Au tournant des années 2020, le Japon a engagé une réflexion accrue sur sa sécurité économique. Ce concept renvoie à la capacité d’un État à garantir les conditions nécessaires à la stabilité et la souveraineté de son économie face à des menaces internes ou externes. Il part du postulat que des moyens économiques minimums sont requis pour préserver les intérêts vitaux d’une nation. L’essor de la sécurité économique a été favorisé par la pandémie de Covid-19 et la montée des tensions internationales, qui ont mis en lumière les vulnérabilités inhérentes aux flux de la mondialisation.
Or, si cette prise en compte s’observe dans l’ensemble des pays membres l’OCDE, elle revêt une acuité particulière au Japon, notamment du fait de sa forte dépendance aux importations de matières premières critiques.
Toutefois, l’état de l’art adopte pour l’essentiel un point de vue national, au détriment d’une approche comparative éclairante sur les différentes politiques de sécurité économique, qui peuvent diverger dans leur conception, objectifs, périmètre et mise en œuvre. D’autre part, il se concentre souvent sur la réponse politique des États aux enjeux soulevés, en minimisant les initiatives des acteurs privés et leur coordination. Enfin, les études se cantonnent fréquemment à l’un des aspects de la sécurité économique (stabilité des chaînes d'approvisionnement, contrôle des transferts de technologie, réponse à la coercition économique, protection des infrastructures critiques...), sans toujours appréhender le concept dans sa globalité.
En partant du cas d’étude japonais, ce projet de recherche a pour objectif d’étudier la prise en compte des enjeux de sécurité économique au Japon, tant par l’État que les acteurs privés, et la manière dont leurs initiatives s’imbriquent. Dans une approche comparative et interdisciplinaire, qui se fonde en particulier sur le concept de « sécuritisation » (« securitization »), il cherche à démontrer s’il existe ou non un modèle japonais de sécurité économique.