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Le procès et sa mise en scène - droit et littérature dans l’Espagne du siècle d’or

Colloque

Le procès et sa mise en scène - droit et littérature dans l’Espagne du siècle d’or

Du jeudi 1 février 2018 au vendredi 2 février 2018

Présentation

 

Au fondement de cette première rencontre est l’idée qu’il conviendrait de s’intéresser à la scène de procès dans la littérature espagnole du Siècle d’or : plus précisément, à la présence, à la fréquence et à la signification de la fictionnalisation du procès. Cette question, qui a pu être étudiée pour la littérature française ou anglophone, ne semble pas avoir généré une abondante littérature critique du côté de l’hispanisme pour ce qui concerne le Siècle d’or.

La littérature dramatique, par son abondance comme par la variété de ses formes, constitue un premier champ d’exploration a priori fécond, notamment du fait de l’importance que peut avoir le procès, sous différentes facettes, dans le théâtre tragique. Vernant et Vidal-Naquet (lequel se disait marqué par l’interprétation hégélienne d’Antigone) lisaient la tragédie grecque comme l’expression d’un moment historique où entrent en conflit des formes de droit ou des lois différentes, donnant à voir mise en mots et en actes « une pensée juridique en plein travail d’élaboration ». Le théâtre de l’époque moderne, et pas seulement dans son versant tragique (et pas uniquement en Espagne), joue volontiers avec des motifs et des notions tels que l’aveu/la confession, l’accusation (vraie ou fausse), l’enquête et l’obtention de la preuve, la faute et sa rétribution, la culpabilité, la justice, la loi. Le traitement judiciaire de la violence et de sa résolution s’y trouve ainsi communément représenté, de façon plus variée que par la stricte mise en scène du procès : la judiciarisation peut informer l’intrigue à des degrés divers, ou encore se laisser voir dans des moments particulièrement significatifs (le monologue de délibération, par exemple) ou expliquer l’inflexion du langage employé par les personnages pris dans la joute oratoire (cf. l’agon de la tragédie antique). Cet aspect a notamment été étudié par Christian Biet qui a relevé dans la tragédie classique française la forte présence du langage et des structures judiciaires (persuader, parvenir à une sentence, juger, condamner, exécuter, etc.) et qui a développé plus récemment une lecture du théâtre comme cérémonie ou comme séance où le public serait « saisi » d’un fait particulièrement violent pour en statuer — le théâtre disant finalement la norme mais non sans la mettre en débat et en question.

La variété thématique et formelle qui caractérise le théâtre espagnol du Siècle d’or permet ainsi d’y trouver maintes expressions d’une pensée ou d’une culture judiciaires : des procès sont présents dans l’auto sacramental comme dans la comedia de santos ; au cœur du processus de destruction/restauration de l’ordre qui gouverne la comedia, les dramaturges ont volontiers recours au personnage du roi, faisant preuve de clémence ou au contraire de cruauté et d’arbitraire ; l’absence de procès peut aussi interroger, comme dans le cas de la figure de la Serrana de la Vera, justiciada après avoir renversé l’ordre existant et avoir refusé de déléguer à une quelconque instance médiatrice sa vengeance, suivant par là une loi du cœur qui se rapproche de celle d’Antigone privilégiant les devoirs familiaux (sépulture d’un de ses frères) malgré l’interdiction de Créon.

Représenté tel quel ou diffracté dans l’intrigue fictionnelle, le procès se trouve également au cœur des dispositifs de la narration, notamment dans la littérature picaresque, qui accorde une place de choix aux notions de caso et de confession — Michel Cavillac rapprochait ainsi la confesión general du galérien créé par Mateo Alemán de la figure du « juge-pénitent » de La chute de Camus. Dès le Lazarillo de Tormes, en effet, le récit, loin de n’être que la justification du déshonneur final du protagoniste, offre un exposé systématique et ab initio de la vie du crieur de vin en offrant à la première personne des territoires jusque-là inexplorés en s’inspirant des procès inquisitoriaux (ainsi que l'affirme Antonio Gómez-Moriana). Mateo Alemán procéda de son côté en 1593 à l’interrogation d’une douzaine de mineurs d’Almadén, magnifique document juridique exhumé jadis par Germán Bleiberg et qui est considéré comme l’une des sources directes du Guzmán de Alfarache. Francisco de Quevedo sut ainsi identifier et renverser cette confession « à décharge », si l’on peut dire, qui constitue un véritable paradoxe, le héros picaresque prétendant abolir ses méfaits et sa culpabilité en nous livrant un récit détaillé de ceux-ci.

