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Les deux Europes et leurs traditions constitutionnelles : une histoire de malentendus évitables ou de différences insurmontables ?
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jeudi3février2022
vendredi11février2022


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Conférence et cycle

Les deux Europes et leurs traditions constitutionnelles : une histoire de malentendus évitables ou de différences insurmontables ?


Présentation 

 

Le Collège de France bénéficie d’une longue tradition de réflexion sur l’Europe. En réponse aux crises (économique, sociale, politique, migratoire, et dernièrement sanitaire) qui ne cessent de secouer l’Europe et aux appels fréquemment renouvelés à sa « renaissance » ou « refondation », le Collège s’engage à nouveau dans le débat sur l’avenir de l’Europe dans le monde par le biais d’un cycle de conférences. Chaque année, deux conférenciers seront invités au Collège pour penser l’Europe, l’un en automne et l’autre au printemps, pour une série de quatre conférences sur une durée d’un mois. L’Europe est ici comprise au sens large des études européennes. Le cycle accueillera toute réflexion historique, politologique, philosophique, philologique, anthropologique, sociologique, juridique, économique, littéraire, théologique, religieuse ou archéologique sur l’Europe en tant que continent, civilisation, culture, idée, valeur(s), mythe, ordre ou culture juridique, institution(s), organisation internationale (Union européenne ou Conseil de l’Europe) ou marché. Au terme de ces quatre conférences, il conviendra de tirer des conclusions de l’analyse développée, et d’articuler quelques propositions et orientations à l’intention des décideurs politiques de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe.

 

Programme

 

3 Février 2022

 

17h00 : Dialogue inachevé entre les idées constitutionnelles en Europe de l’Est et en Europe de l’Ouest
Angelika Nussberger, Juriste, Professeure à l'Université de Cologne (Allemagne), Juge internationale auprès de la Cour constitutionnelle de Bosnie-Herzégovine, ancienne Juge auprès de la Cour européenne des droits de l'homme.

Il n’y a pas une, mais deux histoires à raconter sur le développement des idées constitutionnelles en Europe : une pour l’Europe de l’Est et une pour l’Europe de l’Ouest. Dès le siècle des Lumières, l’Ouest du continent, en particulier la France, se considéra comme moteur des idées progressistes sur l’Etat et le droit, tandis que l’Est semblait davantage en retrait. Bien que la Constitution polonaise ait été rédigée quelques mois avant la Constitution française de 1791, elle était perçue comme désuète, alors que la seconde a été reçue comme un modèle de réussite. L’Etat à laquelle elle donnait un cadre était de plus confronté à la politique expansionniste de ses voisins. Certains Etats à l’Est, comme l’Empire russe, n’étaient aucunement prêts à laisser prospérer les idées des droits de l’Homme et du constitutionnalisme, et avaient même tendance à les transformer immédiatement en leurs contraires. Ces faits historiques peuvent être interprétés de diverses manières : soit comme l’illustration d’une Europe à deux vitesses, soit, à la suite de Samuel Huntington ou Jenö Szücz, comme l’expression d’héritages juridiques différents qui ne peuvent être réunis en un patrimoine commun.

18h00 : Fin

 

4 Février 2022

 

17h00 : La fausse promesse : les années 1990 et l’illusion d’un héritage constitutionnel commun
Angelika Nussberger

La chute du mur de Berlin a créé l’illusion à la fois d’une réunification de ce qui appartenait à un même ensemble et du dépassement de la division introduite entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest. Les idées du constitutionnalisme à l’occidentale ont triomphé dans toutes les constitutions des Etats d’Europe centrale et orientale. Partout, on s’est empressé de codifier l’héritage constitutionnel commun. Toutefois, cette adoption de notions abstraites masquait une réalité très différente et une redéfinition rapide des valeurs, en particulier de celles d’« Etat de droit » et de « démocratie ». Rétrospectivement, il faut se demander si l’idée d’une tradition paneuropéenne commune était une illusion, ou si ce sont les circonstances historiques de la fin du siècle qui ont provoqué une multitude de malentendus.

18h00 : Fin

 

10 Février 2022

 

17h00 : Les divergences et controverses concernant le rôle d’un Etat européen au XXIe siècle
Angelika Nussberger

Que les Etats d’Europe centrale et orientale soient désormais membres de l’Union européenne ou qu’ils appartiennent seulement au Conseil de l’Europe en tant qu’organisation internationale, les difficultés capitales qu’ils rencontrent sont si différentes que l’on peut aujourd’hui se demander s’il existe encore des valeurs « européennes » communes. Il ne s’agit pas seulement d’une simple opposition entre des attitudes conservatrices et progressistes, mais bien plutôt de différences autour de la conception fondamentale de la relation entre l’individu et l’Etat, et du rôle de ce dernier au XXIe siècle. Tandis qu’à l’Ouest, le pluralisme et l’ouverture sont largement répandus, à l’Est, l’Etat est considéré comme un espace protecteur des traditions devant être préservées, mais aussi défendues contre les transformations provoquées par la mondialisation. Des conflits éclatent de manière récurrente sur des questions telles que le mouvement LGBT ou l’accueil des réfugiés. Peu à peu, ces conflits en engendrent d’autres portant sur des interrogations substantielles telles que l’indépendance du pouvoir judiciaire et la raison d’être des oppositions à une majorité gouvernementale. Ces antagonismes reflètent-ils un clivage Est-Ouest, ou constituent-ils des facteurs de division qui existent dans toutes les sociétés européennes de façon plus ou moins visible ?

18h00 : Fin

 

11 Février 2022

 

17h00 : Les deux Europes : cohésion fragile, fragmentaire ou fausse ?
Angelika Nussberger

L’étude du « patrimoine » de l’Europe doit enfin conduire à se tourner vers l’avenir, tout en réfléchissant aux convergences et à ce qui peut devenir commun, et à leur mise en place. C’est principalement l’apport de l’héritage constitutionnel de l’Europe qui est en jeu. Il est censé fournir des critères évidents pour distinguer ce qui est constitutif d’un « Etat de droit » ou d’une « démocratie », d’une part, et des systèmes où ces valeurs ont perdu leur sens, d’autre part. Ces idées européennes peuvent être envisagées comme un patrimoine fragile, mais clairement comme un patrimoine commun. Il est également possible de discerner une certaine fragmentation qui, bien qu’elle puisse être partiellement surmontée, doit être acceptée comme telle. Enfin, l’idée d’une conception commune de l’Etat et de la société en Europe peut être jugée comme fausse.

18h00 : Fin


Organisées dans le cadre du "Cycle Europe" du Collège de France, sur proposition des professeurs Samantha Besson, Edith Heard, Vinciane Pirenne-Delforge et Thomas Römer


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