institutionnels républicains par les nouveaux citoyens à peine sortis de l’esclavage et des anciens libres de couleur est vécue comme un bienfait même si les inégalités deviennent d’autant visibles qu’elles se dévoilent dans un système déclaré comme égalitaire. L’école républicaine peine en effet à effacer les divisions socio-raciales héritées de la société esclavagiste. Les dynamiques raciales et sociales restent visibles dans le discours et les interactions quotidiennes où la couleur de la peau et l’éducation restent des marqueurs significatifs d'identité et de statut social.En instaurant des « doutes » sur la capacité des habitants à intégrer pleinement la nation française, la République ne se donnait pas les moyens de gommer les préjugés et les stéréotypes liés au passé. Entre dénonciation de la gestion coloniale et marginalisation de la parole des élus locaux qui exercent leurs droits politique dans un cadre légal qui ne les protège pas toutefois des représentations et des stéréotypes, les femmes de la colonie parviennent à s’immiscer dans les interstices laissés par la démocratie pour se rendre visible dans le corps des citoyennes, impulsant une dynamique dans les processus politiques, sociaux et culturels. Que quel que soit leur milieu et leur éducation, et sans attendre passivement l’octroi du droit de vote, elles avaient intériorisé les codes et les valeurs inhérents à la société nationale et à la République qui les pousse à agir pour faire évoluer et transformer la société. Malgré les dissonances locales, les Guyanaises et les Guyanais développent une identité culturelle propre marquée par des stratégies de résistance sociale et culturelle contre l'inefficacité et l'inaction de l'État ; renforçant la solidarité et la cohésion qui préfigurent les futures engagements politiques. Illettrées, elles marquent de leurs empreintes la vie politique sociale et culturelle de la société guyanaise, non pas pour défendre un quelconque droit des femmes, mais le maintien et le respect des droits communs. Elles instaurent une complicité teintée de complexité dans les rapports de genre qui sont autant de stratégies de survie dans le contexte colonial patriarcal où les tensions entre les élites cayennaises et la population rurale permettent aux premiers de justifier une rupture d’égalité au sein du territoire ; actant explicitement l’idée selon laquelle les institutions républicaines, dont le droit de vote, ont été appliquées trop prématurément dans les contrées rurales. Pour autant, l'implication des femmes dans la vie politique reste pour longtemps une question de classe sociale, même si leur participation à la politique reste limitée.

    Edenz Maurice, Faire l’École dans une vieille colonie : un État colonial aux prises avec le monde scolaire de la Guyane française (de 1928 au début des années 1950), thèse soutenue en 2018 à Paris Institut détudes politiques sous la direction de Romain Bertrand présidée par Marie Salaün, membres du jury : Sylvie Thénault (Rapp.), Éric Thomas Jennings et Pierre Singaravélou    

    Cette thèse s’est donnée pour objet l’étude du fonctionnement de l’État colonial en Guyane française au prisme de son action dans le domaine scolaire entre 1930 et 1951, soit la seule période pendant laquelle ce territoire se trouve scindé en deux entités administratives coiffées, cependant, par un même gouverneur. Au cœur de cette recherche réside l’hypothèse d’une singularité, dans une double perspective sociale et politique, de l’expérience coloniale guyanaise des années 1930 et 1940 – laquelle a conduit à forger les notions de « colonie-département » et d’« assimilation différenciée ». L’enquête menée articule ainsi histoire sociale de groupes professionnels issus du milieu éducatif et des sociabilités militantes, anthropologie des sociétés autochtones de l’intérieur amazonien et sociologie de l’Etat et des politiques publiques. Ce faisant, cette étude entend contribuer, d’une part, à une meilleure compréhension de l’Etat colonial à partir du cas trop souvent délaissé d’une « vieille colonie » ; de l’autre, à une histoire de la République donnant toute leur place aux Outre-mers.

  • Estelle Filipe, Recourir aux institutions médicosociales de l'addiction : une enquête sur les publics féminins en France hexagonale et en Guyane, thèse soutenue en 2025 à Paris EHESS sous la direction de Marie Jauffret-Roustide présidée par Philippe Bataille, membres du jury : Marie Loison-Leruste (Rapp.), Patrick Peretti-Watel (Rapp.)    

