Pierre Rouxel, Karel Yon, Maxime Quijoux, Amin Allal, Decathlon ou les tactiques de la vertu: sociologie politique d'une entreprise citoyenne, Sciences Po, les presses, 2025, Domaine Travail, 222 p.
L'entreprise peut-elle sauver la planète et l’humanité ? Un discours enchanté affirme aujourd’hui qu’un capitalisme vertueux est possible, capable de combiner performance économique et défense de l’intérêt général. Au moyen de politiques de responsabilité sociale et environnementale (RSE), les firmes seraient à l’origine de nouvelles pratiques qui permettraient de produire conjointement une « entreprise citoyenne » et un « citoyen d’entreprise » ajusté à celle-ci. Decathlon, géant français de la distribution sportive, est l'incarnation de ce modèle d’entrepreneuriat. Présente dans 70 pays et employant plus de 100 000 personnes à travers le monde, l’enseigne se dit soucieuse du bien-être de ses salariés et de son engagement sur tous les territoires où elle est implantée. Pour autant, les logiques de développement et de concurrence entrent souvent en contradiction avec les intentions vertueuses revendiquées par le groupe, ce qui suscite de nombreuses critiques. Du Nord de la France aux magasins flambant neufs du Mexique ou du Sénégal, en passant par les usines tunisiennes de confection, cet ouvrage restitue l’origine, les usages et les limites de ces « tactiques de la vertu ».
Pierre Rouxel, Karel Yon, Decathlon ou les tactiques de la vertu , 2025
L’entreprise peut-elle sauver la planète et l’humanité ? Un discours enchanté affirme aujourd’hui qu’un capitalisme vertueux est possible, capable de combiner performance économique et défense de l’intérêt général. Au moyen de politiques de responsabilité sociale et environnementale (RSE), les firmes seraient à l’origine de nouvelles pratiques qui permettraient de produire conjointement une « entreprise citoyenne » et un « citoyen d’entreprise » ajusté à celle-ci.Decathlon, géant français de la distribution sportive, est l’incarnation de ce modèle d’entrepreneuriat. Présente dans 70 pays et employant plus de 100 000 personnes à travers le monde, l’enseigne se dit soucieuse du bien-être de ses salariés et de son engagement sur tous les territoires où elle est implantée. Pour autant, les logiques de développement et de concurrence entrent souvent en contradiction avec les intentions vertueuses revendiquées par le groupe, ce qui suscite de nombreuses critiques.Du Nord de la France aux magasins flambant neufs du Mexique ou du Sénégal, en passant par les usines tunisiennes de confection, cet ouvrage restitue l’origine, les usages et les limites de ces « tactiques de la vertu ».Politistes et sociologues, Karel Yon, Pierre Rouxel, Maxime Quijoux, Amin Allal, Mohamed Slim Ben Youssef, Anne Bory, Sidy Cissokho et Guillaume Gourgues ont mené de concert cette vaste enquête.Sommaire : Pages de début (p. 1-4)| Introduction. Enquêter sur la vertu d’entreprise (p. 5-27)| Chapitre 1. La longue histoire de la vertu decathlonienne (p. 29-46)| Chapitre 2. Les nouveaux missionnaires de l’entreprise citoyenne (p. 47-68)| Chapitre 3. Decathlon dans les Suds : l’entreprise comme actrice du développement (p. 69-90)| Chapitre 4. Une vertu sous conditions (p. 91-110)| Chapitre 5. Une citoyenneté salariale sous tutelle (p. 111-133)| Chapitre 6. Tous decathloniens ? Une communauté fragmentée (p. 135-159)| Chapitre 7. Des contradictions à la critique de l’entreprise vertueuse (p. 161-185)| Conclusion. Les vices cachés de l’entreprise citoyenne (p. 187-200)| Annexe méthodologique. Faire la monographie d’une entreprise globalisée (p. 201-219)| Pages de fin (p. 221-224).
Pierre Rouxel, Emmanuel-Pierre Guittet, Karel Yon (dir.), Engagements au travail et au capitalisme transnational, L'Harmattan, 2024
Pierre Rouxel, Clémentine Comer, Bleuwenn Lechaux (dir.), Le travail éthique dans les professions indépendantes, Presses universitaires de Vincennes, 2023, Culture et société, 228 p.
Pierre Rouxel, Emmanuel-Pierre Guittet, Karel Yon (dir.), Engagements au travail et au capitalisme transnational, L'Harmattan, 2023, 151 p.
