• THESE

    Les cheminements chaotiques de la politique étrangère européenne : interdépendances, concurrences, échanges croisés et processus d'institutionnalisation dans un univers de jeux multiples, soutenue en 2001 à Paris 1 sous la direction de Daniel Gaxie 

  • Yves Buchet de Neuilly, Brigitte Gaïti, Johanna Siméant-Germanos, Assia Boutaleb, Annie Collovald [et alii], La consistance des crises: autour de Michel Dobry, Presses universitaires de Rennes, 2022, 330 p.    

    L'oeuvre de Michel Dobry apparaît comme une des plus singulières et fécondes dans l'univers de la science politique contemporaine. Les réflexions tirées de Sociologie des crises politiques, récemment réédité, sont soumises ici à des épreuves empiriques et des questions théoriques renouvelées. Les hypothèses et méthodes proposées dans le livre de 1986 y résistent bien : elles permettent de saisir les logiques des basculements historiques, de ces moments où les repères ordinaires s'effondrent et où la légitimité des dirigeants s épuise brutalement. Et parce que cette sociologie nous engage à saisir l'effectuation même de ces processus d'écroulement, sans postuler qu'ils doivent tout à des causes lointaines, sans faire du résultat des crises le moteur de leur déroulement, elle est un des remèdes efficaces contre ces lectures étiologiques et rétrospectives qui encombrent l'histoire des révolutions. D'autres points sont soumis à la question : comment la sociologie des crises s'accommode-t-elle d'une sociologie de l'habitus avec qui elle entend cohabiter, ou encore comment intègre-t-elle l'historicité des sciences sociales : est-on voué à penser la crise sur le mode de la contingence ou faut-il viser une épistémologie à prétention nomologique souvent laissée aux seules sciences dures ? Nul doute qu il y a là des interrogations qui traversent les sciences sociales contemporaines et auxquelles un entretien avec Michel Dobry, publié en fin de volume, apporte quelques réponses

    Yves Buchet de Neuilly, Lilian Mathieu, Violaine Roussel, Assia Boutaleb, Bernard Lahire [et alii], Penser les frontières sociales: enquêtes sur la culture, l'engagement et la politique, Presses universitaires de Lyon, 2020, Actions collectives, 259 p.   

    Yves Buchet de Neuilly, L'Europe de la politique étrangère, Economica, 2005, Études politiques, 255 p. 

    Yves Buchet de Neuilly, La Décentralisation à l'épreuve de l'aménagement urbain. Restructuration des espaces territoriaux et coopération intercommunale dans la boucle de Montesson, l'auteur, 1996 

  • Yves Buchet de Neuilly, « Les frontières des organisations internationales. Autonomie et dépendances des engagements de sécurité collective », in Lilian Mathieu, Violaine Roussel (dir.), Penser les frontières sociales, Presses Universitaires de Lyon, 2019  

    Yves Buchet de Neuilly, « Février 2012 et l'élargissement de l'Union européenne à la Serbie. Coups imbriqués et connexions d'enjeux », in Brigitte Gaïti, Johanna Siméant (dir.), La consistance des crises Autour de Michel Dobry, Presses Universitaires de Rennes, 2018   

    Yves Buchet de Neuilly, « L’Union européenne et la sécurité collective. Usages, activation, canalisation des ressources militaires expéditionnaires », in Bazin, Anne, Tenenbaum, Charles (dir.), L’Union européenne et la paix. L’invention d’un modèle européen de gestion des conflits, Presses de Sciences Po, 2017, pp. 63-86 

    Yves Buchet de Neuilly, « Mais où se trouve "l'intérêt national" ? Les diplomates français dans les arènes du Conseil de l'UE », in Eymeri-Douzans, Jean-Michel (dir.), La France et ses administrations. Un état des savoirs, Bruylant, 2013 

    Yves Buchet de Neuilly, « La crise ? Quelle crise ? »: Dynamiques européennes de gestion des crises, Crises extrêmes. Face aux massacres, aux guerres civiles et aux génocides, La Découverte, 2006   

  • Yves Buchet de Neuilly, « Y a-t-il un pilote dans la gestion des crises ? Attentes et enjeux de cohérence dans les interventions européennes extérieures », Revue française d’administration publique, Institut international d'administration publique - École nationale d'administration (ENA) - Institut national du service public (INSP) , 2022, n°1 

    Yves Buchet de Neuilly, « Presence on the Ground: Expectations, Resources and Tactical Moves in the Negotiation of a UN Peacekeeping Operation in the Central African Republic », Journal of Intervention and Statebuilding, Taylor & Francis (Routledge), 2019, n°3 

    Yves Buchet de Neuilly, « Wikileaks, les médias et la diplomatie. La fuite comme enjeu de consolidation et de brouillage des frontières sociales », Genèses. Sciences sociales et histoire, Belin, 2014, n°1 

    Yves Buchet de Neuilly, « Le diplomate et le journaliste. Intérêts et enjeux du sourcing d’informations de politique étrangère », Politiques de communication, Presses universitaires de Grenoble, 2013, n°1 

