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Mohamed-Ali Adraoui

Professeur, Science politique.

Université Sorbonne Paris Nord · UFR Droit, Sciences politiques et sociales Institut de droit public, sciences politiques et sociales — IDPS
Université Sorbonne Paris NordUFR Droit, Sciences politiques et socialesInstitut de droit public, sciences politiques et sociales

Actualités scientifiques

Publications scientifiques

  • Thèse

    THESE
    Par-delà le discours : le salafisme en France, socialisation ou rupture d'un groupe social ? : analyse de l'émergence d'un nouveau visage de l'islam en France, soutenue en 2011 à Paris Institut détudes politiques sous la direction de Gilles Kepel et Catherine Wihtol de Wenden 

    Le salafisme fait écho à un fondamentalisme musulman. L’islam se caractérise par une pluralité de courants et celui-ci cherche à réhabiliter la foi et la pratique des premiers croyants, les Salaf Salih (« Pieux Devanciers »). Cette approche est puritaine et cherche à faire revivre le modèle de société qui prévalait au début de cette religion. Cependant, ce courant se divise en plusieurs branches opposées qui se signalent notamment par leur rapport au politique. Certains salafis sont adeptes de la lutte armée pour renverser des régimes honnis pour leur « trahison » envers l’islam. D’autres sont réformistes et participent aux élections dans le cadre d’un activisme politico-religieux. D’autres, enfin, se reconnaissent dans une démarche quiétiste et, en apparence, apolitique. Cette dernière acception donne lieu à une socialisation économiquement engagéé et apolitique. Les adeptes ont l'impression qu'ils forment un "groupe sauvé" et qu'ils vivent en rupture. Toutefois, cette dernière doit d'abord se concevoir comme un langage en ce que le religieux vient redéfinir des liens avec le reste de la société qui préexistaient. L'identité salafie reprend de nombreux codes de la postmodernité tels que l'apolitisme et le consumérisme.

  • Ouvrages

    Mohamed-Ali Adraoui, Brahim Afrit, Adam Baczko, Bayram Balci, Radicalités religieuses: au cœur d'une mutation mondiale, Albin Michel, 2025, 342 p. 

    Installation par le président Trump d'un « bureau de la foi » à la Maison-Blanche, désignation par des rabbins de l'armée israélienne de la guerre à Gaza comme « sainte » alors qu'en écho le Hamas exalte sa lutte au nom de l'islam, bain rituel du Premier ministre indien lors d'un immense pèlerinage, invocation de l'identité chrétienne de l'Europe par des leaders populistes : autant de faits récents qui attestent que le religieux fait un retour en force sur la scène internationale et qu'il est, plus que jamais, mêlé au politique. Le constat est là, mais nous avons du mal à comprendre les ressorts de cette effervescence du religieux, tant notre culture laïque a évacué cette problématique. Alain Dieckhoff, chercheur au CNRS, ancien directeur du Centre de recherches internationales (CERI/Sciences Po), a réuni les meilleurs spécialistes pour dresser un panorama des radicalités religieuses contemporaines et nous aider à mieux saisir les rapports entre État, ethnicité, nationalisme, violence et religion. Un guide d'une actualité brûlante, un outil indispensable pour comprendre où va notre monde lancé à toute vitesse dans l'Histoire.

    Mohamed-Ali Adraoui, Dossier préparé en vue de l'obtention de l'habilitation à diriger des recherches en science politique, 2023, 71 p. 

    Mohamed-Ali Adraoui, Understanding Salafism, Springer International Publishing, 2022, 109 p.  

    Mohamed-Ali Adraoui, Khadiyatoulah Fall, Mouloud Haddad, Myriam Benraad, Mouhamed Abdallah Ly [et alii], Djihadisme, radicalisation et islamophobie en débats, PUL et Presses de l'Université Laval, 2021, InterCultures, 226 p. 

    Mohamed-Ali Adraoui, Comprendre le salafisme, l'Harmattan, 2020, Comprendre le Moyen-Orient, 58 p.  

    Mohamed-Ali Adraoui, Salafism Goes Global: From the Gulf to the French Banlieues, Oxford University Press, 2020, Religion and Global Politics Series, 248 p. 

    Mohamed-Ali Adraoui (dir.), The foreign policy of islamist political parties: ideology in practice, Edinburgh University Press, 2018, 200 p. 

