Anthony Amicelle, Éric Alt, Benjamin Loveluck, « De l’École nationale de la magistrature à Anticor : Retour sur quatre décennies d’anticorruption à l’intersection des mondes judiciaire, associatif et politique », Cultures & Conflits, Cultures & Conflits, 2024, n°131-132, pp. 115-153
En revenant par le menu sur la trajectoire professionnelle ainsi que sur les engagements associatifs et syndicaux d’Éric Alt, cet entretien avec donne à voir autrement plus de trente ans de corruption et d’anticorruption en France et en Europe, avec un double intérêt. Premièrement, il contribue à éclairer l’équilibre dynamique des tensions qui structurent la gestion des illégalismes des élites dirigeantes, et en particulier les rapports de force à l’œuvre dans et entre les mondes judiciaire, associatif et politique. Deuxièmement, l’entretien permet de rendre compte des manières contemporaines de policer les élites dirigeantes en entrant dans le fonctionnement de l’association anticorruption Anticor. Cet entretien est complété par la communication prononcée par Éric Alt à l’occasion de la journée d’étude « Société civile et lutte contre la corruption » (« Lutter contre une démocratie défaillante. Résister à la corruption »).
Anthony Amicelle, Jean Bérard, Killian Chaudieu, « Informer pour punir ? Pandora Papers, un non-scandale sans précédent », Cultures & Conflits, Cultures & Conflits, 2024, n°131-132, pp. 191-226
L’article porte sur les réactions suscitées en France par la « plus grande enquête de l’histoire du journalisme » : les Pandora Papers. En tant que dénonciation publique posée par les membres du Consortium international des journalistes d’investigation, cette enquête visait à faire advenir des mobilisations à la hauteur de l’ampleur inédite des révélations au sujet des illégalismes fiscaux des classes dominantes à travers le monde. Or, ce double principe de causalité et de proportionnalité ne s’applique pas à la dynamique du scandale. À partir d’une analyse de la presse et d’une comparaison avec les Panama Papers, nous montrons comment l’accusation portée dans l’espace public glisse sur les élites dirigeantes qui font valoir la légalité de leurs pratiques, ce qui interroge en retour la démarche des accusateurs : si la finalité de l’information journalistique est une forme de dénonciation comportant des suites judiciaires, qu’en reste-t-il lorsque les accusés parviennent à faire valoir que, sauf exception, ils ne sont pas poursuivis ? La mise en scène de la révélation et de ses suites semble coincée entre l’évidence d’un système scandaleux et le piège de la faute pénale introuvable. Comment expliquer ce scandale qui ne prend pas ? L’analyse ne donne pas de clef unique d’interprétation mais ouvre des pistes de réflexion, des capacités de résistance des élites accusées à la structure de l’espace journalistique et à l’absence de relais de la part du gouvernement.
Anthony Amicelle, « Une société civile vigilante face aux illégalismes des élites dirigeantes ? : Introduction », Cultures & Conflits, Cultures & Conflits, 2024, n°131-132, pp. 7-17
L’expression polysémique de « société civile » ne cesse d’être invoquée au nom d’actions préventives et répressives contre les illégalismes politiques, économiques et financiers associés aux classes dominantes en général, et aux élites dirigeantes en particulier. Mais qu’en est-il en pratique derrière les discours officiels et les normes formelles ? Qui sont les représentants autoproclamés ou désignés (et par qui) de cette société civile ? Comment participent-ils à « policer » les puissants au sens étymologique du terme, c’est-à-dire à « réguler, contrôler, autoriser et interdire, gérer » leurs illégalismes ? Quelle est leur place et quel est leur rôle dans la réaction sociale face aux « élites délinquantes » ? À partir des différentes contributions au numéro spécial, cet article introductif ouvre des pistes de réflexion pour répondre à ces questionnements, et appréhender l’action de policer les élites dirigeantes comme produit et enjeu de rapports entre espaces sociaux différenciés.