Pierre Rouxel, Amin Allal, Myriam Catusse, Montserrat Emperador Badimon, Sarah Barrières [et alii], Quand l'industrie proteste: fondements moraux des (in)soumissions ouvrières, Presses universitaires de Rennes, 2022
Pierre Rouxel, Le syndicalisme en restructurations: engagements et pratiques de délégués d'entreprises multinationales en Argentine et en France, L'Harmattan, 2022, Prix scientifique L'Harmattan, 216 p.
Pierre Rouxel, Franck Gaudichaud, Thomas Posado, Yoletty Bracho, Henry Chavez [et alii], Gouvernements progressistes en Amérique Latine (1998-2018): la fin d'un âge d'or, Presses universitaires de Rennes, 2021
Pierre Rouxel, Christian Le Bart, Juan Montes Cató, Julian Mischi, Sophie Béroud [et alii], Spatialités syndicales dans le capitalisme global: une ethnographie comparée de quatre collectifs syndicaux en France et en Argentine, 2019, 534 p.
Cette thèse prend pour objet les recompositions du syndicalisme dans des espaces industriels bouleversés en profondeur par les restructurations. Pour ce faire, nous effectuons une comparaison entre la France, souvent évoquée pour son syndicalisme « en crise », et l’Argentine, marquée au contraire par un regain d'activité de celui-ci depuis les années 2000, en nous appuyant sur une ethnographie de quatre collectifs syndicaux usiniers. À rebours d'une image d’Épinal actant leur déclin inéluctable, la thèse examine les formes de résiliences de ces collectifs, en s’employant à saisir leur action sur le lieu de travail comme en dehors. Elle apporte ainsi des résultats originaux à la littérature sur le syndicalisme dans le contexte d’une économie globalisée. Elle montre les modifications des inscriptions spatiales de collectifs syndicaux évoluant dans des environnements usiniers transformés, s’affranchissant de considérations générales sur le déclin des bastions industriels du mouvement syndical. Ce travail met également en évidence les recompositions de l’engagement syndical à l’usine et discute la thèse d’une démonétisation des ressources localisées. Enfin, il s’emploie à décloisonner l’objet syndical et montre les logiques de déploiement des syndicalistes dans les réseaux des organisations syndicales, auprès d’autres délégués d’une même entreprise ou dans des mouvements sociaux. Ce faisant, la thèse invite à penser l’action syndicale dans des entreprises globales comme le produit de l’imbrication entre différents espaces et échelles d’action. La démarche comparative conforte cette perspective et permet d’identifier des mécanismes analogues du point de vue des recompositions syndicales, tout en tenant compte des réalités idiosyncrasiques propres à chaque contexte national. La thèse plaide ainsi pour un recours accru à un comparatisme « contrôlé » pour appréhender les manières d’agir syndicales dans le capitalisme global.
Pierre Rouxel, Les classes sociales en Europe. Tableau des nouvelles inégalités sur le vieux continent, C. Hugrée, E. Penissat, A. Spire, Agone, 2017, 3e éd., Mouvements, 2018, 95, 185188 p.
Pierre Rouxel, Collectif 350 tonnes et des poussières, Renaud Bécot, Clémentine Comer, Gabrielle Lecomte-Ménahès, « La santé des fonctionnaires sous les années Mitterrand : Lutte pour la création d’un CHS au sein d’un bâtiment amianté », 20 & 21. Revue d'histoire, 20 & 21. Revue d'histoire, 2024, n°159, pp. 111-126
Par le croisement de différentes sources (des archives syndicales et ministérielles et des entretiens menés avec d’ancien·nes agent·es du bâtiment administratif du Tripode, à Nantes), cet article contribue à une histoire sociale des fonctionnaires, encore peu renseignée sous l’angle des atteintes à leur santé. Les enjeux relatifs à la mise en place des comités d’hygiène et de sécurité (CHS) dans la fonction publique y sont discutés dans le contexte particulier des projets de « modernisation » des administrations publiques au cours des années Mitterrand, tout en éclairant la mise à l’agenda du risque amiante auxquels sont exposé·es des fonctionnaires.
Pierre Rouxel, Tamara L. Lee, Maite Tapia, Maurizio Atzeni, « Amazon et Mercado Libre, regards croisés sur le travail logistique : Propos recueillis par Pierre Rouxel et Karel Yon », Cultures & Conflits, Cultures & Conflits, 2024, n°130, pp. 117-127
Maite Tapia et Tamara L. Lee ont coordonné une enquête sur les relations de travail au sein de plusieurs entrepôts logistiques d’Amazon aux États-Unis. Avec Bridget Kenny, Maurizio Atzeni a enquêté sur un entrepôt de Mercado Libre, l’équivalent latino-américain d’Amazon, dans le Grand Buenos Aires. Ces enquêtes témoignent de l’importance d’une analyse localisée des firmes transnationales, et des formes d’engagement au travail que chaque configuration rend possibles. Cet entretien croisé met en lumière le rapport différencié de ces entreprises au syndicalisme, l’inégale automatisation du travail logistique, ainsi que la façon dont les contextes locaux et les propriétés sociales des travailleurs informent les relations de travail.