    Les institutions du secteur médicosocial de l’addiction qui incluent principalement les centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usager·es de drogues (CAARUD) et les centres de soin d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) accueillent en France un public majoritairement masculin. Depuis vingt ans, les femmes représentent seulement 20 à 25 % des bénéficiaires et demeurent, selon les professionnel·les de santé, largement invisibilisées au sein des institutions. Cette thèse appréhende ce phénomène comme un problème public qui articule non-recours aux soins et inégalités de genre. Ce problème a été formulé par des acteur·rices du champ de l’addiction, des responsabilités y ont été imputées (stigmatisation et violences subies par les usagères) et des organismes publics l’ont publicisé et inscrit à l’agenda politique. Le cadrage genré du problème public rend visible les difficultés rencontrées par les professionnel·les dans la prise en charge des femmes en addictologie. Toutefois, il tend à homogénéiser les expériences des usagères et à privilégier le point de vue des institutions et de leurs représentant·es. En déplaçant la focale de la « prise en charge » vers le « recours » et en adoptant une approche biographique centrée sur les expériences des bénéficiaires, cette recherche interroge les conditions de possibilité du recours, dans un contexte marqué par d’importants obstacles genrés. L’enquête « par le bas », fondée sur une méthodologie mixte (entretiens, observations, statistiques) en France hexagonale et en Guyane, articule plusieurs niveaux d’analyse. Dans un premier temps, une typologie statistique met en évidence la forte hétérogénéité des usagères de CAARUD et de CSAPA, réparties en quatre clusters aux profils distincts qui ne mobilisent pas les mêmes prestations institutionnelles : des femmes consommatrices d’alcool et de cannabis vivant dans des conditions stables et médicalement encadrées ; des femmes consommatrices de médicaments vulnérables, mais bien suivies ; des femmes consommatrices d’héroïne en situation de précarité et peu visibles ; des femmes consommatrices de crack en situation de grande précarité et de marginalité. Le type de consommation de drogues et les conditions de vie façonnent des formes variées de recours institutionnel, mais ne suffisent pas à les expliquer. La thèse examine ensuite les logiques institutionnelles et territoriales et les acteur·rices intermédiaires qui facilitent ou obstruent l’accès aux institutions. Les usagères franciliennes et guyanaises ne font pas face aux mêmes contraintes institutionnelles et territoriales dans leurs recours aux soins et à l’assistance sociale (systèmes et organisations médicosociales, normes bureaucratiques). Trois types d’intermédiaires structurent le recours : les administrateur·rices (médecin, justice), les aidant·es du recours (proche, travailleur·ses du social) et les acteur·rices qui le contraignent (homme usager, personne disqualifiant le recours, etc.). Enfin, la recherche analyse comment les dispositions, les représentations et les discours des usagères vis-à-vis du soin et de l’addiction peuvent favoriser ou freiner la mobilisation des institutions. Le recours des femmes en addictologie est le produit d’une rencontre située entre des parcours socialement différenciés, des normes institutionnelles, des territoires et des subjectivités. La thèse éclaire ainsi la manière dont les rapports sociaux, les rapports aux institutions et les parcours de vie travaillent les conditions d’accès aux soins en addictologie pour les femmes usagères, et propose un regard renouvelé sur le problème public de non-recours.

    Clémentine Lehuger, L'Etat magnégné : Imaginaires, pratiques et rapports à l'Etat à Mayotte, thèse soutenue en 2022 à Paris 1 sous la direction de Delphine Dulong et Florence Brisset-Foucault présidée par Anne-Cécile Douillet, membres du jury : Johanna Siméant-Germanos (Rapp.), Patrick Le Lidec (Rapp.)    