Anthony Amicelle, Adam Crawford, Jacques de Maillard, « Police et université : Retour réflexif sur la coproduction de savoirs en sécurité », Gouvernement et action publique, Gouvernement et action publique, 2023, n°VOL. 12, pp. 177-196
Anthony Amicelle, Mathilde Darley, Jacques de Maillard, « État, savoirs experts et sécurité : L’action publique reconfigurée », Gouvernement et action publique, Gouvernement et action publique, 2023, n°VOL. 12, pp. 9-27
L’omniprésence des enjeux de sécurité dans le champ politique et médiatique donne à voir un processus de sécuritisation des phénomènes sociaux, et de pluralisation des acteurs et des univers impliqués dans leur prise en charge. Le présent numéro entend précisément questionner à nouveaux frais cette double dynamique contemporaine, et en saisir les effets, tant sur l’ordre social et politique, que sur les acteurs et les univers sociaux dont la mise en relation est constitutive de l’action publique de sécurité. Pour ce faire, les articles rassemblés ici sont structurés autour d’une entrée analytique commune, visant à étudier ces groupes d’acteurs et leurs rapports à l’État à l’aune des nouvelles formes de savoirs et de savoir-faire qu’ils déploient et des luttes de juridictions qu’ils entretiennent. En objectivant la complexité des arrangements entre politique et sécurité et en renouvelant l’analyse des liens entre État, sécurité et action publique, ces contributions permettent in fine de distinguer trois grandes configurations idéal-typiques de sécurité (apprentissages conjoints et production d’une sécurité hybride ; dispositifs partenariaux et diffusion d’une logique sécuritaire ; dispositifs d’action conjointe et querelles de juridictions).
Anthony Amicelle, « Privilèges, dissidence et séparatisme chez les élites dirigeantes », Gouvernement et action publique, Gouvernement et action publique, 2023, n°VOL. 12, pp. 139-147
Anthony Amicelle, « Policing & big data. La mise en algorithmes d’une politique internationale », Critique internationale, Critique internationale, 2021, n°92, pp. 23-48
Le concept de policing renvoie à une dimension spécifique du contrôle social, et désigne
l’existence d’opérations de surveillance couplées à la menace de sanctions en cas de
déviance. En appelant à surveiller les transactions financières pour lutter contre la criminalité et le terrorisme, l’action publique internationale contre l’argent sale a légitimé et généralisé au cours de ces dernières décennies une nouvelle forme de policing. Celle-ci implique
des acteurs majeurs du capitalisme qui ne sont pas à proprement parler des entreprises de
sécurité privée. À l’instar d’initiatives du même ordre plus récentes, elle repose sur
l’articulation d’univers relevant, d’une part, de l’économie et de la finance, d’autre part, du
pénal et de la sécurité. Comment cette articulation s’opère-t-elle, et avec quels effets, tant
sur le fonctionnement de ces univers sociaux que sur l’exercice du policing contemporain ?
Pour répondre à ces questions, nous situons l’analyse sur un plan sociotechnique, en étudiant la mise en algorithmes des opérations de surveillance. Figure montante dans le
domaine de la sécurité, les algorithmes sont omniprésents au sein du policing financier. En
tant qu’objets-frontières, ils constituent un point d’entrée crucial pour étudier les relations
entre « économie » et « sécurité » sur lesquelles repose une partie croissante du policing à
l’heure des big data.
Anthony Amicelle, Gilles Favarel-Garrigues, « Financial Surveillance: Who Cares? », Journal of Cultural Economy, , 2012, n°1
Anthony Amicelle, « The Great (Data) Bank Robbery: Terrorist Finance Tracking Program and the SWIFT Affair », Questions de recherche/Research in question, Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), 2011, n°36, p. 27
Anthony Amicelle, « Towards a ‘new’ political anatomy of financial surveillance », Security Dialogue, SAGE Publications, 2011, n°2
Anthony Amicelle, Gilles Favarel-Garrigues, « La lutte contre l'argent sale au prisme des libertés fondamentales : quelles mobilisations ? », Cultures & conflits, CECLS - Centre d'études sur les conflits - Liberté et sécurité, L’Harmattan, 2009, n°76, pp. 39-66
Anthony Amicelle, « Etat des lieux de la lutte contre le financement du terrorisme : entre critiques et recommandations », Cultures & conflits, CECLS - Centre d'études sur les conflits - Liberté et sécurité, L’Harmattan, 2008, n°71
Anthony Amicelle, « 9. La lutte contre le financement du terrorisme », Cahiers libres, Cahiers libres, 2008, pp. 0526-8370
Anthony Amicelle, « Suivre l’argent au xxie siècle », Cahiers Droit, Sciences & Technologies, PUAM
« Je dirais “suivez l’argent, Earl, car c’est là que cela va se passer”. Malheureusement, nous n’avons pas été en mesure de suivre l’argent par le passé car les documents étaient soit inexistants, soit détruits. » Cette phrase est généralement considérée comme la première occurrence officielle d’une expression qui a depuis fait florès : « follow the money ». Elle a été prononcée aux États-Unis par le ministre adjoint de la Justice en juin 1974, lors des auditions en commission sénatoriale pou...