    Mohamed-Ali Adraoui, Du Golfe aux banlieues: le salafisme mondialisé, Presses universitaires de France, 2017, Proche Orient, 233 p.  

    Mohamed-Ali Adraoui (dir.), Les islamistes et le monde: islam politique et relations internationales, l'Harmattan, 2015, Comprendre le Moyen-Orient, 218 p.  

    Mohamed-Ali Adraoui, Du golfe aux banlieues ?, 1e éd., Pouvoirs, 2014, 152, 121133 p.  

    Peut-on constater un intérêt particulier de l’Arabie saoudite ou du Qatar à l’égard des Français musulmans ? Que peut-on dire de l’usage de l’islam dans un éventuel sentiment de proximité entre ces pays et certains citoyens français de confession musulmane ? La visibilité de certains courants tels que le salafisme a, ces dernières années, mis en lumière des liens non plus seulement interétatiques mais intersociaux entre une partie des Français musulmans et certains pays du Golfe. Une analyse détaillée de ce phénomène amène néanmoins à considérer la complexité de ces évolutions.

    Mohamed-Ali Adraoui, Leyla Arslan, L'Islam en France pour les nuls, First interactive, 2013, Pour les nuls, 166 p. 

  • Chapitres d'ouvrage

    Mohamed-Ali Adraoui, « Salafisme et radicalisation djihadiste », in Juliette Galonnier, Stéphane Lacroix, Nadia Marzouki (dir.), Politiques de lutte contre la radicalisation :, Presses de Sciences Po, 2022, pp. 39-40  

    Mohamed-Ali Adraoui, « Western Salafism: Socialization, Politicization and Globalization », in Roberto Tottoli (ed.) (dir.), Routledge Handbook of Islam in the West :, Routledge, 2022 

  • Articles

    Mohamed-Ali Adraoui, « Le califat des réformistes », Revue Esprit, Editions Esprit, 2021, n°480 

  • Communications

    Mohamed-Ali Adraoui, « Invisible Actors in the Making of International Law », le 27 novembre 2025 

    Colloque organisée par le Centre d’histoire de Sciences Po sous la direction scientifique de Daniela Luigia Caglioti, Univ. Federico II Napoli - Jean d’Aspremont, Sciences Po, Ecole de Droit/Manchester - Renaud Morieux, Cambridge - Horatia Muir Watt, Sciences Po, École de Droit - Paul-André Rosental, Sciences Po, CHSP - David Todd, Sciences Po, CHSP / CHEP et Dina Waked, Sciences Po, École de Droit, École de la recherche

  • Multimédia

    Mohamed-Ali Adraoui, Mohamed-Ali Adraoui, Mohammed Hocine Benkheira, EHESS, (2024, 27 juin), Halal, in Abécédaire de l'islam, [Vidéo], Canal-U, https://doi.org/10.60527/p6ts-jj59, (Consultée le 26 octobre 2025).  

    Mohamed-Ali Adraoui, Mohamed-Ali Adraoui, FMSH, (2016, 31 mai), Mohamed Ali Adraoui, in Les ressources idéologiques, intellectuelles et financières du djihadisme, [Vidéo], Canal-U, https://doi.org/10.60527/q4r1-wy72, (Consultée le 26 octobre 2025).  

    Mohamed-Ali Adraoui, Mohamed-Ali Adraoui, Hosham Dawod, Bernard Rougier, FMSH, (2016, 1 décembre), Salafisme : réalités et métamorphoses, réceptions et usages, in Séminaire Plateforme, [Vidéo], Canal-U, https://doi.org/10.60527/fffb-bj67, (Consultée le 26 octobre 2025).  

    Mohamed-Ali Adraoui, Mohamed-Ali Adraoui, FMSH, (2017, 19 janvier), 3/ Entre salafisme, sectarisme et violence, les nouveaux visages de la radicalité - Mohamed-Ali Adraoui, in Lancement du Panel, [Vidéo], Canal-U, https://doi.org/10.60527/1xmm-hg10, (Consultée le 26 octobre 2025).  

