Pour des raisons différentes, mais le plus souvent liées à l’élection présidentielle d’avril-mai 2017, les partis politiques traditionnels semblent bien en peine. Les observateurs voient un Parti communiste en mort clinique depuis longtemps, un Parti socialiste à l’agonie, Les Républicains bien malades, le Front national sous perfusion et Debout La France mis à mal après une « tentative de suicide » entre les deux tours de la présidentielle.Les primaires – de droite d’abord, puis de gauche – ont parfois vidé de leur substance les partis qui, selon l’article 4 de la Constitution de 1958 doivent pourtant concourir « à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leurs activités librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie ».L’arrivée à l’Elysée d’Emmanuel Macron a encore plus perturbé le système partisan. Pour la première fois depuis longtemps, un candidat non investi par un parti de gouvernement s’est imposé dans une élection présidentielle. Pire, ceux qui ont alterné au pouvoir au fil des décennies précédentes, PS et LR, ne sont pas parvenus à se qualifier pour le second tour, laissant l’affrontement final se jouer entre la candidate d’extrême droite et le vainqueur qui revendiquait son absence d’implantation à droite ou à gauche.Au traditionnel faible nombre d’adhérents des partis français s’ajoute depuis la défaite aux législatives de juin 2017, un évident manque budgétaire, les suffrages (première fraction du financement public des partis politique) et les parlementaires (seconde fraction) conditionnant l’apport financier de l’État.La volonté de dépassement du clivage droite/gauche a enfin contribué à faire exploser les repères et les organisations. Les ralliements à la nouvelle majorité présidentielle, venus de l’UDI, du PS ou de LR, ont perturbé les mouvements. On peut presque s’interroger sur la pertinence actuelle du vieux clivage droite/gauche mis à mal par les scrutins d’avril, mai et juin 2017.Avec cette évolution partisane, ne revient-on pas aux fondements même de la Cinquième République ? En 1958, le général de Gaulle avait fondé l’espoir que les institutions nouvelles allaient entraîner la quasi-disparition des partis politiques omniprésents sous la le régime précédent. La réforme constitutionnelle de 1962 allait dans ce sens, l’élection présidentielle au suffrage universel direct devait provoquer la rencontre entre un homme et le peuple sans que des corps intermédiaires n’interviennent outre mesure. Mais très vite, les partis se sont transformés en « écurie présidentielle » et se sont rendus indispensables. Sans les partis, un candidat n’avait que peu de chances de s’imposer dans une compétition présidentielle. Les exemples de Raymond Barre en 1988 ou d’Edouard Balladur en 1995 étaient flagrants. En 2017, un constat inverse s’impose.On peut désormais se poser la question de la place des partis, voire de leur survie, dans la vie politique.