Anthony Amicelle, Killian Chaudieu, « Mesurer la délinquance financière », Champ pénal/Penal field, Association Champ pénal / Penal field
« [U]ne étonnante rareté ou absence de mesure de la délinquance économique et financière qui contraste cruellement avec son omniprésence à travers les scandales qui nourrissent le débat public et parfois la chronique judiciaire » (Robert, Zauberman, 2011, 146). 1. Introduction « [A]vec la création d’une nouvelle législation, on voit souvent s’établir un nouveau dispositif d’institutions et d’agents chargés de faire appliquer celle-ci » (Becker, 1985, 179). Adoptée en 1997, la loi suisse sur l...
Anthony Amicelle, Carla Nagels, « Le vingtième anniversaire de Champ Pénal/Penal Field – Introduction », Champ pénal/Penal field, Association Champ pénal / Penal field
20 ans et 275 articles après sa création, il est apparu important aux membres de la revue Champ pénal/Penal Field de s’arrêter sur cette date anniversaire le temps d’un numéro spécial, et ce pour au moins deux raisons. La première raison est certainement attendue, si ce n’est convenue, mais elle n’en demeure pas moins enthousiasmante. Il s’agit de célébrer comme il se doit deux décennies d’échanges et de travail collectifs pour faire vivre une revue internationalement reconnue autour d’un do...
Anthony Amicelle, David Grondin, « Surveillance et suspicion à l’ère numérique. Réflexions à partir de la politique mondiale contre l’argent sale », Champ pénal/Penal field, Association Champ pénal / Penal field
Introduction La montée en puissance de l’intelligence artificielle et des algorithmes comme nouvelles figures du pouvoir de surveiller et d’agir à partir de vastes masses de données est devenu un enjeu incontournable en matière de contrôle social. Au cours des vingt dernières années, soit la période d’existence de Champ Pénal, ce sujet a en effet pris une importance considérable. Pourtant, il brille paradoxalement par son absence dans les publications de la revue. Ce numéro anniversaire const...
Anthony Amicelle, « Gestion différentielle des illégalismes économiques et financiers », Champ pénal/Penal field, Association Champ pénal / Penal field
Introduction Pour ce qui est de son champ d’activité, si le blanchiment de l’argent de la drogue restera un des thèmes principaux, le GAFI continuera à s’intéresser au blanchiment du produit des crimes et/ou délits graves générateurs de fonds importants. Cependant, comme par le passé, le GAFI ne traitera pas des questions fiscales. (GAFI, 1994, 6) La liste des infractions sous-jacentes au blanchiment de capitaux est étendue aux infractions fiscales pénales. Cela permet d’inclure le produit de...
Anthony Amicelle, « Differential Management of Economic and Financial Illegalisms: Anti-Money Laundering and “Tax Issues” », Champ pénal/Penal field, Association Champ pénal / Penal field
Introduction As regards the scope of its work, while the laundering of drugs money will remain a principal focus for the FATF, its work will continue to cover money laundering of the proceeds of serious crime and/or offences which generate significant funds. However, as in the past, the FATF will not deal with tax issues. (FATF, 1994, 6) The list of predicate offences for money laundering has been expanded to include serious tax crimes. This will bring the proceeds of tax crimes within the sc...
Anthony Amicelle, Carla Nagels, « Les arbitres de l’illégalisme : nouveau regard sur les manières de faire du contrôle social », Champ pénal/Penal field, Association Champ pénal / Penal field
« Les représentants directs du pouvoir – intendants, subdélégués, lieutenants de police – ont souvent été perçus comme les agents du pouvoir arbitraire, mais, en fait, plus que les agents de l’arbitraire ou de la légalité stricte, ils étaient les arbitres de l’illégalisme » (Foucault, 2013, 146). Tel qu’explicité dès son intitulé « Qui gouverne les illégalismes de droits ? Nouveau regard sur les manières de faire du contrôle social », l’appel à contributions à l’origine du présent numéro étai...
Anthony Amicelle, Gilles Favarel-Garrigues, « La lutte contre l’argent sale au prisme des libertés fondamentales : quelles mobilisations ? », Cultures & Conflits, Centre d'études sur les conflits - Liberté et sécurité
Toutes les stratégies actuelles de lutte contre le terrorisme et les délinquances transnationales comportent un volet financier qui promeut une surveillance accrue des mouvements de capitaux. Les mesures mises en œuvre prennent diverses formes, parmi lesquelles se distinguent l’imposition de sanctions économiques ciblées (« listes noires »), la communication transnationale de données personnelles et la délégation à des acteurs privés de prérogatives policières. Plus de 170 juridictions nation...
