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Valérie Lozac'h

Professeur, Science politique.

Sociétés, Acteurs, Gouvernement en Europe — SAGE
Sciences Po StrasbourgSociétés, Acteurs, Gouvernement en Europe

Actualités scientifiques

Colloque
23 nov. 2023 · Strasbourg

Publications scientifiques

  • Thèse

    THESE
    Le transfert du modèle de gouvernement local ouest-allemand dans les nouveaux Länder : une comparaison entre Eisenhüttenstadt et Hoyerswerda, soutenue en 1999 à Paris Institut détudes politiques sous la direction de Erhard Friedberg 

    Les mutations opérées en Allemagne de l'est à partir de l'automne 1989, communément désignées sous le terme de Wende (tournant), ont rapidement pris la forme d'une importation des institutions politiques, économiques, sociales et juridiques de la République fédérale. La thèse porte sur le transfert du modèle de gouvernement local ouest-allemand dans les villes des nouveaux Länder. Celles-ci ont connu trois grandes mutations. La première renvoie au passage d'un système qualifié de post-totalitaire à une démocratie libérale. Le deuxième changement tient à la redéfinition de la place et des fonctions réservées aux communes, qui font face à un élargissement de leurs missions. Enfin, le transfert suppose l'instauration de nouveaux schémas administratifs. Notre étude s'appuie sur une démarche micro-analytique, qui met l'accent sur les acteurs. Afin de saisir concrètement le transfert du modèle de gouvernement local ouest-allemand dans les nouveaux Länder, nous avons choisi de mener une enquête de terrain dans deux villes est-allemandes, à savoir Eisenhuttenstadt, située dans le Brandebourg, et Hoyerswerda, qui se trouve en Saxe. Edifiées dans les années cinquante, elles offrent un concentre des enjeux et des difficultés issus de la Wende, en raison de leur triple statut de villes nouvelles, > et villes mono-industrielles. Dans cette étude, il s'agit à la fois de restituer les dynamiques du changement propre à chaque commune et d'effectuer une comparaison entre les deux villes. Notre travail se divise en trois parties. La première s'attache à identifier les acteurs et à mettre en relief leurs stratégies dans la conduite du changement. La deuxième partie se concentre sur l'évolution des pratiques, des comportements et des relations au quotidien. Ces mutations sont envisagées dans une perspective d'apprentissage collectif qui recouvre acquisition de compétences tant professionnelles que relationnelles et culturelles. Après avoir mis en évidence les multiples différences observées dans les deux communes en termes de stratégies de transfert et de processus d'apprentissage, il s'agit, dans une troisième partie, d'opérer une analyse et une mise en perspective des résultats empiriques.

  • Ouvrages

    Valérie Lozac'h, Des doctrines aux réformes ?: la modernisation de l'État en Allemagne, Presses universitaires de Rennes, 2019, 282 p.  

    Valérie Lozac'h, Pascale Laborier, Des doctrines aux réformes: contribution à une sociologie de la circulation des modèles d’administration en contexte postcommuniste,, 2014, 250 p. 

    Sophie Valette, La coopération franco-allemande en matière d'éducation: études comparatives des lycées franco-allemands de Buc et de Sarrebruck, 2009   

    Valérie Lozac'h, François Bafoil, La restructuration des facultés de sociologie dans l'ex-RDA: les exemples de Berlin-Est, Halle et Leipzig,, 1994, 75 p. 

  • Articles

    Valérie Lozac'h, « La transformation de la RDA : une singularité est-allemande ? », Villeneuve d'Ascq : Presses universitaires du Septentrion, Paris : Association pour la connaissance de l'Allemagne d'aujourd'hui et PERSÉE : CNRS & ENS de Lyon, 2009, pp. 265-274  

    Lozac'h Valérie. La transformation de la RDA : une singularité est-allemande ?. In: Allemagne d'aujourd'hui, N°189, juillet-septembre 2009. La mémoire de trois fondations. 60e anniversaire de la fondation de la RFA et de... la RDA, 20e anniversaire de la chute du Mur et réalisation de l’Allemagne unifiée. pp. 265-274.

