Nicolas Bina, Diriger une administration centrale. Prosopographie de l’encadrement dirigeant de l’État en France (1990-2025), thèse soutenue en 2025 à Bordeaux sous la direction de Cécile Vigour présidée par Jean-Michel Eymeri-Douzans, membres du jury : Delphine Dulong (Rapp.), François-Xavier Dudouet (Rapp.), Camille Bedock et Sarah Kolopp
A la charnière des ministres, des cabinets et des administrations qu'ils et elles dirigent, les directeurs et directrices d'administrations centrales occupent des fonctions méconnues de l’encadrement de l'Etat en France. A la croisée des travaux sur les institutions et l’Etat, sur les élites et sur le genre, cette recherche éclaire la fonction, la socialisation, les parcours et les pratiques de ces personnes nommées en Conseil des ministres. En prenant l'acte de nomination dans ces fonctions comme point de départ d'une étude longitudinale des carrières, cette thèse analyse les trajectoires et les caractéristiques socioprofessionnelles de toutes les personnes nommées à ces postes entre le 1er janvier 1990 et le 1er janvier 2025, sur l’ensemble des ministères (n = 1 446). Basée sur un dispositif d'enquête par méthodes mixtes, la thèse repose notamment sur l’analyse d'une base de données inédite et d’une vingtaine d’entretiens semi directifs avec des directeurs et directrices (anciennement) en poste. Construite selon la progression d'une carrière (origines géographiques, parcours d’études et de carrières, pratiques professionnelles et marges), cette recherche constitue la prosopographie complète d’un groupe social au sommet de l’Etat et présente les ressorts des socialisations communes de ses membres. L’accès à ces fonctions relèvent d’une articulation de capitaux nombreux et divers, accumulés au cours des trajectoires individuelles. « Fils de la République » ou issus de la noblesse d’Etat, les individus concernés ont des origines plus diverses que ne le laissent penser les travaux sur les sommets de la fonction publique. Alors que l’examen des parcours d’études fait apparaître trois catégories (généralistes, spécialistes et techniques), l’analyse longitudinale des carrières met en évidence huit types de trajectoires qui portent l’empreinte des pôles ministériels. Les cabinets ministériels, comme lieu d’exercice professionnel et comme environnement d’interactions quotidiennes, ne constituent pas une condition sine qua non de nomination à ces postes. Cette recherche montre également les pratiques quotidiennes de travail, dont le cœur ne diverge pas significativement selon les ministères, et la féminisation contrariée de ces environnements, qui continuent de reproduire des inégalités de carrière, malgré la présence (récente et) plus nombreuse de directrices. L’étude des marges de ces fonctions offre un regard nouveau sur des aspects méconnus d’environnements administratifs perçus par la puissance de leurs attributs et dessine les contours d’une élite dominée. Les directeurs et directrices d’administrations centrales apparaissent finalement comme un espace social particulier au cœur et aux contours de l’Etat, structuré selon des logiques à la fois généralistes et spécialistes, organisées autour des corps et des fonctions, selon six sous-groupes sociaux. En étudiant pour la première fois une fonction unique dans toutes ses composantes, par le haut et par les pratiques, cette recherche montre les apports des méthodes prosopographiques employées et dresse des perspectives de recherches fécondes pour appréhender d’autres groupes professionnels et institutions.
Anne-Laure Riotte, L’action culturelle européenne, unis dans les diversités, thèse soutenue en 2024 à Université ParisPanthéonAssas sous la direction de Yves Surel, membres du jury : Laurie Boussaguet (Rapp.), Mark Thatcher (Rapp.), Cyril Benoît, Thomas Helie et Hélène Michel
Cette thèse a pour objet de retracer la trajectoire de l’action culturelle européenne de sa mise à l’agenda dans les années 1970 à la formulation de son dernier programme de financement Europe Créative en 2021. Elle étudie la manière dont celle-ci a évolué suivant les différents paradigmes qui lui sont attachés - exception culturelle, diversité, créativité - et leur impact sur la formulation des programmes culturels de l’Union européenne. De plus, cette recherche donne à voir comment cette évolution s’inscrit dans un processus au long cours de métamorphose de l’action publique en Europe.À ce titre, ce travail propose de s’appuyer sur la méthode du process tracing pour expliciter les mécanismes causaux permettant à l’action culturelle de s’institutionnaliser à cette échelle. La sédimentation de programmes et les changements de paradigmes nous invitent à développer un cadre d’analyse s’appuyant sur la littérature néo-institutionnaliste et sur une approche cognitive et sociologique de l’action publique européenne. À partir d’une démarche méthodologique qualitative, cette recherche révèle les dynamiques internes et externes de l’action culturelle européenne qui alimentent son processus d’institutionnalisation. Elle démontre la pertinence de saisir les différentes formes de justification d’une telle action publique, cette dernière évoluant dans un environnement complexe et multi-niveaux, composé à la fois d’acteurs nationaux et européens, professionnels, bureaucratiques et politiques. Cette thèse démontre de fait que l’action culturelle européenne met en tension une logique classique d’intégration avec les différenciations continues des programmes et modes d’actions.
