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Pierre Gilbert

Maître de conférences, Science politique.

Université Paris 8 - Vincennes - Saint-Denis · Département de science politique Centre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris - Cresppa — CRESPPA
Université Paris 8 - Vincennes - Saint-DenisDépartement de science politiqueCentre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris - Cresppa

Actualités scientifiques

Journée d'étude
16 mai 2024 · Paris
Parution
7 juin 2022
Parution
9 avr. 2022

Publications scientifiques

  • Thèse

    THESE
    Les classes populaires à l’épreuve de la rénovation urbaine : transformations spatiales et changement social dans une cité HLM, soutenue en 2014 à Lyon 2 sous la direction de Jean-Yves Authier présidée par Stéphane Beaud, membres du jury : Olivier Schwartz, Sylvie Tissot, Sylvia Faure et Christine Lelévrier  

    Au croisement de la sociologie des classes populaires et de la sociologie urbaine, cette recherche analyse les effets de la rénovation urbaine dans les cités HLM, à partir d’une monographie dans le grand ensemble des Minguettes (Vénissieux). Elle souligne d’abord que cette politique, qui s’inscrit dans la continuité d’une action publique préoccupée par la maîtrise du peuplement, utilise l’espace résidentiel comme levier de transformation sociale, étendant ainsi l’encadrement des classes populaires au « monde privé », d’ordinaire préservé des rapports de domination. En analysant les pratiques de logeurs et les trajectoires résidentielles des habitants, elle met au jour les conséquences des transformations de l’habitat et des nombreuses mobilités résidentielles suscitées par les démolitions-reconstructions. Parvenant à retenir sur place une minorité de ménages appartenant aux fractions stables des classes populaires, elles ne bouleversent cependant pas le caractère majoritairement populaire du peuplement et ont surtout pour effet d’accentuer la hiérarchisation interne et les logiques de différenciation au sein de l’espace local. Ce travail met enfin en évidence les manières – différenciées selon les profils et les trajectoires – dont ces transformations résidentielles affectent les styles de vie localement en vigueur : elles mettent à l’épreuve les équilibres domestiques, encourageant le repli sur la sphère privée, et affectent les rapports au quartier, marqués par une plus grande réserve et une mise à distance du voisinage.

  • Ouvrages

    Pierre Gilbert, Julien Talpin, Sarah Abdelnour, Bruno Amable, Sophie Bernard [et alii], Nouveau peuple, nouvelle gauche, Éditions Amsterdam, 2026 

    Pierre Gilbert, Julien Talpin, Sarah Abdelnour, Bruno Amable, Sophie Bernard [et alii], Nouveau peuple, nouvelle gauche, Éditions Amsterdam, 2025, Les livres de l'Institut La Boétie, 278 p. 

    Pierre Gilbert, Quartiers populaires: défaire le mythe du ghetto, Éditions Amsterdam, 2024, 268 p. 

    Au sommet d’une colline s’élèvent d’imposants bâtiments rectilignes, bordés d’un côté par des champs et, de l’autre, par des pavillons. Le paysage des cités charrie tout un imaginaire. Elles sont, depuis plusieurs décennies, le support d’une profusion de fantasmes. Après avoir symbolisé le confort moderne et le progrès social de l’après-guerre, leur image s’est rapidement dégradée. On a d’abord dénoncé les cages à lapin et la sarcellite ; plus récemment, on a fustigé des ghettos, des territoires perdus gangrenés par le séparatisme. Pour combattre ces fausses évidences, qui renforcent la stigmatisation des minorités racisées et des fractions précaires des classes populaires, Pierre Gilbert rétablit ici la réalité des faits. S’appuyant sur une synthèse inédite des travaux en sciences sociales, il met en évidence les formes de ségrégation subies par ces quartiers, expose leurs particularités sur le plan des styles de vie, des relations sociales, du rapport à l’État, de l’emploi, des normes de genre, des aspirations. Et produit ce constat spectaculaire : les cités sont des lieux banals, et leurs habitants très semblables au reste des classes populaires

    Pierre Gilbert, Stéphanie Dechézelles, Maurice Olive, Isabelle Berry-Chikhaoui, Doris Buu-Sao [et alii], Politisation du proche: les lieux familiers comme espaces de mobilisation, Presses universitaires de Rennes, 2022  

    Pierre Gilbert (dir.), Les armes de la transition: l'intelligence collective au service de l'écologie, Les petits matins, 2021, 175 p. 

    Pierre Gilbert (dir.), Les classes sociales au foyer, Seuil, 2016, 125 p. 

