Information transmise par St. Rials, M. Ganzin, D. Alland, P. Charlot, J. Boudon et E. Desmons:
Appel à la défense de l'Histoire des Idées politiques
(liste màj au 24 nov. 2014, 11h)
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"Appel à la défense de l'Histoire des Idées politiques
Le président du dernier jury du concours externe de droit public a invité le ministère, dans le rapport qu’il a remis à celui-ci au mois de septembre 2014, à supprimer la «discutable» épreuve d’histoire des idées politiques qui, selon les termes retenus, «apporte peu de ressources pour l’évaluation des capacités d’un candidat en droit public». Il ajoute, de la façon la plus radicale que «cette remarque vaut quelle que soit l’étroitesse du lien que le choix des sujets permet d’établir avec des préoccupations de droit public», tant «les spécificités de la discipline l’éloignent du droit public».
Le propos du président du dernier jury semble de favoriser d’autres disciplines. Il conteste en particulier «la cohérence de l’association, sous le signe du “droit communautaire et européen”, entre le droit de l’Union européenne et celui du Conseil de l’Europe, c’est-à-dire dans la très grande majorité des cas la Convention européenne des droits de l’homme». Et il propose, à la faveur justement de l’élimination de l’histoire des idées politiques, de « séparer les deux matières et d’offrir le choix entre droit de l’Union européenne et droit du Conseil de l’Europe (ou de la Convention européenne des droits de l’homme) ».
Enfin, «très sensible à l’injustice que représente l’impossibilité pour les internationalistes ou les européanistes de choisir de faire une leçon en droit international public et une autre en droit européen», il suggère diverses réformes tendant à réparer cette injustice.
C’est la première fois qu’un président appelle non à ajouter mais à supprimer, non à compléter mais à anéantir. Ainsi ne lui suffit-il pas de faire progresser ses perspectives propres mais souhaite-t-il procéder, tout à la fois, en bousculant une partie de ses collègues et sans considération des conditions de la formation équilibrée d’un groupe – celui des publicistes – dont il est entendu depuis bien longtemps que sa variété constitue davantage un atout qu’une faiblesse, pour lui-même et pour les facultés.
Ce faisant, il ne saurait ignorer qu’il met sévèrement en cause la légitimité de travaux, d’enseignements, et bien entendu de très nombreux enseignants, publicistes certes, mais aussi politistes, historiens ou autres, que le dénigrement de la valeur formatrice de l’histoire des idées ne saurait ne pas affecter plus ou moins directement. Une partie des soussignés n’a pu ne pas se sentir profondément atteinte dans sa respectabilité professionnelle : il n’est pas agréable certes de lire, lorsqu’on enseigne dans les facultés de droit, que l’on ne sert pas à grand chose dans la formation de juristes dignes de ce nom ; il est même douloureux de comprendre rétrospectivement que l’on a entraîné des jeunes gens vers des préoccupations qui (on avait cru devoir le redouter à l’occasion de certains résultats des derniers concours) desserviraient leur carrière (que va-t-on pouvoir dire à tant de doctorants engagés dans des travaux ambitieux et féconds mais qui, désormais, seraient réputés sans pertinence, tant «les spécificités de la discipline [qui est celle de leur thèse] l’éloignent du droit public»? La condamnation est-elle sans appel? Un régime transitoire sera-t-il prévu, qui donne une petite chance aux égarés?)
Mais ceux qui parmi nous n’enseignent pas une telle matière et ne poursuivent pas ou ne dirigent pas de travaux en relevant partagent avec les premiers un même sentiment profond: l’histoire des idées, de quelque façon qu’on la désigne et de quelque manière qu’on l’enseigne, n’est pas seulement un ornement de la culture générale ; elle est un instrument fondamental de formation de l’esprit (car le contact avec la pensée aide la pensée à se réfléchir et à s’ordonner) ; elle donne accès à un savoir technique fondamental concernant en particulier l’Etat, auquel il est vain de prétendre accéder vraiment sans la suffisante assistance des plus grands, de Bodin à Rousseau en passant, notamment, par Hobbes et Locke; elle est une ressource sans équivalent pour la pensée critique (car dans sa différence même, une pensée autre dessine notre différence); elle est encore l’un des détours qui permettent, dans un monde saisi par un esprit croissant de spécialité, de maintenir un certain esprit de généralité (la scission proposée des matières européennes montre certes que ceci ne préoccupe guère le président du dernier jury); elle transporte enfin dans ce monde intellectuel commun qui permet de surmonter le «conflit des facultés», non seulement en autorisant la faculté de droit à s’entretenir avec celle des lettres, et à se nourrir de ses travaux, et cette dernière à considérer la faculté de droit comme une cousine lointaine et non comme une stricte étrangère, mais encore, à l’intérieur même de la faculté de droit, en favorisant bien souvent un dialogue plus facile entre publicistes, politistes et historiens.
L’on nous répondra que chacun demeurerait libre de «faire» de l’histoire des idées à ses moments perdus; mais chacun sait que, de même que la liberté de pensée, toujours intacte en droit, s’étiole en fait sans la liberté d’expression, de même le refoulement de la possibilité d’exprimer certaines préoccupations dans le cadre universitaire ne saurait manquer de tarir peu à peu celles-ci, à tous les niveaux de leur élaboration et de leur diffusion. L’on nous objectera encore qu’à défaut des «publicistes» les «historiens» et les «politistes» pourvoiraient seuls aux besoins éventuels: mais c’est oublier que les historiens du droit et les politistes ont eux aussi leurs orientations prioritaires, qui ne les portent pas forcément à consentir une place très significative à l’histoire des idées, d’où la sagesse remarquable de la solution passée (et actuelle encore!) abandonnant l’histoire des idées à l’indivision féconde et pacifique de trois sections au moins.
Est-ce demander trop que d’appeler à ce que l’on ne tue pas, avec une matière d’agrégation, tout un écosystème de la pensée – non celui seulement des historiens des idées, mais celui finalement de tous les publicistes en tant qu’ils forment une communauté d’esprits divers et complémentaires? Est-ce faire preuve d’intransigeance que de suggérer que l’aspiration des uns à voir se développer leur place n’emprunte pas la voie d’un appel à l’élimination pure et simple des autres?"
Auteurs du texte de l'Appel:
Stéphane Rials (courrier@stephanerials.fr)
Michel Ganzin (michel.ganzin@sfr.fr)
Denis Alland (denis.alland@orange.fr)
Patrick Charlot (patrick.charlot@u-bourgogne.fr)
Julien Boudon (julienboudon@yahoo.fr)
Eric Desmons (edesmons@gmail.com)
Pour signer cet appel:
Adresser un message électronique à nomodos@wanadoo.fr ou à l'un des auteurs
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- Indiquer: nom, prénom et qualité.
Nomôdos transmettra les messages reçus mais n'y répondra pas directement.
0 0 1 982 5407 Centre de Recherches juridiques de l'Université de 45 12 6377 14.0 Normal 0 21 false false false EN-GB JA X-NONE
Premiers signataires (au 24 nov. 2014, 11h):
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