Encadrement doctoral

  • Thèses dirigées

    Marija Pavicevic, Les enjeux des migrations internationales aux frontières de l’Union européenne : le cas de la Serbie, soutenue en 2024 à Paris 13 présidée par Antoine Pécoud, membres du jury : Elena Ambrosetti (Rapp.), Serge Weber (Rapp.), Catherine Wihtol de Wenden   

    Cette thèse aborde la question de l’influence de l’UE, mais aussi d’autres acteurs internationaux, en particulier le HCR et l’OIM, sur la construction de la politique migratoire et d’asile serbe. Ces acteurs participent au processus d’harmonisation de la législation serbe aux acquis européens dans les domaines de gestion des migrations, des frontières et de l’asile. En présentant l’étude approfondie du cas de la Serbie, nous analysons les dynamiques d’européanisation, de sécurisation et d’externalisation liées au contexte migratoire entre 2015 et 2018. La position géopolitique de la Serbie, au cœur des routes migratoires entre l’Ouest et l’Est, détermine les dynamiques du processus d’européanisation de la politique migratoire et d’asile serbe. En analysant le processus de transfert des normes européennes 1 vers la Serbie, nous avons pu évaluer les degrés d’adoption des normes n’impliquant pas nécessairement leur adaptation 2 dans la législation nationale et le cadre institutionnel et administratif. Si la politique migratoire et d’asile serbe d’avant 2014 reflète le phénomène d’ « adaptation superficielle » ou« shallow europeanisation »3, depuis l’ouverture des négociations d’adhésion de la Serbie à l’UE en 2014 et la « crise migratoire » de 2015, nous observons« deeper europeanisation »4 ou une adaptation plus profonde aux normes et valeurs sécuritaires de la politique migratoire et d’asile de l’UE. Les processus d’européanisation, de sécurisation et d’externalisation des migrations, des frontières et de l’asile se rejoignent pour proposer l’analyse des relations entre la Serbie, le pays candidat, et l’UE, dominées par la diplomatie migratoire. 5 Nous proposons une lecture sur le positionnement de la Serbie dans le système migratoire en tant que pays, émetteur, receveur et de transit, essayant de tirer des bénéfices politiques 6 et économiques et consolidant ainsi son statut de« buffer zone » 7 ou zone tampon, « protégeant » les frontières extérieures de l’UE .Mots clés: européanisation, sécurisation, externalisation, diplomatie migratoire,transfert de normes, zone tampon, Serbie, UE.

  • Rapporteur

    Yassine Slama, Le djihâd dans la pensée des Frères musulmans (1928-2018) : évolution doctrinale et polymorphie des pratiques, soutenue en 2026 à Université Paris sciences et lettres sous la direction de Pierre-Jean Luizard présidée par Henry Laurens, membres du jury : Alix Philippon (Rapp.), Haoues Seniguer et Laurent Bonnefoy  