  • Communications

    Pierre Gilbert, « Politiques du logement : l’alerte des sciences sociales », le 16 mai 2024 

    Journée d'études organisée par le CRESPPA-CSU, CNRS

Encadrement doctoral

  • Membre du jury

    Pierre Joffre, Un autre XVIIIe : socio-histoire d'un micro-quartier parisien, de 1880 à nos jours, soutenue en 2024 à Paris EHESS sous la direction de Isabelle Backouche et Sylvie Tissot présidée par Loïc Vadelorge, membres du jury : Charlotte Vorms (Rapp.), Fabrice Ripoll  

    Comment expliquer la présence d’un bâti d’apparence bourgeoise dans un arrondissement parisien réputé populaire ? C’est à la résolution de cette énigme que se consacre cette thèse. Plongeant dans un micro-quartier du XVIIIe arrondissement, dont la forme urbaine laisse présumer une occupation de populations favorisées, ce qui ne manque pas de surprendre dans un arrondissement qui compte parmi les plus populaires de la capitale, ce travail interroge les interactions entre le matériel, le social et les représentations depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à la période contemporaine. La thèse s’inscrit à la fois en histoire urbaine et sociale et en sociologie urbaine, inspirée par une analyse bourdieusienne de l’espace. Elle questionne d’abord la genèse du quartier, analyse ses spécificités relativement à l’arrondissement et à la ville, notamment eu égard à ses façades et à son parc de logements. Elle met en valeur l’importance de familles de propriétaires locaux·ales dont le travail sur l’espace le marque durablement, produisant le peuplement du début du XXe siècle et posant une première pierre dans le processus d’embourgeoisement qui le caractérisera tout au long du siècle. En parallèle, elle interroge le coût du logement pour ses habitant·es sur une longue période, en montrant comment la différenciation sociale de l’habitat – une des caractéristiques marquantes de cet espace – se reflète dans le marché local du logement. Elle questionne aussi de façon plus succincte le rôle des pouvoirs publics dans l’urbanisation locale et la présence ponctuelle de logements sociaux. L’évolution du peuplement entre 1880 et la période contemporaine compose une partie centrale de l’analyse, à travers diverses sources démographiques qui permettent une discussion de catégories telles que celles de « classes moyennes » ou d’« employé·es ». La perspective croisée entre habitat et positions socio-professionnelles nourrit cette discussion, car on constate une certaine homologie – constituée historiquement – entre le haut du quartier, caractérisé par des logements de qualité et un peuplement plutôt aisé et le bas du quartier, dont les caractéristiques sont inverses. Les représentations des habitant·es de la période contemporaine sont en partie produites par la matérialité urbaine qui est observée – héritage de l’histoire du quartier – ce qui contribue à renforcer la grille de lecture haut/bas, dans leurs perceptions d’elles et eux et des autres. C’est aussi autour de la notion de « mixité » souvent convoquée par les habitant·es contemporain·es que s’interroge cette thèse. Elle la traite essentiellement par une vision statistique, à travers la coprésence de classes sociales différenciées au début de la période – permise par la différenciation de l’habitat – et la coprésence de fractions des classes supérieures à la période actuelle – résultat du processus d’embourgeoisement. Ce dernier point permet alors d’interroger les relations sociales de ces fractions de classes et quelques-unes de leurs stratégies de distinction et d’appropriation symbolique et matérielle de l’espace, qui vont de l’échelle de l’immeuble à celle plus large du quartier.

    Sarah Rétif, Formes d'engagement de mères du quartier : ethnographie d'un monde minoritaire, féminisé et populaire, soutenue en 2023 à Tours sous la direction de Hélène Bertheleu présidée par Élise Palomares, membres du jury : Julien Talpin (Rapp.), Camille Hamidi   

    Cette recherche doctorale analyse sous l'angle de l'imbrication des rapports sociaux de sexe, de classe et de race, les formes d'engagement de mères issues des migrations dans des associations implantées en quartier populaire. Ce travail repose sur une ethnographie de 28 mois, complétée par une quarantaine d'entretiens, au sein d'associations (centres sociaux et association de mères d'enfants scolarisés) dans trois quartiers classés prioritaires de la politique de la ville de la région Centre-Val de Loire. Les femmes enquêtées sont toutes des mères de famille, majoritairement issues des fractions précaires des classes populaires. Certaines sont nées en France ou arrivées lorsqu'elles étaient encore enfants, d'autres ont migré à l'âge adulte lors de la mise en couple et dans le cadre du regroupement familial. En portant un regard renouvelé sur la maternité, ce travail étudie à partir d'une approche sociologique le rapport mobilisé que ces mères entretiennent à leur condition sociale, mais également les processus de politisation de leurs expériences vécues. L'enquête montre d'une part les rapports différenciés à la maternité à l'aune des trajectoires migratoires, matrimoniales, professionnelles et des aspirations sociales. Elle propose une typologie des mères en fonction de leur rapport à la maternité, à partir de laquelle sont mises en lumière les différentes formes d'engagement observées. Ces rapports à la maternité, reflétant une reproduction d'une division sexuée du travail domestique, conduisent ces femmes à se mobiliser à l'école en espérant améliorer le destin scolaire et social de leurs enfants et les aider à faire face au risque de stigmatisation raciale. Ce travail montre d'autre part que la constitution d'un réseau de sociabilité dans l'espace local et la circulation des ressources matérielles, relationnelles et symboliques entre les sphères associative, familiale, religieuse et professionnelle, favorisent l'engagement et le maintien dans les associations étudiées. Les mères rencontrées prennent appui sur ces associations ou détournent certains espaces institutionnels pour réaliser des tâches domestiques, des démarches administratives, du suivi scolaire ou encore parfaire l'éducation religieuse des enfants. L'engagement au sein de ces associations facilite souvent l'inscription dans des réseaux professionnels informels (auto-entrepreneures, assistantes maternelles), ou des reconversions professionnelles dans le milieu associatif pour les employées de l'aide à la personne. Pour celles qui sont exclues du marché de l'emploi, il devient un substitut professionnel et un espace de requalification symbolique. Enfin, la dimension collective de ces engagements alimente la production d'un « nous » minoritaire, féminin et populaire, traversé par des hiérarchies internes. Ces dernières définissent la position sociale de chacune dans des jeux de différenciation où être une « bonne » mère et une pratiquante musulmane « respectable » sont des qualités discutées et valorisées. L'autre dimension du « nous » est la capacité à faire entendre un point de vue minoritaire. Elle se traduit par l'expression d'injustices dont certaines se font les porte-parole et dénoncent le racisme et les représentations négatives liées à l'islam. Lorsque ces mères inscrivent leur association dans la scène politique locale, elles travaillent collectivement à la respectabilité de leur action, notamment auprès des élu·e·s municipaux.