Pierre Rouxel, Karel Yon, « Ce qu’une multinationale citoyenne fait aux citoyens : La managérialisation d’engagements salariés au Mexique », Cultures & Conflits, Cultures & Conflits, 2024, n°130, pp. 43-68
Dans quelle mesure les entreprises contribuent-elles à façonner les formes légitimes de la participation politique et sociale ? Jusqu’ici peu explorée, cette question se pose aujourd’hui avec acuité. L’essor d’un capitalisme « éthique » et les efforts des entreprises pour susciter des engagements de la part de leurs salariés, dans l’orbite des politiques de « responsabilité sociale et environnementale » (RSE), viennent en effet percuter les formes classiques de citoyenneté salariale, assises sur le syndicalisme et la représentation collective du personnel. À partir d’une enquête par observations et entretiens menée sur une multinationale de la distribution sportive au Mexique, cet article met en lumière un processus de managérialisation des pratiques civiques. Plutôt que de célébrer la diversité des modes d’engagement des salariés, le management de l’entreprise procède à leur gestion différenciée et hiérarchisée : tandis que les pratiques relevant de la RSE sont valorisées et présentées comme permettant l’accomplissement de la mission citoyenne de l’entreprise, la mise en place d’une représentation collective du personnel reste largement illusoire, en dépit des encouragements induits par la réforme des relations de travail engagée par le gouvernement mexicain.
Pierre Rouxel, Karel Yon, « Engagements au travail et capitalisme transnational : Introduction », Cultures & Conflits, Cultures & Conflits, 2024, n°130, pp. 7-21
Pierre Rouxel, Collectif 350 tonnes et des poussières, Renaud Bécot, Clémentine Comer, Gabrielle Lecomte-Ménahès, « Une épidémiologie paritaire ? Outils, savoirs et luttes de définitions relatifs à la santé au travail des fonctionnaires », Travail et emploi, Travail et emploi, 2023, n°169-170-171, pp. 97-122
Cet article porte sur la mobilisation d’agent·es de la fonction publique face au danger de
l’amiante, en livrant une chronologie de l’implication syndicale dans l’élaboration, la mise en
œuvre et le suivi d’un instrument de mesure de l’altération de la santé au travail qu’est l’étude
épidémiologique. En revenant sur la pugnacité de l’intersyndicale « Tripode », du nom du
bâtiment administratif nantais amianté, qui a discuté âprement la définition des outils de surveillance sanitaire, cet article éclaire les ressorts d’une « épidémiologie paritaire » qui a contribué
à faire de la nocivité de l’amiante un problème public, à contrer la hiérarchie administrative
qui faisait obstacle à la reconnaissance des maladies professionnelles des agent·es exposé·es et
enfin à inciter l’État-employeur à des pratiques de précaution vis-à-vis de ce cancérigène. Ni
réductible à l’épidémiologie institutionnelle, ni superposable à l’épidémiologie populaire, cette
démarche place les acteurs et actrices syndicales sur un pied d’égalité avec leurs administrations
de tutelle au cœur des instances de négociation de la démocratie sanitaire.
Pierre Rouxel, « Mettre en débat la représentation syndicale : La transmission d’un sens syndical alternatif dans un Bachillerato Popular en Argentine », Actes de la recherche en sciences sociales, Actes de la recherche en sciences sociales, 2023, n°248, pp. 32-45
Sur fond d’érosion de leur ancrage social et de leur crédit symbolique, les organisations syndicales sont traversées aujourd’hui par des luttes autour des pratiques et du sens de l’engagement. Dans cette perspective, l’article analyse les efforts de délégués d’une usine du nord de Buenos Aires, en Argentine, pour faire émerger et diffuser un « sens syndical alternatif », à partir de l’animation d’un centre socio-éducatif et d’un cycle de formation proposé à des ouvriers de l’industrie chimique. Après être revenu sur les ressorts sociaux et organisationnels de ce projet militant, l’article en explore les conditions de réussite. Si cet espace de formation rend possible une mise en débat des formes et du périmètre d’intervention du syndicalisme, l’enquête ethnographique montre aussi combien ce processus est entravé par les appels au loyalisme des dirigeants du syndicat de branche, auxquels certains participants – en raison de leurs trajectoires et de leurs dispositions – se montrent sensibles.