    Yves Buchet de Neuilly, David Ambrosetti, « Les organisations internationales au cœur des crises »: Configurations empiriques et jeux d'acteurs, Cultures & conflits, CECLS - Centre d'études sur les conflits - Liberté et sécurité, L’Harmattan, 2009, n°75, pp. 7-14   

    Yves Buchet de Neuilly, « La politique étrangère et de sécurité commune. Dynamique d'un système d'action », Association des étudiants en science politique de Paris 1, Paris : Association des étudiants en science politique de Paris 1 et PERSÉE : Université de Lyon, CNRS & ENS de Lyon, 1999, pp. 127-146   

    Buchet de Neuilly Yves. La politique étrangère et de sécurité commune. Dynamique d'un système d'action. In: Politix, vol. 12, n°46, Deuxième trimestre 1999. La santé à l'économie, sous la direction de Patrick Hassenteufel. pp. 127-146.

  • Yves Buchet de Neuilly, European External Relations Fields: The Multi-Pillar Issue of Economic Sanctions Against Serbia, 2003   

  • Yves Buchet de Neuilly, « Le droit de l'UE au service d'une défense commune ? », le 08 novembre 2024  

    Colloque international organisé par le CRDP, Université de Lille sous la direction scientifique d'Elsa Bernard, Professeure de droit public à l'Université de Lille et de Stéphane Rodrigues, Maître de conférences HDR en droit public à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

    Yves Buchet de Neuilly, « Les multiples visages de l’autonomie stratégique européenne », le 28 octobre 2022  

    Organisé par l'IREDIES, Paris 1 Panthéon-Sorbonne dans le cadre des Entretiens de la Défense européenne avec le programme Sorbonne War Studies et l’École doctorale du Collège européen de sécurité et de défense

    Yves Buchet de Neuilly, « Guerre et souveraineté », le 07 juin 2022  

    Organisé par le programme Sorbonne War Studies, Paris 1 Panthéon-Sorbonne

    Yves Buchet de Neuilly, « Dynamiques des engagements internationaux de l’Union européenne. Enjeux de coordination bruxellois des opérations pluri-sectorielles en République centrafricaine », Journées d’étude Bilan et perspectives pour l’analyse sociologique du politique. Débats autour des travaux de Daniel Gaxie, Paris, le 10 septembre 2015 

    Yves Buchet de Neuilly, « UN Standards in Peace Keeping Operations. The stakes and uses of standards compliance expectations in the creation of the MINUSCA », 10th International Interpretative Policy Analysis (IPA) conference "Policies and Their Publics: Discourses, Actors and Power", Lille, le 08 juillet 2015 

ActualitésPublicationsENCADREMENT DOCTORAL
  • Eric Dikoume, Le concept de l’Approche intégrée appliqué à la gestion des conflits et des crises extérieures par l’Union européenne , thèse en cours depuis 2025 

    Piero Tellerías Melgarejo, Construire et saisir le programme CERT (Community Emergency Response Team) aux États-Unis et au Chili : la fictionnalisation au cœur des processus fragmentaires de circulation intra- et internationale d'un instrument de préparation des populations (1985-2020), thèse soutenue en 2025 à Paris 1 présidée par Sandrine Lefranc, membres du jury : Sandrine Revet (Rapp.), Romain Pudal (Rapp.), Antoine Vauchez et Jef Huysmans      