Thoma Lamb, Linky, un compteur pour les gouverner tous : Introduction controversée d'un instrument de la transition énergétique, thèse soutenue en 2020 à Paris 2 sous la direction de Yves Surel, membres du jury : Brigitte Gaïti (Rapp.), Patrick Hassenteufel (Rapp.), Henri Bergeron et Aurélien Evrard
Cette thèse s'intéresse à l'ensemble des effets politiques et sociaux produits par l'introduction des compteurs communicants Linky en France. Dans la mesure où les données de consommations enregistrées par ce compteur sont supposées alimenter l’évolution du secteur énergétique vers un futur plus durable, cette recherche aborde plus largement deux grandes dynamiques de changement qui touchent l'action publique : la révolution numérique et la transition énergétique. Partant des théories de l’instrumentation de l’action publique, ce travail propose de considérer Linky comme un nouvel instrument de régulation du sous-système électrique dont les étapes successives de conception impliquent une pluralité d’acteurs, d’institutions et de représentations concurrentes. Marquée tout à la fois par l’histoire du réseau électrique français, l’évolution des méthodes de métrologie et l’européanisation des politiques énergétiques, l’instrumentation du compteur Linky est ainsi envisagée comme un processus itératif changeant au gré des mobilisations de plusieurs coalitions d’acteurs portant chacune leur projection idéalisée du dispositif. Ces projections imprégnées de savoir et d’expertises contradictoires sont notamment déterminées par les enjeux que chaque acteur considère comme prioritaires pour l’avenir du secteur de l’énergie. Elles varient aussi en fonction des différentes controverses techniques et politiques entourant Linky. L’étude de la mise en œuvre du compteur démontre à ce titre les effets concrets de la reception d’un instrument de politique publique par ses destinataires en suivant l’évolution de sa trajectoire depuis le statut d’objet technique jusqu’à celui de risque politique.
Agathe Piquet, Europol, une police européenne ? Création et autonomisation d’une agence, thèse soutenue en 2019 à Paris 2 sous la direction de Yves Surel, membres du jury : Jacques de Maillard (Rapp.), Sabine Saurugger (Rapp.), Didier Georgakakis et Andy Smith
Dans le contexte actuel de forte visibilité des enjeux de sécurité intérieure et de critiques sur la construction européenne, cette thèse s’intéresse à la trajectoire institutionnelle d’Europol des années 1990 à 2018. Elle étudie la manière dont celui-ci a évolué d’une organisation intergouvernementale, débutant formellement ses activités en 1999, en une agence de l’UE aux ressources et prérogatives croissantes. À ce titre, ce travail propose de développer un cadre d’analyse alternatif au modèle principal-agent, dominant les travaux sur les agences, en s’appuyant sur la littérature relative à l’autonomie, renouvelée par une approche cognitive et sociologique. À partir d’une démarche méthodologique qualitative, cette recherche met en lumière la pluralité des acteurs et dynamiques internes et externes à l’agence alimentant son processus de création et d’autonomisation. Elle démontre la pertinence de saisir les différentes facettes de l’autonomie d’Europol, plongé dans un environnement complexe et multi-niveaux, composé à la fois d’acteurs nationaux et européens, techniques, bureaucratiques et politiques. Ce travail considère dès lors non seulement le degré d’autonomie de cette agence, mais identifie également les acteurs par rapport auxquels cette autonomie peut être pensée. Ainsi, cette étude entend plus largement proposer de nouvelles perspectives de recherche sur les agences de l’UE opérant dans un domaine régalien.
