Lola Guyot, Giacomo Mantovan, « Un dieu ne peut pas mourir. Divergences des récits sur la défaite des Tigres de libération de l’Eelam Tamoul », Critique internationale, Critique internationale, 2023, n°101, pp. 77-98
Après avoir mené une longue guerre contre le gouvernement sri lankais (1983-2009), suscitant de grands espoirs de victoire chez les combattants et les activistes de la diaspora tamoule, le mouvement armé des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) a été totalement anéanti en 2009. Bien que partageant le même objectif, les activistes de la diaspora et les anciens combattants en exil produisent des récits de cet événement très différents. Les premiers passent sous silence la destruction du mouvement armé et la mort de son dirigeant, et minimisent la défaite en déclarant que la victoire est toujours à portée de main. Les seconds racontent sans détours l’anéantissement de leur organisation, ainsi que l’effondrement qui s’est ensuivi de leur culture, de leur imaginaire et de leur manière d’être au monde. En cherchant à comprendre les raisons de ces différences, nous nous interrogeons sur les liens entre la production mémorielle et les trajectoires de mobilisation (démobilisation et remobilisation) des militants. Les efforts des vaincus pour donner sens à des années de lutte, à l’expérience de la défaite et à celle de l’impuissance politique sont ainsi analysés à l’aune des dynamiques de capitulation ou de résurrection de la lutte dans lesquelles s’inscrivent les différents acteurs.
Lola Guyot, « Le Sri Lanka : de l’effondrement économique à la révolte », Politique étrangère, Politique étrangère, 2022, n°Hiver, pp. 127-138
En 2022, le Sri Lanka a été secoué par une crise économique et politique inédite. Au cours du mois d’avril, le pays a fait défaut sur le remboursement de sa dette et s’est retrouvé dans l’incapacité d’emprunter sur les marchés internationaux. L’inflation a frappé les classes populaires de plein fouet et la pauvreté a gagné du terrain. Une partie de la population s’est alors mobilisée pour obtenir le départ du clan Rajapakse, au pouvoir depuis deux décennies, accusé d’incurie et de corruption.
Lola Guyot, « Le Sri Lanka, victime de la diplomatie prédatrice de la Chine ? », Études, Études, 2022, n°Février, pp. 19-27
Les liens entre le Sri Lanka et la Chine se sont considérablement renforcés ces dernières années. Cette alliance est-elle caractéristique de la politique d’expansion chinoise en Asie ? Elle reflète plutôt les choix politiques des gouvernements sri lankais successifs qui trouvent dans l’aide chinoise un moyen d’obtenir des financements qui, à la différence de ceux des pays occidentaux, ne sont pas conditionnés par des réformes politiques.
Lola Guyot, « Les pratiques répressives des LTTE : dispositifs spatialisés de purification de la nation tamoule », Pôle Sud, Pôle Sud, 2020, n°53, pp. 101-115
Dans le cadre de la guerre civile sri lankaise, qui a duré de 1983 à 2009, le mouvement armé séparatiste des Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul (LTTE) a eu recours à des pratiques répressives systématisées à l’encontre des Tamouls considérés comme dissidents, au Sri Lanka comme en diaspora. Si le mouvement a établi des institutions de gouvernance reposant sur le droit et sur des procédures objectivées, la répression, étendue à une large catégorie d’individus, a quant à elle été mise en œuvre hors de tout cadre institutionnel. Elle s’est inscrite dans un modèle répressif reposant sur l’idée de purification de la communauté politique de ses éléments présentés comme des « ennemis intérieurs ». Les pratiques répressives employées dans ce cadre par les LTTE ont pris différentes formes selon les espaces dans lesquels elles se déployaient. Au Sri Lanka, les LTTE ont pu avoir recours à la violence physique ostentatoire, à l’étranger ils ont dû adapter leurs pratiques à la contrainte d’un ordre légal extérieur et ont déployé un répertoire répressif principalement fondé sur la menace et la stigmatisation. Le cas des LTTE permet ainsi d’analyser les logiques politiques, mais aussi les contraintes associées à la constitution par un groupe armé d’un répertoire d’action répressif.