    Valérie Lozac'h, « L'ancienne RDA : un laboratoire pour la réforme de l'action publique locale ? », Paris : Armand Colin, PERSÉE : Université de Lyon et CNRS & ENS de Lyon, 2008, pp. 13-31  

    L'unification allemande a coïncidé avec l'émergence de projets réformateurs dans le domaine de l'action publique locale. Les communes de l'ancienne RDA ont alors fait figure de laboratoires pour l'expérimentation de ces projets qui empruntent tant aux doctrines néomanagériales issues de l'entreprise qu'aux formes de la démocratie participative. L'analyse met toutefois en lumière que ces aspirations modernisatrices n'ont pas rencontré le succès escompté par leurs promoteurs. Différents héritages politiques et administratifs se conjuguent en effet pour limiter l'application des réformes sur le terrain est-allemand.

    Valérie Lozac'h, « Transmission et acquisition des savoirs dans les administrations municipales est-allemandes. Les exemples de Hoyerswerda et Eisenhüttenstadt », Villeneuve d'Ascq : Presses universitaires du Septentrion, Paris : Association pour la connaissance de l'Allemagne d'aujourd'hui et PERSÉE : CNRS & ENS de Lyon, 1996, pp. 64-82  

    Lozac'h Valérie. Transmission et acquisition des savoirs dans les administrations municipales est-allemandes. Les exemples de Hoyerswerda et Eisenhüttenstadt. In: Allemagne d'aujourd'hui, N°135, janvier-mars 1996. pp. 64-82.

  • Communications

    Valérie Lozac'h, « Actualité des études européennes », le 23 novembre 2023 

    Colloque organisé par le laboratoire SAGE, UNISTRA sous la direction de Marie Acabo - SAGE, Strasbourg et Maxime Behar - SAGE, Strasbourg

Encadrement doctoral

  • Thèses dirigées

    Arnaud Bubeck, Corps immobiles, corps mobilisés : enquête sociologique sur une biopolitique du sport-santé à destination de personnes atteintes de diabète de type 2 sur le territoire strasbourgeois, soutenue en 2024 à Strasbourg en co-direction avec Claire Perrin présidée par Nicoletta Diasio, membres du jury : Isabelle Aujoulat (Rapp.), Yves Morales (Rapp.)    

    Ce travail de thèse est une enquête sociologique sur le sport-santé et son déploiement sur un espace local. La problématique se concentre sur la compréhension des effets des instruments de gouvernance mobilisés par les pouvoirs publics pour construire localement le problème public de la sédentarité et de l’inactivité, et gouverner un territoire. Trois dispositifs qui proposent un accompagnement par l’activité physique à destination des personnes atteintes de maladies chroniques ont été étudiés : un réseau de santé, une association sportive, et un dispositif géré par la ville de Strasbourg. Une soixantaine d’entretiens a été réalisée avec différentes catégories d’acteurs, ceux qui travaillent à la gestion administrative de ces dispositifs, ceux qui sont au contact des bénéficiaires, et les bénéficiaires eux-mêmes avec une focale sur les personnes atteintes de diabète. Les résultats montrent notamment qu’une gouvernance par les nombres par des indicateurs de performance a été mise en place pour orienter le travail des professionnels dans le but de produire de multiples données sur les activités des bénéficiaires.

    Melaine Robert, L’appel du marché : l’entrepreneurialisation de l’administration française des Télécommunications (1960-1991), soutenue en 2023 à Strasbourg en co-direction avec Vincent Dubois 

    En 1991, l’administration des Postes et Télécommunications (PTT) disparaît et donne notamment naissance à l’entreprise France Télécom. Cette sortie de l’État n’est pas brutale : elle est le produit de réformes successives et de luttes entre acteurs administratifs depuis les années 1960. Cette thèse prend pour objet ces transformations de l’administration publique des Télécommunications, des années 1960 au début des années 1990. Elle met en évidence un processus d’entrepreneurialisation, défini comme l’autonomisation progressive des Télécommunications vis-à-vis de l’État et leur encastrement dans un champ entrepreneurial. À partir d’une enquête mêlant entretiens biographiques, archives ministérielles, base de données prosopographiques et traitements statistiques, la thèse développe une analyse dynamique des champs de l’action publique. Elle montre comment l’entrepreneurialisation est provoquée par les luttes entre hauts fonctionnaires ; contrainte par les logiques des champs politique et syndical ; modelée par l’état du champ spécifique de la réforme des télécommunications ; aiguillée par l’empilement des réformes successives qui, sans opérer de basculement, rendent de moins en moins probables les possibles alternatifs. La thèse propose ainsi une explication à l’apparent paradoxe qui voit les luttes entre des acteurs très majoritairement liés à l’État produire la sortie de l’État d’un de ses segments. Elle contribue plus largement à documenter la construction d’un ordre économique marchand par l’État et selon des logiques et enjeux qui lui sont propres.