Pierre Rouxel, « Sortir de l’usine pour mieux s’y imposer ? : La résistible affirmation du leadership de militantes syndicales dans une entreprise d’électronique (1968-2018) », Politix, Politix, 2021, n° 133, pp. 171-193
Cet article analyse les effets de la diffusion d’une « grammaire paritaire » dans les organisations syndicales sur l’agencement des rapports sociaux de sexe au niveau de collectifs militants locaux. À partir de l’étude des recompositions d’un syndicat CGT dans une entreprise d’électronique regroupant une part croissante de femmes qualifiées au fil des dernières décennies, il met en évidence les redéfinitions partielles de la division sexuée du travail militant occasionnées par la participation accrue des femmes aux activités des appareils syndicaux. Vecteur de stabilisation des carrières militantes, l’accès à des responsabilités organisationnelles longtemps réservées aux hommes constitue pour certaines femmes le socle d’une capacité renforcée à mettre en débat les stratégies et les priorités d’action et de revendication du syndicat. Partie intégrante du leadership syndical masculin jusqu’aux années 2000, la position d’interface entre l’entreprise et les réseaux de l’organisation est néanmoins l’objet de controverses renouvelées dans un contexte de fragilisation et d’institutionnalisation du syndicalisme. Cette étude de la féminisation syndicale « par le bas » met ainsi en lumière la variabilité des ressources militantes légitimes qui assure la reproduction dans le temps d’un monopole des hommes dans l’accès aux positions dirigeantes.
Pierre Rouxel, « Convergences syndicales dans le capitalisme global : les jeux d’échelles dans l’action de délégués d’entreprises multinationales en Argentine et en France », Revue internationale de politique comparée, Revue internationale de politique comparée, 2021, n°27, pp. 99-124
Cet article analyse les manières avec lesquelles des délégués syndicaux s’adaptent aux restructurations d’entreprises multinationales de l’industrie, à partir de la mise en regard de deux « bastions » du syndicalisme ouvrier en France et en Argentine. À rebours de travaux comparatifs centrés sur l’analyse des systèmes de relations professionnelles, la comparaison de collectifs syndicaux permet de reconsidérer les logiques communes avec lesquelles des délégués assument leur rôle de représentant d’un pays à l’autre. Par-delà les variations du cadre et des règles institutionnelles, je mets ainsi en évidence que le volume et la structure des ressources militantes propres à chaque collectif encouragent des réponses similaires aux restructurations, que je caractérise comme de nouveaux « jeux d’échelles » de l’action syndicale. Je montre d’abord que les tentatives pour développer des liens et des actions concertées avec d’autres filiales de l’entreprise demeurent redevables d’initiatives impulsées par des délégués aux capitaux distinctifs. Je souligne ensuite comment les connaissances accumulées sur l’entreprise multinationale et sur les normes et les outils de gestion internes qui y circulent – à commencer par les politiques de RSE – fonctionnent pour les délégués comme des ressources reconvertibles face à des dirigeants locaux occupant une position subalterne dans les structures de gouvernance.
Pierre Rouxel, Clémentine Comer, Bleuwenn Lechaux, « La structuration spatiale des mobilisations professionnelles », Pôle Sud, Pôle Sud, 2020, n°52, pp. 43-60
Fondé sur la comparaison de trois secteurs d’activité – agricole, ouvrier et artistique –, cet article examine l’inscription de mobilisations professionnelles dans des régimes de territorialité. Par la mise en regard d’acteur∙rice∙s occupant des places variables dans l’espace social, mais aussi au sein de leur groupe professionnel (fractions stabilisées/précaires, indépendants/employés, volume de capitaux économique et culturel, etc.), cette contribution rend compte des contraintes et des opportunités exercées par la structuration professionnelle sur les dynamiques de spatialisation des mobilisations. Elle documente ce faisant les possibilités variables qui s’offrent aux travailleur∙euse∙s pour faire de leurs lieux d’exercice professionnel le support de mobilisations, exporter spatialement leur cause dans des espaces extra-professionnels et, enfin, recoder symboliquement leur activité dans des territoires élargis.
