Présentation
Il y a vingt ans paraissait aux Presses universitaires de France, dans le cadre de la publication des Œuvres complètes de Spinoza, une nouvelle édition de référence du Traité politique, qui permit de restituer au dernier ouvrage de Spinoza toute son importance au sein du corpus. En effet, ce traité a souvent été délaissé au profit de l’Éthique ou du Traité théologico-politique, deux ouvrages qui ont fait la renommée de leur auteur. La recherche plus récente lui a néanmoins redonné toute sa place notamment à la faveur des travaux d’Antonio Negri qui en 1982, dans L’Anomalie sauvage, présenta ce traité comme l’aboutissement de la pensée de Spinoza, non seulement sur le plan politique, comme le titre l’indique, mais aussi sur le plan métaphysique. L’autre grand mérite des travaux d’Antonio Negri est d’avoir attiré l’attention sur le concept de multitude, véritable invention conceptuelle de ce dernier traité, permettant ainsi d’interpréter à nouveau frais la manière dont Spinoza envisage la démocratie, et ouvrant la voie à de nombreuses perspectives de recherche. Frédéric Lordon a pour sa part fait fond sur le concept spinozien d’imperium pour repenser les processus d’union politique et jeter les bases d’une émancipation possible.
Le Traité politique est aussi l’ouvrage où Spinoza revendique l’influence de Machiavel, ce qui a permis de mieux comprendre le lien que son œuvre entretient avec les autres pensées politiques de son temps, en interrogeant non seulement l’influence de l’auteur florentin mais aussi de ses contemporains aux Provinces Unies.
L’université d’Amiens n’est pas restée étrangère à cet intérêt accru pour le Traité politique, que l’on pense aux travaux de Laurent Bove qui offrit en 2002 une réédition richement annotée de la traduction d’Émile Saisset, dont l’introduction faisait ressortir l’originalité et la puissance théorique de ce dernier ouvrage, inspirant nombre de chercheurs et de chercheuses.
Dans le sillage de ces travaux historiques sur un texte longtemps négligé, cette journée d’étude entend montrer combien les débats autour du Traité politique restent vivaces, en dressant un état des lieux de ce renouveau de la recherche spinoziste. L’objectif est de donner l’opportunité à de jeunes docteur·e·s et doctorant·e·s d’entrer dans la discussion et de s’emparer des questions abordées par les générations précédentes, sous la forme d’ateliers où les présentations soumises en amont à l’ensemble des participant·e·s feront l’objet d’une réflexion collective.
Programme
9h40 : Accueil café
10h00 : Mot de bienvenue
Julien Adoue, Créteil/Milan-LIS
Céline Hervet, Amiens-CURAPP-ESS
Session 1
Présidence : Jacques-Louis Lantoine, ENS Lyon-IHRIM
10h15 : “Imperii virtus securitas est” : l’ordre institutionnel et le concept de sécurité dans le Traité politique
Alessandro Balbo, Trento/Amiens-CURAPP-ESS
11h00 : Libérer ou dominer ? L’éducation de la multitude dans le Traité politique
Nil Selin Özkan, Amiens-CURAPP-ESS
11h45 : La question de la responsabilité dans le Traité politique de Spinoza
Ferdinand Valgalier, CNAM/Amiens-CRTD
12h30 : Déjeuner
Session 2
Présidence : Céline Hervet, Amiens-CURAPP-ESS
14h00 : La faculté de juger dans le Traité politique
Tansu Gökçe, Galatasaray/Nanterre-IREPH
14h45 : La politique de l’émancipation : la démocratie et l’espace public dans le Traité politique
Heecheol Ryu, Paris 1-HIPHIMO
15h30 : Délibérations et décisions politiques : Spinoza versus Machiavel
Anne Texier, Paris 1-HIPHIMO
16h15 : Pause-café
16h25 : Discussion générale
Avec Emma Barettoni, Naples-ISS ; Tomás García ; Rosario-Créteil et Raúl Gonzalez, Nanterre-IREPH
16h45 : Clôture de la journée
Contact : celine.hervet@u-picardie.fr
Journée d'études organisée par le CURAPP, Université de Picardie Jules Verne dans le cadre du BIP Hortus spinozanum III "Penser l’émancipation", sous la direction scientifique de Céline Hervet, Nil Selin Özkan, Alessandro Balbo et Julien Adoue