    La thèse étudie le champ politique local dans le département de Mayotte, en considérant ce microcosme insulaire comme un observatoire privilégié de l’État « au concret » aussi bien qu’idéalisé. En questionnant la dialectique centre-périphérie constitutive de la catégorie « outre-mer », que l’on retrouve dans les discours et les pratiques locales, cette thèse montre en effet comment l’État et ses agents se « réinventent » en outre-mer, à travers entre autres ce qui est souvent désigné sur place comme du « bricolage » (magnégné, en shimaoré). Attentive à l’histoire aussi bien qu’à ses usages politiques, la thèse décrit au moyen d’entretiens, d’observations et d’archives les différents rapports à l’État ainsi que les diverses formes de participation au gouvernement du territoire des agents de l’État métropolitain.es (préfecture, rectorat), de ses représentant.es loca.ux/les (élu.es et agents des collectivités territoriales), mais aussi de ses habitant.es (mahorais.es, « expatrié.es »). Elle analyse ainsi les luttes symboliques, sociales et politiques dans lesquelles l’État est pris à Mayotte, et via lesquelles il se déploie, proposant ainsi une redéfinition du gouvernement des marges en contexte post-colonial.

    Damien Riccio, La condition clandestine : une ethnographie des travailleurs migrants à Mayotte, thèse soutenue en 2022 à Bordeaux sous la direction de Antoine Roger et Benoît de L'Estoile présidée par Ronan Hervouet, membres du jury : Johanna Siméant-Germanos (Rapp.), Michael Joshua Lambek (Rapp.), Antoine Hochet      

    Ce travail de recherche ethnographique porte sur l’emploi, à Mayotte, de la main d’oeuvre migrante en provenance des îles voisines des Comores. Cette main d’oeuvre est localement qualifiée de « clandestine ». Pourtant, elle répond à un ensemble de besoins particuliers dans un contexte de déploiement rapide de dispositifs de politique publique, conséquences de la départementalisation de Mayotte. Si les travaux en matière de migration de travail se sont ordinairement intéressés aux raisons de l’exil et à ses effets sur les logiques migratoires, ou inversement aux relations entre les conditions accordées aux populations migrantes dans la société d’accueil et les processus d’acculturation et d’assimilation, l’objet de ce travail invite à une perspective différente. En effet, il ne s’agit pas seulement de se placer du point de vue des migrants, mais de rendre compte de l’ensemble des processus sociaux et historiques qui configurent la place de cette main-d’oeuvre dans la société mahoraise. La place et le traitement accordés à cette catégorie de population seront analysés au prisme des transformations structurelles qui traversent la société mahoraise depuis la départementalisation de ce territoire en 2011. En effet, le déploiement rapide des politiques publiques qui accompagnent cette transformation statutaire tendent à redéfinir les logiques de distribution des ressources parmi les populations locales. Traditionnellement, la société mahoraise, au même titre que les sociétés comoriennes, s’est construite sur un modèle stratifié, impliquant donc des accès inégaux aux ressources pour les membres qui composent cette société, en fonction de la position sociale de chacun. Or, les effets de normalisation qui accompagnent la départementalisation tendent à imposer une logique différente en termes de distribution des ressources : le modèle traditionnel de la stratification tend à être remplacé – au moins théoriquement – par un modèle « égalitaire » ne limitant pas l’accès aux ressources à la position sociale des acteurs. Ce travail de recherche propose d’analyser les effets de cette contradiction apparente sur la main d’oeuvre migrante. Partant du postulat que l’entretien et le renouvellement de la force de travail sont des éléments indispensables au fonctionnement et au maintien de toute économie, quelles sont les évolutions et les adaptations mises en oeuvre par la main d’oeuvre migrante face aux transformations imposées par la départementalisation ?

    Soizic Brohan, La femme politique paradoxale . Étude comparative sur la représentation des femmes dans les assemblées politiques en Guadeloupe et en Jamaïque depuis 1944. : Étude comparative sur la représentation des femmes dans les assemblées politiques en Guadeloupe et en Jamaïque depuis 1944, thèse soutenue en 2019 à Bordeaux sous la direction de Christine Chivallon et Catherine Achin présidée par Justin Daniel, membres du jury : Jessica Byron (Rapp.), Marion Paoletti      

