• THESE

    Habiter à côté des SDF : représentations sociales et attitudes à l'égard des personnes sans domicile, soutenue en 2009 à Paris EHESS sous la direction de Serge Paugam   

  • Marie Loison-Leruste, Pascale Dietrich (dir.), La face cachée du mal-logement: enquête en marge du logement ordinaire, Ined éditions, 2025, Questions de population, 247 p.    

    Si les sans-abri, figures extrêmes de l’exclusion, suscitent une attention médiatique saisonnière, ils ne sont cependant que la partie visible d’une précarité résidentielle grandissante qui recoupe des réalités très diverses. Un nombre croissant de personnes vivent ainsi dans des centres d’hébergement mais aussi dans des campings, des camions ou même des voitures, des cabanes, des abris de fortune, sans oublier la rue et ses corollaires, gares, métro… Quelles trajectoires ont conduit ces personnes à vivre aux marges du logement ordinaire ? Comment vivent-elles cette situation ? Quelles ressources et quelles stratégies mettent-elles en place pour (sur)vivre et quels liens entretiennent-elles avec les services d’aide ? À partir d’entretiens effectués dans le cadre de plusieurs enquêtes, ce livre offre une immersion dans leur vie quotidienne. Loin des enjeux politiques et médiatiques, l’ouvrage souligne la diversité mais aussi l’épaisseur des existences de celles et ceux qui sont à la fois inaudibles et invisibles

    Marie Loison-Leruste, Gwenaëlle Perrier, L'écriture inclusive: le langage est politique !, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2024, L'opportune, 63 p.  

    Marie Loison-Leruste, Gwenaëlle Perrier, Camille Noûs (dir.), Genre, langue et politique: le langage non sexiste en débats, L'Harmattan, 2021, 294 p. 

    Marie Loison-Leruste, Philippe Le Cloerec, Berk Senturk, Hubert Dupont, Môôôsieur Philippe: fragments de vie avant le sans-abrisme sociologie de l'exclusion, Baromètre éditions, 2021, 119 p. 

    Marie Loison-Leruste, La garantie jeunes en action: usages du dispositif et parcours de jeunes, Centre d'études de l'emploi et du travail, 2016, Rapport de recherche, 130 p. 

    Marie Loison-Leruste, Habiter à côté des SDF: représentations et attitudes face à la pauvreté, L'Harmattan, 2014, Habitat et sociétés, 273 p.   

    Marie Loison-Leruste, Serge Paugam, Habiter à côté des SDF: représentations sociales et attitudes à l'égard des personnes sans domicile, 2009, 513 p.  

    Les SDF sont aujourd'hui des personnages emblématiques de l'exclusion urbaine des sociétés contemporaines. Ils portent en eux et sur eux les stigmates de leur étrangeté et incarnent la marginalité et la déviance. Cette recherche s'appuie sur une enquête à la fois qualitative et quantitative, réalisée auprès d'un échantillon de 423 personnes vivant à proximité de structures d'accueil et d'hébergement d'urgence. Ces dernières sont particulièrement sensibles à leur présence: elles constatent un certain nombre de nuisances dans leur environnement domestique et se sentent agressées par ces « indésirables» qui menacent la sécurité de leurs biens et de leurs proches. Elles mobilisent les représentations sociales négatives dont font l'objet les personnes sans domicile et distinguent les « bons» des « mauvais» SDF. Les riverains de ces structures d'hébergement adoptent différents types d'attitudes. De l'« indifférence » au « rejet engagé » en passant par la « critique du rejet » et le « rejet distant », ces attitudes ne sont pas le propre de quelques individus mais sont repérables dans l'ensemble des politiques sociales destinées aux personnes sans domicile. Elles mettent en exergue l'une des formes contemporaine de la régulation sociale du sans-abrisme qui se caractérise par une compassion sélective. En analysant le processus de catégorisation qui constitue le cœur des représentations sociales des SDF et structure les attitudes adoptées à leur égard, cette thèse permet de comprendre comment et pourquoi la question des SDF resurgit périodiquement dans le débat collectif.

  • Marie Loison-Leruste, Pascale Dietrich-Ragon, Manuella Roupnel-Fuentes, « Articuler les approches quantitative et qualitative », in Paugam Serge (dir.), L'enquête sociologique, Presses universitaires de France, Coll. Quadrige, 2010 

    Marie Loison-Leruste, « La FEANTSA : vers une catégorisation européenne des "SDF" ? », in Bruneteaux Patrick, Terrolle Daniel (dir.), L'arrière-cour de la mondialisation. Ethnographique des paupérisés, Éditions du Croquant, 2010 

  • Marie Loison-Leruste, Marie Loison, « Le sans-domicilisme dans la Revue des politiques sociales et familiales : Les quatre âges des travaux sur l’exclusion du logement », Revue des politiques sociales et familiales, Revue des politiques sociales et familiales, 2026, n°155, pp. 25-31   

    En 1994, Y. Yakubovich publie le premier article sur les personnes sans abri dans Recherches et prévisions, qui deviendra la Revue des politiques sociales et familiales (RPSF). Cet article, qui porte sur les travaux du Conseil national de l’information statistique (Cnis) sur les sans-abri créé en 1993, s’inscrit dans un contexte particulier de développement des études quantitatives sur les populations en situation d’exclusion du logement. Il marque le début d’un intérêt constant de la RPSF pour les travaux sur les personnes sans domicile, qui vivent dans des lieux non prévus pour l’habitation ou dans des centres d’hébergement. Quatre âges, constituant différentes étapes successives des travaux portant sur le sans-domicilisme, se succèdent. Le premier, fondateur, est caractérisé par une volonté de compter et de qualifier le sans-domicilisme qui devient un problème public. Ensuite, trois autres âges font l’objet de contributions importantes dans la RPSF qui participent à la consolidation de ce champ de recherche sur l’exclusion du logement.

