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Résister à l’Inquisition (XIIIe-XVe siècles)

Colloque

Résister à l’Inquisition (XIIIe-XVe siècles)

Du jeudi 8 novembre 2018 au samedi 10 novembre 2018

Présentation

 

L’Inquisition fut, dès l’origine, une institution d’une redoutable efficacité dont le succès s’explique en partie par les techniques de contrainte et de coercition mises en œuvre par les inquisiteurs. Pourtant, dès les premiers temps de son existence, dans les années 1230, cette institution a suscité des réactions parfois très hostiles et violentes. Si la forme de la révolte populaire contre l’inquisiteur constitue certainement l’un des aspects les plus visibles et spectaculaires de cette hostilité – et constitue en quelque sorte la partie émergée de l’iceberg, de telles oppositions et résistances se sont en réalité manifestées selon des modalités très diverses et à l’initiative d’acteurs très variés entre les XIIIe et XVe siècle. C’est cette pluralité des formes d’opposition que nous proposons d’envisager à l’occasion de cette rencontre.

Le combat mené par l’Inquisition contre l’hérésie, voire la sorcellerie, ne s’est pas toujours déroulé sans la forte ingérence des ordinaires ou des pouvoirs locaux, qui visaient à limiter l’intervention des inquisiteurs pontificaux, en imposant leur nécessaire et active collaboration, ou à se substituer à eux voire, plus radicalement, à empêcher toute action répressive.

La résistance à la poursuite des hérétiques peut s’exprimer sous la forme de protestations relatives au droit d’instruire la cause, de détenir et juger les accusés ou d’exécuter la sentence capitale, sous l’argumentation d’une usurpation des droits de juridiction, d’une violation des coutumes ou des lois. Les procédures d’annulation des sentences prononcées peuvent également être mises en œuvre, sous la pression de forts enjeux politiques (Jeanne d’Arc, Arras, etc.). Or les restrictions ainsi imposées, sans bloquer totalement les procédures, sont davantage l’occasion d’affirmer une souveraineté, notamment par un marquage symbolique (bûcher, gibet) des espaces d’autorité.

Dans d’autres cas, l’obstruction faite par les autorités locales s’avère plus forte. Que mettent alors en œuvre ces inquisiteurs entravés dans leurs velléités de répression pour les surmonter ? Qu’il s’agisse de lettres adressées à des autorités supérieures (princes, papes, etc.) pour solliciter un soutien, de la rédaction de traités dans lesquels ils justifient leur action et leurs prérogatives et organisent leur défense, ou du passage en force par une procédure inquisitoire en mode sommaire, les moyens, multiples, témoignent de la diversité des stratégies de défense.

Le cadre politique et juridictionnel dans lequel peut ou non se déployer l’activité des inquisiteurs doit donc impérativement être pris en compte, en particulier lorsqu’elle est liée à la construction de nouveaux États territoriaux. Il s’agit donc de saisir les enjeux que représente la poursuite d’un crime touchant au pouvoir suprême.

A travers des études de cas qui concernent autant les questions liées à l’hérésie qu’à la sorcellerie, dans une chronologie et une géographie larges, il s’agira ainsi de poser les jalons d’un tableau comparé des espaces de répression et de résistance – ou de modération – face à la poursuite des crimes qualifiés d’hérésie.

 

Programme

 

Jeudi 8 novembre 2018

 

13h00 : Accueil

13h30 : Introduction
Martine Ostorero et Sylvain Parent

 

L’inquisition en question : entre conflits juridictionnels, négociation et collaboration

13h50 : Forme di resistenza all’Inquisizione nei Comuni toscani del Duecento
Riccardo Parmeggiani, Univ. Bologne

14h20 : Négocier plutôt que résister : les élites urbaines de Montauban devant l’inquisiteur Pierre Sellan (1236-1241)
Jörg Feuchter, Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften

14h50 : Résister ou moucharder ?
Alan Friedlander, Southern Connecticut State University

