Université Sorbonne Paris NordCItés, TERritoires, Environnement et SociétésInstitut de droit public, sciences politiques et sociales
Les territoires de/face à l’extrême-droite
jeudi11juin2026
9h17h15
Colloque À venir Aubervilliers

Présentation

 

Le CR02 (sociologie urbaine : villes, sociétés et action publique) de l’Association internationale des sociologues de langue française (coanimé par Jean-Yves Authier, Alain Bourdin, Annick Germain, Rémi Habouzit, Marie-Pierre Lefeuvre et Monika Salzbrunn) organise, avec le soutien de l’Institut de Droit Public, Sciences Politiques et Sociales (IDPS) de l’université Sorbonne Paris Nord une journée d’études visant à permettre un échange entre spécialistes de l’extrême droite, non seulement en France mais dans divers pays, et sociologues de l’urbain.

La sociologie urbaine est interpelée par différents travaux qui montrent que certains territoires peuvent servir d’ancrage à l’extrême droite ou, à l’inverse, donner naissance à des mouvements qui y résistent. Poser la question des liens entre territoire et extrême droite, c’est se demander dans quelle mesure le développement du vote ou de mouvements d’extrême droite est sensible aux caractéristiques des territoires, urbains mais pas seulement, dans lesquels il se déploie. C’est aussi s’intéresser à la manière dont les discours politiques utilisent le territoire comme argument de campagne ou comme un moyen de cibler certains électorats. C’est enfin traiter de l’incidence de la présence de l’extrême droite sur certains territoires, sur leur gouvernance, les sociabilités et modes de vie des populations qui y vivent, sur les résistances que celles-ci parviennent éventuellement à mettre en œuvre.

 

Programme

 

9h00 : Accueil café

9h30 : Introduction de la journée
Rémi Habouzit, AISLF – IDPS/ USPN

 

1ère Séquence - Dynamiques résidentielles et vote RN

Discutants : Jean-Yves Authier, AISLF - Centre Max Weber / Université Lyon 2 et Lilian Lahieyete, IDPS / USPN

9h45 : Des espaces périurbains acquis à l’extrême droite en France ? Dynamiques de peuplement, entre-soi résidentiel populaire blanc et banalisation du vote FN
Violaine Girard, maîtresse de conférences en sociologie à l'université de Rouen Normandie, membre du laboratoire DySoLab

Cette intervention étudie un espace périurbain marqué par des scores électoraux élevés enregistrés par l’extrême droite, pour encastrer ces votes au sein d’un contexte territorial façonné par des politiques du logement encourageant l’accès à l’habitat individuel pavillonnaire ainsi que par les restructurations d’activités industrielles. En analysant les recompositions à l’œuvre parmi les fractions populaires et moyennes établies au sein d’un tel territoire, nous montrons qu’elles sont en quête de respectabilité sociale et de stabilité économique dans un contexte de fragilisation des emplois salariés stables. Les ménages de ces fractions sont par ailleurs engagés dans la préservation d’un entre-soi résidentiel blanc : des dynamiques sociales locales concourent en effet au maintien à distance des ménages racisés, et constituent d’importants vecteurs de banalisation des votes à l’extrême-droite.

Inégalités territoriales, perceptions résidentielles et vote RN
Félicien Faury, sociologue et politiste, chargé de recherche CNRS, membre du Cesdip

Cette communication s’appuie sur une enquête de terrain menée dans un territoire urbain et périurbain de la région PACA auprès d’électeurs et d’électrices du Rassemblement national (RN). La présentation se centrera sur l’importance de la dimension spatiale dans la construction de visions du monde en affinité avec les discours de l’extrême droite. L’analyse d’entretiens ethnographiques permettra de restituer les perceptions locales des habitant·es et leurs manières de catégoriser et de (dé)valoriser leurs lieux de résidence et les zones voisines. Trois traits saillants, et complémentaires, seront analysés : le développement d’une « conscience triangulaire » vécue majoritairement sous un prisme résidentiel, où prédomine le sentiment d’être coincé entre des espaces convoités mais inabordables et des espaces repoussoirs mais invasifs ; la présence chez ces électeurs et électrices de fortes incertitudes sur leur « reproduction résidentielle » avec le sentiment de subir un déclassement territorial ; la position de « dominants dominés » des votant·es RN au sein de l’ordre résidentiel local. Ces rapports au territoire donnent lieu à des évaluations morales, le plus souvent racialisées, dont les prolongements politiques et électoraux seront analysés.

11h15 : Pause

 

2ème Séquence - Formes de territorialisation de l’extrême droite

Discutant.es : Marie-Pierre Lefeuvre, AISLF - UMR Citères / Université de Tours et Antonin Thyrard, IDPS / USPN

11h30 : Les formes contemporaines de l’ancrage partisan du FN/RN : enquêtes dans la "France des oubliés"
Guillaume Letourneur, Chercheur postdoctoral en science politique au Centre Emile Durkheim, Sciences Po Bordeaux

Cette communication analyse les logiques d’implantation locale du FN/RN dans les territoires périphériques que Marine Le Pen qualifie de “France des oubliés” et érige en cible privilégiée de ses discours. À partir d’enquêtes de terrain menées en Mayenne et dans l’Yonne, elle met en évidence un déploiement territorial reposant sur une organisation hypercentralisée, élitiste – et de plus en plus professionnalisée – mais aussi relativement restreinte à l’échelle locale. Ces dynamiques illustrent les formes contemporaines de structuration de l’extrême droite partisane au XXIᵉ siècle.