    Marie Loison-Leruste, Marie Loison, « L’importance des violences de genre dans la production du sans-domicilisme caché des femmes », Terrains & travaux, Terrains & travaux, 2025, n°46, pp. 101-125  

    Marie Loison-Leruste, « Le sans-domicilisme. Réflexion sur les catégories de l’exclusion du logement », Revue française des affaires sociales, La documentation française, 2023, n°1, pp. 29-50 

    Marie Loison-Leruste, Marie Loison, « Le sans-domicilisme. Réflexion sur les catégories de l’exclusion du logement », Revue française des affaires sociales, Revue française des affaires sociales, 2023, pp. 29-50   

    L’absence de logement « à soi » n’est pas simple à définir et les sans-domicile forment une population hétérogène et fluctuante. La grande diversité de leurs trajectoires et de leurs situations résidentielles rend difficiles l’appréhension et la qualification du phénomène d’exclusion du logement. En France, depuis les travaux pionniers des années 1990 et jusqu’à aujourd’hui, différentes catégorisations ont été produites mais elles sont souvent méconnues et les mots employés génèrent des confusions ayant parfois des conséquences problématiques dans la mise en œuvre des politiques publiques à destination des populations concernées. Cette contribution propose d’ouvrir le débat en présentant le terme « sans-abrisme » comme une synecdoque du néologisme « sans-domicilisme ». Elle défend l’idée selon laquelle l’usage de ce dernier terme permet davantage d’éviter les confusions et la reproduction des idées reçues sur ces populations, de mieux prendre en compte les trajectoires spécifiques de certaines catégories de population exclues du logement et de mieux traduire le terme anglo-saxon homelessness (qui est aujourd’hui le plus souvent traduit par « sans-abrisme »). Ce faisant, il pourrait contribuer à la (re)constitution d’un champ de recherche français plus unifié sur cette question et à un meilleur dialogue entre recherche et action publique.

    Marie Loison-Leruste, Olivia Samuel, François Théron, « L’écriture inclusive et ses usages dans les revues de sciences humaines et sociales », Revue des Sciences sociales, Presses Universitaires de Strasbourg, 2022, n°68 

    Marie Loison-Leruste, Gwenaëlle Perrier, « Un  langage excluant  ? Solidité, sincérité et enjeux des arguments d’opposition à l’écriture inclusive », Travail, genre et sociétés, L'Harmattan - Armand Colin - La Découverte |2009-....], 2022, n°1 

    Marie Loison-Leruste, Rosane Braud, Marie Loison, « Le sans-abrisme au féminin. Quand les haltes pour femmes interrogent les dispositifs d’urgence sociale », Travail, genre et sociétés, Travail, genre et sociétés, 2022, n°47, pp. 131-147   

    Cet article présente les résultats d’une enquête de terrain ethnographique réalisée entre novembre 2018 et octobre 2019 dans des haltes pour femmes sans-abri à Paris. Il rend compte des difficultés à définir et accueillir un public que les acteur·trice·s institutionnel·le·s et associatifs n’avaient pas anticipé. Loin d’accueillir seulement des femmes isolées, très désocialisées, en refus d’hébergement ou éloignées des dispositifs d’hébergement existants, les haltes rendent visibles des femmes en situation de grande vulnérabilité, présentant des caractéristiques sociales très différentes de celles des hommes accueillis dans des structures d’urgence comparables. Ce faisant, ces haltes questionnent le principe de la simple mise à l’abri d’urgence au regard des besoins d’accompagnement spécifiques de ces femmes longtemps restées invisibles dans les représentations sociales, les politiques publiques et les travaux scientifiques.

    Marie Loison-Leruste, Marie Loison, Gwenaëlle Perrier, « Un  langage excluant  ? Solidité, sincérité et enjeux des arguments d’opposition à l’écriture inclusive », Travail, genre et sociétés, Travail, genre et sociétés, 2022, n°47, pp. 153-156  

    Marie Loison-Leruste, Rosane Braud, « Le sans-abrisme au féminin.Quand les haltes pour femmes interrogent les dispositifs d'urgence sociale », Travail, genre et sociétés, L'Harmattan - Armand Colin - La Découverte |2009-....], 2022, n°47 

    Marie Loison-Leruste, Rosane Braud, Camille Noûs, « Professionnaliser les bénévoles », Le sociographe, Champ social, 2021, n°1, pp. 79-92 

    Marie Loison-Leruste, Gwenaëlle Perrier, Camille Noûs, « Introduction. Le langage inclusif est politique : une spécificité française ? », Cahiers du Genre, L'Harmattan , 2021, n°69, pp. 5-29 

    Marie Loison-Leruste, Gwenaëlle Perrier, « Itinéraire d’une universitaire engagée. Éliane Viennot et le langage non sexiste. Entretien », Cahiers du Genre, L'Harmattan , 2021, n°69 

    Marie Loison-Leruste, Marie Loison, Rosane Braud, Camille Noûs, « Professionnaliser les bénévoles : Le  travail gratuit  au sein d’un dispositif pour femmes sans domicile », Le Sociographe, Le Sociographe, 2021, n°73, pp. 79-92   

    Cet article interroge la place des bénévoles dans un dispositif d’accueil d’urgence pour femmes sans domicile. L’Escale fonctionne grâce à la présence d’une équipe salariée et de nombreuses intervenantes, « profanes » ou « professionnelles », qui effectuent un « travail gratuit » essentiel à l’accompagnement de ces femmes. Malgré les efforts réalisés pour les professionnaliser, le dispositif ne parvient pas à éviter le désengagement des bénévoles. La porosité des frontières entre bénévolat et salariat questionne l’organisation, le sens et la pérennité du dispositif et fragilise l’ensemble des acteur·trices.

