L'importance des communications électroniques dans le monde et, en particulier en Afrique, n'est plus à prouver. Les experts ont clairement démontré leur apport essentiel dans l'amélioration de la productivité et de la compétitivité, dans la création de richesses ou encore dans la réduction de la pauvreté. La Communauté Économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a parfaitement raison d'être convaincue que l'institution d'un marché unique numérique catapultera l'atteinte de ses ambitions de parvenir à une communauté des peuples vivant dans la paix et la prospérité au bénéfice des 412 millions d'habitants de ses 15 Etats membres à l'horizon 2050. Cette conviction politico-économique s'est traduite au plan juridique par l'adoption de normes et réglementations dont, en particulier, le paquet télécom constitué des 6 Actes Additionnels de 2007 ayant pour objet de régir (presque) tous les compartiments de ce secteur aussi bien au niveau communautaire qu'étatique.L'existence d'un droit national des communications électroniques ne fait pas de doute ne serait-ce qu'à en juger par le nombre relativement important de thèses et ouvrages généraux y relatifs. Toutefois, au niveau communautaire, le constat est tout autre. La paucité doctrinale n'aide pas, en effet, à affirmer avec une certitude cartésienne, d'abord, l'existence (c'est-à-dire le concept, l'origine, l'évolution et l'autonomie) d'un droit des communications électroniques de la CEDEAO et, ensuite, le contenu (c'est-à-dire la nature, la dynamique ou la substance) exact des réglementations qu'il renferme.La présente étude conclut finalement à l'existence de ce droit qui s'est construit et a évolué dans un contexte de libéralisation du secteur des communications électroniques, d'harmonisation des réglementations et d'affirmation de son autonomie aussi bien matérielle (compétences, sources et champ d'application) qu'institutionnelle avec la fonction cardinale (mais de plus en plus fragmentée) que joue l'Autorité nationale de régulation (ANR). Quant à sa nature, l'étude postule à un dimorphisme normatif avec, d'une part, une réglementation communautaire générale qui comporte une dimension à la fois positive (droits et libertés reconnus) et négative (obligations multiformes imposées aux acteurs) et, d'autre part, une réglementation spécifique. Celle-ci comporte le régime de l'opérateur puissant pour prévenir qu'il n'abuse de sa position dominante et déséquilibre l'état concurrentiel du marché si durement acquis et celui du régime du service universel visant à protéger en particulier le consommateur faible des affres d'une libéralisation et d'une concurrence exacerbées. L'atteinte de l'état d'ataraxie numérique tant souhaité par la Communauté y depend en effet : là où vit une âme, un réseau doit être disponible et accessible selon la juste formule d'un auteur. Cette conceptualisation et cette systématisation à peine achevées méritent néanmoins d'être dépassées au regard de l'évolution de la technologie et des grands enjeux numériques du moment : l'intelligence artificielle avec notamment ChatGPT, la Big data, le cyber menace, la neutralité du net, la protection des données personnelles, l'internet des objets, le matavers, la sobriété numérique, etc. C'est donc que le besoin est impérieux de réformer la réglementation, de changer de paradigme sur la régulation ainsi que le devenir du régulateur et de promouvoir davantage la culture numérique du citoyen. Il faut se satisfaire que ce chantier soit déjà ouvert. Mais il conviendrait de l'accélérer pour qu'une fois de plus, la CEDEAO et, de manière générale l'Afrique, ne rate pas le coche de ce tournant numérique historique qui s'annonce à pas de géant avec tambours et trompettes.