    La circulation du programme CERT s’inscrit dans une trajectoire que les acteurs font remonter à l’« âge d’or » du Service des pompiers de Los Angeles (LAFD) et à la fin de la guerre froide. Les supports pédagogiques, archives et récits affirment que l’instrument, conçu par le LAFD entre 1985 et 1987, s’inspire des « programmes de préparation japonais » et de l’« expérience mexicaine en préparation communautaire » pour faire face aux séismes. En 1994, le « programme multi-menaces de Los Angeles » devient un dispositif fédéral qui aurait été par la suite importé au Chili après la catastrophe de Maule en 2010. Le Bureau d’urgences du ministère de l’Intérieur chilien (ONEMI) initie alors un projet testé en 2011, suspendu entre 2013 et 2014, et relancé en 2015 grâce à la construction d’une « identité CERT chilienne » adaptée de celle américaine, en collaboration avec l’Agence fédérale américaine de gestion des situations d’urgence (FEMA), le Bureau des urgences de la Californie et le Service des pompiers de la ville de Santa Barbara. En réalité, comme nous avons pu l’observer grâce à un travail de terrain approfondi mené aux États-Unis et au Chili, ces références, à partir desquelles ont été conçues les variantes angelines, américaines et chiliennes du programme CERT, sont introuvables dans leurs champs d’origine. Nous n’avons vu nulle trace du programme préparatoire japonais, de l’expérience mexicaine en préparation communautaire, du programme multi-menaces de Los Angeles ou de l’identité CERT américaine, tels qu’ils sont présentés par les importateurs de l’instrument. Le programme CERT a pourtant bien circulé dans le temps et l’espace. Pour élucider cette énigme, cette thèse s’emploie à démontrer que la circulation nationale et internationale d’un programme d’action publique tel que le CERT a été rendue possible grâce à une pratique qui, tout comme celles associées au « prisme circulatoire » (diffusion, institutionnalisation, apprentissage, transfert, traduction), façonne les pratiques ordinaires des acteurs : la fictionnalisation. Profondément enracinées dans des intrigues suppositionnelles à propos de ce qui est méconnu de l’instrument étranger, ces références sont des fictions (non conçues comme telles) qui, tout en répondant à des contraintes et enjeux locaux, servent de points d’appui relationnels par rapport auxquels les acteurs construisent et saisissent le programme CERT. La démonstration couvre trois périodes historiques. La première traite l’élaboration du programme CERT à Los Angeles, à partir d’expériences japonaises et mexicaines en gestion des urgences et des catastrophes (1985-1990). Façonnées à l’aune des savoir-faire californiens, les fictions des « programmes de préparation japonais » et de l’« expérience mexicaine en réponse communautaire » aux séismes sont essentielles pour le LAFD dans l'élaboration du programme et la formation des populations. La deuxième explore l’adoption du programme par la FEMA et sa transformation en instrument fédéral (1990-2010). La fiction d’un « programme multi-menaces provenant de Los Angeles » a été déterminante dans l'adoption de l’instrument par d’autres États américains, contribuant à la survie de la FEMA face aux mutations du champ de la sécurité intérieure de l’après-guerre froide. La troisième examine comment l’ONEMI est parvenu à faire du programme un instrument de « gestion des identités » après la catastrophe de Maule en 2010, alignant la pratique chilienne sur les normes onusiennes et restaurant les liens avec les populations (2010-2020). L’élaboration d’une « identité CERT chilienne » à partir de la fiction d’une « identité CERT américaine » a joué un rôle clé dans l’adoption de l’instrument. La fictionnalisation n’est pas une simple vue de l’esprit, mais une pratique rationnelle, consciente ou non, essentielle à la construction et à la légitimation d’instruments d’action publique, en particulier lorsqu’ils sont perçus comme l’adaptation de dispositifs créés ailleurs.

    Cosme Journiac, L’engagement chinois dans les activités de paix onusiennes : acceptabilités et transformations des pratiques, thèse soutenue en 2025 à Paris 1 présidée par Delphine Allès, membres du jury : Nathalie Duclos (Rapp.), Florent Pouponneau (Rapp.), Grégory Daho et Hugo Meijer    

    Cette thèse explore la transformation de l’engagement de la République populaire de Chine (RPC) dans les opérations de maintien de la paix (OMP) des Nations unies entre 1971 et 2021. Initialement opposée à ces pratiques perçues comme des instruments impérialistes, la RPC est devenue un important contributeur, tant sur le plan financier que militaire. Ce tournant multilatéral, d’autant plus étonnant qu’il contraste avec le désengagement d’autres grandes puissances, est pour partie tributaire de dynamiques d’acceptabilité des acteurs chinois ainsi que de leurs pratiques et conceptions au sein d’un système multilatéral complexe. En adoptant une approche relationnelle et sociologique sur le temps long, ce travail examine comment les acteurs chinois naviguent dans le secteur de la sécurité collective, façonnant et étant façonnés par ses règles et normes. La notion d’acceptabilité, envisagée comme un processus dynamique, relationnel et conflictuel, est centrale pour analyser les processus d’apprentissage, d’hybridation et de négociation qui permettent aux acteurs chinois d’intégrer, d’adapter et parfois de reconfigurer les pratiques multilatérales. En s’adaptant aux attentes et aux règles formelles et informelles des pratiques onusiennes, les représentants chinois s’assurent de leur acceptabilité auprès des autres acteurs. Ils peuvent alors amorcer des tentatives de modification des règles et pratiques en vigueur dans cet écosystème. Ce faisant, ils suscitent des résistances de la part des autres acteurs du système, remettant en question l’acceptabilité même des pratiques et conceptions chinoises. Loin d’une trajectoire linéaire, l’engagement chinois se révèle être le produit de luttes, d’ajustements et d’interactions dans un contexte en perpétuelle évolution où l’acceptabilité n’est pas simplement une question de conformité aux normes, mais aussi de gestion des attentes collectives et de maintien d’un équilibre entre influence croissante et résistance des autres acteurs. Mobilisant des méthodes mixtes — analyses quantitatives, entretiens, observations -, cette thèse met en évidence les tensions entre l’acceptation croissante de la RPC comme acteur majeur et les résistances qu’elle suscite. Elle retrace l’intégration chinoise dans le système onusien, soulignant l’évolution progressive de ses contributions façonnées par des ajustements et apprentissages face aux transformations des contextes et aux contraintes internationales. Cette thèse analyse ensuite la diversité des pratiques des acteurs chinois sur le théâtre des opérations, sur leur territoire national et au sein des arènes décisionnelles onusiennes, révélant des interactions complexes entre logiques bureaucratiques nationales et exigences multilatérales, qui transforment à la fois les acteurs impliqués et les instruments multilatéraux eux-mêmes. Enfin, elle explore les conséquences de cet engagement accru sur les structures multilatérales, mettant en lumière une redistribution des ressources, une reconfiguration des hiérarchies onusiennes et des résistances suscitées par les pratiques chinoises dans un contexte de rééquilibrage des rapports de force internationaux. En s’éloignant des approches normatives ou stato-centrées pour étudier les dynamiques d’intégration et de contestation, elle propose une réflexion sur les modalités des transformations contemporaines des rapports de force au sein des Nations unies et du multilatéralisme.