    Marie Loison-Leruste, Gwenaëlle Perrier, Marie Loison, Lucy Garnier, « Interview of Eliane Viennot about non-sexist language: the trajectory of a politically committed academic », Cahiers du Genre, Cahiers du Genre, 2021, n°o 69, pp. 109-129  

    Marie Loison-Leruste, Marie Loison, Gwenaëlle Perrier, Camille Noûs, Lucy Garnier, « Inclusive language as a political issue: A French specificity? (Introduction) », Cahiers du Genre, Cahiers du Genre, 2021, n°o 69, pp. 5-29  

    Marie Loison-Leruste, « Sans-abrisme et travail social au féminin », Nouvelle Revue du travail, Nouvelle revue du travail, 2020, n°17 

    Marie Loison-Leruste, Julie Couronné, François Sarfati, « Ce qu’une  sortie positive  de la Garantie jeunes veut dire », Vie sociale, ERES - CEDIAS-Musée Social, 2020, n°2930 

    Marie Loison-Leruste, Julie Couronné, Marie Loison, François Sarfati, « Ce qu’une  sortie positive  de la Garantie jeunes veut dire », Vie sociale, Vie sociale, 2020, n°29-30, pp. 183-199   

    Cet article est issu d’une enquête ethnographique menée dans trois missions locales au cours de laquelle nous avons observé la mise en œuvre de la Garantie jeunes. Il s’agit d’un dispositif d’insertion sociale et professionnelle à destination de jeunes considéré.e.s comme « ni en emploi, ni en formation, ni en études » avec des ressources très faibles. Les critères institutionnels retenus pour considérer une « sortie positive » de la Garantie jeunes se rapportent à l’emploi et uniquement à l’emploi. L’enquête menée nous incite à adopter une lecture alternative, fondée sur les parcours observés. Nous nous sommes plus particulièrement intéressé.e.s aux différentes raisons qui expliquent que certain.e.s jeunes soient parvenu.e.s à s’approprier le dispositif et comment il leur a permis de « s’en sortir ». À quoi tient la réussite de ces jeunes ? Quelles sont les ressources dont ils et elles disposent ? Notre approche de ces « jeunes qui s’en sortent » vise à interpréter leur mise en mouvement comme le produit de la rencontre entre une proposition institutionnelle, par nature collective, et des caractéristiques sociales mises à l’épreuve dans leur parcours biographique.

    Marie Loison-Leruste, Rozenn Le Berre, Marie Loison, Gwenaëlle Perrier, « Femmes sans domicile », Lien Social, Lien Social, 2019, n°1257, pp. 18-24  

    Marie Loison-Leruste, Julie Couronné, Marie Loison, François Sarfati, « D’une politique de défamilialisation à des pratiques de refamilialisation : les ressources des jeunes saisies par la Garantie jeunes », Revue française des affaires sociales, Revue française des affaires sociales, 2019, pp. 79-96   

    À partir d’une enquête ethnographique menée dans trois missions locales, cet article analyse les représentations et les usages de l’allocation mensuelle versée dans le cadre de la Garantie jeunes. Il s’agit d’un dispositif d’insertion sociale et professionnelle à destination des « jeunes Neets vulnérables ». Le propos porte à la fois sur les positions et sur les pratiques des acteur·trices, qu’il s’agisse des professionnel·les (conseiller·es d’insertion et directions de mission locale) ou des destinataires.La Garantie jeunes relève du principe d’activation et les ressources économiques versées dans son cadre sont un encouragement à la mise en action des destinataires. L’article met en évidence une tension entre défamilialisation et refamilialisation qui caractérise l’usage que font les jeunes de l’allocation. Alors que ce dispositif est construit sur le principe de la défamilialisation de l’aide sociale, son appropriation par les jeunes révèle au contraire un usage familial très fort, dévoilant ainsi des « transferts familiaux inversés ». Néanmoins, l’allocation qu’ils et elles perçoivent à titre individuel, les conforte aussi comme individus. Individus en capacité de contribuer au collectif familial.

    Marie Loison-Leruste, Marie Loison, Gwenaëlle Perrier, « Les trajectoires des femmes sans domicile à travers le prisme du genre : entre vulnérabilité et protection », Déviance et Société, Déviance et Société, 2019, n°43, pp. 77-110   

     Moins nombreuses que les hommes sans domicile, moins souvent évoquées dans la littérature académique portant sur l’exclusion ou sur le genre, moins repérables dans les représentations sociales et très peu souvent sans-abri, les femmes sans domicile sont relativement invisibles. Cet article combine des analyses qualitatives et quantitatives pour comprendre, dans une perspective de genre, les trajectoires de ces femmes et leur prise en charge institutionnelle. Les femmes sans domicile sont exposées à des formes spécifiques de violences, structurantes dans leurs trajectoires de vie, mais bénéficient également de formes de protection particulières via une prise en charge institutionnelle différente de celle des hommes. Ces violences et ces formes de protection sont fondées sur le genre, qui constitue donc à la fois un facteur de vulnérabilité et de protection pour les femmes sans domicile.