Pierre Rouxel, Armèle Cloteau, Guillaume Letourneur, Julien Bourdais, « La banalisation du Front national au village : Les relais informels des référents frontistes dans un territoire rural et populaire », Actes de la recherche en sciences sociales, Actes de la recherche en sciences sociales, 2020, n°232-233, pp. 70-85
À partir d’une enquête collective croisant questionnaires et ethnographie, cet article explore les formes d’encadrement social et politique des classes populaires salariées et des ouvriers d’un territoire industriel des mondes ruraux où le Front national a beaucoup progressé ces dernières années. Si le travail de mobilisation du FN est inexistant sur ce territoire même en période électorale, la banalisation des idées de ce parti emprunte des voix plus diffuses par l’intermédiaire de travailleurs indépendants politisés à l’extrême droite. Dans un contexte de recomposition des mondes ruraux et des sociabilités populaires, l’étude approfondie d’une association de pêche permet en particulier de saisir le rôle informel de diffusion de référents frontistes dans ces milieux populaires.
Pierre Rouxel, « Si les salariés nous suivent, c’est parce qu’on leur est utiles. Les ambivalences de la citoyenneté industrielle dans une usine agroalimentaire en Argentine », Critique internationale, Critique internationale, 2020, n°87, pp. 99-118
Dans les années 2000, le tournant à gauche de l’Amérique latine a coïncidé avec le retour au premier plan des organisations syndicales dans les équilibres de pouvoir. En Argentine, les commissions internes, socles d’un important maillage syndical dans les espaces de travail, ont souvent été considérées comme porteuses de nouvelles formes d’organisation horizontales et démocratiques. À ce titre, elles constituent un poste d’observation privilégié pour comprendre sous quelles conditions le syndicalisme agit aujourd’hui comme un outil mobilisable par les salariés pour faire valoir leurs droits et comme un support d’approfondissement de la citoyenneté au travail. L’analyse de la situation dans une usine agroalimentaire emblématique du renouvellement « par le bas » du syndicalisme argentin révèle néanmoins combien l’institutionnalisation de pratiques plus participatives demeure contrainte par les rapports de subordination qui organisent le travail usinier. En cela, elle met en lumière la relative continuité d’un travail syndical de distribution de faveurs personnalisées, caractéristique des stratégies de maintien de l’ordre usinier qui étaient en vigueur lors de la décennie néolibérale des années 1990.
Pierre Rouxel, « Gabriel Vommaro La larga marcha de Cambiemos. La construcción silenciosa de un proyecto de poder Buenos Aires, Siglo XXI Editores, 2017, 363 pages », Critique internationale, Critique internationale, 2019, n°82, pp. 179-183
Pierre Rouxel, « Les bases syndicales, un espace d’incubation de l’extrême gauche ? : Perméabilités du champ syndical dans l’Argentine kirchneriste », Savoir/Agir, Savoir/Agir, 2018, n°45, pp. 47-54
Pierre Rouxel, « Collectif du 9 août, Quand ils ont fermé l’usine. Lutter contre la délocalisation dans une économie globalisée, Marseille, Agone, coll. L’ordre des choses , 2017, 286 p. », Politix, Politix, 2018, n° 120, pp. 201-205
Pierre Rouxel, « Négocier l’ordre usinier ? Une usine Citroën dans les années 1968 », Négociations, Négociations, 2016, n°26, pp. 87-102
Analysant le cas d’un site de production en Bretagne dans les années 1960 et 1970, cet article montre comment l’organisation traditionnelle du travail ouvrier basée sur la discipline industrielle et la maîtrise hiérarchique du processus productif s’articule avec une négociation des places et des statuts professionnels ouvriers au sein des ateliers de production. Dans le cadre de rapports d’étroite subordination, la mise en discussion de l’ordre usinier est limitée et conditionnée à la détention de ressources professionnelles spécifiques. Pour autant, l’instabilité des positions professionnelles née d’une gestion paternaliste de la main-d’œuvre conduit au développement dans les à-côtés du processus productif de négociations interpersonnelles entre ouvriers et hiérarchie intermédiaire pour l’obtention de rétributions professionnelles. Les conditions de possibilité et le contenu de ces négociations varient selon la qualité des liens personnalisés unissant les membres de l’atelier.
Pierre Rouxel, Karel Yon, « Ce qu’une multinationale citoyenne fait aux citoyens », Cultures & Conflits, Centre d'études sur les conflits - Liberté et sécurité
Si des recherches s’intéressent aux relations entre les grandes firmes multinationales et les autorités étatiques, à la façon dont elles contribuent à produire les politiques publiques , il n’existe que peu de travaux sur la façon dont les entreprises « produisent » de la citoyenneté, sur la façon dont elles promeuvent des modèles de participation sociale et politique auprès de leurs salariés. Or, l’essor d’un capitalisme se voulant éthique, qu’illustrent les débats autour de la responsabilit...