    Melaine Robert, L'appel du marché : l'entrepreneurialisation de l'administration française des Télécommunications (1960-1991), soutenue en 2023 en co-direction avec Vincent Dubois présidée par Brigitte Gaïti, membres du jury : Philippe Bezes (Rapp.), Fabien Éloire (Rapp.), Antoine Roger    

    En 1991, l’administration des Postes et Télécommunications (PTT) disparaît et donne notamment naissance à l’entreprise France Télécom. Cette sortie de l’État n’est pas brutale : elle est le produit de réformes successives et de luttes entre acteurs administratifs depuis les années 1960. Cette thèse prend pour objet ces transformations de l’administration publique des Télécommunications, des années 1960 au début des années 1990. Elle met en évidence un processus d’entrepreneurialisation, défini comme l’autonomisation progressive des Télécommunications vis-à-vis de l’État et leur encastrement dans un champ entrepreneurial. À partir d’une enquête mêlant entretiens biographiques, archives ministérielles, base de données prosopographiques et traitements statistiques, la thèse développe une analyse dynamique des champs de l’action publique. Elle montre comment l’entrepreneurialisation est provoquée par les luttes entre hauts fonctionnaires ; contrainte par les logiques des champs politique et syndical ; modelée par l’état du champ spécifique de la réforme des télécommunications ; aiguillée par l’empilement des réformes successives qui, sans opérer de basculement, rendent de moins en moins probables les possibles alternatifs. La thèse propose ainsi une explication à l’apparent paradoxe qui voit les luttes entre des acteurs très majoritairement liés à l’État produire la sortie de l’État d’un de ses segments. Elle contribue plus largement à documenter la construction d’un ordre économique marchand par l’État et selon des logiques et enjeux qui lui sont propres.

    Hannes Käckmeister, Die behördliche Konstruktion ‘unbegleiteter Minderjähriger‘ : ein deutsch-französischer Vergleich der Verfahren der Alterseinschätzung, soutenue en 2021 à Strasbourg en co-direction avec Albert Scherr présidée par Jay Rowell, membres du jury : Daniel Gredig (Rapp.), Nikola Tietze (Rapp.)   

    Cette étude sociologique porte sur le processus d’évaluation de l’âge de jeunes migrants se déclarant « mineurs isolés ». Au prisme d’une analyse comparative, on analyse les dynamiques d’interaction, les critères de sélection et les pratiques de travail dans deux services de protection de l’enfance, en France et en Allemagne. L’enquête de terrain en leur sein montre que la distinction entre minorité et majorité est souvent difficile à établir : cadre juridique peu formalisé, caractère approximatif de la décision et communication stratégique – conférant un pouvoir discrétionnaire considérable aux travailleurs sociaux. Les processus décisionnels s’avèrent ainsi perméables à des facteurs extérieurs et aux convictions intimes des évaluateurs, rendant visible le rapport conflictuel entre contrôle migratoire et protection de l’enfance – et les injonctions paradoxales qui en découlent dans l’interaction. Face à ces injonctions, les travailleurs sociaux développent des pratiques et justifications qui mettent en évidence des différences entre la France et l’Allemagne. Un des intérêts centraux de la thèse, tant sur le plan épistémologique que théorique, est d’inverser et de croiser les perspectives, permettant d’observer les interactions à travers le prisme de la parole des « usagers », et d’ajouter à l’étude « classique » des agents au guichet (Lipsky, 1980) une dimension intersubjective. Celle-ci permet de saisir la catégorisation non pas comme un processus formel et linéaire, mais comme une co-construction à laquelle participent travailleurs sociaux, mais aussi interprètes et jeunes migrants de façon active et créative.