    Cette thèse propose une analyse de l'évolution doctrinale et de la polymorphie des pratiques du djihâd dans la pensée des Frères musulmans entre 1928 et 2018, à travers une approche chronico-thématique qui met en lumière les continuités et les ruptures idéologiques sur près d'un siècle d'histoire doctrinale du mouvement. Fondée en 1928 par Hassan al-Bannâ, la confrérie s'inscrit dans le contexte de la domination coloniale et de la modernité occidentale, en réhabilitant le djihâd défensif comme outil de réforme et de protection de la communauté musulmane. La première période est ainsi marquée par une tentative de concilier tradition islamique et projet politique global. La répression des années 1950-1960 provoque une rupture doctrinale incarnée par Sayyid Qutb, dont l'idéologie de rupture, forgée dans l'expérience carcérale, introduit une vision duale du monde partagé entre al-jâhiliyya et al-hâkimiyya. Insistant davantage sur l'élaboration d'une théorie politico-religieuse que sur sa traduction pratique, Qutb propose une grille idéologique de rupture totale avec les régimes jugés impies, qui marquera durablement le champ islamiste. Dans une phase ultérieure, l'internationalisation du djihâd, théorisée et mise en pratique par ‘Abdallah ‘Azzâm en Afghanistan, prolonge certains aspects de la pensée qutbiste, mais en les déplaçant de l'ennemi intérieur vers l'ennemi extérieur, sur une terre musulmane envahie. Ce djihâd transnational fut largement favorisé par un contexte exogène — en particulier la guerre d'Afghanistan et les soutiens internationaux qui en ont permis la diffusion. Une quatrième phase est dominée par la figure de Yûssuf al-Qaradâwî, qui renoue avec la tradition banniste en reformulant l'idéologie des Frères musulmans dans une perspective savante et réformiste, et en limitant le recours à la violence armée au cadre strictement défensif. Parallèlement, des déclinaisons locales comme le Hamas illustrent la mise en pratique de cette idéologie face à l'occupation, révélant la diversité des contextes d'application et la polymorphie des pratiques militantes. Enfin, à l'ère des soulèvements arabes (2010-2018), la confrérie se trouve confrontée à l'épreuve du pouvoir et à la remise en question de sa légitimité, révélant une reconfiguration de l'idéologie des Frères musulmans, tiraillée entre hybridations idéologiques, pragmatismes politiques et recours circonstancié au djihâd défensif. L'ensemble de ces trajectoires témoigne de la plasticité doctrinale du mouvement, capable de s'adapter à des contextes variés - de l'Égypte coloniale au Maghreb postcolonial, de l'Afghanistan en guerre à l'Occident en quête d'intégration - tout en conservant un socle idéologique commun. Par l'exploitation de sources primaires arabes, la mobilisation de sources inédites et la réalisation d'enquêtes de terrain, ainsi qu'une démarche interdisciplinaire croisant histoire, sociologie, science politique et théologie, cette recherche démontre que le djihâd tel qu'il est conçu dans l'idéologie des Frères musulmans ne peut être réduit à une essence immuable : il constitue une tradition en mouvement, façonnée par les contextes politiques et sociaux. Elle révèle l'existence d'une doctrine dominante officielle, définissant le djihâd armé principalement comme un djihâd défensif, tel que l'avait réhabilité Hassan al-Bannâ, mais traversée de débats, de dissidences et de pratiques multiples, où le rôle du leadership charismatique et des conjonctures géopolitiques apparaît déterminant. Ces matériaux originaux confirment et renforcent notre thèse, qui apporte une contribution inédite à l'étude de l'islamisme contemporain, en montrant que le djihâd doit être compris non comme une donnée fixe mais comme un champ de significations et de pratiques polymorphes en constante recomposition.

  • Membre du jury

    Yassine Slama, Le djihâd dans la pensée des Frères musulmans (1928-2018) : évolution doctrinale et polymorphie des pratiques, soutenue en 2026 à Université Paris sciences et lettres sous la direction de Pierre-Jean Luizard présidée par Henry Laurens, membres du jury : Alix Philippon (Rapp.), Haoues Seniguer et Laurent Bonnefoy  