    Hélène Jeanmougin, Entre compétitions et recompositions socio-spatiales : cohabiter en contexte de gentrification (Berlin, Palerme, Marseille), soutenue en 2022 à AixMarseille sous la direction de Sylvie Mazzella et Florence Bouillon présidée par Marie-Hélène Bacqué, membres du jury : Sonia Lehman-Frisch (Rapp.), Jean-Yves Authier (Rapp.), Hélène Bélanger et Agnès Deboulet   

    Cette thèse porte sur les cohabitations quotidiennes entre habitants de trois quartiers en cours de gentrification dans les villes de Berlin, Palerme et Marseille. Ce processus est saisi comme cadre d’interactions spécifiques, marqué par les compétitions pour l’espace local entre habitants aux ressources inégales, confrontés à une proximité spatiale inédite. Comment s'articulent les transformations de l'espace résidentiel d'une part et des espaces publics d'autre part, au sein de ces quartiers en transformation ? Quels sont les modalités et les enjeux des cohabitations entre individus aux caractéristiques sociales et aux « manières d'habiter » très diverses, et que nous apprennent-elles des (dés)appropriations locales ? Quels sont les effets de ces cohabitations sur les pratiques et les représentations citadines comme sur les trajectoires résidentielles des habitants, et donc, in fine, sur les recompositions socio-spatiales de ces quartiers ? C’est à ces questionnements qu’entend répondre cette thèse, qui saisit les fluctuations des ressources mobilisées par les uns et par les autres, ainsi que les redéfinitions des groupes sociaux comme des positions sociales et symboliques induites par ces cohabitations souvent tendues ou conflictuelles. Il s'agira au final de rompre avec une catégorisation rigide des acteurs et des processus de dominations dans de tels contextes de gentrification, pour en montrer la complexité et le dynamisme, tout en soulignant les compétences des habitants de ces quartiers, à même de réajuster voire de freiner, de façons différenciées selon les contextes, les logiques ségrégatives induites par les politiques de revalorisation des centres urbains.

    Emilie Balteau, Rénovation urbaine et continuités populaires : une recherche socio-filmique en ville moyenne, soutenue en 2019 à Université ParisSaclay ComUE sous la direction de Joyce Sebag et Stephen Bouquin présidée par Maryse Bresson, membres du jury : Christine Lelévrier (Rapp.), Jean-Yves Authier (Rapp.), Pascale Moulévrier   

    Ancrée dans la monographie d'un quartier d'habitat social situé en ville moyenne (Auxerre) et adossée à un cadre théorique réhabilitant la classe sociale, cette thèse interroge, à travers les deux formes qu'elle revêt (un texte et un film), les effets de la politique de rénovation urbaine contemporaine sur les populations des quartiers ciblés.La recherche montre la manière dont la rénovation urbaine, en transformant les espaces physiques et la composition de la population locale, procède d'un mouvement de différenciation entre quartiers et entre secteurs, qui tend à rejouer le clivage entre la cité et le pavillon (lequel confère notamment ses allures au « nouveau » quartier étudié). Ce faisant, la rénovation urbaine retravaille le statut socio-résidentiel des habitant qui se prêtent dans ce cadre à un jeu de distanciation complexe – visible dans les rapports (variés) qu'ils entretiennent à l'espace, tant en termes de représentations que des conduites.En même temps, à travers ces rapports à l'espace pourtant faits de différences et oppositions, la recherche donne à voir la rénovation urbaine comme une mise à l'épreuve générale où se réaffirme l'appartenance commune des habitants aux classes populaires. En éprouvant inévitablement leurs richesses et leurs relations, elle contribue en particulier à souligner l'étroitesse des ressources économiques des habitants et révèle également l'importance que conserve la sociabilité locale.Cette dernière participe d'un ensemble de tentatives de réappropriation qui jalonnent les paroles et pratiques des habitants et enjoignent de ne pas succomber à l'image d'une domination unilatérale, aussi fondamentales que puissent apparaitre les contraintes pratiques et symboliques dans lesquelles les classes populaires évoluent.