  • Rapporteur

    Victor Violier, Façonner l’Etat, former ses serviteurs : les reconfigurations de la politique des cadres de la fin de l'Union soviétique à la Russie de Vladimir Poutine, soutenue en 2021 à Paris 10 sous la direction de Béatrice Hibou et Frédéric Zalewski présidée par Françoise Daucé, membres du jury : Gilles Favarel-Garrigues (Rapp.), Carole Sigman   

    Cette recherche s'intéresse à la construction de l'État et de sa légitimité dans l'espace post-communiste en prenant la Russie comme cas et son administration comme entrée, à rebours des approches en termes d'aire culturelle et à partir des outils ordinaires des sciences sociales du politique. Elle se concentre, dans une perspective diachronique, sur l'étude des dispositifs institutionnels de formation des cadres et de leur transformation en mêlant travail d'archives, entretiens sociologiques et enquête ethnographique. Elle se penche sur les reconfigurations des institutions fédérales, régionales et locales, de l'Académie des sciences sociales de l'Union soviétique (1946) et des écoles régionales du PCUS à l'Académie Présidentielle (2010) et ses filiales régionales. Elle montre comment les reformulations soviétiques tardives puis post-soviétiques de la politique des cadres stalinienne nourrissent, d’une part, les luttes et les affrontements autour de ses redéfinitions matérielle et symbolique et, d’autre part, les transformations de l’État et la reconfiguration de l’action publique en Russie soviétique et post-soviétique. Dans cette optique, la thèse se concentre plus précisément sur des moments critiques, au cours desquels se (re)jouent les négociations, se (re)nouent et se dénouent les tensions, et se concentrent les affrontements autour des définitions de ce qu’était, ce qu’est et enfin ce que doit être l’État en Russie. Elle entend restituer, par-delà les discours des pouvoirs et des institutions successives, l’intelligibilité des reconfigurations de la relation de pouvoir entre l’État et la société, du périmètre de l’action publique et, consubstantiellement, de la mission dévolue aux agents de l’État et de l’administration en tant qu’appareil bureaucratique d’encadrement et de contrôle social en étudiant les luttes matérielles et symboliques autour des définitions/redéfinitions du modèle du cadre soviétique puis russe. Par l’étude de la transition des institutions de formation et des réformes successives du cursus honorum et des curricula des serviteurs de l’État, cette sociogenèse de la kadrovaja politika donne à voir les modalités de redéfinition matérielles et symboliques de l’État et de son administration, sa place dans la société et les rapports entretenus avec elle. La thèse vise ainsi à porter un nouveau regard sur les transformations des rapports entre l’État et la société, par l’étude des lieux de production d’une pensée d’État à des moments charnières et une attention particulière portée aux processus de délégitimation-relégitimation du monopole d’administration de la domination politique et de l’action publique.

    Egidio Guambe, Réformer l'administration pour renégocier la centralité de l'Etat : une analyse à partir du cas des municipalités de Beira, Mueda et Quissico (Mozambique), soutenue en 2016 à Bordeaux sous la direction de Michel Cahen présidée par Dominique Darbon, membres du jury : Joana Pereira Leite (Rapp.), Gilles Massardier et Rozenn Nakanabo Diallo   