    Antoine Chauvot, Hacker vaillant rien d’impossible ? Les experts cyber et IA au cœur de mutations de l’φtat, thèse en cours depuis 2024 en co-direction avec Francesca Musiani 

    Maïlys Mangin, La conversion de l'AIEA à la lutte contre la prolifération nucléaire : une internationalisation tactique des jeux gouvernementaux nord-américains, d'Atoms for peace aux sanctions contre les Atomic ayatollahs, thèse soutenue en 2022 à Université de Lille 2022 présidée par Jacobo Grajales Lopez, membres du jury : Grégoire Mallard (Rapp.), François-Xavier Dudouet (Rapp.), Florent Pouponneau    

    Cette thèse analyse les transformations des missions de non-prolifération nucléaire de l’AIEA (Agence Internationale de l'Énergie Atomique) et des usages qui en sont faits, de sa création pendant la guerre froide à la crise nucléaire iranienne. Elle expose les fondements sociaux d'un processus de politisation de l’AIEA, caractérisé par l'intensification et la conflictualisation des échanges de coups entre les acteurs et secteurs sociaux qui mobilisent les ressources institutionnelles de cette OI. A partir d'entretiens et d'archives variés, la thèse met ainsi en lumière les contraintes que ce contexte de politisation exerce sur les perceptions et les pratiques des acteurs à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières institutionnelles de l'AIEA. La thèse retrace d’abord comment le système bipolaire, puis son effondrement, pèsent sur la façon dont les acteurs de la politique étrangère nord-américaine se saisissent du problème de la prolifération nucléaire, et structurent les formes de mobilisation de l'AIEA à cet égard. Après avoir été un effet secondaire de la politique d'exportation nucléaire civile des États-Unis, les activités de non-prolifération de l'AIEA sont remises en question dans le cadre de luttes étasuniennes pour la restructuration post-guerre froide de la politique étrangère au Moyen-Orient. Cette thèse analyse ensuite comment ce processus de politisation, en tant que logique de situation, structure la façon dont l’expertise de l'AIEA est produite et mobilisée dans le cadre du dossier iranien. Elle démontre que l'enquête de l'AIEA en Iran, à partir de 2003, constitue autant un processus technique autonome qu'un carburant de la compétition pour la définition des activités nucléaires iraniennes (in)acceptables. En cela, cette thèse propose une alternative à la sociologie « circulatoire » en substituant à l'étude des logiques d'import-export entre espaces nationaux celle d'une interdépendance tactique entre des espaces sociaux sans proximité géographique. Dépassant l’opposition entre usages instrumentaux et vertus légitimantes des OI, cette approche participe à renouveler l’analyse des usages stratégiques des OI et leurs effets.

    Bogdan Topan, Transgression de la logique de transgression de l'OTAN dans le contexte des guerres hybrides., thèse en cours depuis 2022 en co-direction avec Ruxandra Ivan 

    Mélissa Haussaire, La fabrique de l'Etat sous régime d'aide. Construction d'une administration extravertie au Sénégal., thèse soutenue en 2019 à Université de Lille 20182021 en co-direction avec Olivier Nay    

    Depuis les années 2000 les programmes de coopération internationale mettent l’accent sur le renforcement de l’État et de nombreuses interventions sont consacrées à la « bonne gouvernance ». Mais l’étude des interventions internationales dédiées à ces réformes ne suffit pas à cerner les effets de la présence des bailleurs sur la construction de l’Etat. Les dispositifs d’aide ont des effets sur l’architecture administrative et la professionnalisation des agents qui sont plus larges et qui s’ancrent dans le temps long. En prenant pour objet la construction et la mise en œuvre des dispositifs de gestion de l’aide au niveau national et la manière dont les élites dirigeantes, politiques et administratives, s’en saisissent, cette thèse observe les stratégies d’extraversion et les reconfigurations de pouvoir qui en résultent. Elles reposent sur la réappropriation et la création d’instruments qui correspondent aux mots d’ordre internationaux par des acteurs multiples. Nous étudions plus spécifiquement les stratégies d’extraversion des agents du ministère des Finances et les directeurs et salariés des projets financés par les fonds extérieurs. La construction d’une administration extravertie, si elle donne lieu à des concurrences autour de la gestion et de l’usage des fonds, n’entraîne pas seulement une fragmentation de l’État. Au-delà de la création d’enclaves bureaucratiques ou de l’apparition d’une élite internationale, l’aide est appropriée par les acteurs locaux qui l’inscrivent dans des logiques endogènes à l’administration (les luttes administratives, les hiérarchies existantes, les liens avec le monde politique) dans laquelle ils sont fortement ancrés.