    Marie Loison-Leruste, Anne Petiau, Marie Loison, Céline Loriente, « L’ouverture à la concurrence », Lien Social, Lien Social, 2019, n°1242, pp. 28-29  

    Marie Loison-Leruste, Anne Petiau, « La recherche-action dans le champ de la lutte contre les exclusions : un dispositif en tension », Sociologies pratiques, Presses de Sciences Po , 2018, n°37, pp. 81-90 

    Marie Loison-Leruste, Marie Loison, Anne Petiau, « La recherche-action dans le champ de la lutte contre les exclusions : un dispositif en tension », Sociologies pratiques, Sociologies pratiques, 2018, n°37, pp. 81-90   

    La recherche-action que nous menons depuis 2016 met en œuvre un dispositif d’analyse participative avec des professionnelles du travail social, de la psychiatrie et du soin médical travaillant auprès de personnes sans-abri. Si chacune a ses propres raisons pour s’engager dans cette démarche, la confrontation de leurs points de vue avec celui des sociologues peut révéler des tensions et nous amène en retour à nous interroger sur les enjeux et les effets de la production du discours sociologique dans un contexte d’interaction.

    Marie Loison-Leruste, Julie Couronné, François Sarfati, « La Garantie jeunes en action : usages du dispositif et parcours de jeunes », Connaissance de l'emploi, Centre d'études de l'emploi et du travail (Noisy-le-Grand), 2016, n°133   

    Marie Loison-Leruste, Marie Loison, « Au cœur de l’exclusion Enquête auprès des salariés d’Emmaüs », Sociologie, Sociologie, 2015, n°6, pp. 359-376   

    Cet article s’intéresse aux « premières lignes » de l’Association Emmaüs qui travaillent dans le champ de la lutte contre les exclusions, en contact direct et quotidien avec les personnes sans domicile. Ces intervenants rencontrent des difficultés à exercer leur travail d’accompagnement, expriment des sentiments d’insé­curité et de souffrance au travail, et sont soumis à l’imprévisibilité et à des injonctions contradictoires, dans un contexte d’urgence sociale toujours plus grande. Ils mettent donc en place des stratégies d’adaptation informelles pour répondre aux demandes qui leur sont adressées de la part de l’association et du public qu’ils accueillent. L’incertitude inhérente à la nature de leur travail fragilise finalement l’ensemble des acteurs et l’association elle-même.

    Marie Loison-Leruste, « Au cœur de l’exclusion Enquête auprès des salariés d’Emmaüs », Sociologie, Presses universitaires de France (PUF) , 2015, n°4, p. 359 

    Marie Loison-Leruste, Marie Loison, « 23 - Éloigner les indésirables », Le Lien social, Le Lien social, 2014, pp. 1285-3097  

    Marie Loison-Leruste, Marie Loison, Gwenaëlle Perrier, « Focus – La fabrique des droits sociaux individualisés », Informations sociales, Informations sociales, 2013, n°178, pp. 124-127  

    Marie Loison-Leruste, Pascale Dietrich, Marie Loison, Manuella Roupnel, « 10 – Articuler les approches quantitative et qualitative », Quadrige, Quadrige, 2012, pp. 0291-0489  

  • Marie Loison-Leruste, Rosane Braud, David Mahut, Étude sur la mise en œuvre de la Cité des dames, 2019 

    Marie Loison-Leruste, Julie Couronné, François Sarfati, La Garantie jeunes en action. Usages du dispositif et parcours de jeunes, 2016, 133 p.   

  • Marie Loison-Leruste, Pascale Dietrich-Ragon, Derrière le sans-abrisme, la face cachée du mal-logement, 2026   

  • Marie Loison-Leruste, « L’écriture inclusive », le 01 juin 2021  

    Organisée pour le Laboratoire PRINTEMPS, USVQ par Marie Loison-Leruste, Gwenaëlle Perrier, Olivia Samuel et François Théron

ActualitésPublicationsENCADREMENT DOCTORAL
  • Alice Mercier, La fabrique des chiffres du sans-domicilisme , thèse en cours depuis 2025 en co-direction avec Marie Loison  