Luiza Duarte Cardoso, L’émergence d’une politique mémorielle au Brésil , thèse soutenue en 2018 à Sorbonne Paris Cité sous la direction de Yves Surel et Olivier Compagnon
Cette thèse porte sur la genèse de la Politique Nationale des Musées au Brésil dans les années 2000. L’expérience consolide des espaces de mémoire en tant qu’objets d’une politique publique dans le pays et impact le développement de démarches similaires en Amérique du Sud, marquées par les idées de la muséologie sociale. Cette recherche analyse, à la lumière de l’approche cognitive, les variables permettant d’expliquer l’émergence de cette politique muséale, qui configure l’ensemble des actions étatiques envers les musées et leurs collections. Elle s’appuie sur des données issues d'entretiens auprès des décideurs politiques et membres de la communauté muséale, de l'analyse de sources primaires et secondaires sur l’activité des institutions de gestion muséale nationales, des discours, lois et plans stratégiques. Cette étude démontre que l’effort vers le développement des solutions locales pour la gouvernance mémorielle sous l’influence du mouvement de la « nouvelle muséologie », dans le cadre de la montée d’une démarche de reconnaissance de la diversité culturelle, trouve sa place dans l’agenda, lors de l’alternance politique qui permet l’arrivée au sommet de l'État du premier gouvernement de gauche dans le pays. La politique muséale apporte une re-signification symbolique majeure des discours et pratiques mémorielles au Brésil et fonctionne comme un élément de légitimation du nouveau gouvernement, élu grâce à un programme ciblé sur la démocratisation de la structure publique au nom de la « justice sociale ».
Luiza Duarte Cardoso, L'émergence d'une politique mémorielle au Brésil: la Politique Nationale des Musées (2003-2010), thèse soutenue en 2018 sous la direction de Yves Surel et Olivier Compagnon présidée par Frédéric Louault, membres du jury : Regina Abreu
Cette thèse porte sur la genèse de la Politique Nationale des Musées au Brésil dans les années 2000. L’expérience consolide des espaces de mémoire en tant qu’objets d’une politique publique dans le pays et impact le développement de démarches similaires en Amérique du Sud, marquées par les idées de la muséologie sociale. Cette recherche analyse, à la lumière de l’approche cognitive, les variables permettant d’expliquer l’émergence de cette politique muséale, qui configure l’ensemble des actions étatiques envers les musées et leurs collections. Elle s’appuie sur des données issues d'entretiens auprès des décideurs politiques et membres de la communauté muséale, de l'analyse de sources primaires et secondaires sur l’activité des institutions de gestion muséale nationales, des discours, lois et plans stratégiques. Cette étude démontre que l’effort vers le développement des solutions locales pour la gouvernance mémorielle sous l’influence du mouvement de la « nouvelle muséologie », dans le cadre de la montée d’une démarche de reconnaissance de la diversité culturelle, trouve sa place dans l’agenda, lors de l’alternance politique qui permet l’arrivée au sommet de l'État du premier gouvernement de gauche dans le pays. La politique muséale apporte une re-signification symbolique majeure des discours et pratiques mémorielles au Brésil et fonctionne comme un élément de légitimation du nouveau gouvernement, élu grâce à un programme ciblé sur la démocratisation de la structure publique au nom de la « justice sociale ».
Miyuki Tsuchiya, Gouverner l'énergie : la dynamique de changement des politiques publiques de l'électricité d'origine nucléaire et renouvelable. Une comparaison entre la France et le Japon., thèse soutenue en 2016 à Paris 2 sous la direction de Yves Surel, membres du jury : Mark Thatcher (Rapp.), Tōru Yoshida (Rapp.), François Bafoil et Aurélien Evrard
Une crise de grande ampleur laisse supposer d’importants changements en politiques publiques.Toutefois, les multiples accidents nucléaires ont souligné l’effet d’inertie du système de l’électricité en France comme au Japon et du maintien des acteurs dominants au sein de ce système. Le particulier focusing event que constitue Fukushima apparaît toutefois comme un vecteur important de changement dans un système fortement soumis à la dépendance au sentier et à un bouleversement des rapports de force,dépassant par là même les enjeux énergétiques. Au delà des questions de gouvernance de l’énergie, ce travail vise en outre à souligner les importantes transformations qui touchent le marché de l’électricité sous les effets d’une libéralisation toujours plus poussée. Dès lors cette analyse s’attache à fois à l’étude de la gouvernance de la politique de l’énergie mais également aux conséquences d’une ouverture plus progressive du marché sur les acteurs concernés dans une perspective principalement nationale mais aussi européenne.