    Maxime Godefroy, Maintenir la paix, mais laquelle ? : Interdépendances, zones d'action et conjoncture de maintien de la paix dans le secteur de la sécurité collective, thèse soutenue en 2016 à Lille 2 en co-direction avec Olivier Nay      

    A travers l’exemple des opérations de maintien de la paix (OMP) conjointes entre les Nations Unies et l’Union européenne au Tchad et en République centrafricaine (Eufor Tchad-RCA et Minurcat) entre 2008 et 2010, cette thèse questionne les mécanismes qui mènent au déclenchement d’une opération de sécurité collective dite de maintien de la paix ainsi que son déroulement. Alors que les analyses anglo-saxonnes du maintien de la paix dans le champ des Relations internationales questionnent peu le processus qui mène à leur déploiement, faisant de celui-ci une réponse quasi rationnelle à l’émergence ou la reprise d’une « crise », cette thèse analyse finement le processus non linéaire qui mène au déploiement des opérations Eufor Tchad-RCA et Minurcat. Cela permet d’interroger de manière originale les disfonctionnements du maintien de la paix en ne s’intéressant pas uniquement à l’appropriation locale d’une OMP comme dans la littérature sur la paix libérale mais en analysant les continuités entre les phases dites de décision et celles de mise en oeuvre. La thèse défendue ici est que le déclenchement d’une OMP se comprend comme le produit de l’activité sociale ayant lieu autour d’un enjeu sécuritaire qui mène à la structuration d’une zone d’action conjoncturelle dans le secteur de la sécurité collective. On parle de conjoncture de maintien de la paix. Le déroulement de l’OMP s’analyse alors comme la poursuite de l’activité au sein de cette zone d’action qui intègre de nouveaux acteurs durant la phase de conduite des opérations. La reconfiguration de la zone d’action peut mener à la poursuite de l’OMP ou à sa fin suivant la dynamique sociale qui se met en place.

  • Étienne Huyghe, L'intérieur à l'extérieur : la fabrique de l'action internationale du ministère français de l'Intérieur, thèse soutenue en 2025 à Paris 1 sous la direction de Olivier Nay, membres du jury : Sébastien-Yves Laurent (Rapp.), Vanessa Codaccioni (Rapp.), Jacques de Maillard    

    Evoquer la dimension internationale de l’action d’un ministère dont la dénomination même semble l’incliner à ne traiter que des affaires intérieures apparaît de prime abord paradoxal. Pourtant, l’international a acquis au cours de ces dernières décennies une importance croissante au sein du ministère français de l’Intérieur (MI). Cette thèse se propose d’analyser le processus d’institutionnalisation de cette action internationale, dans une double perspective historique et sociologique. Loin d’être le produit d’une évolution spontanée et linéaire, la trajectoire de l’action internationale du MI que nous retraçons dans le cadre de cette étude se révèle bien plutôt contingente et sinueuse. Si elle est contingente, c’est parce que son institutionnalisation est étroitement liée à la rencontre entre trois variables : une structure d’opportunité et de contrainte déterminée par l’environnement international, une configuration changeante d’interrelations entre les groupes contribuant à la fabrique de la politique extérieure française (militaires, développeurs, diplomates, acteurs de l’intérieur…) et l’état du jeu institutionnel interne entre les groupes qui constituent l’écosystème professionnel du ministère de l’Intérieur lui-même. Si elle est historiquement sinueuse, c’est parce qu’elle est marquée par une succession de zones de turbulence (conflits européens, crise diplomatique sahélienne...) et de courants porteurs (décolonisations, européanisation…) dont la survenue n’est pas donnée à l’avance. De l’Europe à l’Afrique sahélienne, cette thèse offre ce faisant un regard renouvelé sur l’intrication croissante entre politique intérieure et politique extérieure en matière de sécurité.

    Stéphanie Tchiombiano, Lutter contre le sida à l'ère néolibérale : l'exemple du fonds mondial au Niger, thèse soutenue en 2023 à Paris 1 sous la direction de Olivier Nay, membres du jury : Laëtitia Atlani-Duault (Rapp.), Fred Eboko (Rapp.), Michel Kazatchkine      