    Les sociétés caribéennes de legs plantationnaire sont souvent associées à des sociétés « matrifocales » à tendance matriarcale où les femmes seraient détentrices d’un potentat féminin et les hommes dépossédés de leur autorité « naturelle ». Les femmes sont certes dotées d'une autorité féminine mais la « matrifocalité » ne nie pas des rapports de pouvoir inégaux entre les hommes et les femmes. Le champ politique en constitue un terrain d'expression privilégié. Le décalage paradoxal entre le pouvoir prêté aux femmes et leur position dans le système politique sert de point de départ à ce travail de thèse qui cherche à étudier les relations entre ordre social et représentation politique du point de vue du genre. Il analyse l'évolution de la représentation des femmes dans les assemblées politiques centrales en Guadeloupe (Conseil départemental et Conseil régional) et en Jamaïque (Chambre des représentants et Sénat) depuis 1944 au prisme des renégociations permanentes entre les contraintes structurelles des deux contextes politiques étudiés et les contraintes symboliques intériorisées par leurs acteur.rices.s porteur.se.s d'une histoire sociale particulière, ainsi que les modalités de professionnalisation politique des représentantes recouvrant une hétérogénéité de trajectoires personnelles, professionnelles et politiques. La méthode de recherche adoptée mobilise des sources archivistiques par le recueil de données de type statistique et monographique, donnant lieu à la réalisation d'une base de données sur les femmes siégeant dans les assemblées politiques et d'une typologie de leurs trajectoires, ainsi que la réalisation d’une série d'entretiens semi-directifs biographiques auprès de certaines d’entre elles afin d'approfondir l'analyse de leurs trajectoires. La perspective comparatiste entre la Guadeloupe et la Jamaïque souligne les spécificités de leurs systèmes de représentation politique en dépit de leurs similitudes socioculturelles.

    Clémence Léobal, Osu , baraques  et batiman  : redessiner les frontières de l'urbain à Soolan (Saint-Laurent-du-Maroni, Guyane), thèse soutenue en 2017 à Sorbonne Paris Cité sous la direction de Anne Gotman et Benoît de L'Estoile présidée par Sylvie Tissot, membres du jury : Olivia Maria Gomes da Cunha (Rapp.), Alexis Spire (Rapp.)    

    Cette thèse porte sur la rencontre entre des politiques urbaines françaises et des modes d'habiter de l'Amazonie guyanaise, à Saint-Laurent-du-Maroni, à la frontière avec le Surinam. Cette vie urbaine est menée par des habitants de classes populaires souvent non francophones, confrontés à des normes d'urbanité concrétisées par les démolitions de « bidonvilles » et la construction de logements sociaux. Il s'agit d'analyser les interactions entre les acteurs en jeu dans cette situation postcoloniale impliquant habitants, élus communaux et professionnels de la ville, dans un contexte d'Outre-Mer aux hiérarchies sociales propres, croisant classe, nation, et race. Alliant une perspective historique et ethnographique, ce travail met en lumière les rapports d'habitants originaires de l'amont du Maroni aux administrations et à leurs agents. Ces derniers sont racialisés par le terme 'bakaa', qui renvoie à une blancheur postcoloniale spécifique, associée à l'urbanité, par opposition à une affirmation renouvelée de leur identification en tant que « personnes des pays de la forêt » ('bushikonde sama') - appartenance héritée du passé du marronnage des plantations surinamaises. Mises en lumière par l'ethnographie réalisée à leurs côtés, les démarches quotidiennes des habitants témoignent de leur progressive socialisation institutionnelle, tandis que certains agents des administrations adaptent les politiques publiques et les procédures administratives aux pratiques d'une population racialisée comme « Bushinenguée ». L'analyse passe des logements, catégorie de l'action publique, aux maisons, espaces vécus inscrits dans des configurations de parenté, des mobilités et des modes d'habiter de part et d'autre du Maroni. Les maisons sont appropriées par les habitants de manière dialectique : tout en se conformant aux normes d'urbanité 'bakaa' matérialisées par les logements sociaux, et sanctionnées par les bailleurs, les habitants transforment la ville par leurs modes d'habiter incorporés qui reflètent l'usage stratégique de ressources issues de la maîtrise d'un territoire transfrontalier. Les interactions asymétriques entre habitants et professionnels ont donc des effets sur les modes d'habiter et sur les politiques urbaines. Impliquant plusieurs normes d'urbanité, elles concrétisent leurs différences, constamment réitérées, dans les formes urbaines d'une ville ségréguée. Elles redéfinissent en permanence les frontières des personnes, des maisons, et des lieux.