Cette première rencontre s’insère dans un projet plus vaste qui nous permettra d’élargir la réflexion aux rapports qu’entretiennent les régimes judiciaire/juridique et littéraires, deux territoires étroitement imbriqués : il pourra s’agir d’étudier les formes discursives des controverses les plus célèbres du XVIe siècle – notamment celles où s’illustrèrent les figures de l’École de Salamanque, dont on trouvera nombre d’échos dans la littérature de fiction – ou de se demander en quoi les lettres suivent des modèles discursifs juridiques, nombre d’écrivains du Siècle d’or ayant suivi une formation de Leyes . Leur poétique et leur rhétorique ne sont-elles pas largement tributaires d’une fascination pour le Droit (et sa vaste gamme de procédures contentieuses) qui est devenue l’une des spécialités espagnoles les plus prisées dès les Rois Catholiques, et peut-être plus tôt encore, si l’on en croit la mythographie référée aux rois législateurs tel Alphonse le Sage ?

Ces différents axes de réflexion pourront être exploités lors de cette première rencontre.

Avec la participation de :
Christian Biet, Jean Canavaggio, Fausta Antonucci, Florence d’Artois, Anne Cayuela, Amélie Djondo, Karine Durin, Rafael González Cañal, Isabel Ibáñez, Sònia Boadas, Elena Cantarino, Christine Marguet, Antonio Sánchez Jiménez

 

Programme

 

Jeudi 1er février

(Salle des conférences)

 

13h30 : Accueil des participants

14h00 : Ouverture
Silvia Contarini, Directrice de l’EA 369

Présentation
Christophe Couderc, Alexandra Merle et Philippe Rabaté

14h30 : La tragédie en France sous forme de procès, de Scédase de Hardy aux premières tragédies (et tragi-comédie) de Corneille (Le Cid, Horace)
Christian Biet, Université Paris‐Nanterre

15h00 : Pause

15h30 : El Auto de la Residencia del Hombre Como proceso judicial del pecador
Jean Canavaggio, Université Paris‐Nanterre

16h00 : La santa Juana de Tirso de Molina : justicia humana, justicia divina, justicia poética
Isabel Ibáñez, Université de Pau et des Pays de l’Adour

16h30 : Vrais procès pour fausses juges : la manipula1on judiciaire dans le théâtre de Tirso de Molina et Rojas Zorrilla
Amélie Djondo, Université de Paris-Nanterre

17h00 : Fin de la première journée

 

Vendredi 2 Février

(Salle des séminaires 2)

 

10h00 : Pleitos, disputas, embajadas : paradigmas jurídicos en escena en algunas comedias de Lope de Vega
Antonio Sanchez Jiménez, Université de Neuchâtel

10h30 : “Hay Odofredos y Dinos, Oldrados, Bártulos, Baldos” : las fuentes jurídicas de Lope de Vega
Sònia Boadas, Universidad Autónoma de Barcelona

11h00 : Lope jurista : los libros de Derecho en la república literaria del XVII
Anne Cayuela, Université Grenoble Alpes

11h30 : Discussion et pause

11h45 : Procesos y jueces en Enríquez Gómez
Rafael González Cañal, Castilla‐La Mancha

12h15 : Justice et injustice dans le théâtre de Antonio Enríquez Gómez
Karine Durin, Université de Nantes

 

12h45 : Déjeuner

 

14h30 : La justice du roi dans les dénouements de tragédie : effets interprétatifs
Florence d’Artois, Université Paris‐Sorbonne

15h00 : Alguaciles partout, justice nulle part (Luis Pérez e gallego de Calderón)
Christophe Couderc, Université Paris-Nanterre

15h30 : La reescritura de las situaciones judiciales : Calderón ante la primera versión de El médico de su honra
Fausta Antonucci, Università Roma Tre

16h00 : Pause

16h30 : Estrategias defensivas y escritura picaresca : el pleito pro domo de Lázaro de Tormes y Guzmán de Alfarache
Philippe Rabaté, Université Paris‐Nanterre

17h00 : Le procès dans le roman baroque : poétique du roman d’aventures et dimension politique
Christine Marguet, Université Paris 8 Vincennes‐Saint Denis

17h30 : Justicia y Ley : el proceso judicial en el Siglo de Oro
Elena Cantarino, Universidad de Valencia

18h15 : Conclusions
Alexandra Merle, Université Caen-Normandie

 

 

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