Vianney Schlegel, Clément Barbier, Janoé Vulbeau (dir.), Gouverner les territoires du Nord: capitalisme, race et pauvreté, Presses universitaires du Septentrion, 2025, Espaces politiques, 348 p.
Comment penser les transformations des territoires (post-)industriels ? À partir du croisement de recherches en sciences sociales menées depuis le Nord de la France, cet ouvrage propose une approche localisée du changement social. Il éclaire les reconversions de l’économie – industrielle, immobilière et environnementale –, la (re)production des frontières raciales – dans la gestion de la main-d’oeuvre, l’accès au logement et les mobilités transfrontalières – et le gouvernement de la pauvreté – depuis les trajectoires de (dé)cohabitation des jeunes de classes populaires, l’encadrement des usages de drogues et l’expérimentation d’un revenu minimum à l’échelle communale. On y retrouve les élus, techniciens, patrons, militants et habitants qui portent, subissent ou s’opposent aux restructurations des sociétés capitalistes et post-coloniales, bien souvent impulsées au nom d’une transition sans fin, tantôt « tertiaire », « sociale » ou « environnementale ». How can we think about the transformations of (post-)industrial areas? Based on a cross-section of social science research carried out in Northern France, this book adopts a local perspective on social change. It first sheds light on the restructuring of industrial, real estate and green economies, then on the (re)production of national and racial boundaries considering labour, housing, and international mobilities, and finally on the government of poverty from the (de)cohabitation trajectories of working-class youth, over the regulation of drug use, to the local experimentation of a universal basic income. It features elected representatives, corporate managers, activists and citizens who are involved in or opposed to the continuous restructuring of capitalist and post-colonial societies, driven in the name of a never-ending transition, whether this shift be to a “service economy” or to a more “sustainable” and “inclusive” urban society
Vianney Schlegel, Cédric Passard, Nicolas Deffontaines, David Descamps, Agathe Foudi [et alii], Sociologie du risque, Atlande, 2021, Clefs concours (Sociologie), 346 p.
Vianney Schlegel, Dominique Duprez, Errance et toxicomanies à Lille. Contribution à une ethnologie de la rue, Faculté des Sciences économiques et sociales - Université de Lille 1, 2013, 180 p.
Vianney Schlegel, Collectif Samson, Sylvain Celle, Thomas Chevallier, « Sociologie d’une entreprise d’oubli : Enquête sur l’effacement mémoriel d’une coopérative ouvrière et socialiste à Lille », Genèses, Genèses, 2026, n°141, pp. 32-53
Cet article analyse l’effacement
mémoriel de l’Union de Lille, une
coopérative de consommation
au cœur du mouvement ouvrier
et socialiste lillois, tombée dans
l’oubli au cours du xxe siècle. À
partir d’archives de presse, de la
coopérative, du Parti socialiste et
des entretiens avec un nombre
restreint d’acteurs ayant connu
l’Union, il met l’accent sur
les mutations du mouvement
coopératif, du parti et de la ville,
ainsi que le rôle de leurs dirigeants
dans cette « entreprise d’oubli ». Il
interroge enfin la manière dont
ce travail historique et collectif
peut contribuer à des formes de
résistances mémorielles.
Vianney Schlegel, Vincent Schlegel, « La dimension symbolique de la violence médicale Dominations et réflexivités soignantes dans la prise en charge des diabétiques et des sans-domicile », Genèses, Genèses, 2025, n°138, pp. 81-104
Vianney Schlegel, Sylvain Celle, Thomas Chevallier, « Financements occultés. Sur les usages socialistes de la coopération dans le Nord au tournant du XXe siècle », Politix, Politix, 2023, n° 138, pp. 127-151
À partir du cas de la coopérative de consommation l’Union de Lille et en étudiant plus généralement la coopération socialiste dans le nord de la France, cet article porte sur les pratiques de discrétion, d’occultation et de mise au secret des enjeux de financement des activités politiques partisanes au tournant du XXe siècle. En revenant sur les débats relatifs au rôle que doivent jouer les coopératives dans la lutte politique et dans l’avènement du socialisme, l’étude souligne les stratégies de publicisation et de discrétion mobilisées par les dirigeants coopératifs quant au principe de subventionnement systématique des partis politiques. Au-delà de ces enjeux, le dépouillement des archives de l’Union de Lille montre que certaines décisions mettant en péril le modèle économique coopératif sont cachées aux sociétaires, tandis que les stratégies d’alliance de classe ou avec la franc-maçonnerie font l’objet de représentations ambivalentes, en oscillant entre opposition idéologique et acceptation tacite ou pragmatique au nom des besoins de financement de la lutte politique. Finalement, l’ensemble des débats et des pratiques analysés peuvent être rapportés aux processus de structuration et de professionnalisation de la vie politique française : la constitution d’une culture du secret autour des enjeux de financement du champ politique traduit bien son autonomisation et la sélectivité croissante dans l’accès à ses positions les plus hautes.