    Cette thèse étudie les ressorts de la construction des politiques internationales de santé. En interrogeant le cas de la lutte contre le sida au Niger, je propose une analyse de leur mise en œuvre opérationnelle en Afrique de l’Ouest, du rôle spécifique des experts et de l’articulation de dynamiques locales, nationales et internationales dans la construction de cette action publique. Depuis sa création en 2002, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme se présente comme un partenariat public-privé moderne, un instrument de financement neutre, souple, respectueux des priorités nationales. Pourtant, l’observation sociologique montre qu’il est aussi un producteur de normes et d’instruments qui façonnent la gouvernance sanitaire et, et qu’il contribue notamment à diffuser les principes du New Public Management, illustrant la montée en puissance, dans le monde de l’aide en santé, de pratiques, de techniques, de représentations et de valeurs qui sont directement inspirées par le management privé et le monde de la finance. La première partie porte sur le Fonds mondial comme organisation (son histoire, sa gouvernance, ses modalités de fonctionnement). Soumises aux exigences croissantes des bailleurs et aux influences d’acteurs comme la Fondation Gates, les équipes du secrétariat recherchent en permanence à rendre le dispositif plus performant, plus efficace, plus transparent, au prix d’un renouvellement quasi permanent de ses modalités de fonctionnement. L’ensemble de ce dispositif institutionnel est structuré autour de plusieurs impératifs gestionnaires entrainant une intense production normative et bureaucratique : l’impératif de transparence, l’impératif d’efficience « money for value » et la gestion des risques. La deuxième partie met en lumière la construction progressive d’une nouvelle communauté de pratiques, que la complexité et la réinvention permanente des procédures ont placé au cœur du dispositif : les «experts du Fonds mondial», avec ses règles propres, ses logiques de recrutement, ses stratégies d’acteurs, ses rapports de forces internes, mais aussi ses effets de clôture par rapport à d’autres champs d’expertise dans le domaine de la santé. La thèse propose une cartographie critique de cet écosystème et montre de quelle manière ce nouveau champ d’expertise s’est structuré avec ses logiques de cooptation, ses enjeux transnationaux / géopolitiques, ses figures de proue, ses domaines de spécialité́, ses clans internes, mais aussi ses lieux de regroupement, et son sentiment d’appartenance. La troisième partie porte sur les répercussions locales de ce dispositif et montre de quelles façons les normes managériales du Fonds mondial se diffusent au Niger, via des outils, des procédures, des instruments. Au-delà de l’ouverture des discussions à de nouveaux acteurs de la lutte contre le sida, les effets les plus marquants que la thèse met en lumière sont la modification des relations de pouvoir sur la scène nationale : remise en question de l’autorité de l’État, renforcement de la place des acteurs internationaux, création d’enclaves autonomes au sein de l’administration, affaiblissement des mobilisations sociales, au détriment de logiques de « sous-traitance », contribuant à une forme de standardisation et de dépolitisation de la lutte contre le sida.

    Youssef Saber Hanna, La politique étrangère égyptienne à l'égard des Etats-Unis : le rôle de l'Economie Politique dans la définition des enjeux réciproques, thèse soutenue en 2020 à Bordeaux sous la direction de Daniel Compagnon, membres du jury : Jean-Vincent Holeindre (Rapp.), Andy Smith      

    La thèse porte sur l'examen de l'influence de trois facteurs économiques majeurs, sur l'élaboration de la politique étrangère égyptienne vis-à-vis les Etats-Unis. Ces trois facteurs sont : l'aide américaine, le commerce extérieur et les investissements. A partir de ces trois pistes d'analyse, nous pouvons mesurer le degré d'asymétrie de l'économie égyptienne vis-à-vis les Etats-Unis. Cela se fait en introduisant des paramètres, plutôt quantitatifs, qui nous servent comme des indices au degré de réciprocité ou celui de dépendance unilatérale. Cette analyse sera complétée par l'élaboration d'autres indicateurs, plutôt politiques, qui reflètent le degré de subordination ou d'indépendance de la politique étrangère égyptienne à l'encontre des Etats-Unis. De plus, la thèse met l'accent sur les relations existantes entre les décideurs de la politique étrangère dans le champ interne. Cela comportera une analyse minutieuse des réseaux d'intérêts des acteurs de la politique étrangère égyptienne selon un modèle bureaucratique. Il s’agit plutôt d’approfondir ces questions à travers une combinaison de l’approche de l’économie politique internationale et les théories d'analyse de la politique étrangère, en démontrant jusqu’à quelle mesure l’aspect économique des relations égypto-américaines rend les pratiques d'interdépendance banales.

    Lison Guignard, La fabrique de l'égalité par le droit. Genèse et usages transnationaux du protocole de Maputo sur les droits des femmes de l’Union africaine, thèse soutenue en 2018 à Université ParisSaclay ComUE sous la direction de Benoit Bastard, membres du jury : Ioana Cîrstocea (Rapp.), Rachel Murray (Rapp.), Laurence Dumoulin et Marième N'Diaye   