    Cette thèse propose une analyse de l'évolution doctrinale et de la polymorphie des pratiques du djihâd dans la pensée des Frères musulmans entre 1928 et 2018, à travers une approche chronico-thématique qui met en lumière les continuités et les ruptures idéologiques sur près d'un siècle d'histoire doctrinale du mouvement. Fondée en 1928 par Hassan al-Bannâ, la confrérie s'inscrit dans le contexte de la domination coloniale et de la modernité occidentale, en réhabilitant le djihâd défensif comme outil de réforme et de protection de la communauté musulmane. La première période est ainsi marquée par une tentative de concilier tradition islamique et projet politique global. La répression des années 1950-1960 provoque une rupture doctrinale incarnée par Sayyid Qutb, dont l'idéologie de rupture, forgée dans l'expérience carcérale, introduit une vision duale du monde partagé entre al-jâhiliyya et al-hâkimiyya. Insistant davantage sur l'élaboration d'une théorie politico-religieuse que sur sa traduction pratique, Qutb propose une grille idéologique de rupture totale avec les régimes jugés impies, qui marquera durablement le champ islamiste. Dans une phase ultérieure, l'internationalisation du djihâd, théorisée et mise en pratique par ‘Abdallah ‘Azzâm en Afghanistan, prolonge certains aspects de la pensée qutbiste, mais en les déplaçant de l'ennemi intérieur vers l'ennemi extérieur, sur une terre musulmane envahie. Ce djihâd transnational fut largement favorisé par un contexte exogène — en particulier la guerre d'Afghanistan et les soutiens internationaux qui en ont permis la diffusion. Une quatrième phase est dominée par la figure de Yûssuf al-Qaradâwî, qui renoue avec la tradition banniste en reformulant l'idéologie des Frères musulmans dans une perspective savante et réformiste, et en limitant le recours à la violence armée au cadre strictement défensif. Parallèlement, des déclinaisons locales comme le Hamas illustrent la mise en pratique de cette idéologie face à l'occupation, révélant la diversité des contextes d'application et la polymorphie des pratiques militantes. Enfin, à l'ère des soulèvements arabes (2010-2018), la confrérie se trouve confrontée à l'épreuve du pouvoir et à la remise en question de sa légitimité, révélant une reconfiguration de l'idéologie des Frères musulmans, tiraillée entre hybridations idéologiques, pragmatismes politiques et recours circonstancié au djihâd défensif. L'ensemble de ces trajectoires témoigne de la plasticité doctrinale du mouvement, capable de s'adapter à des contextes variés - de l'Égypte coloniale au Maghreb postcolonial, de l'Afghanistan en guerre à l'Occident en quête d'intégration - tout en conservant un socle idéologique commun. Par l'exploitation de sources primaires arabes, la mobilisation de sources inédites et la réalisation d'enquêtes de terrain, ainsi qu'une démarche interdisciplinaire croisant histoire, sociologie, science politique et théologie, cette recherche démontre que le djihâd tel qu'il est conçu dans l'idéologie des Frères musulmans ne peut être réduit à une essence immuable : il constitue une tradition en mouvement, façonnée par les contextes politiques et sociaux. Elle révèle l'existence d'une doctrine dominante officielle, définissant le djihâd armé principalement comme un djihâd défensif, tel que l'avait réhabilité Hassan al-Bannâ, mais traversée de débats, de dissidences et de pratiques multiples, où le rôle du leadership charismatique et des conjonctures géopolitiques apparaît déterminant. Ces matériaux originaux confirment et renforcent notre thèse, qui apporte une contribution inédite à l'étude de l'islamisme contemporain, en montrant que le djihâd doit être compris non comme une donnée fixe mais comme un champ de significations et de pratiques polymorphes en constante recomposition.

    Chloé Lala-Guyard, Émotion, engagement, violence : saisir les dimensions subjectives des trajectoires de radicalisation jihadiste, soutenue en 2025 à université ParisSaclay sous la direction de Xavier Crettiez présidée par Corinne Torrekens, membres du jury : Christophe Traïni (Rapp.), Gilbert McLaughlin (Rapp.), Nathalie Duclos  

    L'objectif de cette thèse est d'interroger la place des dimensions émotionnelles dans les trajectoires de radicalisation jihadiste. Si la part subjective de l'activisme à haut risque est restée une variable négligée dans la sociologie du militantisme violent, a fortiori jihadiste, elle a récemment fait l'objet d'une importante reconsidération à l'origine d'une littérature prolixe en la matière. Néanmoins, si des recherches plus récentes se sont ressaisies du « matériau émotion », elles sont parfois tombées dans l'écueil de schématisations réductrices, faisant de l'émotion une des principales causes de l'engagement violent.Ce travail de recherche s'inscrit donc dans le sillage de « ce tournant émotionnel » de l'étude de la fabrique de la radicalité en tentant plutôt de comprendre les mécanismes d'interaction de l'émotion avec d'autres facteurs, impliqués, dans un processus de radicalisation en croisant le temps biographique et le temps de l'engagement jihadiste. L'intérêt de cette recherche consiste donc plutôt à éclairer l'influence des émotions à travers les expériences vécues des auteurs d'infraction terroriste dans la « composition dynamique » d'une volonté d'entrer en radicalité. Dans quelle mesure l'épaisseur émotionnelle et biographique des individus qui s'engagent participe-t-elle à la fabrique de la radicalité ? Comment se construit l'opération de mise en sens de ce vécu pour qu'il cadre avec la décision de s'engager dans une action violente ? Quels sont les « bénéfices émotionnels » que procure l'engagement à son auteur ?À travers la mise en place d'une campagne d'entretiens avec des personnes condamnées pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » (AMT), à référence jihadiste, réalisée sur 18 mois en milieu fermé (centres pénitentiaires) et en milieu ouvert (dispositif PAIRS) ainsi que le suivi des interrogatoires d'audience des accusés du procès des attentats du 13 novembre 2015 (v13), l'ambition de cette thèse est de retracer la trajectoire subjective de leur itinéraire radical.