Dans le Greater Amboseli Ecosystem, situé dans le sud du Kenya, les éleveurs Maasai sont confrontés à de profondes recompositions socio-écologiques liées à la gouvernance de l’eau, à la privatisation foncière et aux politiques de conservation. Ces mutations affectent leurs moyens de subsistance, la mobilité pastorale et les régimes d’accès aux ressources naturelles. Inscrite dans l’écologie politique et la géographie critique, cette thèse interroge les relations entre foncier, eau et conservation au prisme des notions de communs, d’enclosure, de dépossession et d’adaptation. Elle analyse comment les dynamiques locales s’articulent à des logiques globales de financiarisation de la nature et de marchandisation des ressources.Fondée sur un travail de terrain mené entre 2019 et 2023 dans six des sept group ranches de Kajiado-Sud, cette recherche combine enquêtes ethnographiques, cartographie participative, analyse des politiques publiques et co-conception d’un jeu de rôle (Eramatare enkop’ang). Cette méthodologie plurielle, inspirée de la notion de savoir situé (Haraway, 1988), permet de croiser différents niveaux d’analyse — individuel, communautaire, institutionnel et systémique — afin de saisir les recompositions socio-écologiques et les stratégies d’adaptation des acteurs. Les résultats révèlent que l’accès à l’eau est devenu un enjeu majeur de conflits, entre détournements en amont, luttes et adaptations autour des captages et forages, privatisations, transformations des usages des terres et restrictions liées à la conservation. La subdivision foncière, marquée par l’opacité et l’influence d’ONG internationales, favorise l’émergence de green leases et accélère les enclosures et ventes de terres, réduisant les parcours pastoraux. L’essor de modèles de conservation financiarisés — crédits carbone, tourisme de luxe et marchés de la biodiversité — fragmente les communs et relie les paysages et la faune d’Amboseli à des marchés volatils. Enfin, le jeu de rôle, co-conçu avec différentes communautés Maasai, révèle douze stratégies agropastorales et quatre systèmes agricoles dominants, illustrant l’importance des outils participatifs pour anticiper et discuter collectivement l’avenir du pastoralisme.En conclusion, la thèse montre qu’Amboseli constitue un observatoire critique des transformations agraires, hydrosociales et des politiques de conservation en Afrique de l’Est, éclairant les tensions entre dépossession et adaptation dans les sociétés pastorales.