Anne-Lucie Jarrier, Construire les routes du développement en Amazonie : étude des conflits sur l'aménagement du territoire régional au prisme des instruments, thèse soutenue en 2014 à Paris 2 sous la direction de Yves Surel, membres du jury : Patrick Le Galès (Rapp.), David Garibay (Rapp.), Olivier Dabène
Avec le lancement de l'initiative pour l'intégration de l'infrastructure régionale sud-américaine (IIRSA), la construction d'un couloir de circulation ≪ bi-océanique ≫ cherche à relier l'Atlantique et le Pacifique par le fleuve Amazone. Ce projet, sous-tendu par un diagnostic économique selon lequel la situation de ≪ sous-développement ≫ est due a l'existence d'un≪ déficit ≫ en matière d'infrastructures, entend pallier ce manque en proposant un programme d'équipement du territoire unifié a l'échelle de l'Amérique du Sud. La pleine réalisation de ce programme ferait perdre leur pertinence aux entraves au commerce et permettrait d'intégrer des espaces marginalisés à l'économie productive. Toutefois, la réalisation de l' ≪ axe amazonien ≫soulève de nombreux enjeux environnementaux et sociaux qui donnent lieu à la mise en forme d'un discours critique sur l'opportunité du projet, a l'émergence d'une mobilisation qui s'y oppose et dans certains cas à la formation de conflits locaux.Cette étude considère l'Amazonie comme un laboratoire de la confrontation de deux paradigmes concurrents : la conquête de la frontière économique comme moteur du développement et celui de la préservation du ≪ poumon de la planète ≫. S'appuyant sur des données collectées dans le cadre de trois projets de l'axe amazonien de l'IIRSA (en Colombie,en Equateur et au Pérou), cette étude propose une enquête comparative sur plusieurs niveaux (international, national et local) afin de mener une réflexion croisée sur l'articulation des différents niveaux de gouvernement (intégration régionale, gouvernance locale), mais aussi d'étudier les rapports de force entre deux modèles de développement contradictoires.
Amélie Bonnet, Les effets des programmes du Fonds Social Européen pour les femmes dans le milieu rural polonais, thèse soutenue en 2014 à Paris 2 sous la direction de Yves Surel présidée par François Bafoil, membres du jury : Gilles Lepesant (Rapp.), Pierre Muller (Rapp.), Nathalie Morel
Cette thèse porte sur la mise en oeuvre du Fonds Social Européen (FSE) en Pologne et son impact sur les femmes vivant en milieu rural. L’objectif est d’analyser l’intervention concrète de l’Union européenne au niveau local dans le domaine de l’emploi et du social ; d’identifier les spécificités ou particularités locales qu’elle rencontre dans les zones rurales polonaises, s’agissant des femmes ; d’observer la manière dont les différents acteurs mettant en oeuvre les programmes cofinancés parle FSE se mobilisent et à quelle fin, comment les bénéficiaires elles-mêmes y répondent et avec quels effets.Ce travail se situe dans le champ théorique de l’Européanisation des politiques publiques, considérée ici comme un processus d’ajustement des institutions, desidées et des intérêts, exprimés à un niveau régional et infrarégional et sous l’angle des interactions entre acteurs. Une dimension microsociologique est ajoutée en fin de thèse, destinée à questionner les limites de la dynamique d’ajustement. Après un retour historique permettant de saisir la spécificité du cas polonais en termes de situation des femmes, d’espace rural, de marché de l’emploi et d’équilibre territorial, nous adoptons une démarche comparative entre trois régions ayant des profils économiques, sociaux et ruraux bien différents : la région Podkarpackie, située au sud-est du pays, la région Łódzkie, au centre, et la région Zachodniopomorskie, au nord-ouest. Nous nous appuyons entre autres sur une recherche empirique de plusieurs mois effectuée dans chaque région, et sur un corpus de 152 entretiens semi-directifs réalisés auprès d’acteurs du FSE et de leurs bénéficiaires.