Entre facilitation et résistance : Une analyse des structures d'opportunité pour les territorialisations d'extrême droite au niveau local
Viktoria Kamuf, Sociologue membre du collectif d’auteurs Terra-R*

Si la montée actuelle de l'extrême droite est un phénomène mondial, ses conséquences concrètes se font souvent sentir en premier lieu au niveau local. En Allemagne, comme dans d'autres pays, les acteurs d'extrême droite sont devenus dominants dans certaines municipalités et régions, tant au niveau de la politique locale que dans la vie quotidienne. Beaucoup de ces lieux sont donc qualifiés d'"espaces d'extrême droite" dans les discours public et académique. Cependant, ces analyses ne parviennent pas à saisir les dynamiques sociopolitiques qui se déroulent réellement dans ces lieux, car elles ont tendance à conceptualiser l'espace comme un conteneur délimité soumis au contrôle de l'extrême droite. Afin d'offrir une compréhension plus nuancée, cette présentation met en lumière le contexte local de l’hégémonie de l'extrême droite : comment les acteurs locaux réagissent-ils aux efforts d'influence de l'extrême droite ? Comment les acteurs d'extrême droite sont-ils soutenus ? Qui résiste à l'extrême droite et comment ? Une attention particulière est accordée aux relations de pouvoir dans lesquelles s'inscrivent ces interactions.

*Auteur de l'ouvrage : « Das Ende rechter Räume. Zu Territorialisierungen der radikalen Rechten », 2025 (« La fin des espaces d'extrême droite. À propos des territorialisations de l'extrême droite »)

 

13h00 : Pause déjeuner

 

3ème Séquence - Politisation des divisions raciales, racialisation du sexisme et émergence de l’extrême droite

Discutant.es : Adèle Michaud, Doctorante en sociologie, Membre de l’UMR Citères et Alain Bourdin

14h30 : Luttes sociales, divisions raciales et essor de l’extrême droite dans un quartier ségrégué
Lorenzo Barrault-Stella, Sociologue et Politiste, Directeur de recherche au CNRS, Membre du CRESPPA-CSU
Clémentine Berjaud, Maîtresse de conférences en science politique à l’université Paris 1, Membre du CESSP-CRPS

La communication prend appui sur une enquête par observations et entretiens répétés entre 2016 et 2018 dans un quartier très populaire du Nord de Paris. L’analyse met en exergue les ressorts localisés d’un vote relativement élevé pour l’extrême droite (un sur-vote statistique à l’échelle parisienne) au sein d’un territoire très paupérisé et très ségrégué au plan racial. Bien que peu objectivées, les divisions entre habitant.e.s du quartier au quotidien reposent notamment sur les origines migratoires supposées, la couleur de la peau et les orientations religieuses. Dans ce quartier composé de 98% de logements sociaux inégalement rénovés, les différents groupes ethno-raciaux composant les différentes fractions des classes populaires locales entretiennent sur la scène résidentielle des relations plutôt négatives et souvent conflictuelles. Dans un contexte de faible encadrement politique, ces luttes sociales trouvent des prolongements dans certains conflits politiques localisés et à travers les pratiques électorales de celles et ceux qui votent. Les rapports sociaux de classes et de race au sein de ce territoire apparaissent indissociablement articulés dans l’explication des comportements politiques.

Le territoire comme levier de racialisation du sexisme : l’appropriation du harcèlement de rue par l’extrême-droite
Charlène Caldedaro, Sociologue et Politiste, Post-Doctorante à l’Université d’Oxford

Cette intervention propose d’analyser le rôle du territoire dans les processus de racialisation du sexisme à partir du cas du harcèlement de rue. Portée à l’origine par des militantes féministes avant d’être mise à l’agenda institutionnel du féminisme d’État, cette cause a progressivement été réinvestie par des acteur·ice·s d’extrême-droite, qui intègrent de manière croissante les questions de genre à leurs agendas politiques. Cette intervention, en s’appuyant sur une enquête de terrain réalisée auprès de militantes féministes, acteur·ice·s politiques et militant·e·s d’extrême-droite, analysera la façon dont la lutte contre le harcèlement de rue a été appropriée par l’extrême-droite en France. En retraçant les étapes de cette appropriation, il s’agira de montrer comment la territorialisation de ces violences joue un rôle central dans la racialisation du sexisme.

La confluence perverse en acte : une politisation illibérale et autoritaire des publics participatifs Recifense (Brésil)
Romain Gallart, urbaniste, Maître de conférences associé à l’université de Nanterre, Membre du LAVUE

Cette communication défend l’hypothèse selon laquelle la superposition de dispositifs participatifs contribue à produire des effets de frustration et de démobilisation, et favorise, dans certains cas, des formes de politisation réactionnaire. Elle s’appuie sur une recherche doctorale menée entre 2014 et 2019, consacrée à l’analyse de trois dispositifs participatifs mis en œuvre dans le cadre de projets urbains à Recife : le Programme de régularisation des zones spéciales d’intérêt social, le budget participatif et la démarche d’activation citoyenne associée à la requalification des berges du fleuve Capibaribe. À partir d’une approche qualitative fondée sur des entretiens, des observations et une analyse documentaire, cette recherche montre comment la participation, lorsqu’elle révèle ses propres limites, peut être vécue comme un jeu biaisé, alimentant le désengagement politique ou une réorientation vers des formes de politisation autoritaire.

17h00 : Conclusion de la journée
Monika Salzbrunn, AISLF - Institut des Sciences Sociales des Religions / Université de Lausanne

17h15 : Clôture

 

 

Entrée libre

Journée d’études organisée par le CR02, l'IDPS, Université Sorbonne Paris Nord
Localisation
Campus Condorcet Salle 50 du Centre de colloques Cours des Humanités 93300 Aubervilliers