    Depuis la fin des années 1990, la production de données sur les personnes sans domicile s'est intensifiée et diversifiée avec la multiplication des dispositifs d'aide publics et associatifs. Cette diversification révèle des divergences conceptuelles mais aussi des conflits d'intérêts entre acteur·ices des champs politique, associatif et scientifique, chacun poursuivant des objectifs distincts (Brousse, 2005 ; Loison, 2010). Si les catégories, de la vulnérabilité résidentielle au sans-abrisme strict, sont choisies pour des raisons spécifiques, l'expansion des dispositifs, la division du travail et la rationalisation de l'activité tendent aussi à en diluer les intentions premières. Dans un contexte de saturation des dispositifs d'accueil, d'hébergement et d'insertion, les pratiques de production des données deviennent elles-mêmes des enjeux politiques, influençant la visibilité ou l'invisibilité des personnes concernées et orientant les politiques publiques. Ce projet de thèse vise à analyser les processus de construction, de négociation et d'application des catégories statistiques du sans-domicilisme (Loison, 2023) par les acteur·ices institutionnel·les et de terrain. Il s'agit d'interroger la manière dont les choix méthodologiques, institutionnels et politiques façonnent la production des données. Plus encore, il s'agira de porter une attention particulière aux perceptions individuelles et à l'impact des pratiques à petite échelle, envisagées comme produits des environnements institutionnels et politiques. L'enquête s'intéressera donc à la fois aux définitions officielles privilégiées et aux perceptions individuelles lors du recueil, de l'analyse et de la diffusion des données. S'inscrivant dans la continuité des travaux d'Alain Desrosières sur la sociologie de la quantification, et prolongeant les observations de Cécile Brousse sur les controverses autour de l'harmonisation européenne des outils statistiques de mesure du sans-abrisme, ce projet propose une immersion dans différents dispositifs pour analyser les perceptions et les pratiques individuelles au sein des structures de production de données. La méthodologie adoptée reposera sur deux axes complémentaires, dans une logique d'approche en entonnoir, allant de l'échelle macro à l'échelle micro. Tout d'abord, une analyse socio-historique comparée portera sur l'évolution des dispositifs de quantification en France et en Europe. L'analyse visera à comprendre comment les contextes nationaux influencent les définitions officielles du sans-domicilisme. Dans un second temps, une ethnographie multi-située sera conduite dans différents contextes français. Il s'agira d'étudier la production des données au plus près du terrain, en mettant en lumière les mécanismes de standardisation. L'analyse portera notamment sur la manière dont les situations marginales au regard du logement sont interprétées et catégorisées à différents niveaux de la chaîne de production statistique. Cette étape se situe à l'intersection de la sociologie de la quantification, l'ethnographie de laboratoire, la sociologie des institutions et de l'activité administrative. Mon expérience professionnelle au sein d'observatoires locaux et mes liens avec les acteurs et actrices varié·es me permettront un accès privilégié aux terrains, tout en réalisant un travail réflexif rigoureux sur mon propre positionnement. L'analyse des dynamiques d'objectivation statistique visera à observer comment, au-delà des finalités politiques et économiques des institutions, les pratiques professionnelles, les arbitrages quotidiens, et les rapports de pouvoir internes aux institutions influencent la construction des chiffres. Les conclusions de cette recherche permettront de formuler des recommandations pour une production de données plus éthique, mieux adaptée aux réalités sociales vécues par les personnes sans domicile, et plus cohérente avec les contraintes des équipes de terrain.

    Arielle Bernard Viseux, Les personnes âgées sans domicile ; un public invisibilisé pourtant bien présent., thèse en cours depuis 2024 en co-direction avec Marie Loison  

    Face au vieillissement structurel de la population, il est constaté, pour la première fois depuis cinquante ans, une évolution défavorable de la situation économique des retraités ; avec une hausse du nombre des demandes d'Allocation de solidarité aux Personnes Agées quatre fois plus importante que le nombre d'allocataires de la retraite. Les personnes âgées s'appauvrissent et les acteurs de terrains (collectivités, associations ou opérateurs du 115) constatent une augmentation des personnes âgées sans domicile isolées, et ce, particulièrement depuis la crise Covid. Or, la situation de ce public est préoccupante, car elle combine conjointement les facteurs de risques liés à l'âge, à la grande précarité et à l'isolement social. D'ailleurs, la simple référence à leur espérance de vie, qui est amputée de 30 ans en moyenne par rapport à la population générale permet de se rendre compte de la fragilité de leur situation. Pour autant, la prise en compte des personnes âgées sans domicile dans les politiques publiques n'émerge pas et les récentes annonces de planification de l'action publique qui auraient pu les concerner n'en font pas référence. Qu'il s'agisse du plan Logement d'abord n°2 (2023-2027), du plan pauvreté 2023 (mis en place dans le cadre du pacte des solidarités) ou bien encore, de la loi du 8 avril 2024 portant les mesures pour bâtir la société du bien-vieillir et de l'autonomie ; aucune d'entre elles n'indique vouloir s'engager dans la lutte contre le sans-abrisme chez les personnes les plus âgées. Ce public, assez peu étudié, semble donc être invisibilisé par l'impensé qu'il représente, dans notre modèle social protecteur. Cette recherche tachera donc d'explorer les enjeux et les logiques sociales et politiques qui permettent d'intégrer (ou pas), les personnes âgées très précaires dans nos sociétés. Il conviendra d'abord d'analyser les biographies afin de confirmer ou pas la dynamique haussière de ce public. Par ailleurs, une double démarche qualitative et quantitative avec l'étude de la prochaine étude « Sans Domicile 2025 » de l'INSEE ainsi que des échanges avec des professionnels qui accompagnent ce public permettra de croiser les regards afin de pouvoir, au-delà d'un simple dénombrement, enrichir la connaissance sur ce public. Dans cette perspective, l'étude des parcours des personnes âgées sans domicile permettra d'identifier les zones de précarité dans lesquelles elles évoluaient avant leur prise en charge et de réfléchir aux mécanismes qui alimentent cette situation précaire ; l'isolement social, le non-recours aux droits ou encore les troubles se santé mentale. Enfin, une analyse de l'action publique, nécessairement liée à différentes politiques publiques (santé, logement, autonomie), permettra d'identifier si les dispositifs existants sont adaptés aux besoins et si la question de la prise en compte du vieillissement prématuré des corps existe dans l'accompagnement médical et social proposé.