    Ces dernières années les États du Sud aussi bien que du Nord, se sont engagés dans une succession de réformes des administrations qui semblent suivre les mêmes modèles. La plupart des lectures de ces réformes, dans le contexte des pays du Sud, notamment africains, ne cessent d’invoquer leur caractère imposé, auquel les soumettent les bailleurs de fonds. Sans une vraie analyse au niveau local et sans une étude approfondie, ces réformes sont, grosso modo, présentées comme des échecs successifs. Cette thèse se veut donc une contribution à une lecture critique de ces réformes, de leur mise en oeuvre et des pratiques résultant de leur apprentissage, comme modes d’exercice de pouvoir.À partir d’une restitution empirique de la mise en oeuvre des réformes de décentralisation,notamment à travers le fonctionnement des municipalités, pour la ville de Beira et les bourgs de Mueda et Quissico au Mozambique, la thèse montre que l’apprentissage d’une réforme est influencé par les trajectoires spécifiques des rapports entre État et Sociétés, dans les espaces de mise en oeuvre.En combinant diverses approches de sociologie historique pour l’étude de l’administration à travers ces réformes successives, de sociologie de construction de l’État et de sociologie de l’action publique, ce travail défend la thèse que la réforme de l’administration, notamment décentralisatrice, en permettant une modification des modes d’articulation entre administration et citoyens, participe au redéploiement de l’État. En effet, les observations empiriques du fonctionnement quotidien des municipalités permettent de les voir comme de nouvelles arènes de diffusion et d’apprentissage entre État et administrés. C’est un processus qui doit forcément être resitué à l’intersection des enjeux spécifiques des lieux de mise en oeuvre et des cadres sous-jacents des réformes.

  • Membre du jury

    Victor Demenge, A quoi tient la croissance ? : une histoire du chiffre et de la catégorie de croissance économique en France (fin des années 1940 – années 1990), soutenue en 2025 à Strasbourg sous la direction de Vincent Dubois présidée par Brigitte Gaïti, membres du jury : Benjamin Lemoine (Rapp.), Étienne Penissat (Rapp.)   

    Cette thèse porte sur l’histoire de la notion et du chiffre de la croissance en France. Ce travail montre comment la « croissance », née comme un objet de gouvernement, s’est métamorphosée en un sujet gouvernant. La notion et le chiffre de la croissance ont été construits par des économistes et fonctionnaires « modernisateurs » à partir de la fin des années 1940 en France. Ce concept économique a été conçu pour penser une politique économique interventionniste. Son chiffre a été élaboré pour réaliser des objectifs de production d’Etat. Les quantifications de la croissance se transforment ensuite entre les années 1960 et 1980. Le chiffre de la croissance passée acquiert une solidité plus forte. Les objectifs de croissance d’Etat sont progressivement abandonnés au profit de prévisions se voulant plus « réalistes ». L’objet planifié devient alors un sujet dont l’évolution autonome s’impose de plus en plus aux acteurs économiques et à l’Etat. Cette métamorphose de la croissance est le produit des transformations du champ bureaucratique et de la position qu’y occupent les fonctionnaires chargés de la chiffrer et gouverner.

    Victor Violier, Façonner l’Etat, former ses serviteurs : les reconfigurations de la politique des cadres de la fin de l'Union soviétique à la Russie de Vladimir Poutine, soutenue en 2021 à Paris 10 sous la direction de Béatrice Hibou et Frédéric Zalewski présidée par Françoise Daucé, membres du jury : Gilles Favarel-Garrigues (Rapp.), Carole Sigman   

    Cette recherche s'intéresse à la construction de l'État et de sa légitimité dans l'espace post-communiste en prenant la Russie comme cas et son administration comme entrée, à rebours des approches en termes d'aire culturelle et à partir des outils ordinaires des sciences sociales du politique. Elle se concentre, dans une perspective diachronique, sur l'étude des dispositifs institutionnels de formation des cadres et de leur transformation en mêlant travail d'archives, entretiens sociologiques et enquête ethnographique. Elle se penche sur les reconfigurations des institutions fédérales, régionales et locales, de l'Académie des sciences sociales de l'Union soviétique (1946) et des écoles régionales du PCUS à l'Académie Présidentielle (2010) et ses filiales régionales. Elle montre comment les reformulations soviétiques tardives puis post-soviétiques de la politique des cadres stalinienne nourrissent, d’une part, les luttes et les affrontements autour de ses redéfinitions matérielle et symbolique et, d’autre part, les transformations de l’État et la reconfiguration de l’action publique en Russie soviétique et post-soviétique. Dans cette optique, la thèse se concentre plus précisément sur des moments critiques, au cours desquels se (re)jouent les négociations, se (re)nouent et se dénouent les tensions, et se concentrent les affrontements autour des définitions de ce qu’était, ce qu’est et enfin ce que doit être l’État en Russie. Elle entend restituer, par-delà les discours des pouvoirs et des institutions successives, l’intelligibilité des reconfigurations de la relation de pouvoir entre l’État et la société, du périmètre de l’action publique et, consubstantiellement, de la mission dévolue aux agents de l’État et de l’administration en tant qu’appareil bureaucratique d’encadrement et de contrôle social en étudiant les luttes matérielles et symboliques autour des définitions/redéfinitions du modèle du cadre soviétique puis russe. Par l’étude de la transition des institutions de formation et des réformes successives du cursus honorum et des curricula des serviteurs de l’État, cette sociogenèse de la kadrovaja politika donne à voir les modalités de redéfinition matérielles et symboliques de l’État et de son administration, sa place dans la société et les rapports entretenus avec elle. La thèse vise ainsi à porter un nouveau regard sur les transformations des rapports entre l’État et la société, par l’étude des lieux de production d’une pensée d’État à des moments charnières et une attention particulière portée aux processus de délégitimation-relégitimation du monopole d’administration de la domination politique et de l’action publique.