    L’enjeu de cette recherche doctorale est d’explorer le processus de fabrique du protocole additionnel à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes. À l’intersection des corpus théoriques de la sociologie de la production du droit et de celle des mobilisations, ce travail porte sur la genèse et la trajectoire de ce texte dans différents espaces, c’est-à-dire dans le cadre des jeux d’acteur.rice.s intervenus sur la scène de l’OUA/UA mais aussi, de façon simultanée ou successive, sur les scènes nationale et internationale. C'est donc une approche multi-niveaux qui est adoptée pour analyser cette production normative à travers les enjeux et le sens épistémologique que les différent.e.s acteur.rice.s lui confèrent. Cette recherche s’intéresse ainsi aux projections, aux projets d'usages et aux mobilisations vis-à-vis de ce qui deviendra le protocole de Maputo tels qu'ils sont produits par différents pôles : le « pôle de l'instrument juridique, judiciaire et juridicisant » (ou pôle expert), le « pôle de l'instrument d'action publique, de promotion/protection des droits des femmes » (ou pôle militant), le « pôle légitimant et cérémoniel » (ou pôle étatique), le « pôle du référentiel universaliste » (ou pôle du Nord) et le « pôle du statu quo et de l’ineffectivité » (ou pôle résistant). C’est en effet par l’interaction entre ces différents pôles, qui agissent et se mobilisent autour de la création d’un texte juridique africain portant sur l’égalité hommes-femmes, qu’est analysé le processus de production du droit (compris, conformément à notre approche sociologique du droit comme la construction aussi bien que la mise en œuvre du texte). Cette recherche doctorale investigue en particulier la façon dont la tension structurante entre dimension instrumentale et symbolique du droit traverse l’histoire et les mobilisations autour de ce processus.

  • Stefan Waizer, Institutionnalisation d’un rôle politique au sein de la diplomatie internationale : l'ascension du haut représentant de l'UE dans le dossier nucléaire iranien, 2003-2015, thèse soutenue en 2018 à AixMarseille sous la direction de Philippe Aldrin et François Foret présidée par Rostane Mehdi, membres du jury : Sophie Vanhoonacker (Rapp.), Christian Olsson    

    Cette thèse analyse l’institutionnalisation du Haut représentant de l’UE dans les négociations sur le programme nucléaire iranien entre 2003 et 2015. En combinant la sociologie de l’UE avec la sociologie des RI, elle interroge les dynamiques qui ont amené le Haut représentant à être reconnu comme légitime par l’ensemble des acteurs de la configuration du dossier nucléaire iranien. À partir de ce questionnement, ce travail propose un cadre d’analyse pour étudier l’institutionnalisation de l’Europe de la politique étrangère. En m’appuyant sur l’hypothèse de la différenciation des espaces sociaux, je prendrai en compte les logiques distinctes structurant l’arène globale de la négociation nucléaire et l’arène de la PESC, tout en les appréhendant comme des arènes enchevêtrées. À partir de l’analyse de l’institutionnalisation du rôle du Haut représentant dans le dossier nucléaire et en s’inspirant de la sociologie de Michel Dobry, ce travail permet de concevoir la variation de l’emprise des différents espaces sociaux sur l’institutionnalisation de l’action extérieure commune. Plutôt que de privilégier l’analyse d’une dimension sur l’autre, il est nécessaire de saisir la trajectoire de leur rapport afin d’appréhender le caractère aléatoire de la construction de l’Europe de la politique étrangère dans toute sa complexité. Au-delà de cela, l’étude de cas questionne l’idée de l’institutionnalisation de l’UE en tant que processus d’intégration. En effet, l’inscription de l’UE dans l’espace global de la diplomatie internationale nous permet de voir qu’il s’agit aussi bien d’une dynamique d’autonomisation, de différenciation et d’exclusion

    Jan Wörlein, Gouverner l'humanitaire : une sociologie politique du monde des acteurs de l'aide en Haïti (2010-2016), thèse soutenue en 2017 à Paris 10 sous la direction de Élisabeth Claverie présidée par Franck Petiteville, membres du jury : Nicolas Lemay-Hébert (Rapp.), Laëtitia Atlani-Duault    

    Cette thèse est le résultat d’une enquête documentaire et ethnographique prenant pour objet les acteurs du système de l’aide internationale en Haïti entre 2010 et 2016 ainsi que leurs interactions structurées dans l’objectif de faire une sociologie politique de la gestion des crises dans ce pays. L’enquête montre notamment que la multiplication et l’enchevêtrement des domaines de spécialisation de ces acteurs a produit une « bureaucratie de l’urgence » parallèle à l’État haïtien, ce qui entraîne des superpositions et des incohérences dans la gestion et la prévention des crises. Je présente le travail de cette bureaucratie pour gouverner l’humanitaire comme un art de gouvernement. L’apport principal de cette thèse est de montrer que cet art de gouvernement s’exerce tant sur les humanitaires eux-mêmes que sur les bénéficiaires de l’aide, bien que de manières différentes.