Vianney Schlegel, « Héberger ou accompagner les personnes sans domicile ? Une prise en charge segmentée et une professionnalisation en trompe-l'oeil », Connaissance de l'emploi, Centre d'études de l'emploi et du travail (Noisy-le-Grand), 2022, n°179
Vianney Schlegel, « De chrétiens à professionnels : L’Association baptiste pour l’entraide et la jeunesse (Abej) et la prise en charge des personnes sans domicile (1975-2019) », Le Mouvement Social, Le Mouvement Social, 2022, n°280, pp. 99-118
À partir d’une monographie de l’Association baptiste pour l’entraide et la jeunesse (Abej), association lilloise précocement investie dans le traitement de la « question SDF », cet article analyse les processus qui ont nourri la professionnalisation de la prise en charge des personnes sans domicile en France. Issue d’une communauté de vie baptiste, l’Abej s’impose rapidement comme un acteur de référence en matière de traitement des situations d’exclusion. Son développement s’opère à travers un ensemble de changements qui affectent le milieu associatif, le secteur médico-social, et celui de la lutte contre la pauvreté à partir du milieu des années 1970. Ce développement est concomitant de la formation d’un système de prise en charge dédié aux personnes sans domicile, de sorte que le cas de l’Abej fournit un éclairage original des processus qui y ont participé. L’article montre enfin la reconfiguration identitaire de l’association : sans que son identité religieuse ne disparaisse, elle s’estompe au profit d’une reconnaissance croissante de son professionnalisme.
Vianney Schlegel, Collectif Samson, Sylvain Celle, Thomas Chevallier, « Consommateurs, coopérateurs et socialistes ? L’Union de Lille (1892-1914) », Le Mouvement Social, Le Mouvement Social, 2019, n°266, pp. 29-48
Cet article traite de la politisation par les pratiques économiques développées au sein de la coopérative socialiste de consommation « l’Union de Lille » au tournant des XIXe et XXe siècles. Au-delà de l’amélioration des conditions de vie des classes populaires lilloises, ses dirigeants inscrivent explicitement les pratiques de consommation et l’organisation démocratique de la coopérative dans la perspective d’un projet politique socialiste, et plus particulièrement dans le guesdisme alors très influent dans le socialisme du nord de la France. Les pratiques et règles apparaissent comme un moyen de former des « consommateurs socialistes » et de fédérer la classe ouvrière, tout en finançant les activités du parti socialiste. Cependant, cette traduction politisée du projet coopératif n’est pas sans ambivalences, en ce qu’elle amène les coopérateurs à apprendre l’épargne et la prévoyance, le vote et la délégation. L’étude de coopératives socialistes permet ainsi d’éclairer les logiques complexes d’acculturation des classes populaires, à travers l’économie, aux formes dominantes de la politique sous la Troisième République.
Vianney Schlegel, « Pauvres, déviants, malades : Travail d’inférence et catégorisations professionnelles dans la régulation de l’accès à l’hébergement des personnes sans-domicile », Terrains & travaux, Terrains & travaux, 2017, n°30, pp. 185-207
Partant du constat d’une pénurie structurelle des places d’hébergement à destination des personnes sans-domicile, cet article analyse les critères d’attribution qui président à leur allocation et les effets de ces critères en termes de catégorisation des demandeurs. L’accès à l’hébergement fait l’objet d’un processus de régulation : celle-ci est une juridiction (Abbott, 1988) faisant l’objet d’un conflit entre groupes et segments professionnels. Si un ordre général d’allocation des places construit sur le critère de l’ancienneté des demandes d’hébergement est supposé prévaloir, des résistances s’observent qui contestent l’ordre institué. Par un travail d’inférence déployé lors de commissions d’attribution des places, les professionnels (re)définissent les demandes qui leur sont formulées. Ils identifient des figures indésirables dans les structures d’accueil et à l’inverse, des situations nécessitant un traitement prioritaire et urgent. La distinction entre pauvres méritants et imméritants, héritée de l’histoire et théoriquement annulée par la norme d’inconditionnalité de l’accueil, est ainsi réactivée.
Vianney Schlegel, « Das (Veena) – Affliction. Health, Disease, Poverty. – New York, Fordham University Press, 2015 (Forms of Living). XVI + 256 p. Figures. Bibliogr. Index », Revue française de science politique, Revue française de science politique, 2017, n°66, p. -
Vianney Schlegel, « Les usages de drogues dans les marges du travail : le cas de sans-abri lillois », Psychotropes, Psychotropes, 2015, n°21, pp. 97-111
Notre travail s’intéresse aux personnes vivant en situation de grande précarité dans les rues de Lille. L’article montre les liens entre leurs consommations de substances psychoactives (SPA) et leurs activités rémunératrices. L’achat de doses d’héroïne constitue une dépense considérable pour des individus qui multiplient les carences sociales (logement, emploi, santé, famille, etc.). C’est en recourant à la mendicité et à diverses combines qu’ils parviennent à financer leur vie quotidienne et leurs consommations de drogues. La vente ou la revente de drogues et de médicaments psychotropes constitue aussi une solution. En contribuant à éclairer les relations d’influences multiples entre usages de drogues et recherche d’argent, cette étude montre que les activités de ces personnes aux « marges du travail » s’insèrent dans une économie globale et que ces diverses activités contribuent à assurer leurs propres consommations de drogues et, plus indirectement, celles d’usagers insérés.
Vianney Schlegel, « Alain Desrosières, PROUVER ET GOUVERNER. Une analyse politique des statistiques publiques : La Découverte, 2014, 264 p, 24 € », Revue Projet, Revue Projet, 2014, n°342, pp. 90-91
Vianney Schlegel, « Catherine Wihtol de Wenden, FAUT-IL OUVRIR LES FRONTIÈRES ? : Presses de Sciences Po, 2013, 98 p., 15 € », Revue Projet, Revue Projet, 2014, n°340, pp. 96-96