    Soizic Paillou, La prise en charge par l'intervention sociale des violences vécues par les femmes sans domicile fixe., thèse en cours depuis 2024  

    Ce projet de thèse a pour objet de s'intéresser à l'état des lieux de la prise en charge par l'intervention sociale des violences de genre subies par les femmes sans domicile fixe. Alors que l'accompagnement des sans domiciles est souvent basé sur un universalisme androcentré, la question des violences vécues par les femmes sans domicile fixe, pourtant au cœur de leur parcours, est généralement peu prise en compte. Or, le cumul des difficultés matérielles subies propres au sans-domicilisme, ainsi que des discriminations liées à leur genre, leur origine ou leur situation administrative, peuvent continuer à entraver leur parcours. Dès lors, ce projet de recherche vise à interroger le travail d'accompagnement réalisé par l'intervention sociale face aux violences vécues en s'intéressant d'abord à la priorisation des urgences vécues par les femmes victimes de violences sans domicile fixe et enfin aux pratiques professionnelles et à l'investissement des intervenants sociaux et des intervenantes sociales.

    Anne-lea Bauquis, Promouvoir l'autonomie des femmes à l'étranger. Perspective sociologique sur les politiques françaises de développement et de solidarité internationale luttant contre les inégalités de genre, thèse en cours depuis 2021 en co-direction avec Serge Paugam  

    Depuis les années 1980, marquées par l’adoption de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et la Décennie des Nations unies pour les femmes, le genre semble avoir été progressivement intégré aux politiques mises en œuvre par les institutions de développement. Au tournant du siècle, « Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes » a ainsi constitué le troisième Objectif du millénaire pour le développement (OMD) avant de devenir le cinquième Objectif de développement durable (ODD) en 2015, cinq ans après la création de l’agence ONU Femmes entérinant la reconnaissance institutionnelle du champ de savoir « genre et développement » par le système des Nations unies. En France, la prise en compte du genre dans les politiques de développement et de solidarité internationale est incarnée par le Cadre d’intervention transversal sur le genre et la réduction des inégalités femmes-hommes adopté en 2014 par l’Agence française de développement (AFD). Celui-ci relève notamment de la Stratégie internationale de la France sur l’égalité entre les femmes et les hommes en vigueur depuis 2018, année à partir de laquelle la formule « diplomatie féministe » a été revendiquée par l’État. Si la notion d’autonomisation, au cœur des politiques à destination des femmes mises en œuvre par les institutions de développement, émane du concept féministe d’empowerment désignant un processus de transformation radicale des inégalités structurelles, sa mobilisation dans le cadre des programmes de développement a soulevé des critiques relatives à la dépolitisation du terme concomitante d’une conception individualisante et restrictive de l’autonomie. Cherchant à dépasser ces controverses suscitées par l’institutionnalisation du concept, ma thèse replace au centre de la réflexion les normes de genre culturellement situées qui sous-tendent l’autonomisation des femmes à l’étranger, au prisme de la tension – centrale dans les politiques de développement – entre autonomie et dépendance. Il s’agira pour ce faire d’articuler les échelles (inter-)étatique, le système d’aide publique au développement matérialisant les liens historiques entre la France et les pays d’intervention principalement localisés en Afrique subsaharienne, et (inter-)individuelle, la mise en œuvre des projets financés en matière de lutte contre les inégalités de genre impliquant sur place des relations spécifiques entre aidant·es et aidé·es. Une importance singulière sera accordée aux points de vue des femmes ciblées par ces projets non seulement pour appréhender au mieux la manière dont elles les perçoivent et se les approprient mais aussi contribuer plus largement à « féminiser le regard » sur le développement international.

  • Estelle Filipe, Recourir aux institutions médicosociales de l'addiction : une enquête sur les publics féminins en France hexagonale et en Guyane, thèse soutenue en 2025 à Paris EHESS sous la direction de Marie Jauffret-Roustide présidée par Philippe Bataille, membres du jury : Patrick Peretti-Watel (Rapp.), Stéphanie Guyon    

