Présentation
À l'orée de ce XXIe siècle, la question de l’eau est devenue une préoccupation principale pour tous. Les changements climatiques ont mis en exergue la rareté inexorable de ses sources. Des pans entiers de l’économie mondiale sont aujourd’hui menacés. Ce n’est pas sans raison que plusieurs pays ont adopté depuis quelques années une politique d’austérité en vue de limiter autant que faire se peut l’utilisation de l’eau. En réalité, le réchauffement de la planète a généré deux problèmes majeurs : d’un côté, l’accès à l’eau potable n’est plus un droit acquis. Malgré, l’essor extraordinaire des nouvelles technologies permettant une prospection rapide et un traitement des eaux à moindre coût, des inégalités flagrantes existent entre le Nord et le Sud. Un défrichage sommaire des statistiques démontre que 16% des africains subsahariens bénéficient à ce jour de l’eau courante, tandis que 5% des européens seulement n’en bénéficient pas ; d’un autre côté, les gaz à effet de serre accélèrent de manière constante et significative la fonte des glaces. Plusieurs villes sont aujourd’hui menacées de disparition à cause de la montée des eaux. Conséquemment, des populations entières seront inévitablement déplacées de force. Pour y trouver les remèdes nécessaires, la communauté scientifique ne cesse de proposer des alternatives au modèle économique actuel. Le forum de Bali qui a eu lieu en mai 2024 sous le thème « l’eau pour une prospérité partagée » s’inscrit dans ce registre. Le partage équitable des sources de l’eau permet au moins de limiter les écarts, de prévenir les épidémies et les crises humanitaires à répétition. Ces efforts demeurent vains malgré l’urgence de la situation et la pertinence de la demande. Il faut dire que la perception de l’eau est protéiforme. Elle varie selon les cultures et les civilisations. Bien qu’elle soit dans la littérature, la poésie et l’imaginaire collectif source de vie, l’eau apparaît de nos jours comme une menace à la sécurité et la stabilité des États. Elle est devenue dans certaines régions une source de tension. Chacun cherche à en accaparer le maximum quitte à spolier son voisin, faisant fi des règles du droit international. Plusieurs autres pensent d’ailleurs que, si guerre il y a, elle sera sur l’eau. Dès lors, quelle politique doit-on adopter pour sauvegarder cette source précieuse ? Le thème de l’eau s’impose comme une évidence, aussi bien pour les pays du bassin méditerranéen que pour les pays de l’Afrique subsaharienne. L’acuité des problématiques qu’il pose exige une approche pluridisciplinaire, seule capable de cerner au plus près le sujet dans son ensemble.
Ali Slah CHEBBI, Maître assistant de l’enseignement supérieur, rattaché à l’Université de Sfax depuis 2010. Après un long passage au Centre des Études et des Recherches Juridiques en Méditerranée et en Afrique francophone de l’Université de Perpignan, il intègre en 2001 le Centre des études en droit international et européen de l’Université de Paris I- Panthéon La Sorbonne où il entame ses études doctorales. Auteur de plusieurs livres et articles, il est également un conférencier reconnu. Il travaille fréquemment en étroite collaboration avec plusieurs institutions internationales.