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L’animal au château (Xe-XXIe siècles)

Appel à communication

L’animal au château (Xe-XXIe siècles)

Périgueux 27, 28 et 29 septembre 2019

Date limite le mercredi 30 janvier 2019

L’Association des Rencontres d’archéologie et d’histoire en Périgord consacre son colloque annuel, qui se tiendra comme chaque année depuis un quart de siècle à Périgueux, au thème de l’animal au château. D'emblée, il a été décidé d'exclure la chasse de ces Rencontres et de ne retenir que le château et son environnement proche, quelle que soit la période considérée. L'étude de la chasse, liée à celle de la forêt, a déjà fait l'objet d'un ouvrage au moment où se tenaient à Sireuil les Rencontres de Commarque[1]. Sera également écarté l’animal consommé puisque deux colloques, suivis dans l’année par leur publication aux Éditions Ausonius, ont déjà abordé le thème des tables châtelaines, Châteaux, cuisines et dépendances en 2013 et À la table des châteaux en 2014[2]. L’animal chassé et l’animal consommé étant mis de côté, l’animal au château est à la fois l’animal vivant, domestique ou sauvage, l’animal mort et exposé en trophée ou employé pour fabriquer des objets de luxe ou du quotidien, mais aussi l’animal représenté, sur les blasons et les emblèmes, sur les tentures ou les peintures ou encore en sculpture. Ces rencontres se proposent de participer au renouvellement récent des études historiques sur les rapports entre les hommes et les animaux[3], voire d’ouvrir de nouveaux axes de recherche en direction des châteaux tout insistant sur la dimension européenne et/ou comparative : des études sur l’Angleterre, les Espagnes, les Allemagnes et autres espaces européens seront les bienvenues.

 

Quelques axes de recherche à retenir :

1)  Les espèces animales concernées :

Pour s’interroger sur l’existence d’un bestiaire châtelain, des sources diverses doivent être mises en œuvre, archives, récits, archéologie, tapisseries, sculptures, blasons, héraldique, monnaies, etc. Elles permettront d’établir des inventaires des animaux présents, plus ou moins fréquemment et en nombre variable, dans l’entourage des seigneurs et des châtelains : aucune espèce animale, réelle ou imaginaire, ne doit être négligée, y compris les animaux légendaires ou fabuleux comme la licorne, avec les interprétations liées à sa présence. Ces inventaires des espèces animales présentes au château, nécessairement différents selon les époques et les espaces considérés, permettront de poser la question des variantes du bestiaire et leur évolution sur la longue durée des Rencontres, du premier Moyen Âge au XXIe siècle : l'arrivée d'espèces sauvages et la création de ménageries, tout comme l'aménagement contemporain de parcs animaliers autour des châteaux ou demeures châtelaines doivent être prises en compte dans la réflexion. De même, il conviendra de s’interroger sur les absences, sur les espèces animales exclues de l’environnement châtelain.

Parmi les espèces animales présentes dans l’entourage des seigneurs, le cheval occupe une place à part, en tant qu’auxiliaire et symbole du pouvoir : il mérite qu’on s’y attarde, non seulement parce que les sources le permettent amplement, qu’il s’agisse des traités d’équitation, des représentations de princes en cavaliers sur différents supports, mais aussi parce que le cheval est l’allié naturel du pouvoir dans les mises en scène de celui-ci ; il suffit à cet égard d’observer le lieu où les serviteurs du prince doivent mettre pied à terre, l’importance du cheval dans les processions princières ou encore dans les « loisirs »[4].

Quant aux autres espèces animales pouvant faire l’objet d’approches monographiques, le faucon et le chien de chasse amènent vite à la chasse et sont donc à exclure ; en revanche, le chien de compagnie peut être retenu : les races choisies, peut-être aussi le nombre d’animaux composant la meute, peuvent être des marqueurs du pouvoir, qu’il conviendrait de déterminer et d’analyser[5].

 

2)  Les espaces qui leur sont dévolus :

L’étude des espaces dévolus aux animaux dans le château amène deux questionnements : d’une part, celui des personnes auprès desquelles peuvent se rencontrer les différentes espèces animales, le seigneur ou le châtelain lui-même, les dames, les enfants, les serviteurs, les gardes, etc., sous la forme d'une hiérarchie animale qui refléterait la hiérarchie sociale des hôtes et qui délimiterait des endroits permis ou interdits aux espèces animales. D’autre part, il convient de poser la question des bâtiments spécifiques ou des espaces réservés, situés dans le château lui- même ou à proximité de celui-ci, et destinés au logement permanent ou temporaire des animaux du château et du parc, qu’il s’agisse des écuries[6], des manèges, des pigeonniers, des volières, des ménageries, des garennes, des viviers, etc. : que sait-on de leur architecture, de leur structure, mais aussi du coût de ces aménagements et de leurs transformations ? Quel est, le cas échéant, leur état de conservation actuel ?

 

3)  Leur rôle et leurs fonctions :

On posera bien entendu la question du rôle et des fonctions des animaux au château : les apports alimentaires des animaux étant à exclure, tout comme le rôle de ces derniers dans la chasse, il reste à examiner toutes les autres relations entretenues entre la société seigneuriale ou châtelaine et ses animaux domestiques. Il peut s’agir de relations de proximité quotidienne pour les animaux dont la présence est recherchée pour la compagnie et l’agrément qu’ils procurent. Quelles représentations en ont été faites dans les écrits du for privé, la littérature, la peinture et la sculpture, mais aussi pour les périodes plus récentes dans le cinéma ou la bande dessinée ? Cette thématique inclut les soins apportés par le seigneur à ses animaux, la nourriture qu’il leur réserve, mais aussi les sépultures des animaux et les marques de fidélité qui les entourent, tout comme les gisants accompagnés d’animaux reflétant les qualités morales du défunt.

