L'objectif de cette recherche est d'analyser les formes d'encadrement de la jeunesse algérienne à travers le prisme du sport et des loisirs en 1930 et 1962. Je cherche à comprendre comme des dispositifs de contrôle sociopolitiques, apparemment périphériques et marginaux, s'intègrent à la fabrique de la loyauté en situation coloniale. Les sports et les loisirs sont des observatoires privilégiés des relations de pouvoir : au-delà d'être de simples loisirs, ils sont des espaces de discipline, de formation et de contrôle, investis à la fois par les colonisateurs et les colonisés. Cette étude permet d'interroger la façon dont la loyauté des jeunes à l'égard des institutions se construit, se négocie et se transforme. Mon approche prend appui sur un questionnement politiste : qu'est-ce que la loyauté en contexte colonial ? Comment se fabrique-t-elle ? C'est à partir des travaux d'Albert Hirschman sur la notion de loyalty que repose ma réflexion. Déplaçant cette notion et l'adaptant au contexte colonial, une asymétrie des positions est observée. Dans cette perspective, cette loyauté n'est pas un état unique et définitif, mais un processus traversé par de multiples nuances et interprétations. Alors, elle peut évoluer, se renforcer, se déliter ou encore masquer des formes de résistance, quand l'adhésion est feinte pour contourner les moyens de contrôle. L'un des principaux enjeux de ma recherche est la distinction entre loyauté effective et loyauté simulée, et de comprendre les effets que chacune produit sur l'ordre colonial : son affirmation, sa stabilisation ou sa mise en péril. S'intéresser à la jeunesse est l'occasion de saisir une catégorie centrale et pourtant instable du projet colonial. Les autorités perçoivent dans les jeunes une population à former, à surveiller. Mais, la jeunesse est loin d'être un groupe homogène. Effectivement, elle est traversée par des différences d'âge, de classe, de genre, de religion, d'origine géographique, et surtout de statut juridique entre citoyens et sujets coloniaux. Les politiques de jeunesse s'inscrivent dans ces différences. Mon approche socio-historique du politique me permet d'étudier les dispositifs d'encadrement que sont les associations sportives, les patronages, les mouvements scouts et les initiatives de l'Armée, ainsi que les idéologies qui les soutiennent. Le sport cristallise alors un double enjeu : d'un côté, discipliner les corps colonisés et inculquer des valeurs de civisme et de loyauté, et de l'autre, constituer un espace de fierté, de réappropriation et parfois de contestation pour les colonisés. Il ne s'agit pas de penser la colonisation comme une domination unilatérale, mais comme une relation politique. En reprenant la proposition de Stoler et de Cooper d'envisager la colonisation comme une relation réciproque, la loyauté apparaît comme un espace d'interactions où se manifestent stratégies de pouvoir et mécanismes d'adaptation. La loyauté fabriquée peut consolider l'ordre colonial, mais aussi être détournée, réinterprétée, et retournée contre lui. Une ambivalence est au cur de la loyauté : elle peut autant être un instrument de légitimation et un lieu de négociation. En somme, ma recherche a pour objectif d'éclairer les contradictions de l'ordre colonial qui agit pour créer une adhésion des colonisés. Ce sera l'occasion de mettre en valeur la complexité et la pluralité des formes de loyauté en contexte colonial toujours dans des rapports de pouvoir asymétriques et fluctuants. Faire de la jeunesse algérienne un enjeu majeur de la politique coloniale française offre une lecture et analyse des dispositifs de contrôle, des pratiques sociales dans le but de mieux saisir les dynamiques de légitimation, de contestation et d'adaptation propres à la situation coloniale.