    Milena Dieckhoff, Médiation, médiations ? : typologie d'une activité de pacification dans les conflits politiques violents de l'après-guerre froide, thèse soutenue en 2016 à Paris Institut détudes politiques sous la direction de Guillaume Devin présidée par Thomas Lindemann, membres du jury : Valérie-Barbara Rosoux (Rapp.), Jacques Faget et Marie-Joëlle Zahar    

    Comment comprendre, interpréter, et expliquer la médiation internationale ? Peut-on distinguer différentes formes de médiations internationales ? Face au recours croissant à la médiation sur la scène internationale depuis la fin de la guerre froide et à la diversité des acteurs pouvant entreprendre cette activité de pacification, un travail de clarification s’impose. Mêlant réflexion théorique et analyse de cas d’étude, nous proposons une typologie fondée sur la distinction entre une médiation politique, expertise et sociétale. Pour dégager ces types, nous interrogeons les différentes conceptions du conflit et de la paix ainsi que la rationalité à l’œuvre dans la médiation, la variété des pratiques de médiation et, en dernier lieu, les diverses fonctions de la médiation dans la recomposition du conflit et pour le médiateur. Dans un deuxième temps, nous montrons que les limites de la typologie nous informent sur des problématiques communes aux différentes médiations. En pensant « l’unique » ou les limites des types, nous interrogeons les contextes de médiations, en replaçant les activités de médiations dans leur environnement macro et micro. Penser « le multiple » est ensuite un moyen de mettre en évidence des complexes de médiations, qui redonnent une multi-dimensionnalité au phénomène – d’où le regard sur les médiations multi-types – et témoignent aussi des évolutions possibles des formes de médiations. Enfin, « l’entre-deux » permet de questionner les médiations hybrides, marquées par la combinaison de caractéristiques les rattachant à différents types, et qui émergent des décalages entre discours et actes ainsi qu’entre effets recherchés et résultats obtenus.

    Virgile Coujard, La politique étrangère de la France dans les crises internationales, du Golfe à l’Irak : Jeu gouvernemental, jeu diplomatique, système international, thèse soutenue en 2014 à Paris 1 sous la direction de Michel Dobry présidée par Olivier Nay, membres du jury : Frédéric Ramel (Rapp.), David Ambrosetti et Samy Cohen    

    Cette thèse a pour objet la politique étrangère de la France dans la crise du Golfe (1990-1991) et la crise irakienne (2002-2003). Afin d'expliquer les variations du comportement français la participation à la guerre du Golfe, l'opposition à la guerre d'Irak, trois approches, trois niveaux d'analyse, sont mobilisés. Le jeu gouvernemental met au jour la construction interne de la politique étrangère, retraçant les marchandages au sommet de l'État et révélant les biais par lesquels le champ politique national et les administrations influent sur la politique menée. Le jeu diplomatique, en restituant la complexité des processus d'interaction et de négociation interétatiques, montre comment les enjeux et objectifs tactiques se construisent dans les crises, sont sensibles à la configuration du jeu et aux prises de positions des autres diplomaties. L'analyse structurale souligne le poids de la structure du système international- son état comme sa tendance - et de la position d'un État en son sein sur la politique étrangère. Dévoiler les mécanismes par lesquels ces pressions structurelles agissent nécessite de mettre en relation la structure du système, l'ordre international, les perceptions des dirigeants et les comportements des États. C'est au final un mode d'articulation des niveaux d'analyse et des facteurs de détermination de la politique étrangère en temps de crise internationale qui est proposé - un mode qui puisse éclairer l'interpénétration, les combinaisons et interactions entre ces trois niveaux.

    Médéric Martin-Mazé, Le gouvernement international des frontières d’Asie centrale, thèse soutenue en 2013 à Paris Institut détudes politiques sous la direction de Didier Bigo présidée par Virginie Guiraudon, membres du jury : Madeleine Reeves (Rapp.), Didier Georgakakis et Mikael Rask Madsen    

    Le gouvernement international des frontières d’Asie centrale (Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan, Kazakhstan, Turkménistan) comprend les projets de gestion des frontières conduits par l’OSCE, la Commission européenne, l’ONUDC et l’OIM entre 1992 et 2012. Ils organisent l’import/export d’une expertise alignant les limites étatiques dans cette région sur un double impératif de mobilité et de sécurité. Comment ces savoirs sur la frontière circulent-ils à travers ces dernières ? Les projets passent par trois univers distincts. Ils prennent attache sur les sociétés centrasiatiques aux intersections entre flux et contrôle. Les équipements qu’ils fournissent n’encadrent toutefois les pratiques de vérification que dans une mesure très variable. Ces investissements sont décidés dans des comités de pilotage situés dans un microcosme qu’on appelle le champ d’opérations. Cet espace se configure selon un capital dont le volume décrit l’autonomie des opérateurs, et dont la structure signale leur niveau de spécialisation dans les mondes du développement et de la sécurité. Sa structure sanctionne positivement les acteurs qui accumulent la plus grande quantité de capital social. Les enceintes d’autorisation sont quant à elles encastrées dans un espace transnational gravitant autour de Bruxelles et de Vienne. Tandis que l’Asie centrale est construite comme un enjeu d’intérêt secondaire au sein du champ de l’Eurocratie, les acteurs de la place viennoise lui accordent une importance plus grande. Les élites transnationales les plus subalternes sont incitées à s’établir dans cette zone de relégation, car elles peuvent plus facilement y rétablir leurs positions respectives.