    Les institutions du secteur médicosocial de l’addiction qui incluent principalement les centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usager·es de drogues (CAARUD) et les centres de soin d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) accueillent en France un public majoritairement masculin. Depuis vingt ans, les femmes représentent seulement 20 à 25 % des bénéficiaires et demeurent, selon les professionnel·les de santé, largement invisibilisées au sein des institutions. Cette thèse appréhende ce phénomène comme un problème public qui articule non-recours aux soins et inégalités de genre. Ce problème a été formulé par des acteur·rices du champ de l’addiction, des responsabilités y ont été imputées (stigmatisation et violences subies par les usagères) et des organismes publics l’ont publicisé et inscrit à l’agenda politique. Le cadrage genré du problème public rend visible les difficultés rencontrées par les professionnel·les dans la prise en charge des femmes en addictologie. Toutefois, il tend à homogénéiser les expériences des usagères et à privilégier le point de vue des institutions et de leurs représentant·es. En déplaçant la focale de la « prise en charge » vers le « recours » et en adoptant une approche biographique centrée sur les expériences des bénéficiaires, cette recherche interroge les conditions de possibilité du recours, dans un contexte marqué par d’importants obstacles genrés. L’enquête « par le bas », fondée sur une méthodologie mixte (entretiens, observations, statistiques) en France hexagonale et en Guyane, articule plusieurs niveaux d’analyse. Dans un premier temps, une typologie statistique met en évidence la forte hétérogénéité des usagères de CAARUD et de CSAPA, réparties en quatre clusters aux profils distincts qui ne mobilisent pas les mêmes prestations institutionnelles : des femmes consommatrices d’alcool et de cannabis vivant dans des conditions stables et médicalement encadrées ; des femmes consommatrices de médicaments vulnérables, mais bien suivies ; des femmes consommatrices d’héroïne en situation de précarité et peu visibles ; des femmes consommatrices de crack en situation de grande précarité et de marginalité. Le type de consommation de drogues et les conditions de vie façonnent des formes variées de recours institutionnel, mais ne suffisent pas à les expliquer. La thèse examine ensuite les logiques institutionnelles et territoriales et les acteur·rices intermédiaires qui facilitent ou obstruent l’accès aux institutions. Les usagères franciliennes et guyanaises ne font pas face aux mêmes contraintes institutionnelles et territoriales dans leurs recours aux soins et à l’assistance sociale (systèmes et organisations médicosociales, normes bureaucratiques). Trois types d’intermédiaires structurent le recours : les administrateur·rices (médecin, justice), les aidant·es du recours (proche, travailleur·ses du social) et les acteur·rices qui le contraignent (homme usager, personne disqualifiant le recours, etc.). Enfin, la recherche analyse comment les dispositions, les représentations et les discours des usagères vis-à-vis du soin et de l’addiction peuvent favoriser ou freiner la mobilisation des institutions. Le recours des femmes en addictologie est le produit d’une rencontre située entre des parcours socialement différenciés, des normes institutionnelles, des territoires et des subjectivités. La thèse éclaire ainsi la manière dont les rapports sociaux, les rapports aux institutions et les parcours de vie travaillent les conditions d’accès aux soins en addictologie pour les femmes usagères, et propose un regard renouvelé sur le problème public de non-recours.

    Mathilde Henky, (Dé)matérialiser l'Etat social. Les conseillères à l'emploi, les travailleuses sociales et les chômeur.ses face à la dématérialisation des services publics de l'emploi., thèse soutenue en 2024 à Ecole doctorale SDOSE Paris sous la direction de Sophie Bernard présidée par Delphine Corteel, membres du jury : Nicolas Duvoux (Rapp.), Maud Simonet et Jean-Marie Pillon      

    Entre 2011 et 2022, la dématérialisation a fait l’objet d’une forte publicisation par les pouvoirs publics. Devenue un dispositif du New Public Management, elle permettrait, d’après les réformateurs, de simplifier le travail, d’améliorer la qualité du service public et de maitriser les dépenses publiques. En partant de cet objet d’étude, la thèse vise à comprendre comment les services publics de l’emploi ont déployé ce dispositif dans leurs administrations et quels en ont été les conséquences sur l’organisation du travail. Pour ce faire, la thèse se centre sur Pôle Emploi et les services sociaux et montre, qu’au-delà d’être un dispositif gestionnaire, la dématérialisation est mise au service des politiques d’activation. En prenant appui sur une enquête ethnographique auprès des conseillères à l’emploi, des travailleuses sociales et des chômeur.ses, la thèse met en évidence que la dématérialisation reconfigure la division du travail entre les professionnelles et les chômeur.ses d’une part, entre les groupes professionnels travaillant dans les agences locales d’autre part. En se plaçant des deux côtés du guichet, on montre alors que les travailleuses et les chômeur.ses négocient l’exécution de certaines tâches et font chacun.e un usage autonome de la règle visant initialement à les rendre actif.ve dans un contexte de renforcement des politiques d’activation. Enfin, en se focalisant plus précisément sur les travailleur.ses, la thèse met en exergue que, malgré des normes concurrentes de professionnalisme qui structurent leurs conceptions du travail, les conseillères à l’emploi et les travailleuses sociales s’accommodent plus ou moins de la dématérialisation.

  • Louise Lacoste, Entre travail d'insertion et travail de la rue : contraintes, contradictions et arbitrages dans l'accompagnement vers l'emploi des personnes sans domicile, thèse soutenue en 2024 à Paris 10 sous la direction de Maud Simonet présidée par Matthieu Hély, membres du jury : Anne Revillard (Rapp.), Nicolas Duvoux (Rapp.), Patricia Loncle-Moriceau      

    Cette thèse s’intéresse aux enjeux du déploiement des dispositifs Premières Heures et donc plus largement aux politiques d’emploi à destination des personnes sans domicile. Ces dispositifs prennent acte de la manière dont les personnes à la rue sont majoritairement exclues de l’emploi et situées aux marges du marché du travail. Ils visent à les y (ré)insérer via un accompagnement par le travail « sur-mesure », proposé soit par des structures d’insertion par l’activité économique soit par des structures du secteur de l’accueil hébergement insertion. L’enquête a été conduite auprès d’une vingtaine d’associations déployant ces dispositifs et une partie a été menée dans un cadre de recherche-action. À partir de ces éléments, la recherche articule perspective interactionniste et perspective intersectionnelle pour déployer trois approches sociologiques : une sociologie des mondes associatifs étudiant les organisations des secteurs de l’action sociale et de l’insertion par le travail ; une sociologie politique des politiques sociales d’emploi et de leur réception ; et enfin une approche biographique permettant de rendre compte des trajectoires des salarié·es en insertion dans ces dispositifs et d’éclairer leurs situations et conditions actuelles de travail et d’emploi. La thèse alors permet une réflexion autour des catégories de pensée et d’action des dispositifs d’insertion et de la manière dont ils sont questionnés tant par les expériences de leurs destinataires que par les enjeux propres aux organisations qui les portent.