Anthony Amicelle, « Deux attitudes face au monde : La criminologie à l’épreuve des illégalismes financiers », Cultures & Conflits, Centre d'études sur les conflits - Liberté et sécurité
« Du côté francophone, c’est Surveiller et punir qui a donc fait charnière. Michel Foucault était ici à l’époque, à Montréal, où il avait quelques amis. Il avait la paix pour écrire ce livre. Nous nous sommes rencontrés, nous sommes sortis deux ou trois fois, une fois avec ma femme, je pense, et une fois seuls, manger ici dans le quartier, bavardant. Et comme je suis un bavard incorrigible, je parlais un peu plus que lui. Je commentais ce qu’il écrivait et je faisais un tour d’horizon de la d...
Anthony Amicelle, « Naissance d’une agence de renseignement : droits d’entrée dans les univers de la finance et de la sécurité », Cultures & Conflits, Centre d'études sur les conflits - Liberté et sécurité
Parmi les multiples changements ayant marqué l’univers du renseignement au cours des trois dernières décennies, il en est un – pourtant majeur par son ampleur – qui est demeuré peu étudié. Il s’agit de la naissance des « cellules de renseignement financier » (financial intelligence units). Inexistantes en 1990, elles sont aujourd’hui plus de cent-soixante à travers le monde. Pour être comprise, leur émergence doit être resituée dans le cadre des normes internationales de lutte contre « l’arge...
Anthony Amicelle, Jean Bérard, « Vers la fin du secret bancaire ou de la vie privée ? », Cultures & Conflits, Centre d'études sur les conflits - Liberté et sécurité
« Paradis fiscaux et enfers judiciaires : la justice ou le chaos ». C’est sous ce titre accrocheur que s’est tenu il y a maintenant dix ans à l’Assemblée nationale un colloque soutenu par des « organisations de la société civile française engagées dans la lutte contre les paradis fiscaux, la fraude et l’évasion fiscales ». Parmi les nombreux intervenants réunis pour cette journée, les animateurs du colloque avaient mis en avant un invité de marque en la personne de Bernard Bertossa, ancien ...
Anthony Amicelle, Éric Alt, Benjamin Loveluck, « De l’École nationale de la magistrature à Anticor : Retour sur quatre décennies d’anticorruption à l’intersection des mondes judiciaire, associatif et politique », Cultures & Conflits, Centre d'études sur les conflits - Liberté et sécurité
En revenant par le menu sur sa trajectoire professionnelle ainsi que sur ses engagements associatifs et syndicaux, cet entretien avec Éric Alt donne à voir autrement plus de trente ans de corruption et d’anticorruption en France et en Europe. Depuis les années 1990, ce magistrat de formation n’a cessé d’évoluer à l’intersection de différents univers sociaux dont la mise en relation dessine les contours d’une configuration de lutte contre les illégalismes des élites dirigeantes. Sur le plan pr...
Anthony Amicelle, Jean Bérard, Killian Chaudieu, « Informer pour punir ? Pandora Papers, un non-scandale sans précédent », Cultures & Conflits, Centre d'études sur les conflits - Liberté et sécurité
« Personnes politiquement exposées, PPE en bref, politiciens, dirigeants, puissants intermédiaires, voilà une source qui semblait prometteuse. Des mois plus tard, j’étais assis sur le siège arrière, sans aucun contrôle alors que la voiture roulait à beaucoup trop vive allure le long d’un paysage désolé. Il y avait une tempête à l’extérieur, aucune visibilité, je retenais mon souffle. Une multitude de communications secrètes et des bribes de données analysées par notre équipe. Des milliers de ...
Anthony Amicelle, Jean Bérard, « Défense des classes dominantes : la division du travail de légitimation à l’épreuve des scandales financiers internationaux », Revue de la régulation. Capitalisme, institutions, pouvoirs, Association Recherche & Régulation
« [Le champ du pouvoir] ne se réalise et ne se manifeste qu’au travers de pouvoirs émis par une véritable solidarité organique, donc à la fois différents et interdépendants, c’est-à-dire par l’intermédiaire de mécanismes (tels que ceux qui assurent la reproduction du capital économique et du capital culturel) qui orientent les actions et les réactions d’un réseau d’agents et d’institutions à la fois concurrentes et complémentaires, et engagés dans des circuits d’échanges légitimant de plus en...
Anthony Amicelle, « Etat des lieux de la lutte contre le financement du terrorisme : entre critiques et recommandations », Cultures & Conflits, Centre d'études sur les conflits - Liberté et sécurité
Biersteker T.J., Eckert S.E. (eds.), Countering the Financing of Terrorism, New York, Routledge, 2007, 344 p. Warde I., Propagande impériale et guerre financière contre le terrorisme, Marseille / Paris, Agone / Le Monde diplomatique, 2007, 320 p. Objet atypique de par l’action publique transversale qu’elle mobilise, la facette financière de l’antiterrorisme a constitué la première réponse de l’administration américaine aux attentats de New York et Washington en 2001. En promulguant le décret...