Cette thèse étudie les logiques de production et de reproduction des politiques de développement à partir du cas de la politique de formalisation du foncier rural en Côte d'Ivoire. Depuis plus de cinq décennies, les politiques de formalisation du foncier rural sont et demeurent un instrument récurrent de l'ingénierie du développement. Initialement envisagée comme un outil de taxation et de construction de l'Etat moderne, la formalisation a connu une diversification progressive de ses finalités, au gré des inflexions de l'agenda international de l'aide au développement : accroissement de la productivité agricole, réduction de la pauvreté, sécurité alimentaire, promotion de l'égalité de genre, ou encore prévention et résolution des violences dans les contextes post-conflit. Une vaste littérature a pourtant mis en évidence l'échec systématique des tentatives de formalisation exhaustive du foncier rural menées sur le continent africain et, plus largement, dans les Suds depuis l'époque coloniale. Dès lors, la persistance de ce paradigme constitue une énigme en soi : comment des politiques de développement qui n'atteignent pas leurs objectifs peuvent-elles perdurer au sein d'une industrie de l'aide ordinairement décrite comme réflexive et en quête de rationalisation ? La Côte d'Ivoire est un cas approprié pour ces questionnements. En 2025, la Banque mondiale y a lancé un programme de formalisation d'une ampleur historique 200 millions de dollars alloués au seul secteur foncier , justifié par le « succès » des interventions conduites au cours de la décennie précédente, dans le contexte de sortie de conflit. La Côte d'Ivoire serait-elle donc l'exception où réussirait enfin la formalisation ? Cette interrogation en appelle en réalité une autre : selon quels critères, et à partir de quelle définition, la « réussite » d'un programme de développement est-elle établie ? Ainsi, cette thèse analyse la manière dont les récits d'action publique circulent au sein de la configuration développementiste du foncier en Côte d'Ivoire, en entretenant un consensus ambigu qui rend possible l'internationalisation de la politique foncière ivoirienne. Elle interroge, par ailleurs, les écarts que suscite, dans la mise en uvre, la confrontation entre récits exogènes et contextes locaux. Elle démontre ainsi que la politique de formalisation persiste en Côte d'Ivoire, non parce que sa mise en uvre permet effectivement de faire progresser l'objectif de sécurisation intégrale des terres rurales, mais parce qu'elle assure les conditions de sa propre reproduction à travers les mécanismes institutionnels, financiers et discursifs de l'industrie du développement. Et cela, car elle permet aux acteurs de l'aide d'investir d'autres secteurs d'action publique ne bénéficiant pas des mêmes ressources institutionnelles et financières, dès lors qu'ils parviennent à y intégrer une dimension foncière, via des récits de fonciérisation.