    Josef Kavka, L’exigence de professionnalisation à l’université : émergence, réceptions et effets en Europe, en France et en République tchèque, soutenue en 2021 à Strasbourg sous la direction de Jay Rowell présidée par Christine Musselin, membres du jury : Dorota Dakowska (Rapp.), Antoine Roger (Rapp.), Romuald Bodin    

    Cette thèse étudie la montée en puissance de la professionnalisation à l’université durant les années 2000. Elle définit la professionnalisation comme une politique publique qui vise à adapter les études universitaires au marché de l’emploi mais aussi comme une « exigence » qu’il faut situer socialement et historiquement. Pour cela, une enquête multi-située interroge d’abord l’essor de la professionnalisation dans la politique universitaire française, tchèque et européenne. Elle explore ensuite un secteur économique émergent centré sur les services du conseil d’orientation professionnelle. Les réceptions et effets de la professionnalisation sont analysés par une enquête ethnographique auprès d’étudiants et enseignants dans quatre facultés de philosophie. La philosophie est envisagée comme un cas « limite », une discipline réputée pour sa conception du savoir désintéressé, a priori éloignée de l’exigence de professionnalisation.

    Egidio Guambe, Réformer l'administration pour renégocier la centralité de l'Etat : une analyse à partir du cas des municipalités de Beira, Mueda et Quissico (Mozambique), soutenue en 2016 à Bordeaux sous la direction de Michel Cahen présidée par Dominique Darbon, membres du jury : Joana Pereira Leite (Rapp.), Gilles Massardier et Rozenn Nakanabo Diallo   

    Ces dernières années les États du Sud aussi bien que du Nord, se sont engagés dans une succession de réformes des administrations qui semblent suivre les mêmes modèles. La plupart des lectures de ces réformes, dans le contexte des pays du Sud, notamment africains, ne cessent d’invoquer leur caractère imposé, auquel les soumettent les bailleurs de fonds. Sans une vraie analyse au niveau local et sans une étude approfondie, ces réformes sont, grosso modo, présentées comme des échecs successifs. Cette thèse se veut donc une contribution à une lecture critique de ces réformes, de leur mise en oeuvre et des pratiques résultant de leur apprentissage, comme modes d’exercice de pouvoir.À partir d’une restitution empirique de la mise en oeuvre des réformes de décentralisation,notamment à travers le fonctionnement des municipalités, pour la ville de Beira et les bourgs de Mueda et Quissico au Mozambique, la thèse montre que l’apprentissage d’une réforme est influencé par les trajectoires spécifiques des rapports entre État et Sociétés, dans les espaces de mise en oeuvre.En combinant diverses approches de sociologie historique pour l’étude de l’administration à travers ces réformes successives, de sociologie de construction de l’État et de sociologie de l’action publique, ce travail défend la thèse que la réforme de l’administration, notamment décentralisatrice, en permettant une modification des modes d’articulation entre administration et citoyens, participe au redéploiement de l’État. En effet, les observations empiriques du fonctionnement quotidien des municipalités permettent de les voir comme de nouvelles arènes de diffusion et d’apprentissage entre État et administrés. C’est un processus qui doit forcément être resitué à l’intersection des enjeux spécifiques des lieux de mise en oeuvre et des cadres sous-jacents des réformes.