Les animaux jouent également un rôle essentiel dans les spectacles châtelains, depuis les tournois et les jeux équestres jusqu’aux carrousels et autres ballets équestres[7]. Les animaux servent également à orner le château, de manières très diverses : ils peuvent être représentés, en sculpture, sur des tapisseries, en bouches de fontaines, sur la vaisselle, etc. Les trophées de chasse servent aussi à décorer le château, le seigneur exposant ainsi ses victoires sous la forme de massacres (crânes de sangliers ou de cerfs), de bucranes (crânes de bovidés) ou encore de peaux, tendues aux murs ou étalées au sol. Par ailleurs, l’exploitation des produits d’origine animale, os, corne, ivoire, poils, peau, sert à fabriquer des objets de luxe (pyxides, pièces de jeu d’échec, etc.), des objets du quotidien (brosse en poil, manches de couteau, blaireau, cuirs, etc.) ; les produits d’origine animale permettent également de confectionner des parures (pelisses, vêtements en peau de vison, de renard, etc.) qui constituent des marqueurs du pouvoir.

 

Les propositions de communications (environ 1500 signes), accompagnées d’une brève biobibliographie de l’auteur.e.s doivent être adressées au plus tard le 30 janvier 2019, par voie électronique, en format Word à Dominique Picco, secrétaire des Rencontres : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., et Juliette Glikman, secrétaire adjointe, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.Ou par voie postale à Dominique Picco, Université Bordeaux-Montaigne, UFR humanités, Département histoire, Campus universitaire, 33607 Pessac cedex.

 

[1]  André Chastel, dir., Le château, la chasse et la forêt, Les Cahiers de Commarque, Éd. Sud-Ouest, 1990.

[2]  Anne-Marie Cocula et Michel Combet, dir., Châteaux, cuisines et dépendances, Ausonius éditions, 2014 et À la table des châteaux, Ausonius éditions, 2015.

[3]  Éric Baratay, Jean-Luc Mayaud, dir., « L’animal domestique, XVIe-XXe siècles », Cahiers d’histoire, 42-3/4, 1997 ; Marie-Françoise Alamiche et Josseline Bidard, Des animaux et des hommes, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 1998 ; Jean-Pierre Digard, Les Français et leurs animaux, Paris, Fayard, 1999 ; Laurent Baridon, Cécile Dupeux, Martial Guédron, Emmanuel Guigon, Homme animal : histoire d'un face à face, éd. Musées de Strasbourg/Metz, 2004 ; Michel Pastoureau, L'Ours. Histoire d'un roi déchu, Paris, Seuil, 2007 ; Corinne Beck, Les Eaux et forêts en Bourgogne ducale (vers 1350-vers 1480). Société et biodiversité, Paris, L’Harmattan, 2008 ; Janick Auberger et Peter Keating, Histoire humaine des animaux de l'Antiquité à nos jours, Ellipses, 2009 ; Michel Pastoureau, L'Art de l'héraldique au Moyen Âge, Paris, Seuil, 2009 ; Michel Pastoureau, Le cochon. Histoire d'un cousin mal aimé, Paris, Gallimard, 2009 ; Michel Pastoureau, Bestiaires du Moyen Âge, Paris, Seuil, 2011 ; Corinne Beck et Éric Fabre, « L’animal, l’histoire et l’histoire naturelle », Études rurales, 189 | 2012, p. 107-119 ; Rencontres internationales « Des bêtes et des hommes » organisées par le Laboratoire CALHISTE, EA 4343, Université de Valenciennes : Corinne Beck et Fabrice Guizard dir., La bête captive au Moyen Age et à l'époque moderne, Amiens, Encrange éd., 2012 (IIe Rencontres ; Fabrice Guizard et Corinne Beck dir., Une bête parmi les hommes : le chien - De la domestication à l’anthropomorphisme, Amiens, Encrange éd., 2014 (IIIe Rencontres); IVe Rencontres en 2017, Les animaux sont dans la place, la longue histoire d’une cohabitation, s.p. ; Damien Baldin, Histoire des animaux domestiques (XIXe-XXe siècles), Seuil, 2014 ; Pierre Serna, L’animal en République, 1789-1802, genèse du droit des bêtes, Anarcharsis, 2016 ; Daniel Roche, « Histoire des animaux. Questions pour l’histoire des villes », Histoire urbaine, 2016/3 (47), p. 7-12 ; Éric Baratay, Biographies animales. Des vies retrouvées, Seuil, 2017 ; Pierre Serna, Comme des bêtes. Histoire politique de l’animal en Révolution (1750-1840), Fayard, 2017.

[4]  Daniel Roche, À cheval ! : Écuyers, amazones & cavaliers du XIVe au XXIe siècle, Association pour l'académie d'art équestre de Versailles, 2007 ; La culture équestre de l’occident, XVIe-XIXe, 3 vols, Fayard, 2008-2015 ; Élisabeth Lorans dir., Le cheval au Moyen Âge, Presses Universitaires François Rabelais, 2017.

[5]  Claude-Isabelle Brelot, « Noblesse et animal domestique au XIXe siècle » dans Cahiers d’histoire, 42-3/4, 1997, p. 639 à 653.

[6]  Pascal Lievaux et William Curtis Rolf, Les Écuries des châteaux français, Éd. du patrimoine, 2005.

[7]  Daniel Roche, « Les spectacles équestres, vecteur de transferts culturels européens. Vers une société de loisirs », Dix-huitième siècle, 2107/1 (n°49), p.145.à 158.



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