    Noemi Stella, La précarité résidentielle à l’aune de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre : une analyse longitudinale des modes d'hébergement des personnes LGBTQ+ sans logement personnel en Île-de-France., thèse soutenue en 2023 à Paris EHESS sous la direction de Florence Maillochon présidée par Marylène Lieber, membres du jury : Marianne Blidon (Rapp.), Yaëlle Amsellem-Mainguy et Éric Fassin   

    Insaisissables ou invisibilisé·es dans les enquêtes sur l’absence de logement personnel menées au niveau parisien, francilien et national, les personnes LGBTQ+ sont néanmoins présentes et leurs trajectoires résidentielles marquées par une imbrication de discriminations et de soutiens spécifiques. Une approche biographique longitudinale sur trois ans et demi au sein d’une recherche-action menée auprès de 48 enquêté·es LGBTQ+ entre 16 et 35 ans a permis de rendre visible leurs parcours résidentiels et les tactiques d’hébergement employées pour fuir la rue en Île-de-France. La grande majorité d’entre eux et elles étant des personnes exilées dont le statut juridique a évolué au fil du temps, la situation administrative représente un facteur de discrimination majeur dans leurs trajectoires résidentielles institutionnelles.Dans un premier temps, je montre les effets de la saturation structurelle du système d’hébergement généraliste et du Dispositif National d’Accueil (DNA) sur les personnes LGBTQ+. Pour ce faire, j’ai d’une part mise en évidence la période de latence entre la date de la première demande d’hébergement réalisée et celle à laquelle la personne a effectivement été hébergée dans un dispositif, la forte mise en mobilité contrainte des exilé·es les plus précarisé·es par leur statut juridique, ainsi que leur surreprésentation parmi les « sorties sèches », c’est-à-dire les fins de prise en charge par l’établissement sans propositions d’hébergement. Je montre, d’autre part, comment ces dispositifs reproduisent des modèles cis-hétéronormatifs via leur organisation spatiale et le manque de formation des équipes, amenant de manière paradoxale à les invisibiliser -via des injonctions au passing cis-hétérosexuel- et en même temps à les surexposer quand iels sont « visibles » et ciblé·es par des discriminations au sein des hébergements. En rendant les questions liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre spécifiques, marginales et reléguées à l’espace privé, ces dispositifs concourent ainsi à vulnérabiliser davantage les personnes LGBTQ+ hébergées.En l’absence d’une prise en charge institutionnelle, et en raison des conditions d’insalubrité et des discriminations vécues, les personnes LGBTQ+ en précarité résidentielle déploient d’autres tactiques informelles afin d’avoir accès à des hébergements temporaires. Si des travaux ont été publiés sur les personnes sans-domicile accueillies dans des services d’hébergement, sur les personnes habitant dans des formes particulières d’habitat et sur celles sans-abri, il est très difficile d’avoir des informations sur les personnes sans logement personnel hébergées de manière « contrainte » au sens de l’Insee, et temporaire chez des tiers. À travers des entretiens répétés et une approche ethnographique, trois grands types de « réseaux d’hébergement informels » se sont dessinés : les membres de la famille, les personnes LGBTQ+ -du pays d’origine et franciliennes- et les compatriotes cis-hétérosexuel·les habitant en Île-de-France. Ce travail permet ainsi d’analyser les conditions d’hébergement, les coûts et les contreparties demandées contre ces hébergements, en fonction du type de « réseau » mobilisé et des ressources -économiques, administratives, militantes, de genre et sexuelles- détenues par les hébergé·es.In fine, la recherche-action a concouru à la création d’un Centre d’Hébergement d’Urgence (CHU) LGBTQ+ « en diffus » à Paris, l’Escale, cordonné par l’association BASILIADE, qui propose un accompagnement pluridisciplinaire -social, médical, psychologique, juridique et professionnel- aux personnes hébergées. Ce dispositif a été conçu avec les enquêté·es, dont une partie a pu en bénéficier à l’ouverture des premiers appartements en 2020 et 2021.

    Marion Giovanangeli, Femmes et mères à surveiller : accueil, assistance et prise en charge des familles sans-domicile par la Ville de Paris (1890-2018), thèse soutenue en 2023 à Ecole doctorale SDOSE Paris sous la direction de Arnaud Mias présidée par Dominique Méda, membres du jury : Axelle Brodiez-Dolino (Rapp.), Bruno Milly (Rapp.)      

    Cette thèse retrace l’histoire de la prise en charge des femmes sans-domicile accompagnées d’enfant par la Ville de Paris de la fin du XIXème siècle à aujourd’hui. Par l’analyse des structures municipales, elle rend compte de l’évolution de cette prise en charge, mais aussi des pratiques professionnelles. Elle donne à voir la transformation des publics accueillis et de leurs problématiques, et son incidence sur les dispositifs pensés par les décideurs. Cette thèse analyse la prise en charge du point de vue de l’institution, des professionnelles et des femmes concernées, par la mobilisation de matériaux multiples : observations, archives, entretiens, exploitation de bases de données. Elle permet de resituer la question des femmes sans-domicile dans le contexte plus global des familles pauvres et de leurs stratégies pour échapper à la misère. Elle déconstruit les représentations qui structurent depuis plus d'un siècle les politiques d'assistance sociale et les pratiques professionnelles, montrant la permanence des tensions qui les traversent : pauvres méritants contre pauvres oisifs, femmes vulnérables à secourir contre femmes dangereuses à surveiller, femmes déviantes contre mères à éduquer.