15h20 : Discussion

15h35 : Pause

16h00 : Résistances anti-inquisitoriales et hérésie à Milan : Pierre de Vérone, Rainier de Plaisance et les cathares
Alessia Trivellone, Univ. Montpellier

16h30 : « Volebant assidere in inquisitione ». Elites dirigeantes et Inquisition dans les villes du Midi de la France (1ère moitié du XIVe siècle)
Simone Balossino, Univ. Avignon

17h00 : La revanche de l’Inquisition languedocienne sous Jean XXII : condamnations, pénitences et réconciliations des opposants
Julien Théry, Univ. Lyon 2

17h30 : Discussion

 

Vendredi 9 novembre 2018

 

9h00 : La lutte contre l’hérésie hussite : légitimités et mises en cause
Pavel Soukup, Académie tchèque des sciences

9h30 : « L’affaire Gilles Meursault » à Tournai (1423). Un cas de résistance à l’inquisition ?
Georg Modestin, Kantonsschule Freudenberg, Zurich

10h00 : Discussion

10h15 : Pause

 

Le cas de la sorcellerie : (de-)limitation du champ de compétence de l’office d’inquisition

10h45 : Limiter l’hérésie ? Le « Tractatus de haeresi » d’Ambrogius de Vignate (vers 1468) : un discours de résistance face à l’inquisition et au sabbat des sorcières en Italie du Nord
Franck Mercier, Univ. Rennes 2

11h15 : Un seul crime et deux marteaux : le conflit entre juges laïcs et inquisiteurs visant le crime de sorcellerie diabolique en Catalogne
Pau Castell Granados, Univ. Barcelone

11h45 : « Quiconque aidera l’inquisiteur Ulric de Torrenté sera excommunié ». Genèse de la répression inquisitoriale et évolution des stratégies de résistance des bourgeois dans le comté de Neuchâtel au XVe siècle
Pau Castell Granados

12h15 : Discussion

 

12h30 : Buffet

 

Les résistances à l’inquisition, entre droit et théologie

14h00 : « Apostolico conspectui » : appel au pape et résistance à l’inquisition en France au XIVe siècle, entre tentatives de supervision et rivalités locales
Irene Bueno, Univ. Bologne

14h30 : Un inquisiteur en procès : Pietro dell’Aquila, entre abus de l’office et faillite des Acciaioli (Florence, 1346)
Cédric Quertier, Univ. Paris I
Sylvain Parent, ENS Lyon

15h00 : Les justifications des Spirituels (1309-1415)
Sylvain Piron, EHESS Paris

15h30 : Discussion

15h45 : Pause

16h15 : « Non solo roghi ». I processi di riabilitazione (XIV-XV secolo)
Marina Benedetti, Univ. Milan

16h45 : Qui sont les vaudois de la couronne d’Aragon ?
Sergi Grau Torras, Univ. autonome de Barcelone

17h15 : Discussion

 

Samedi 10 novembre 2018

 

La défense du mode inquisitoire et de l’office d’inquisition

9h00 : Sur le crime » d’entrave » à l’inquisition (XIIIe-XIVe siècles)
Thomas Girard, (ENS, Lyon

9h30 : La résistance contre l’inquisition naissante en France du Sud vu par un dominicain : la chronique de Guillaume Pelhisson († 1268)
Kathrin Utz Tremp, Univ. Lausanne

10h00 : Discussion

10h15 : Pause

11h45 : « Stylus iuridicus et inquisitio » : les procès universitaires au Concile de Constance (1414-1418)
Sebastian Provvidente, Univ. Buenos Aires – CONICET

12h15 : La « Recollectio » de Jean Bréhal, un plaidoyer pour une autre inquisition
Laurence Silvestre, Lycée Victor Duruy, Paris

12h45 : Discussion conclusive


Ecole normale supérieure
15 parvis René Descartes
69342 Lyon
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